Je pense à ce concept de Nietzsche, "l'éternel retour", quand j'ai écouté avec attention l'allocution solennelle de notre Président. Ce virus s'en va et revient, repart et réapparait : un ennemi stratège qui donne le vertige, un vertige qui nous tourne la tête encore pour un bon moment. En avril, il faut donc se priver de quelques belles balades à plus de dix kilomètres de chez soi et surtout ne pas transgresser les frontières intérieures. Ce virus nous intime l'ordre de rester dans sa chambre ! Pascal serait très heureux de vivre cette drôle d'époque car il a bien déclaré que "Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre". En ce temps de confinement, nous allons garder "la chambre", nidifier comme font les cygnes en ce moment au lac du Bourget. Cultiver l'art de s'arrêter un moment, faire une pause dans mon quotidien, me retrancher derrière mes murs de livres avec la musique. Prendre son temps, ralentir son tempo. Ce temps "immobile" peut aussi apporter un besoin de protection, un abri loin de la folie virale. Mais il faut penser aux salariés qui continuent leur galère dans le métro ou ailleurs, aux jeunes gens privés de relations, aux enfants contraints de rester chez eux sans vie sociale. La retraitée que je suis bénéficie de ce privilège : pouvoir s'isoler sans perdre un travail et rester à l'écart du danger mortel que représente le Covid-19. Je rentre dans ce tunnel temporel d'un mois avec une dose de sagesse nécessaire à la Sénèque ou à la Marc-Aurèle... Et dans un mois ou plus, la vie normale va peut-être revenir. Avec le vaccin en soi, je peux rêver de partir loin, d'aller au restaurant, au cinéma, de savourer à nouveau des rencontres, etc. Tout un programme alléchant et excitant. Pendant ce mois printanier, le jardin (quand on a la chance de vivre dans une maison), offre un spectacle réjouissant avec la glycine fleurissante, les hortensias en feuilles, la pelouse verdissante, le soleil resplendissant. Présence d'une nature en éveil, présence de la culture à travers livres et musique, présence d'un espoir en soi, celui de vivre une existence normale, une vie de liberté quand personne ne se rendait vraiment pas compte que sortir après 19h n'était pas répréhensible, que se réunir entre amis ne suscitait pas la réprobation, que voir sa famille relevait du banal heureux. Encore un effort, nous demande notre Président, trente jours dans une vie humaine, allez, ce n'est pas une catastrophe ! Mais, le doute s'installe toujours un peu plus en nous et si cette crise durait, durait, durait comme un éternel retour ? Ce cauchemar n'aura pas lieu. Notre Président l'assure : le 15 mai, ce sera enfin terminé. Un espoir vain ou une réalité possible ? Rendez-vous le 15 mai 2021...
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
vendredi 2 avril 2021
jeudi 1 avril 2021
"Suite en do mineur"
J'avais lu quelques ouvrages de Jean Mattern dont "Le bleu du lac" et "De la perte et d'autres bonheurs". Son univers feutré et intime m'avait bien convaincue de son talent d'écrivain. Il est publié chez Sabine Wespierser, une éditrice originale qui a fait connaître des voix singulières dans le panorama littéraire contemporain. Son dernier opus, et le mot convient parfaitement à ce texte musical, se nomme "Suite en do majeur", paru cette année. Le narrateur vient de fêter ses cinquante ans et son neveu lui a offert un voyage organisé à Jérusalem. Lui, le libraire, Robert Stobetzky, juif non pratiquant et l'homme le plus solitaire de Bar-sur-Aube, semble bien agacé par ces touristes insouciants et envahissants. Il croit reconnaître dans la foule, une silhouette familière qui lui rappelle une jeune femme avec laquelle il a vécu une histoire amoureuse intense et brève dans sa chambre d'étudiant à Paris pendant l'été 1969. Vingt-six ans après, il mesure son désarroi et son chagrin d'avoir perdu de vue Madeleine, la fugitive : "L'image que j'ai gardée de Madeleine se confond avec le profil aperçu à quelques mètres d'ici. C'est elle, et le seul doute que je veux bien admettre est de savoir si au bout de trente ans on est encore la même personne". Le narrateur se met alors à raconter cette liaison de trois semaines qui l'a marqué à tout jamais. Il se souvient de la soirée où il a assisté avec cette jeune étudiante le spectacle de "Hair", qui avait fait scandale à l'époque. Madeleine, sa jeune amante, disparaît et ne donne aucun signe de vie. Cette rupture l'enferme dans un désespoir latent qu'il n'arrive pas à surmonter. Il quitte Paris et rejoint son frère, orphelin comme lui, en Champagne. Il ouvre une librairie et se consacre exclusivement aux livres. Il découvre la "suite en do mineur" de Jean-Sébastien Bach, entendue par hasard à la radio. Il prend un pari fou : apprendre le violoncelle auprès d'un jeune professeur un peu fantasque pour interpréter cette suite si nostalgique. La nostalgie imprègne le texte tel un fil d'Ariane. Comment vivre avec cette épine au cœur ? Comment se relever de cette perte ? Il connaît cette douleur souterraine : "Je ne me serai pas senti, ce soir-là en l'attendant, plus orphelin que jamais. Mais ces vagues de tristesse qui nous frappent dans les moments les moins appropriés, c'est peut-être cela, le deuil". Le narrateur analyse subtilement les traces déposées par des rencontres fugaces, des empreintes indéfectibles. Ce roman ressemble bien à cette suite de Bach, ou à une sonate de Schubert : nostalgique et d'une beauté poignante. Jean Mattern rend hommage à la musique et à son pouvoir consolateur : "La musique, quand elle sonne juste, déplore et console en même temps, elle chante la beauté du monde et se lamente de notre solitude irréductible". Un beau roman lancinant et élégant.
lundi 29 mars 2021
"Nœuds de vie"
Je conserve un souvenir merveilleux d'une rencontre avec Julien Gracq, l'un de mes écrivains préférés. Je ne parle pas d'une présence physique, mais d'un coup de foudre littéraire quand j'ai ouvert pour la première fois de ma vie, "Le Rivage des Syrtes" que j'avais déniché par hasard dans une étagère d'une petite bibliothèque de quartier au Boucau, près de Bayonne. J'étais au lycée et cette lecture d'un inconnu total m'avait véritablement subjuguée. Pourtant, il ne se passe presque rien dans ce "Rivage des Syrtes", un roman de l'attente, mais la prose que je parcourais me racontait une histoire hors du temps avec des mots et un rythme qui tranchaient de mes lectures habituelles. J'ai senti que cet écrivain compterait pour moi. Je reviens vers sa Pléiade pour la beauté de sa langue, pour son univers singulier. Quand j'ai appris que son éditeur, la maison Corti, publiait en janvier un inédit de l'écrivain, "Nœuds de vie", je l'ai, évidemment, acheté en librairie les yeux fermés. Julien Gracq, dans son "splendide isolement", a refusé le prix Goncourt pour "Le Rivage de Syrtes" en 1951 et il s'est mis toute sa vie à l'écart des médias et du milieu littéraire parisien. Il refusait même que ces écrits soient publiés en livre de poche. Toujours fidèle à son village d'origine, Saint-Florent-Le-Vieil dans le Pays de la Loire, l'écrivain, ancien professeur d'histoire et de géographie, n'a cessé d'observer le monde : "Tant de mains pour transformer le monde et si peu de regards pour le contempler". A partir de 1954, il abandonna la fiction pour se consacrer à la prose fragmentaire dans ses "Lettrines", mêlant des souvenirs personnels, des descriptions de paysages, des commentaires de ses lectures. Ce récit, "Nœuds de vie", écrit dans les années 70, reprend la forme de ces ouvrages antérieurs avec quatre chapitres : "Chemins et rues", "Instants", "Lire", "Ecrire". Il constate la dégradation des paysages, d'une présence trop humaine comme une prémonition écologique : "Le moment approche où l'homme n'aura plus sérieusement en face de lui que lui-même, et plus qu'un monde entièrement refait de sa main à son idée - et je doute qu'à ce moment il puisse se reposer pour jouir de son œuvre, et juger que cette œuvre était bonne". Déambulations géographiques, découvertes touristiques, admirations littéraires, commentaires divers, l'écrivain manie aussi un humour distancé avec sa propre œuvre : "Je prends rang, professionnellement, parmi les survivances folkloriques appréciées qu'on signale aux étrangers, auprès du pain Poilâne, et des jambons fumés chez l'habitant". L'éditeur Corti nous promeut des carnets libérés en 2027. Il faut lire ce recueil de textes d'une écriture somptueuse pour retrouver le goût délicieux d'un langage rare et précieux, hélas, bien malmené aujourd'hui. Cet ouvrage, une pépite éditoriale, salué par la presse littéraire, donne envie de cheminer avec bonheur dans l'œuvre gracquienne. Lire Julien Gracq, c'est se retrouver sur un île unique d'images, d'impressions, de sensations et ce voyage dans ce beau pays, la littérature d'excellence, réjouit tous les amoureux(ses) de la langue française.
mercredi 24 mars 2021
"Tous les vivants"
C. E. Morgan, jeune écrivaine américaine, vient de publier son deuxième roman, "Tous les vivants" chez Gallimard, dans la collection Du Monde entier. Les deux personnages principaux, Orren et Aloma, se rencontrent à la sortie d'un lycée et tombent amoureux. Aloma est orpheline, élevée dans une école catholique où elle a appris le piano, une de ses passions. Orren, fils de fermiers, taciturne et un peu sauvage, vient d'hériter d'une vaste plantation de tabac, car ses parents viennent de mourir dans un accident de voiture. Il propose à sa jeune compagne de vivre avec lui sur cette terre aride et ingrate. Aloma accepte de partir avec lui. Dans la grande maison, elle se sent intimidée par la présence fantomatique des parents d'Orren, dans un décor inchangé et statique : "Face à elle se dressait un mur de visages, des photos encadrées disposées autour d'un manteau de cheminée noirci, une armée d'yeux du sol au plafond. Elle les étudia sans s'approcher. Pendant qu'ils examinaient en retour". La solitude du couple compromet leur entente et Aloma qui n'a pas renoncé au piano, va trouver un remède à son isolement en contactant le pasteur du village. Elle obtient le poste de pianiste de l'église et ce travail, hors de la ferme, lui donne une nouvelle énergie. Son compagnon se bat contre la sécheresse, cultive seul son tabac, se dévoue corps et âme pour survivre dans cette atmosphère aride. La lutte contre les éléments s'avère métaphorique car elle ressemble à la mésentente qui s'installe entre eux. Aloma est peu douée pour tenir la maison, cuisiner et soigner les poules. Cet univers à la Faulkner l'étouffe et l'enferme dans une amertume dépitée : "Le ciel planait au-dessus de sa tête comme la paume d'une main immense et vide, qui ne se rapprocherait jamais, ne toucherait jamais la terre". Elle se sent prisonnière dans cette demeure délabrée. Même sa passion sensuelle pour Orren ne calme pas son angoisse de la solitude. Le caractère ombrageux de son compagnon l'éloigne de lui. Les absences répétées d'Aloma pour le piano dans l'église génèrent une tension aigue dans le couple. Orren la soupçonne d'infidélité, d'autant plus qu'Aloma est attirée par le pasteur, cet homme plus âgé. Une tension extrême monte dans ce couple si peu assorti devant la difficulté de communication entre eux. Elle ne pense qu'au piano et lui se bat pour sa plantation, un combat entre le ciel et terre, un conflit entre deux désirs irréconciliables ? L'écrivaine américaine raconte dans ce roman terrien la dureté d'une vie dans ce Kentucky des années 80 où les personnages prennent une dimension mythique. Ces deux êtres perdus et orphelins arrivent malgré tout à créer un lien de survie. Les critiques ont comparé C. E. Morgan à Flannery O'Connor et Marilynne Robinson où dans leurs œuvres respectives, les thèmes du mal et de l'innocence sont abordés en filigrane. Ce roman original et percutant se lit avec beaucoup d'intérêt.
lundi 22 mars 2021
"Souffrir"
Ma bibliothèque privée abrite de nombreux trésors et j'ai saisi, un de ces derniers jours, l'essai de Chantal Thomas, "Souffrir" que je n'avais toujours pas ouvert. Il dormait tranquillement sur une étagère où je dépose tous les ouvrages à lire et j'en ouvre un de temps en temps au gré de mes humeurs et de mes intérêts du moment. Ce verbe "souffrir" m'inspirait en ce moment en ces temps perturbés de la crise sanitaire. Je restais encore sous le charme discret de sa prose fluide, rêveuse avec son dernier opus, "De sable et de neige", publié récemment. L'écrivaine possède l'art de la conversation qui est peut-être né dans sa culture de la littérature du XVIIIe siècle, un siècle passionnément fondateur de notre liberté. L'essai se compose de souvenirs personnels et d'analyse littéraire sur le thème de la souffrance. Dès les premières pages, le festival d'érudition commence avec des références cinématographiques et littéraires avec un de ses écrivains de prédilection, Marcel Proust. Comment résister à la souffrance : "Faut-il refuser la douleur par tous les moyens, la nier, la tourner en dérision, l'enfouir au plus profond de nos souterrains intérieurs, ou bien, l'accepter, lui donner une place dans nos images et nos désirs ?". Elle évoque Germaine de Staël, Julie de Lespinasse, Dostoïevski, Jean-Jacques Rousseau, Sacher-Masoch, Sade, Scott Fitzgerald, etc. En utilisant ces grands noms de la littérature, l'écrivaine place la souffrance au "cœur et au corps de la vie". Les chapitres autobiographiques révèlent une Chantal Thomas émouvante et digne héritière d'un Roland Barthes. Quand elle parle de ses parents, elle se souvient du climat pesant dans le couple : "Chacun, alors, se renfonçait un peu plus dans son aphasie et je sentais passer au-dessus de ma tête, comme des projectiles mats, comme des petites balles dures, les quelques paroles indispensables pour que tout se déroule normalement". Je partage avec elle le goût des bibliothèques dans ses voyages qu'elle visite toujours avec une curiosité d'historienne : "Les longs jours d'enfermement parmi les livres sont autant de gagné contre les dangers du monde, contre tout ce qu'il recèle d'immaîtrisable". Plus loin, elle ajoute : "Il y a une clarté de plage dans certains matins de bibliothèques". Cet ouvrage n'est pas un manuel de savoir-vivre à l'usage des dépressifs. Bien au contraire, ce texte d'une érudition élégante retrace le thème de la souffrance dans l'univers littéraire. En lisant Chantal Thomas, j'ai eu envie de découvrir "Corinne ou de l'Italie" de Germaine de Staël, relire Dostoïevski et Proust. Le miracle de la lecture consiste à rebondir d'un livre à un autre avec une curiosité insatiable. Elle termine son essai à Venise où elle ressent "une montée dans la joie". Au fond, pour l'essayiste académicienne, il me semble que le verbe souffrir n'appartient pas à son vocabulaire quotidien... Un essai revigorant et d'une délicieuse culture littéraire.
jeudi 18 mars 2021
"L'effet maternel"
A la bibliothèque de La Motte-Servolex, j'ai trouvé par hasard sur la table des nouveautés récentes, le récit de Virginie Linhart, "L'effet maternel", édité chez Flammarion en février 2020. Cette écrivaine et documentariste porte un nom connu dans le monde du gauchisme. Son père n'est autre que Robert Linhart, philosophe et militant politique, leader du courant maoïste, initiateur du mouvement des "établis", ces intellectuels qui renonçaient à leurs privilèges pour rejoindre les ouvriers dans les usines. Il a même témoigné de cette expérience dans un ouvrage culte, "L'établi", édité chez Minuit. Sa fille prend la plume pour la première fois en disant "Je" et ce témoignage s'ancre dans une franchise abrupte qui donne toute sa valeur dans ce portrait de famille entre un père trop absent et une mère trop envahissante. La narratrice règle ses comptes avec cette mère qui lui demande d'avorter quand elle annonce sa grossesse : "Et, c'est cette femme, qui brandissait haut et fort sa liberté sexuelle, son mépris des conventions, nous stupéfiant matin après matin, nous ses enfants, par ses conquêtes renouvelées, c'est cette femme qui hurle à la cantonade que j'aurais dû avorter parce que E. n'en voulait pas de ce gosse". La narratrice choisira d'élever cet enfant toute seule. Le ton est donné : sa mère d'un égocentrisme affiché préfère sa vie amoureuse intense à ses propres enfants. La petite Virginie grandit dans cette atmosphère libertaire et anarchique, héritée de la culture soixante-huitarde où le slogan "Il est interdit d'interdire" rythme le milieu de l'extrême-gauche. Elle raconte la mort de sa grand-père, le suicide raté de son père qui rentrera dans un silence obstiné, une démission existentielle à ses yeux. Etudiante à Sciences Po, Virginie quitte le foyer maternel et intègre une chambre de bonne à Paris. La jeune femme se construit loin de ses parents et subit des déceptions amoureuses. Elle rencontre un notaire sur lequel elle prépare un documentaire et tombe enceinte. Mais, il refuse la naissance de cet enfant. La narratrice découvre la maternité en élevant son bébé seule d'autant que sa mère a décidé d'adopter une petite fille à l'aube de sa cinquantaine. La narratrice sous emprise de sa mère finit par s'éloigner de ce lien toxique. L'écrivaine a déclaré dans la presse : "Je voulais dire comment, dans les années 1970 et 1980, grâce au féminisme et à la révolution sexuelle, nos mères se sont émancipées de l'asservissement dans lequel étaient tenues leurs propres mères. Certes, notre histoire familiale est particulière, mais il me semble qu'elle rencontre l'expérience commune des femmes". Elle précise aussi qu'elle ne rejoint pas la cohorte des enfants qui ont mal vécu cette période libertaire. Au contraire, ses parents lui ont donné le goût de la liberté, même avec excès. Ce témoignage raconte une histoire de famille un peu exceptionnelle dans une ambiance historique et sociologique, si proche pour moi (les années 68) et si lointaine, pour les jeunes générations. A découvrir.
mardi 16 mars 2021
Un triste anniversaire
Un an déjà... Des mots, une "novlangue", à la Orwell a contaminé notre langage courant depuis un an : coronavirus, Covid, virus, variant, distanciation sociale, masque FFP2, gel hydroalcoolique, patient zéro, taux d'incidence, gestes barrières, confinement, cluster, Astrazeneca, comorbidité, asymptomatique, écouvillon, etc. Je pourrais établir une liste à la Prévert ou à la Perec. Il existe d'ailleurs des lexiques spécialisés sur la pandémie que l'on trouve facilement sur google. Au moins, cette crise sanitaire aura enrichi notre vocabulaire quotidien en intégrant du médical. Quand j'étais confinée en mars dernier, je n'aurais jamais imaginé que le virus serait encore là, un an après, à roder autour de nous, à s'infiltrer dans nos vies comme un ennemi invisible, sournois, hypocrite. Certains épidémiologistes commencent à avouer que ce virus va muter et muter pendant de longues années. Comment vivre avec cette menace qui n'en finit pas de nous inquiéter ? L'Etat sauveur fait tout pour nous protéger. Mais, le manque des masques a déjà ébranlé notre confiance. Un an après, la lenteur de la vaccination accentue la déception des citoyens. La vie sociale s'est rétrécie, racornie comme une peau de chagrin : des liens familiaux plus rares, des amitiés plus lointaines, des sorties minimales pour assurer l'essentiel et une vie culturelle sans musée, ni cinéma. Mais heureusement, les librairies et les bibliothèques nous accueillent encore pour notre bonheur de lecteur(trice)... Maintenant, il faut s'adonner à la rêverie du futur, d'un futur qui prend du retard, une perspective qui s'éloigne. Il reste un problème de taille : à force de privations diverses, le désir de retrouver une vie meilleure s'est anesthésié tellement l'incertitude règne. Seul, le vaccin nous sauvera. Il faut sagement et docilement attendre son tour. Un an après, chacun peut ressentir un sentiment de lassitude résignée. Mais, nous ne sommes pas tout seuls devant ce drame, notre cher continent européen subit ce fléau et voir mes amis italiens confinés de nouveau suscite un élan de solidarité. Pour maintenir une certaine santé morale et tant que nous ne sommes pas encore confinés comme en mars dernier, profitons des balades dans la nature, autour du lac ou en montagne sans restriction de kilomètres, fréquentons les seuls lieux culturels ouverts, évitons d'attraper ce Covid redoutable avec ses quasi 100 000 morts (une hécatombe !), soyons encore un peu patients et rêvons d'un avenir où chacun portera une cuirasse vaccinale qui permettra un retour à une vie plus réjouissante !