Ce mardi 29 mai, nous nous sommes retrouvées pour la dernière séance de l'année 2017-2018. Nous avons partagé le temps de parole entre les coups de cœur et les lectures imposées, tirées au sort . Une troisième mi-temps a permis d'établir le bilan de l'année et la reprise de l'atelier à la rentrée prochaine à partir d'octobre. Geneviève a démarré avec un gros coup de cœur en présentant le roman de Grégoire Delacourt, "Danser au bord de l'abîme", publié en livre de poche. L'histoire d'un coup de foudre fatal entre une femme et un homme, tous les deux mariés, a réjoui Geneviève pour la prise de risque des deux personnages. Ils quittent leur foyer respectif pour vivre leur amour clandestin. Mais, cette rencontre amoureuse foudroyante ne se terminera pas comme prévu. Marie-Christine a choisi un essai de Marie de Hennezel, "La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller", publié en 2010. La psychologue clinicienne évoque le processus du vieillissement en utilisant sa propre expérience personnelle et professionnelle. L'amour sous toutes ses formes permet de prendre de l'âge avec philosophie et sans angoisse. Sylvie a beaucoup aimé un roman policier, venu d'Islande, "La cité des jarres", d'Arnaldur Indridason. Il est question d'un viol, de crimes, de génétique dans une ambiance polaire islandaise. Pour les amateurs de "polars" scandinaves, un "must" dans les enquêtes policières. Mylène a beaucoup, beaucoup aimé le dernier livre de Jens Christian Grondahl, "Qu'elle n'était pas ma joie", publié chez Gallimard. Cet écrivain danois se met dans la peau d'une femme septuagénaire qui vient de perdre son mari. Elle vend sa maison et retourne dans son quartier populaire de Copenhague. En s'adressant à Anna, sa meilleure amie, qui était la femme de son mari, Ellinor dévoile sa trahison, son infidélité. Amant et maîtresse meurent dans une avalanche. Ce roman évoque les sentiments de vengeance et de pardon. L'écrivain danois file sa toile de mots avec une introspection saisissante. Pascale a apprécié un ouvrage de Doris Lessing, "Les nouvelles africaines". L'écrivaine a passé sa jeunesse en Rhodésie (Zimbabwe aujourd'hui) et raconte, dans ses nouvelles, la vie des Noirs asservis et humiliés, celle des petits Blancs, appauvris dans les années 70. La grande dame de la littérature anglaise un peu moins lue aujourd'hui, ayant obtenu le Prix Nobel de Littérature, peint à travers ces récits la "lèpre raciste". Evelyne a lu la trilogie du même Indridason, "La trilogie des ombres", un tableau passionnant de l'Islande dans l'époque troublée des années 40. La suite, demain.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
vendredi 1 juin 2018
jeudi 31 mai 2018
Copenhague, 5
La commune de Humlebaek, à trente quatre kilomètres de Copenhague, peut s'enorgueillir d'offrir aux visiteurs un des plus beaux musées d'Europe : le Musée d'art moderne de Louisiana. Quand le bus m'a déposée devant l'arrêt du Louisiana, j'ai tout de suite remarqué un paysage verdoyant et dès que je suis rentrée dans l'enceinte du bâtiment, j'ai compris que ce lieu me plairait au plus haut point tellement son emplacement est exceptionnel. Consacré à l'art contemporain, ce Beaubourg du Danemark a comblé toutes mes attentes. A l'extérieur, le parc donne sur la mer Baltique et expose des sculptures de Calder, Miro, Ernst, etc. Des massifs de fleurs et des arbres parsèment la pelouse et chacun peut déambuler et s'assoir en toute liberté. Une grande cafétéria permet aux visiteurs de se restaurer. A l'intérieur, des grandes galeries vitrées prolongent le bâtiment central et le parcours est très facile à comprendre. Les collections permanentes présentent des salles dédiées à des artistes danois comme Asger Jon et Kirkeby. Mais, j'ai surtout retrouvé un artiste qui me touche beaucoup : Alberto Giacometti. J'ai vu ses femmes longilignes, l'homme qui marche, son autoportrait, et ces silhouettes disproportionnées et reconnaissables montrent toujours une solitude intrinsèque de la condition humaine. Les expositions temporaires m'ont permis d'apprécier l'art de la céramique de Picasso avec des sculptures féminines très étonnantes et surtout, j'ai découvert une artiste allemande, Gabriele Münter (1877-1962). Compagne du peintre abstrait, Kandinsky, l'artiste est une représentante majeure de l'expressionnisme allemand et de l'avant-garde munichoise du début du XXe siècle. Les femmes peintres me réjouissent toujours car il fallait qu'elles s'imposent beaucoup pour parvenir à une certaine reconnaissance artistique avec ces tableaux très colorés et figuratifs. Une belle librairie propose des objets du design danois et de nombreux livres d'art de tous les artistes exposés. Ce musée dispose aussi d'une salle de concert. J'ai quitté avec regrets ce lieu magnifique et je me souviendrai longtemps de l'ambiance sereine de ce musée et surtout de son cadre au bord de la mer. Vivre à la danoise, c'est vivre à la fois dans la nature dès qu'un rayon de soleil apparaît et profiter évidemment de son intérieur, un logement confortable avec la présence chaleureuse du bois, matériau produit sur place et peu onéreux. Visiter Copenhague et ses alentours m'a révélé que je vivais aussi comme les Danois en cultivant cet art de vivre, baptisé "Hygge" (cocooning) que j'essaie de pratiquer tous les jours : la lecture dans le jardin, une vie en plein air, des balades dès le printemps et l'hiver, une envie de cocooner près du poêle devant ma bibliothèque en bois... Dorénavant, je vais partir à la découverte des capitales scandinaves, une échappée vers le Nord de l'Europe, pour changer d'horizon...
mercredi 30 mai 2018
Copenhague, 4
Près de Copenhague, il existe un lieu magique qui se trouve sur la même côte vers le Nord de la ville : le musée Karen Blixen. J'ai pris le train pour Rungsted pour atteindre mon but. A la gare, pas de bus pour visiter le musée et j'ai donc utilisé le moyen le plus simple : la marche. Mais, quelle fut ma surprise d'arpenter un sentier forestier pour rejoindre la maison de l'écrivaine danoise ! Cette traversée dans une forêt entourée de champs augurait bien de la magie du lieu. Quand je suis arrivée devant la maison de campagne, j'étais déjà sous le charme. Karen Blixen (1885-1962) a passé dix-sept ans au Kenya elle a écrit plus tard "La ferme africaine", adaptée au cinéma en 1985 avec Meryl Streep. Quand elle est rentrée au Danemark, elle s'est installée dans cette maison familiale confortable et cossue. Tout est resté dans l'état : le salon, le bureau, la salle à manger avec une grande table où une belle vaisselle était disposée comme si Karen Blixen nous conviait au repas du soir. Des bouquets de fleurs décoraient avec une grâce infinie les espaces intimes de ce lieu magnifique. Des portraits de l'écrivaine et des panneaux illustrent sa vie et quand on sort de cette maison, on a envie de se plonger dans son œuvre littéraire. J'ai pris une collation raffinée dans le petit café du musée et le personnel (exclusivement féminin) était particulièrement accueillant. Pour écrire dans une quiétude totale, cette maison de famille, située dans un bois et au bord de la mer devait convenir parfaitement à sa vie d'ermite des lettres danoises. Karen Blixen dessinait, peignait et ses toiles sont exposées dans une pièce. La cuisine aussi se visite avec des références sur "Le festin de Babette" et je ressens l'envie d'évoquer le menu : soupe de tortue géante, blinis Demidoff, cailles en sarcophage, baba au rhum et fruits. Comme la littérature est une de mes passions, visiter une maison d'écrivain me touche beaucoup. Mon imagination flambe devant ce décor si féminin avec un intérieur où se côtoient les poêles en fonte, les meubles anciens, les bibliothèques, le paravent chinois, les fauteuils confortables, les rideaux très longs, les souvenirs d'Afrique sur le mur du bureau et sa machine à écrire. Il faut se mettre des patins pour visiter le musée, une précaution pour respecter ce lieu rare... Et cet été, je compte bien lire une œuvre de cette femme exceptionnelle et en lisant ses mots, je repartirai à Rungsted, dans cette si belle propriété...
lundi 28 mai 2018
Copenhague, 3
Quand je choisis de partir pour une capitale européenne, un de mes critères concerne la présence des musées... Je suis une "inconditionnelle" de ces institutions publiques ou privées car je considère ces lieux comme des "temples" de l'art, de la beauté, de la connaissance, du patrimoine à la portée de tous. A Copenhague, j'ai mentionné le Musée de la Civilisation danoise, visité dès le premier jour. Puis, j'ai eu la chance de voir le Musée national des Beaux Arts, ouvert le lundi de Pentecôte. J'ai surtout remarqué un peintre danois assez connu en Europe, Vilhelm Hammershoi (1864-1916). Ces tableaux montrent des intérieurs énigmatiques avec des portes et des fenêtres dans lesquels filtre une lumière diffuse et timide. Des personnages féminins, en pleine contemplation, tournent le dos et observent des murs clairs et nus. Une tristesse infinie semble étreindre ces femmes et cette mélancolie universelle m'a touchée. L'artiste utilise des tons gris, de brun ou de blanc. J'ai pensé à Edward Hopper ou à Morandi, des peintres de la solitude et du silence. Une poésie intime se dégage de cet art de la discrétion. Philippe Delerm a consacré un ouvrage à ce peintre peu connu en France et pourtant, Hammershoi, mort à 52 ans, fascine toujours de nos jours. J'ai vu une bonne trentaine de ses toiles réparties dans les musées de Copenhague. Je ne pouvais pas manquer la salle réservée à ce peintre dans le musée Davids Samling. Un autre musée au nom imprononçable, "Den Hirschsprungske Samling" propose la peinture danoise du XIXe siècle et surtout les toiles intimistes d'Hammershoi, émouvantes et captivantes. Un dernier musée de Copenhague, le Ny Carlsberg Glyptotek, méritait toute mon attention. Fondé en 1897 par la famille Jacobsen des bières Carlsberg, ce musée propose des collection d'art égyptien, grec, romain. J'ai vu avec un plaisir renouvelé une très belle collection de vases grecs (même à Copenhague !), des statues dont une belle Amazone, une salle de philosophes (Socrate, Platon, Epicure, etc.). Dès l'entrée, j'ai découvert un délicieux jardin d'hiver avec des palmiers, une fontaine, des statues en marbre. Une salle présente aussi un ensemble de peintres impressionnistes français : Monet, Bonnard, Vuillard, Degas pour ne citer que les plus connus. Copenhague dispose de très beaux musées et peut revendiquer le double label : nature et culture...
dimanche 27 mai 2018
Copenhague, 2
Pour se balader à Copenhague, la marche convient très bien pour découvrir la ville. Mais, il existe aussi le vélo, les bus, les taxis (trop chers) et les bateaux-bus. Maîtriser le monde des transports urbains, c'est déjà participer à la vie danoise. Quand j'aperçois les "touristes" dans leur bus colorié, je me dis que ces visiteurs ne prennent vraiment aucun risque, prisonniers dans leur bulle protectrice. J'aime bien monter dans un bus, prendre le train, le métro et rencontrer des Danois dans leur quotidien. Ainsi, j'ai pris un bateau bus (waterbus) pour découvrir les rives de la ville. Copenhague (port des marchands) possède quatre cents îles et sa situation entre la Mer baltique et la Mer du Nord lui donne un charme irrésistible. J'ai ainsi parcouru à deux reprises le détroit d'Oresund et j'ai humé l'air marin avec délectation sous un ciel d'un bleu grec. Le bateau bus passe d'une rive à l'autre et permet de voir les édifices les plus emblématiques de la ville : le Diamant noir, extension extraordinaire de la Bibliothèque royale, l'Opéra, tout en verre et en feuille d'or, le quai Larsens, les clochers, les places, et au loin, une rangée d'éoliennes qui prouvent l'engagement du pays pour les énergies renouvelables. Je découvre au fil de l'eau les maisons colorées, les pontons en bois, les passerelles entre les canaux, les anciens entrepôts en brique, les baigneurs audacieux. Ce spectacle permanent fait partie du charme total de Copenhague. Et quand je quitte le bateau, je ne vois aucune bousculade à cause de la politesse et de la civilité des Danois. Je ressentais le sentiment naturel d'un pays apaisé et apaisant. J'ai quand même succombé à une coutume touristique : voir la célébrissime Petite Sirène (Den Lille Havfrue), symbole de l'amour perdu, d'après le conte d'Andersen. Cette sculpture modeste attire les selfies et les photos souvenirs. Le lundi après-midi, jour férié de la Pentecôte, j'ai traversé la place Amalienborg, quasi déserte, où se trouve la résidence de la reine Margrethe. Quatre palais du XVIIIe se font face et offrent un ensemble architectural somptueux. Deux gardes nationaux impassibles surveillent avec solennité les entrées du Palais royal. Un marathon "royal" avait lieu ce soir là et réunissait plus de soixante dix mille participants. Cette capitale scandinave respire un air ambiant d'une douceur particulière.
samedi 26 mai 2018
Copenhague, 1
Après Venise et la Sicile, je me suis envolée avec des amies à Copenhague. Cela faisait longtemps que je rêvais de cette capitale danoise. J'aime sa littérature avec la figure emblématique de Jens Christian Grondahl, sa philosophie avec Kierkegaard et ses vues des façades colorées des quais. J'ajoute aussi la série Borgen, très attachante avec une femme charismatique, Premier Ministre qui m'a donnée envie de me rendre sur place. Ce petit pays européen possède un des plus hauts niveaux de revenus et la presse internationale ne cesse de parler du bien-être, du bonheur et de l'art de vivre à la danoise. La Scandinavie me semblait à une époque trop au Nord, mais j'avoue que c'était un préjugé car j'ai vécu quatre jours sous un beau soleil, digne de la Sicile... Je n'oublie pas l'empreinte des terribles Vikings, navigateurs exceptionnels et Barbares convertis au catholicisme. J'ai donc réalisé ce rêve en partant de Genève et quatre-vingt dix minutes après, je foulais le sol de l'aeroport de Copenhague. Un train direct facilite l'accès à un coût abordable. Il faut savoir que tout coûte cher : les déplacements, l'alimentation, l'hôtel, les musées, etc. Ce voyage n'est pas conseillé aux "radins" invétérés... Mais, avec ruse, il est facile de ne pas se ruiner. Le week-end de la Pentecôte avait attiré pas mal de touristes (quelques Français en particulier) mais la ville ne souffre pas encore d'un tourisme de masse comme à Lisbonne ou à Venise. Dès que je me suis promenée dans le centre historique, j'ai reconnu le Château Christianborg où siège le Parlement. Le charme a opéré aux premiers regards. Les canaux traversent la ville et apportent la fraicheur et la douceur de vivre. Les Danois m'ont surtout étonnée par leur décontraction, leur flegme et leur excellente éducation : qu'ils se déplacent en vélos, en bateaux ou en voitures, le respect semble constituer une règle de vie que j'ai souvent constatée dans les rues. Si j'empiétais leur couloir de circulation, je ne ressentais aucune agressivité de leur part. Dès le dimanche, j'ai donc déambulé sur les célèbres quais Nyhavn où une foule joyeuse dégustait des bières, des glaces, des smorrebrod (des sandwichs à base de pain de seigle). Il régnait une ambiance légère, bon enfant, conviviale. Certains jeunes se jetaient dans l'eau du canal pour se rafraichir... Les maisons colorées qui bordent le canal offre un panorama unique et malgré la présence de nombreux cafés et restaurants, le quai conserve sa magie. J'ai visité dès le premier jour le beau Musée national du Danemark, installé dans le palais d'un prince où se côtoient des collections du Paléolithique, de l'Antiquité, des Vikings (dont le Chaudron unique Gundestrup) et de l'histoire nationale jusqu'au XVIIIe siècle. Copenhague mérité sa réputation de capitale du "hygge", une vie paisible, une ville à la campagne, un mélange de nature et de culture réussi !
jeudi 17 mai 2018
Escapade sicilienne, 8
Pour mon dernier billet sur Palerme, j'ai choisi de relater une belle rencontre... J'ai l'habitude de visiter un des lieux que j'aime le plus au monde après les temples grecs... Je parle de la bibliothèque municipale de Palerme. Quand j'ai pénétré dans le hall d'accueil, j'ai raconté que j'étais bibliothécaire (car même à la retraite, on garde l'identité de son ancien métier) et cette information a convaincu les deux employés très gentils d'appeler une collègue qui m'a fait visiter l'institution. J'ai donc découvert une bibliothèque patrimoniale datant du XVIIIe par un mécène et qui a conservé sa salle de travail et de lecture depuis l'origine. Des portraits de personnalités décorent la salle et les livres sont classés selon un ordre encyclopédique habituel. J'ai quand même remarqué une section "Ideologia" qui n'existe pas chez nous. La bibliothèque était fermée au public et j'ai beaucoup apprécié la sollicitude de ma "consoeur" bibliothécaire. Nous avons perdu chez nous l'aspect patrimonial de nos lieux de lecture publique. Quel dommage ! Je me souviens de la Bibliothèque nationale de Naples qui n'a pas subi la défiguration de la rénovation. Parfois, conserver les traces du passé me semble salutaire et symbolise la présence de tous les artistes (et les artisans) qui ont œuvré pour les bâtir. Imaginons que des architectes contemporains transforment les églises en immeubles, les bibliothèques en bureaux, les palais en lofts, quel serait le visage de nos villes ? Palerme possède ainsi des centaines d'églises, de palais, de places et de monuments et cet ensemble architectural appartient au patrimoine culturel mondial. J'ai terminé mon périple sicilien dans un restaurant réputé, "La Locanda del Gusto" qui propose la nouvelle cuisine "slow food" avec un plat de poisson délicieux et un dessert à base de mascarpone... Le soir, j'ai respecté la coutume de savourer un spritz dans la Via Maqueda, notre quartier de prédilection. Quand je pense à ce voyage, je me remémore les temples grecs, le silence des sites, la beauté des musées archéologiques, l'exubérance des églises baroques, des farandoles d'angelots, la magnificence des palais, la gentillesse des Palermitains, leur joie de vivre malgré les difficultés économiques de la région. Une région d'Italie au caractère affirmé, un patchwork de cultures diverses et un pays très attachant...
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