Gaëlle Josse dédicace son roman à "tous ceux qui tombent". Ses lecteurs et ses lectrices très fidèles à son œuvre apprécient son immense empathie envers ses personnages et vont la retrouver dans son dernier opus, "Ce matin-là", publié chez l'éditeur, Noir sur Blanc, en 2021. Ce "matin-là" fatidique, la battante Clara, une employée modèle dans une banque, n'arrive pas à démarrer sa voiture. Cette panne subite et inattendue va provoquer chez elle une panne de son être. Elle s'effondre littéralement, le moteur de sa vie ne la propulse plus dans la réalité sociale. Plus d'énergie, plus de ressort, le vide existentiel. Elle consulte un médecin qui lui donne quelques jours de congé maladie. La jeune Clara commence à comprendre que son travail ne lui apporte plus aucune satisfaction : "Mais, depuis un moment, elle n'a plus envie. Une lassitude sans se l'avouer. Un ressort détendu". Elle refuse de jouer le jeu de l'employée corvéable, "positive" et "corporate" avec un fort potentiel. Quand elle écoute son manager les incitant à sortir du rang, "Vous êtes des samouraïs, des guerriers", Clara ne supporte plus ce discours managérial, ce cynisme d'entreprise qui utilise les salariés comme des conquérants de la vente. Elle a constaté qu'elle mettait en danger des clients qui s'endettaient pour la vie. Cette comédie d'entreprise rebute la jeune femme. Sa dépression la paralyse et la maintient dans une inertie éprouvante : se réfugier dans son lit, ne plus manger, ne plus voir personne, ne plus affronter un réel trop stressant. Ses parents ne savent rien, ni son frère. Ses collègues ignorent aussi le malaise qui la ronge. Son compagnon, Thomas, l'abandonne malgré sa bonne volonté. Il pensait connaître une jeune femme triomphale et se retrouve avec une jeune femme défaite. Clara s'enfonce dans l'isolement mais, un jour, elle reprend contact avec sa meilleure amie, mariée à un agriculteur et infirmière à domicile. Elle part donc chez eux et reprend un regain de courage grâce à l'amitié sans faille de son amie Cécile. Cette visite va lui procurer un certaine distance sur sa dépression car elle remarque les difficultés de son amie pour survivre économiquement. Cécile l'encourage à changer de vie. Cette idée va germer et se concrétiser. Va-t-elle vaincre cette descente en enfer que certains nomment d'un mot anglais (encore un) un burn-out ? La mise entre parenthèses de sa vie lui permet enfin de prendre une décision libératrice. Cette histoire assez convenue et traitée souvent dans les romans contemporains se révèle touchante et vraie. Clara symbolise tous ceux et toutes celles qui ont vécu un effondrement psychologique et ce roman-miroir écrit avec une délicatesse rare se lit avec une empathie partagée. Gaëlle Josse a déclaré : "J'ai voulu écrire un livre qui soit comme une main posée sur l'épaule". Ce roman discret et intimiste se lit comme on écoute une petite sonate de Schubert...
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 11 mai 2021
lundi 10 mai 2021
"Armen"
Hélène Gestern retrace la vie d'un poète peu connu, Armen Lubin (1903-1974), dans un ouvrage particulièrement imposant de presque 600 pages, intitulé tout simplement "Armen", publié chez Arléa en mars 2020. Passé quasi inaperçu l'année dernière, ce livre, par sa densité, peut effrayer un lecteur pressé. D'ailleurs, il faut le lire avec une certaine lenteur. Armen Lubin, né Chahnour Kérestédjian, à Constantinople, a survécu aux persécutions turques pendant le génocide arménien. Il s'est réfugié en France en 1923. Ce poète était édité chez Gallimard et un recueil de ses poèmes a paru en 2005 dans la prestigieuse collection "Poésie/Gallimard". L'écrivaine s'est emparée de cette figure littéraire, un expatrié malheureux en le considérant comme un frère en souffrance. Il la connaissait bien cette souffrance car il était atteint d'une horrible maladie, la tuberculose osseuse, nommée le mal de Pott. L'écrivaine décrit cette douleur permanente, vécue avec un stoïcisme exemplaire : "L'écriture l'enserre, le fragmente, le décortique, le recompose, un peu comme ces cellules qu'on nettoie de leur charge virale avant de les réutiliser pour leur donner vie". A Paris, il fréquente malgré tout les surréalistes et les symbolistes. Sa terrible maladie l'oblige à se soigner dans divers sanatoriums dont celui de Bidart en Côte basque. Souvent, l'écrivain demeure le seul lettré de ces hôpitaux et entretient des relations épistolaires intenses avec de nombreux malades rencontrés lors de ses cures. La narratrice compose sa biographie d'Armen Lubin en la combinant avec la sienne, une audace littéraire d'une grande originalité. Pourtant, elle manque d'informations sur lui, à peine quelques photos, quelques correspondances, de rares archives. Un écrivain contemporain évoque un écrivain du passé, une fraternité retrouvée, un éloge de la poésie et de la création littéraire. Ils partagent cette passion de l'écrit et une mélancolie rêveuse. Les quatre-vingt chapitres alternent les deux destins, celui d'Hélène et celui d'Armen. Le milieu littéraire (Jean Follain, Jean Paulhan, Henri Thomas) de l'époque soutenait le poète en toutes circonstances. Cette enquête biographique très fouillée rejoint le ressenti de l'écrivaine sur sa vocation, vécue comme une expérience transcendant la douleur. Ce dispositif biographie-autobiographie oscille entre les deux existences "où résonnent les questions de l'exil, de la souffrance, de l'amour, du rapport à l'écriture". Hélène Gestern se reconnaît dans le destin d'Armen Lubin : "Reconnaître sa douleur dans les mots des autres, c'est se sentir moins fou et moins seul". Evoquer ce poète rappelle à Hélène Gestern le propre destin de sa famille apatride : "Nous sommes habités par les morts. Ils nourrissent notre vie, mais pourraient nous emprisonner dans leurs ténèbres si l'on n'y prend garde". La littérature ressemble pour l'écrivaine à un travail d'ébéniste : "Je fabrique des morceaux de récits, je coupe, je taille, j'assemble, je fixe, je polis". Le texte finit par composer un meuble à plusieurs tiroirs où le lecteur choisit celui qu'il préfère ouvrir. Hélène Gestern réussit un double pari : faire connaître un poète secret, oublié et s'exposer elle-même dans sa passion de l'écriture, présentée comme une archéologie de soi. Cet ouvrage ambitieux mérite toute notre attention. Réhabiliter Armen Lubin représente déjà un acte complet de générosité en sortant de l'oubli un pan de la littérature française des années 50. Il y a tellement d'écrivains oubliés, perdus de vue, engloutis par l'indifférence du public ! Hélène Gestern sort de l'oubli une grande période de la littérature française des années 50 en la personne d'Armen Lubin.
vendredi 7 mai 2021
"Quand je n'aurai plus d'ombre"
L'éditeur Actes Sud présente Adriaann van Dis comme "l'auteur d'une œuvre considérable à travers laquelle s'impose une voix majeure de la littérature néerlandaise". J'ai découvert cet écrivain après avoir lu une bonne critique dans le Monde des Livres sur son dernier roman, "Quand je n'aurai plus d'ombre", paru en avril 2020. Une mère très âgée et malade demande à son fils de l'aider, une aide spéciale car elle compte sur lui pour abréger sa vie. Les relations entre cette mère qui cache beaucoup de secrets et ce fils sexagénaire ne semblent pas apaisées, ni franchement aimantes. Il accepte sa demande à une seule condition : la révélation de ses secrets. Alors, s'engage un huis clos et un drôle de duo entre une mère et son fils, entre un passé trop opaque et un présent trop cruel. A l'âge de seize ans, Le narrateur (double de l'auteur) a tenté de voler la clé d'un coffre où sa mère avait déposé des papiers mystérieux sur sa vie. Mais, elle s'est agrippée comme une désespérée et a repris la clé à son fils après une bataille enragée. Trois mois plus tard, le jeune homme quitte le foyer et ne verra sa mère que trois fois par an avec quelques appels téléphoniques sporadiques. A 90 ans, sa mère se retrouve dans une maison de retraite. Entre temps, elle a perdu ses deux maris, ses deux filles. Sa troisième fille vit en Italie et son fils à Paris. Cette femme âpre, dure et amère est née dans une famille de grands propriétaires terriens. Dans les années 20, Marie a fui cette famille étouffante en épousant un élève officier ("caramel" comme elle le définit) d'une école militaire toute proche. Elle a suivi son mari aux Indes néerlandaises, l'actuelle Indonésie. Il lui donnera ses trois filles, mais la vie dans ces Indes colonisées ne s'avère pas facile : racisme, mépris des uns et des autres, la guerre et le camp japonais des prisonniers. Elle perd son mari, se rapatrie en Hollande avec son deuxième mari. Adriaann, le narrateur, naîtra de cette union. Après la mort de celui-ci, elle se replie sur elle, sur la magie des plantes et sur les livres ésotériques. Le fils découvre cette vie par bribes dans le désordre des souvenirs parfois confus de cette mère en fin de vie. Ce fils si démuni face au caractère invivable de Marie veut absolument découvrir les non-dits de sa vie. Il la prend en charge, veille sur elle, la soigne, la lave même. Il appelle sa sœur qui vient enfin à l'aider à assumer cette fin difficile. Cette femme rebelle et aventurière s'est enfermée dans une colère sans issue et "vieillir, c'est aussi une guerre", dit-elle à son fils. Même au seuil de son départ, elle ne lâche pas prise malgré la présence de ses deux enfants. Ce roman original et puissant ne fait aucune concession à la légende familiale, qui suppose souvent un un amour réciproque entre parents et enfants. Adriaan van Dis offre dans ce texte une analyse subtile, lucide et forte sur une relation chaotique, celle d'un fils mal aimé par une mère cabossée par la vie. La littérature venue du Nord de l'Europe frappe souvent par sa force romanesque... Une lecture un peu rude parfois mais percutante !
jeudi 6 mai 2021
Revues mensuelles
Les revues sur papier ont un grand mérite : elles peuvent rester sur une petite table de salon, ou sur une table de chevet pendant des jours. Je ne les lis pas en continu mais par "sauts et gambades" dirait Montaigne, selon mon humeur du moment. Ces lectures parcellaires répondent à mes curiosités permanentes : la littérature et la philosophie. Le mensuel, Philosophie Magazine, propose dans son numéro de mai, un sujet intéressant : "Faut-il toujours viser l'utile ?" dans le contexte actuel où l'existence est "entièrement dévolue à des tâches essentielles comme manger, dormir, travailler, s'occuper des enfants". La revue revient sur l'utilitarisme expliqué par Catherine Audard. Alexandre Lacroix, directeur de la rédaction, vient d'écrire un essai, "Comment ne pas être esclave du système ?" où il avance des idées sur le post-utilitarisme : "Maximise ton utilité ou ton profit, mais sous contrainte d'idéal". Le dossier comporte aussi un duo de philosophes sur ce sujet, Peter Singer et Michael Sander. Dans ce numéro printanier, on peut aussi lire un entretien avec Robert Badinter, un portrait de la féministe "qui ne manque pas d'air", Luce Irigaray, et un article passionnant de Frédéric Schiffter sur le pessimisme chic où il évoque en particulier Clément Rosset, un des philosophes français les plus stimulants. Clotilde Leguil, philosophe et psychanalyste, nous invite à revisiter Jean-Jacques Rousseau en ces temps incertains de la pandémie. Un sommaire toujours aussi riche et ambitieux pour tous ceux et toutes celles qui se posent des questions et trouvent parfois des réponses grâce à la philosophie. Lire-Magazine littéraire de mai affiche sur sa page de titre un dossier sur la "graphologie des grands écrivains", une enquête sur les secrets de l'Iliade et l'Odyssée, un grand entretien avec Erik Orsenna sur Beethoven, un article sur les années "facho" de Yann Moix. On trouve les rubriques habituelles concernant les nouveautés du moment. Depuis que les deux revues littéraires ont fusionné, j'avoue que je ne retrouve pas la qualité d'antan du Magazine Littéraire qui proposait des articles plus fouillés, plus érudits, plus sérieux, plus littéraires dans le sens noble du terme. En parcourant la revue dans son format actuel, je constate l'irruption du phénomène "raccourci". Tous les textes semblent courts et légers pour éviter l'effort de lecture, pour ne pas intimider, pour ne pas "donner mal à la tête"... Bientôt les journalistes écriront avec des smiley ou des dessins... C'est révélateur d'un remplacement générationnel au sein des rédactions. Je prends un coup de vieux terrible sur ma tête quand je remarque ces changements... Tant pis pour moi, je finirai par ne plus les lire mais, je m'accroche car il faut bien accepter avec sagesse le temps qui passe !
mercredi 5 mai 2021
"A la recherche de Milan Kundera"
Ariane Chemin, journaliste au journal Le Monde, semble fascinée par Milan Kundera. Elle lui consacre un livre reportage, "A la recherche de Milan Kundera" aux Editions du Sous-Sol, paru en avril. Paradoxalement, elle ne le rencontrera pas car cet écrivain déteste la célébrité, la mise en scène de soi-même, la transparence médiatique. Agé de 92 ans, il vit avec sa femme Vera, toujours dans le même appartement à Paris au bout d'une impasse du 7e arrondissement. La journaliste le croise parfois dans ce quartier et rêve d'obtenir un rendez-vous pour un entretien : "Je le connais. J'ai souvent aperçu la longue silhouette de Milan Kundera accrochée à celle de Véra, sa femme depuis plus de cinquante ans. Deux corps aussi bouleversants que leurs vies de tourments à travers les siècles et les frontières, deux âmes sœurs enroulées l'une à l'autre dans un même destin, comme condamnés à vivre et à mourir enchaînées". Milan Kundera appartient à cette catégorie d'écrivains qui se méfie des médias, de la gloire littéraire, des apparences trompeuses. Avant lui, Julien Gracq, Maurice Blanchot, Beckett vivaient cachés et apparaissaient rarement dans la "vidéosphère". Milan Kundera a définitivement choisi de s'effacer devant son œuvre et dans l'édition de sa Pléiade, il n'a donné aucune biographie officielle. Ariane Chemin le qualifie de "disparu volontaire" et seuls, ses livres demeurent. Elle rappelle sa "timidité, son goût du silence". Cet écrivain érige "l'intimité en valeur suprême". Cette préférence pour la vie secrète vient peut-être de sa jeunesse où il a vécu dans une société communiste, collectiviste, étouffante comme dans la Tchécoslovaquie des années 50. Obsédé par son invisibilité sociale, l'écrivain se refuse à tout entretien : "je n'aime pas faire le mélodrame de ma vie" et Ariane Chemin ajoute qu'il a "posé des scellés sur la sienne". La journaliste relate, sur un plan chronologique, la vie de l'écrivain et de sa femme depuis Brno et Prague, leur fuite en voiture de leur pays et leur installation jusqu'à Rennes et Paris. La journaliste révèle quelques éléments de leur vie quotidienne : les voyages du couple dans les îles, les amitiés, les relations dans l'édition, les activités professionnelles. La journaliste est partie sur ses traces à Brno, à Prague, à Rennes et à Paris. Véra semble prendre une place essentielle dans la vie de Milan Kundera : interprète, garde du corps, épouse et amie, gestionnaire de sa vie quotidienne. Cet ouvrage ne révèle aucun secret, ni aucune information fracassante. A travers cette enquête documentée et illustrée de photographies, Ariane Chemin rend un hommage à ce couple singulier, unique et fascinant. Milan Kundera a choisi la France pour nous enchanter avec ses romans et ses essais depuis cinquante ans !!! Longue vie à ce Monsieur, notre plus grand écrivain vivant contemporain ! Et il n'a toujours pas reçu le prix Nobel de littérature. Quel gâchis...
mardi 4 mai 2021
"Le dernier été en ville"
Gianfranco Calligarich, écrivain italien, a grandi à Milan et s'est installé à Rome en tant que journaliste et scénariste. Gallimard a choisi "Le dernier été en ville" publié dans son pays en 1973. Ce roman culte retrace la vie d'un jeune Milanais, Léo Gazzara, en proie à une crise existentielle : "Mes amis avaient des idées très précises, obtenir un diplôme, se marier et gagner de l'argent, mais cette perspective me répugnait". Son départ à Rome dans les années 60 ressemble à une fuite, loin de sa famille milanaise. Il mène une vie bohème dans cette ville magique, mais d'une magie maléfique. Sa "dolce vita" va donc se dérouler dans un milieu d'artistes, d'aristocrates déchus, d'intellectuels cyniques : "Des gens qui erraient comme moi, essentiellement des intellectuels aux têtes de réfugiés et aux yeux pleins d'attente". Il erre dans les soirées de fête arrosées à l'alcool et sa dérive nocturne se déroule dans une ville hallucinante de beauté. Léo cherche avec désespoir une raison de vivre. Il tombe amoureux d'une femme belle et fantasque, Arianna, avec laquelle il ne parvient pas à vivre un amour serein et solide. Sa quête amoureuse s'adresse aussi à la ville qui porte en elle "une ivresse particulière qui brûle les souvenirs". Il trouve un emploi précaire dans le journalisme sportif, traverse la nuit avec des amis occasionnels, s'agrège à des rencontres mondaines stériles. L'écrivain emploie un adjectif surprenant, "brancal", un concept pour définir une attitude d'un jeune homme sans désir, sans idéal, qui se laisse porter au gré des vents. Le trentenaire, grand lecteur de Proust, est habité par un désenchantement existentiel que rien ne n'atténue vraiment, ni l'amour d'Arianna, ni les relations amicales. Son âme ressemble aux murs délabrés des vieux palais romains dont il décrit la beauté troublante. Ce roman fellinien évolue comme une pérégrination cinématographique, du Campo di Fiori à la Piazza Navone, en passant par celle Del Popolo jusqu'au bord de mer. Cette déambulation urbaine donne au roman une ambiance mélancolique de rêve et de poésie. Pourtant, Léo cultive un certain amour de la vie dans ses contacts sensuels avec cette cité trois fois millénaire. Mais, Arianna, la fugitive proustienne, échappe sans cesse à son appel : "Elle arriva avec moins de vingt minutes de retard sur le trottoir écrasé de soleil. Ses talons s'enfonçaient dans mon cœur". Ce premier roman d'une clarté sombre scintille comme un diamant noir où chaque instant se vit dans une attente d'un bonheur introuvable. Rome est peut-être le personnage principal et évidemment fascinant de ce premier roman au parfum nostalgique des années 70. Un roman à découvrir pour Rome, évidemment...
lundi 3 mai 2021
En liberté surveillée
Bientôt, l'étau va enfin se desserrer même si certains spécialistes médicaux auraient préféré nous confiner encore et encore. Pourquoi pas pendant des années ! La mi-mai va enfin prendre un air du monde d'avant avec l'ouverture des terrasses, des cinémas, des musées, etc. Je ressens un certain soulagement avec la décroissance des cas et des malades. On a tous besoin de prendre l'air à plus de dix kilomètres de chez soi. Cet après-midi, j'ai fêté cet événement en me promenant sur les bords du lac du Bourget à Aix-les-Bains à quinze kilomètres de Chambéry. Quel plaisir de retrouver ces paysages, mes cabanes de livres, le jardin vagabond, la baie de Mémard, les cormorans, les voiliers ! J'admire la discipline exemplaire de la majorité des Français et des Françaises, presque tous rangés chez eux à partir de 19h ! Je m'imagine bientôt avec un verre de vin blanc devant l'océan au moment du sacro-saint apéritif que les Français apprécient particulièrement, surtout dans ce doux pays aquitain. J'ai lu récemment Vladimir Jankélévitch qui exprimait bien cette idée de liberté dans son ouvrage, "L'irréversible et la nostalgie", paru dans la collection Champs de Flammarion. Il écrit : "La possibilité de se mouvoir a toujours été considérée par les hommes comme la plus précieuse et la plus caractéristique de toutes les libertés. (...) Et cette liberté est pour l'homme une latitude aussi élémentaire et aussi vitale que l'oxygène atmosphérique". Depuis que le Covid a fait son apparition (plus d'un an !), nous expérimentons une mobilité réduite (très profitable pour la diminution de la pollution, au moins les écolos sont contents). Cette traversée un peu interminable de la menace virale pèse sur nos nerfs, sur notre moral. Encore quelques jours d'attente et nous allons retrouver une vie normale en plusieurs étapes. Le 19 mai, je vais au musée, au cinéma, au restaurant ! Une nouvelle réjouissante à mes yeux, la chappe de plomb va enfin s'effondrer et libérer notre énergie. Evidemment, on a tous perdu un peu de vue tous ces plaisirs culturels et chacun de nous pouvait éprouver un sentiment étrange de vivre dans un nouveau monde, digne d'une série américaine dystopique où la culture a disparu. Au fond, à force de privations, on finit par s'habituer à ce présent encagé. Rappelons-nous cette existence légère où l'insouciance régnait sans lavage des mains, sans port de masque, sans mettre de la distance entre soi et les autres. Cette vie empêchée va-t-elle revenir ? Le vaccin va nous sauver même s'il faut renouveler sa prise tous les six mois. Je suis preneuse... Même notre Président s'est rendu compte que l'on ne pouvait pas vivre éternellement confiné. C'est une très bonne nouvelle.