Le lendemain matin, le ferry m'attendait et la voiture s'est glissée dans le ventre du bateau pendant vingt minutes pour débarquer sur le port de la Maddalena. La renommée de l'île attire des milliers de touristes mais en octobre, la période est idéale pour visiter ce lieu vraiment magique. De toutes façons, je me sentais déjà sous le charme complet de la mer, des voiliers et des bateaux, et des mouettes que je suis à la trace. Ces paysages marins, portuaires, avec un horizon sans fin entre le ciel et la mer m'enchantent toujours autant même si ces moments semblent bien trop fugaces. Quand la voiture s'est ejectée du ferry, j'ai pris la direction de l'île voisine, la Caprera, attachée à la Maddalena par un pont, le Passo della Moneta. J'avais repéré le domaine de Garibaldi, le musée Compendio Garibaldino, au bout de l'île, une île qui a conservé sa nature sauvage car les Autorités ont interdit la construction d'hôtels et de résidences secondaires. Le révolutionnaire patriote italien, né à Nice, a passé les 26 dernières années de sa vie de 1856 à 1882, date de sa mort. Pour connaître ce "Héros des Deux Mondes", rien ne vaut que la visite de son domaine. Sa maison blanche, la Casa Bianca, toute simple, renferme tous les objets de sa vie quotidienne (cuisine, bureau, lit, salon, objets divers) et les murs portent de nombreuses photos de famille. Cette communauté familiale vivait en autarcie en élèvant des animaux de ferme et en cultivant les jardins potagers. En quittant le domaine, j'ai vu le cimetière attenant à la maison où sont enterrés Garibaldi et les siens. Sa tombe est recouverte d'un bloc de granit, une image symbolique de cette personnalité historique. J'ai remarqué aussi les pins magnifiques, plantés par le maître du domaine. Après cette visite "historique", j'ai repris le chemin en traversant le pont et j'ai atteint mon port d'attache au bout de la Maddalena dans un hébergement fantastique, situé devant une plage, la Punta Marginetto spiaggia. Je me suis baignée dans une eau cristalline frâiche mais tellement vivifiante et j'étais seule avec ma famille à profiter d'une des plus belles plages de la Sardaigne ! Je me suis ensuite baladée dans un décor féerique constitué de masses rocheuses de granit et de porphyre qui reliaient la Sardaigne et la Corse. A chaque virage, je voyais la mer, les voiliers au loin. Entre le bleu du ciel, le bleu de la mer et le jaune des roches, j'avais l'impression d'arpenter le paradis avant l'arrivée d'Adam et d'Eve.... Je me souviendrai de la Maddalena longtemps, très longtemps.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
vendredi 24 octobre 2025
jeudi 23 octobre 2025
Escapade en Sardaigne du Nord, 1
J'aime partir en octobre et cette année, j'ai pris l'avion à Genève pour atteindre Olbia en une heure quinze minutes. J'ai loué une voiture à l'aéroport pour découvrir le Nord de la région car j'avais visité le Sud de l'île en juin 2023. Evidemment, j'ai ressenti une joie sans pareille quand j'ai posé mes pieds en terre italienne. Avant d'arriver à ma première destination, Palau, petite station balnéaire située en face de l'archipel de la Maddalena, j'ai découvert deux sites archéologiques : la Tombe des Géants et la Prisgiona. Sur mon parcours, j'avais repéré ces deux entités (merci le Routard) à Arzachena. En arrivant sur ces sites désertés par les touristes, j'ai effectué un voyage dans un passé très lointain qui conserve encore un halo de mystère, datant du XIVe au VIIIe siècle av. J.C.. En suivant le parcours, je suis tombée sur une Tombe des Géants de Coddu Ecchju, composée de blocs de granit qui forme une galerie couverte sur dix mètres de long. Il faut imaginer ces rituels autour de la mort. Ce peuple n'a laissé aucun alphabet, ni aucun témoignage écrit. Seuls, les monument et les objets racontent leur civilisation. Plus loin, le Nuraghe, La Prisgiona, est composé d'une tour principale de quatre mètres de haut et de deux tours mineures, entourée d'un mur enceinte.. Se balader en toute liberté sans surveillance dans un lieu pareil ressemble à un émerveillement d'enfant. La végétation méditerranéenne englobe le site nuragique et j'avais l'impression que le temps s'était arrêté à Arzachena. Quelques kilomètres plus loin, je suis arrivée à Palau, ma destination pour partir le lendemain à la Maddalena. Ces lieux, habités par des humains en communauté restreinte, n'ont pas la sublime beauté des temples grecs ou des monuments romains. Mais, la simplicite de ces habitats rudimentaires me touchent tout autant. La Sardaigne m'a offert à deux reprises dès mon arrivée deux perles archéologiques ! J'aime beaucoup ces traces premières d'une civilisation méditerranéenne très mystérieuse. En fin d'après-midi, j'ai posé mon sac à dos à Palau en attendant mon départ pour la Maddalena. Evidemment, je n'ai pas résisté à déguster un spritz dans un restaurant de la ville où je savourais déjà l'ambiance hautement chaleureuse de la Sardaigne.
mercredi 22 octobre 2025
Atelier Littérature, les coups de coeur, 2
Régine a présenté un roman d'Antoine Choplin, "La barque de Masao", publié en 2024 chez Buchet-Chastel. Masao est ouvrier sur l'île de Naoshima au Japon. Il retrouve sa fille, Harumi, venue l'attendre plus de dix ans après son départ. Ils vont se voir avec pudeur pour enfin se réconcilier. Masao se souvient de Kazue, la mère d'Harumi, avec laquelle il a vécu une histoire d'amour superbe. Régine, passionnée par la culture japonaise, a aussi retenu l'histoire de deux îles, Naoshima er Teshima, avec leurs musées respectifs. Le premier expose les nymphéas de Monet dans une des salles et le deuxième montre une oeuvre unique qui se confond avec le bâtiment. Ce roman sobre et pudique, plein de tendresse et de sensibilité, a conquis notre amie Régine qui avait aussi reçu cet écrivain lors d'une journée littéraire à Chambéry. Elle a évoqué en deuxième coup de coeur, le dernier livre d'Alice Ferney, "Comme un amour", publié chez Actes Sud lors de cette rentrée littéraire. Les questions que se posent l'écrivaine ont-elles une réponse ? Comment définir l'amitié ? Comment la cultiver ? Comment tolérer les différences d'idées ? Un homme et une femme peuvent-ils être amis ? Marianne, styliste renommée, et Cyril, chroniqueur d'art vont devenir ces complices amicaux mais jusqu'à quand ? Il faut donc lire ce roman pour connaître l'avenir de nos deux protagonistes. Geneviève a évoqué un coup de coeur collectif en signalant la très bonne collection, "Un été avec", un phénomène éditorial de la maison d'édition Des Equateurs en collaboration avec une série d'émissions de France Inter. En 2013, la radio lance ce programme pour "inviter le grand public à découvrir ou redécouvrir de grands auteurs classiques pendant la période estivale". Partir en vacances et glisser dans sa valise "un été avec" semblait un pari osé car l'été est synonyme de lectures légères et insouciantes. L'audace éditoriale et le rôle du service public radiophonique ont dépassé les espérances de l'éditeur. Au Panthéon de la collection : Homère, Hugo, Dumas, Proust, Colette, Valéry, Rimbaud, Montaigne, etc. Ces biographies originales sont composées par de belles plumes comme Antoine Compagnon, Sylvain Tesson, etc. Voilà pour les coups de coeur d'octobre.. Prochaine rencontre : le jeudi 20 novembre autour des romans historiques !
mardi 21 octobre 2025
Atelier Littérature, les coups de coeur, 1
Après Emmanuel Carrère, nous avons abordé les coups de coeur. Odile Ba a démarré avec un roman de Maylis de Kérangal, "Naissance d'un pont", publié en 2010, prix Médicis. Ce livre décrit le chantier de construction d'un pont situé dans la ville fictive de Coca en Californie à travers plusieurs personnages comme le grutier, le chef de chantier, l'ingénieur, le syndicaliste et d'autres professionnels. Les employés rencontrent de nombreux problèmes face à ce chantier titanesque et se croisent pour créer un microcosme original. Odile a bien apprécié cette ambiance hautement technique, servie par un style riche en vocabulaire. Danièle a déniché un roman attachant selon son avis : "Je suis la sterne et le renard" d'Alain Mascaro, publié cette année chez Flammarion. Cette saga raconte le clan féminin de l'Orme : Barbra, Aana, Alfheidr et les autres. Cette lignée de femmes vivent sans père et sans mari. Brodeuses, guérisseuses, chamanes, gardiennes, elles subissent la violence des hommes. Cette grande fresque légendaire, traversée par des paysages somptueux, "déploie une fable aux résonances contemporaines". Danièle apprécie particulièrement la littérature des contes et des légendes. Elle a cité deux autres coups de coeur : "Les piliers de la mer" de Sylvain Tesson et "Un perdant magnifique" de Florence Seyros. Annette a choisi le dernier roman de Sorj Chalandon, "Le Livre de Kells", publié en septembre dernier. Dans ce douzième roman, l'auteur raconte un épisode de sa vie quand il avait 17 ans. Il quitte le lycée, sa famille à Lyon et arrive à Paris. Il va connaître la misère, la rue, le froid et la faim. Des hommes et des femmes, engagés politiquement, lui tendent la main et le sortent de la rue. Il vit alors dans ce milieu engagé jusqu'à la mort brutale d'un militant ouvrier de la Gauche prolétarienne, Pierre Overney. Ce récit autobiographique reflète l'ambiance d'une époque politique violente et heureusement révolue. Certains "soldats" de la cause trouveront une issue pacifique dans le journalisme comme Sorj Chalandon. (La suite, demain)
lundi 20 octobre 2025
Atelier Littérature, Emmanuel Carrère, 2
Danièle a beaucoup apprécié "D'autres vies que la mienne", publié en 2009. Ce titre indique le "décentrement" de l'écrivain qui, enfin, quitte son ego pour raconter d'autres destins que le sien. Il veut relater des vies d'hommes et de femmes qu'il a rencontrés. Son empathie éclate dans ces récits avec des destins fracassés par le malheur. Il relate le drame d'un famille lors du tsunami qui a dévasté le Sri Lanka en 2004. Les parents ont perdu leur fille, Juliette, dans ce déchaînement de la nature les laissant inconsolables. Comment survivre après cette catastrophe intime ? Emmanuel Carrère tente seulement de partager leurs souffrances. Il évoque ensuite la mort de sa belle-soeur, mariée et mère de trois fillettes, atteinte d'un cancer. Il rencontre aussi un ami de Juliette, Etienne. Juge comme elle, ils étaient liés par une amitié indéfectible. Ces deux collègues traitaient les affaires de surendettement au tribunal de Vienne en Isère et protégeaient les victimes des établissements de crédit. A la façon d'un journal intime, l'auteur instille avec justesse un sentiment de solidarité envers des hommes et des femmes en difficultés extrêmes. Parler de la maladie, de la mort mais aussi de l'amitié, de l'amour, demeure pour Emmanuel Carrère une nécessité pour montrer "l'importance des gens qui nous entourent, leur interaction sur notre propre destin". Ces héros du quotidien, nous les rencontrons tous les jours. Régine a présenté "V13 : chronique judiciaire", publié en 2022. L'auteur revient vers son métier de journaliste en relatant le procès des attentats du 13 novembre 2015 avec 130 morts et 350 bléssés. Plus de 300 témoins ont été entendus dans ce procès au long cours. 20 accusés ont été jugés. Emmanuel Carrère a publié ces chroniques hebdomadaires dans quatre journaux européens dont l'Obs en France. Il réussit à "saisir l'humanité des uns et des autres, qu'elle soit bouleversante, admirable ou abjecte". L'écrivain écoute avec exigence les paroles et les silences de ce procès malgré l'horreur du terrorisme islamiste. Régine a beaucoup apprécié ces chroniques dont la simplicité d'écriture évite le pathos et le voyeurisme. Un Carrère incontournable à découvrir. Trois autres titres d'Emmanuel Carrère n'ont eu aucun succès auprès des lectrices : "Le Royaume", "Yoga" et "Limonov". En choisissant cet écrivain, je soupçonnais qu'il y aurait des réticences à le lire. Mais, j'ai remarqué tout de même que quelques récits ont marqué certaines d'entre elles. Merci à toutes les lectrices pour leur sens du "devoir" surtout pour des écrivains singuliers comme Emmanuel Carrère.
vendredi 17 octobre 2025
Atelier Littérature, Emmanuel Carrère, 1
Les lectrices de l'Atelier étaient presque toutes présentes au deuxième rendez-vous de la saison, ce jeudi 16 octobre dans notre nouveau lieu, "Jetez l'encre". Au menu littéraire de l'après-midi : l'écrivain Emmanuel Carrère et les coups de coeur. Véronique a lu "La Moustache", publié en 1986. Ce texte pose la question de l'identité, de la folie. Le personnage central se rase la moustache un matin et personne, ni sa femme, ni ses amis ne le remarquent. L'histoire va mal finir. Véronique, malgré la bizarrerie de l'anecdote, a bien apprécié ce drame parfois kafkaïen. Le thème du roman conserve une actualité permanente : qui suis-je ? Janelou a présenté "L'Adversaire", publié en 2000, le livre le plus connu de l'écrivain, basé sur l'horrible crime de l'affaire Romand en 1993. Cet homme, dont la vie n'est que mensonge pendant 17 ans, a tué sa femme, ses deux enfants et ses parents. Il n'était pas médecin comme il le prétendait. Quand un membre de sa famille lui demande de rembourser un prêt, il passe à l'acte. Emmanuel Carrère s'intéresse à ce criminel avec lequel il communique par courrier. Janelou a vraiment évoqué cette enquête singulière et unique avec précision en citant des passages. L'auteur se demande si l'assassin n'est pas le "jouet de l'Adversaire, de Satan" dans une référence biblique. Ce reportage lucide, sincère, authentique dans l'enfer de cet homme "inhumain" révèle tout le talent d'Emmanuel Carrère pour tenter l'impossible : essayer de comprendre des actes incompréhensibles. Odile Ba et Geneviève ont lu "Un roman russe", publié en 2007. L'écrivain poursuit sa démarche autobiographique en proposant trois récits dans ce texte : l'histoire d'un prisonnier hongrois capturé par l'Armée rouge en 1944, la vie désastreuse de son couple, la disparition de son grand-père maternel, exécuté après la Libération à cause de sa collaboration avec les Allemands. La construction du récit entremêle ces trois récits avec un point commun : le narrateur omniprésent qui raconte ses relations tumultueuses avec une jeune femme, Sophie, ses souvenirs familiaux avec sa mère, Hélène en dévoilant le secret du grand-père. Des lectrices ont remarqué l'extrême narcissisme de l'écrivain. Il faut dépasser ce niveau psychologique pour apprécier le projet d'Emmanuel Carrère : traquer les zones d'ombre dans chaque individu, remettre en question l'héritage familial. Ecrire pour lui ressemble peut-être à une "thérapie" pour mettre à distance ces hantises et ses angoisses. (La suite, lundi)
jeudi 16 octobre 2025
"Kolkhoze", Emmanuel Carrère, 2
Ce grand récit mêle des souvenirs intimes à des anecdotes historiques, des secrets de famille à des informations géopolitiques. L'écrivain Carrère se confie souvent dans la presse sur sa démarche littéraire : la description du Réel, de son Réel. Il évoque son amour de fils envers ses parents : "Je suis le visage de ma mère qui se détourne sans appel, je suis la détresse sans fond de mon père". Emmanuel Carrère puise son inspiration dans le destin fabuleux de sa mère et il tente de décryper l'étrange relation conjugale de ses parents. Chacun a déjà éprouvé ce sentiment d'étrangeté quand on pense au couple que formaient ses parents. Ce fait social et psychologique demeure souvent une énigme pour les enfants. L'écrivain explique sa fascination pour une démarche de vérité sur ses proches : "Les livres, les films, les récits qui me touchent le plus sont ceux qui montrent en même temps les dimensions horizontale et verticale de la vie. Horizontale : l'amour, l'amitié, les alliances qu'on noue en faisant la traversée dans les mêmes eaux, dans le même temps. Verticale : les relations entre les générations. Parents et enfants, aïeux et descendants, qui ont habité des mondes différents, partagé d'autres récits collectifs, d'autres valeurs, d'autres évidences". Il ajoute qu'en prenant de l'âge, il se passionne plus pour la dimension verticale. "Kolkhoze" illustre, évidemment, la dimension verticale de sa vie avec un sentiment de réconciliation et d'apaisement. Ce mot, kolkhoze, convient parfaitement quand les trois enfants d'Hélène Carrère d'Encausse se retrouvent au chevet de leur mère, souffrant d'un cancer, dans un service des soins palliatifs : "Cette nuit-là, rassemblés tous les trois autour de ma mère, nous avons pour la dernière fois fait kolkhoze". Amour filial, amour familial, passé recomposé comme une fable, Emmanuel Carrère livre à ses lecteurs et lecrices une fresque haute en couleurs où l'ennui est honni dans ce texte. Il définit son rôle ainsi : "Ce que nous aurons connu sur notre petit arpent de terre est nul autre, dans notre petite bande de temps est nulle autre, dans le petit être qui nous a été assigné d'habiter est nul autre, le monde peut crouler, cela reste le métier des gens comme moi d'en rendre compte. Alors, puisqu'ils sont morts, et tant que je suis vivant, je le fais". Un des meilleurs "Carrère" !