Samedi, je suis allée voir ce film-culte, primé et salué par la critique et le public. Il n'a pas attiré quelques quinze millions de spectateurs comme "Les Intouchables" mais deux millions de Français ont franchi les portes d'un cinéma pour voir ce film muet, vraiment surprenant et émouvant. La musique remplace à merveille les voix humaines et le talent des comédiens, Jean Dujardin et Bérénice Béjo, donne au film une touche charmante et nostalgique. En fait, l'histoire est d'une simplicité surprenante : un acteur du muet qui ressemble à des acteurs du muet des années 20 triomphe dans ce genre mais son succès est condamné face à la montée inévitable du film parlant. J'ai trouvé quelques bonnes raisons pour apprécier ce mélodrame : un pari audacieux d'un film muet, la présence dynamique de la musique, un duo lumineux de beauté et d'émotion, une belle histoire d'amour, une leçon de générosité, une thématique d'un monde nouveau cruel pour ceux qui perdent, une étoile qui tombe, lui, et une étoile qui monte, elle, l'ambiance des années 20, un hommage sur l'origine mythique d'Hollywood sans oublier le rôle adorable du petit chien. Voilà, allez voir ce film qui a vraiment marqué l'année 2011. Le cinéma d'auteur peut rencontrer le grand public en toute sobriété et sincérité. On est loin des Intouchables et de "La vérité si je mens". Les Oscars ont recompensé avec justesse le réalisateur Michel Hazanavicius, Jean Dujardin, Michel Bource, le mucisien. Pour une fois que le cinéma français se distingue aux Etats-Unis, on ne va pas bouder son plaisir...
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des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
lundi 27 février 2012
vendredi 24 février 2012
Un inédit de Georges Perec
Georges Perec est à l'honneur dans le Monde des Livres de ce vendredi 24 février. Un inédit va être publié le premier mars, "Le Condottière", sorte de roman policier, écrit entre 1957 et 1960. Un article, signé Christine Montalbetti, évoque sa fascination pour une oeuvre atypique et passionnante. Il faut absolument relire son roman-culte, "Les choses", édité chez Denoël en 1965. Ce roman dénonce avec beaucoup de subtilité la société de consommation outrancière. Georges Perec a marqué avec ce roman les années 60 et 70. Dans cet article, Christine Montalbetti avoue son plaisir de lire du "Perec", en particulier "Espèces d'espaces", "Tentative d'épuisement d'un lieu parisien", "Penser-classer". Chez Perec, il y a une attention particulère aux lieux, aux espaces, à l'habitat, une lisibilité du réel, des choses, de ce qui se passe autour de soi, à l'extérieur de soi. L'inédit de Perec dont on peut lire un extrait dans ce Monde des Livres donne un éclairage nouveau sur l'oeuvre de Perec. Le personnage principal est un faussaire qui assassine son commanditaire car il n'arrive pas à exécuter l'oeuvre demandée. Cet inédit me re-donne envie de re-lire Perec qui est un de mes écrivains préférés. Il m'a appris à voir, à observer, à comprendre. Son roman le plus connu "La vie, mode d'emploi" est un puzzle où l'on reconnaît le génie "oulipien" de Perec. Perec est un fou des mots, des contraintes littéraires. Son roman "La disparition" a éte écrit sans la lettre E... Georges Perec est mort à 52 ans, il y a trente ans en 1982. C'est peut-être pour se souvenir de Perec que le Seuil sort cet inédit. Tant mieux pour les lecteurs-lectrices qui aiment l'univers ludique et nostalgique de Georges Perec !
jeudi 23 février 2012
"Les solidarités mystérieuses"
Ce très beau titre concerne le dernier roman de Pascal Quignard, édité aux Editions Gallimard. Il n'avait pas écrit de fiction depuis sa "Villa Amalia" en 2006. Je l'ai "dévoré" en deux jours tellement Pascal Quignard me parle, s'adresse à des lecteurs-lectrices qui ne sont jamais déçu(e)s par son univers si particulier, si singulier, si unique dans la littérature française contemporaine. Un personnage féminin domine le roman. Elle s'appelle Claire. Elle quitte mari et enfants pour se réfugier dans sa terre bretonne, du côté de Dinard, du côté de la mer. En fait, elle retrouve son ami Simon dont elle est amoureuse depuis son enfance. Plusieurs personnages vont intervenir : son frère Paul, lien essentiel, représentant "cette solidarité mystérieuse", qui la rejoint et rencontre un ami qui deviendra son compagnon malgré son statut de prêtre. Claire va habiter dans une petite ferme en pleine lande en bord de mer. Son ancienne professeur de piano lui propose l'adoption et lui offre un héritage inattendu. Claire s'installe dans le paysage sauvage de cette Bretagne mythique. Simon est marié, et père d'un petit garçon. Il rejette Claire qui ne s'en remettra jamais. Elle passera le reste de sa vie à observer la vie de Simon, maire et pharmacien de son village. La femme de Simon se venge en incendiant sa ferme. Plus tard, Simon meurt noyé : suicide ou accident ? Après la disparition de Simon, Paul va protéger sa soeur et lui vouera un amour inconditionnel. Plusieurs personnages décrivent la vie errante et solitaire, minérale et végétale de Claire, qui va se fondre, fusionner avec la nature. Je vous cite un passage du roman : "Un jour, elle m'expliqua que le paysage, au bout d'un certain temps, soudain s'ouvrait, venait vers elle et c'est le lieu lui-même qui l'insérait en lui, la contenant d'un coup, venait la protéger, faisait tomber la solitude, venait la soigner. " . Quel beau portrait de femme, dont la folie d'aimer l'emporte sur la raison de vivre. Un roman qui évoque la mer comme un personnage majeur omniprésent et qui ne peut que me séduire...
mardi 21 février 2012
"Passions d' Annie Leclerc"
Sur une table de la médiathèque de Chambéry, un ouvrage de Nancy Huston m'attendait, je l'ai saisi car je ne l'avais pas encore lu. J'aime vraiment beaucoup l'oeuvre de cette écrivaine, née au Canada, française de coeur et de langue. Il faut lire et relire ses romans passionnants : "Instruments des ténèbres", "L'empreinte de l'ange", "Lignes de faille", "Dolce agonia". Le livre de Nancy Huston, "Passions d'Annie Leclerc" est en fait une biographie "sentimentale", un hommage vibrant, un parcours littéraire original. Il s'agit de deux femmes, l'une est vivante, écrivaine d'aujourd'hui et l'autre, la femme dont elle parle, n'est plus de ce monde. Cette femme s'appelait Annie Leclerc. Pour les féministes des années 70, Annie Leclerc avait écrit un livre-poème, "Parole de femme" en 1974, une ode à la féminité, à l'enfantement, aux soins des enfants, à la vie concrète, quotidienne des femmes, valorisant cette vie si décriée par les "fans" de Simone de Beauvoir, qui n'a pas eu d'enfant, volontairement pour ne pas se "sacrifier" et la dévier de sa grande oeuvre littéraire et philosophique. Annie Leclerc a donc contrarié les "intellectuelles" du mouvement féministe. Mais, à cette époque, j'étais libraire et j'ai vendu ce livre en dizaines d'exemplaires. J'ai retrouvé avec plaisir et émotion cette femme courageuse, foudroyée par un cancer en 2006, dans sa soixantaine. Nancy Huston revisite cette vie par chapitres : Prénoms, Lieux, Lire, Jouir, Mourir, Jean-Jacques, etc. Ces mots-clés permettent d' éclairer grâce à leur amitié lumineuse, la pensée, la philosophie, l'écriture, l'engagement, l'amour et l'amitié, en fait la vie d'Annie Leclerc. Je cite une phrase d'Annie Leclerc : "Les livres ont été pour moi le pays de l'humain. Les livres, les oeuvres d'art franchissent l'enfermement du nous, et tous, quand ils sont forts, s'adressent à nous tous en tant qu'humains. En eux circulent vraiment le sang de vie et non de mort". Ce livre écrit avec une émotion rare donne envie de se plonger dans les livres d'Annie Leclerc. Pour les anciennes militantes féministes comme moi, ce livre réhabilite avec ferveur la dimension poétique, philosophique d'une femme-courage, d'une oeuvre incomprise et occultée par la critique littéraire. Une femme-écrivain, Nancy Huston, redonne vie à une autre femme-écrivain, Annie Leclerc, toutes deux liées par l'amitié et la reconnaissance mutuelle. Très beau livre sur l'amitié féminine et sur la compréhension d'une oeuvre qui mérite d'être enfin reconnue.
lundi 20 février 2012
"La liseuse"
Ce roman de Paul Fournel a retenu toute l'attention bienveillante de Bernard Pivot dans le Journal du Dimanche et de François Busnel dans l'Express. Je l'ai lu sur leurs conseils souvent très justes. C'est l'histoire d'un éditeur quelque peu découragé et supportant avec fatalisme les transformations inévitables du monde de l'édition. Ce monde parisien peuplé de stagiaires fort mal payés évolue très vite au détriment d'une tradition séculaire bien ancrée dans le bons sens et le bon goût. Robert Dubois, notre éditeur fatigué de tous ces changements, se voit offrir une "liseuse", machine infernale, froide mais séduisante aussi par son côté "stockage"de milliers de livres. Quand Robert Dubois fait peser son "machin", je le cite : "Dans les gros doigts de René, c'est le poids définitif de la littérature mondiale. 730 grammes. Hugo + Voltaire + Proust + Céline + Roubaud, 730 grammes. Je vous rajoute Rabelais ? 730 grammes. Louise Labbé ? 730 grammes." Cet outil révolutionnaire, la tablette électronique, le perturbe totalement et lui donne envie de fuir ce milieu de l'édition. Ce roman nostalgique d'un monde perdu a touché ma fibre de lectrice "traditionnelle" de papier. Paul Fournel nous confie ses peurs mais aussi ses bonheurs dans le milieu littéraire et il défend des valeurs liées à la lenteur, l'authenticité, la qualité et la non-marchandisation de la littérature. Je choisis encore un passage à la fin du livre, extrait significatif du style de Paul Fournel : "Je suis un homme livre. Ma muraille me protège. Et je lis pour, lentement, posèment, la détruire. Je prendrai les briques sans ordre ni précipitation, la lecture viendra selon son propre hasard et je sais que l'ordre sera le bon. Laissés en liberté, les livres ne se trompent guère. (...) Lorsque j'aurai terminé la lecture du dernier mot de la dernière phrase du dernier livre, je tournerai la dernière page et je déciderai seul si la vie devant moi vaut encore la peine d'être lue." Ce roman concerne tous ceux et toutes celles qui ont envie de découvrir la comédie du milieu de l'édition et qui partagent la crainte de perdre des repères rassurants pour entrer dans un monde nouveau, celui de la lecture électronique...
vendredi 17 février 2012
Mon stylo rouge
Mylène, notre animatrice de l'atelier d'écriture, nous a demandé de composer le journal intime d'un objet. Elle nous a lu un texte d'Hervé Le Tellier sur un gant de toilette, plein d'humour et de malice. Après avoir établi une liste d'objets de notre quotidien le plus familier, chaque participante devait en choisir un et écrire le journal de cet objet. Voici mon texte : Le stylo rouge
Lundi
Je suis rouge, d'origine étrangère, portugais en fait car ma maîtresse m'a rencontré à Lisbonne dans un musée. Depuis, on ne se quitte plus, on s'aime vraiment. Elle m'emporte partout où elle va dans son sac à main, et elle respecte mon temps de repos, la nuit, sur son bureau.
Mardi
Je me sens en forme ce matin mais mon copain, l'agenda, me demande souvent des notes pour pallier la défaillance de mémoire de ma patronne qui veut absolument ne rien oublier. Pensez donc ! Elle est à la retraite, et pourrait oublier cet agenda... A quoi bon l'utiliser ? Elle n'a plus de rendez-vous importants et ne fait plus carrière. J'ai donc décidé, moi, le stylo, de faire la guerre à ce prétentieux monsieur l'agenda, obsolète et inutile, aujourd'hui.
Mercredi
Le chat de la maison, crétin et coquin, a grimpé sur le bureau et d'un coup de patte, il me jette sur le tapis. Il m'a fait mal, cet animal... Je me vengerai bien un jour !
Jeudi
Ma patronne me cherche partout. L'angoisse se lit sur son visage. Je me sens irremplaçcable et ne peut pas crier : je suis là dans le tapis épais du salon.
L'agenda rit sous cape...
Vendredi
Je sens une main qui m'a enfin repéré et je suis soulagé de reprendre ma vie de scribe. Ce repos forcé m'a engourdi l'encre. Heureusement, je suis l'unique objet des désirs de ma chère maîtresse qui me fourre dans son sac pour rejoindre un groupe d'amateurs d'écriture. Quelle drôle d'idée !
Samedi
Je me love avec volupté dans son sac en cuir gris. Nous partons ensemble à l'atelier et quand elle s'empare de moi, je file sur la page blanche tel un petit soldat. Je mets tout mon talent pour fixer les mots qu'elle choisit. Et les mots s'enchaînent, se suivent les uns les autres pour composer un texte qu'elle va lire devant cette assemblée d'amoureux d'écriture. Je suis heureux d'avoir accompli ma tâche et je me repose à nouveau dans son sac.
Dimanche
Repos complet, pas d'écriture le dimanche, je me prélasse sur son bureau en compagnie du chat qui me respecte dorénavant, comprenant enfin mon rôle éminent dans l'atelier !
Lundi
Je suis rouge, d'origine étrangère, portugais en fait car ma maîtresse m'a rencontré à Lisbonne dans un musée. Depuis, on ne se quitte plus, on s'aime vraiment. Elle m'emporte partout où elle va dans son sac à main, et elle respecte mon temps de repos, la nuit, sur son bureau.
Mardi
Je me sens en forme ce matin mais mon copain, l'agenda, me demande souvent des notes pour pallier la défaillance de mémoire de ma patronne qui veut absolument ne rien oublier. Pensez donc ! Elle est à la retraite, et pourrait oublier cet agenda... A quoi bon l'utiliser ? Elle n'a plus de rendez-vous importants et ne fait plus carrière. J'ai donc décidé, moi, le stylo, de faire la guerre à ce prétentieux monsieur l'agenda, obsolète et inutile, aujourd'hui.
Mercredi
Le chat de la maison, crétin et coquin, a grimpé sur le bureau et d'un coup de patte, il me jette sur le tapis. Il m'a fait mal, cet animal... Je me vengerai bien un jour !
Jeudi
Ma patronne me cherche partout. L'angoisse se lit sur son visage. Je me sens irremplaçcable et ne peut pas crier : je suis là dans le tapis épais du salon.
L'agenda rit sous cape...
Vendredi
Je sens une main qui m'a enfin repéré et je suis soulagé de reprendre ma vie de scribe. Ce repos forcé m'a engourdi l'encre. Heureusement, je suis l'unique objet des désirs de ma chère maîtresse qui me fourre dans son sac pour rejoindre un groupe d'amateurs d'écriture. Quelle drôle d'idée !
Samedi
Je me love avec volupté dans son sac en cuir gris. Nous partons ensemble à l'atelier et quand elle s'empare de moi, je file sur la page blanche tel un petit soldat. Je mets tout mon talent pour fixer les mots qu'elle choisit. Et les mots s'enchaînent, se suivent les uns les autres pour composer un texte qu'elle va lire devant cette assemblée d'amoureux d'écriture. Je suis heureux d'avoir accompli ma tâche et je me repose à nouveau dans son sac.
Dimanche
Repos complet, pas d'écriture le dimanche, je me prélasse sur son bureau en compagnie du chat qui me respecte dorénavant, comprenant enfin mon rôle éminent dans l'atelier !
jeudi 16 février 2012
"Stabat mater"
Ce titre musical, "Stabat mater", m'a attiré d'emblée. Tiziano Scarpa, jeune écrivain italien, a composé un opus délicat, très bien écrit, une partition vivaldienne. C'est l'histoire d'une orpheline, Cecilia, confinée dans un couvent à Venise. Cecilia a seize ans et elle dialogue avec un être imaginaire pour raconter sa vie routinière dans cette pension triste, tenue par des religieuses. Au tout début du livre, elle écrit une lettre à sa mère qui l'a abandonnée. "Madame Mère, au coeur de la nuit, je quitte mon lit pour venir, ici, vous écrire. Rien de nouveau, cette nuit encore, l'angoisse m'a assaillie. La bête m'est familière maintenant, je sais lui tenir tête. Ma désespérance n'a plus de secret pour moi." Elle joue du violon dans l'église et copie des partitions. Un musicien de génie, Vivaldi, intervient dans le personnage du prêtre roux et cette présence va changer la vie de Cecilia. Le prêtre-musicien va remarquer le talent de la jeune pensionnaire et va lui proposer de jouer en solo pour interpréter ses concertos. Ce roman sur la musique au temps de Vivaldi est un bijou littéraire. Je le conseille à tous ceux qui aiment écouter la musique sublime de ce compositeur surtout célèbre pour ses "Quatre saisons" mais qui a composé des centaines de concertos, de sonates et d'opéras, peu connus du public. Cecilia et lui se reconnaissent en "musique". L'intrigue compte peu dans le roman. On se laisse envahir par la prose fiévreuse et passionnée de Tiziano Scarpa. Lisez le roman en écoutant du Vivaldi, des moments sonores de pur bonheur et savourez cette prose incandescente qui rend hommage à la musique !
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