jeudi 29 octobre 2026

"Le Rouge et le Blanc", Eugénie Bastié

 Eugénie Bastié, journaliste conservatrice au Figaro et essayiste, vient de publier un essai biographique, "Le Rouge et le Blanc", sur Régis Debray, un dinosaure de la gauche républicaine. J'ai lu presque tous les ouvrages de cet intellectuel du XXe, représentatif d'une génération dont le rêve principal se nommait "Révolution". Né dans une famille parisienne et bourgeoise, il a suivi des études classiques et a réussi Normal Sup. Ce normalien atypique a choisi une voie contraire à sa culture familiale : il épouse le tiers-mondisme et toutes les luttes politiques anticoloniales. Il se précipite avec bonheur dans le camp du "bien", de la justice et de la solidarité. L'essayiste écrit : "Le fond de l'air était rouge". Il s'est entiché d'une icône de la révolution, Che Guevara, jusqu'à le suivre en Amérique du Sud où il sera emprisonné pendant quatre ans dans les années 70. Eugénie Bastié veut comprendre la démarche de cet homme, ami de Fidel Castro et des révolutionnaires sud-américains dont la violence était la règle pour libérer les peuples dominés.  Pourquoi cet intellectuel s'est-il autant aveuglé dans une idéologie révolutionnaire marxiste ? Cet essai apporte un éclairage sur ce comportement souvent majoritaire chez les intellectuels avec leur pape, Jean-Paul Sartre. De Fidel Castro à François Mitterrand, Régis Debray n'a jamais renoncé à ses convictions ancrées fortement dans les valeurs républicaines. Aujourd'hui, il se définit comme un gaulliste de gauche. Il s'est enraciné dans les oeuvres de Malraux plutôt que dans celles de Marx qui ont façonné son mental pour la révolution : "En participant à la fabrique de l'Histoire, ils cherchaient d'abord l'épopée. Ils sont sensibles à l'injustice, bien sûr". Au fond, l'engagement de l'écrivain tient du lyrisme fraternel avec ses frères et soeurs en mouvement pour un monde plus juste. Un romantique des bonnes causes. L'anti-américanisme viscéral de Régis Debray se manifeste dans plusieurs de ses essais. Il a aussi annoncé l'ère de l'image et des écrans dans notre vie qu'il a nommé "vidéosphère". Cet essai revigorant met en scène un intellectuel ex-révolutionnaire, né en 1940 et une jeune femme brillante, traditionnaliste et conservatrice. Leur dialogue amical inter-générationnel se lit avec intérêt et démontre encore que la conversation civique et civilisée peut advenir dans notre societé si clivée. Une lecture étonnante et éclairante. 

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