lundi 25 avril 2016

Retour de Naples, 8

Je termine, avec ce huitième billet, mon périple en Campanie. Comme je poursuis l'apprentissage du grec ancien, je voulais visiter un des sites les plus prestigieux de la culture hellénistique, je veux parler d'une colonie de Grande-Grèce en Italie, Paestum. A une heure trente de Naples, il faut absolument découvrir ce site entre mer et collines dans un cadre naturel magique. Quand on sort de la gare toute simple et sans guichet, on marche sur une petite route ombragée. Et dès que j'ai aperçu le premier temple, j'ai compris que j'étais en communion avec mes chers Grecs. Sur un espace assez vaste, se tiennent trois temples majestueux qui portent des noms mythologiques : Héra 1, Hera 2 et celui d'Athéna. Je rappelle qu'Héra était l'une des plus grandes déesses de l'Olympe, fille de Cronos et de Rhéa. Divinité de la Terre féconde, de la Nature, elle est aussi l'épouse de Zeus. La mythologie grecque raconte la jalousie féroce d'Héra concernant les infidélités de son coquin de mari, le dieu des dieux... Se retrouver dans ce site très peu fréquenté en début avril procure un ravissement délicieux... J'avais l'impression de vivre au Ve siècle avant J.-C, dans un environnement d'une beauté rarement égalée dans mes voyages en Grèce. J'ai arpenté cette terre bénie des dieux avec une admiration fiévreuse... Après la promenade autour de ces temples grecs, j'ai visité le musée attenant qui possède des collections uniques provenant des tombes antiques environnantes. Après les vases grecs toujours aussi magnifiques, les poteries des femmes fleurs, les bas-reliefs (métopes) des temples, je suis restée longtemps devant le "must" du musée : la Tombe du Plongeur. Cette peinture grecque unique (475 av. J.-C.) représente l'allégorie du passage entre la vie et la mort. Dans un texte du Guide bleu d'Hachette, le plongeur est décrit ainsi : "Un simple trait, d'une pureté extrême, définit la silhouette du plongeur, isolé sur un fond blanc mat qui donne à l'espace une valeur illimitée et intemporelle." Paestum a gardé toute son aura et mérite vraiment sa réputation d'envoutement. Au temps de Goethe, c'était une étape initiatique pour tous ceux qui entreprenaient le Grand Voyage en Italie. Les temps ont bien changé, mais, l'esprit du lieu a survécu... Cette dernière visite m'a offert un beau cadeau : me retrouver simultanément en Italie et en Grèce, mes deux pays préférés...   

vendredi 22 avril 2016

Retour de Naples, 7

Après la découverte d'Herculanum, j'ai repris le train pour Pompéi. Dès que l'on sort de la gare, le site s'offre à nous après avoir passé la grille d'entrée. Il y avait beaucoup de monde dans le train et je craignais un afflux massif des touristes dans ce lieu si réputé. Dès que je vois une grappe de visiteurs, tous liés et attachés à une guide à drapeau, j'essaie de les fuir et de les éviter...  Pour Pompéi, on peut vite jongler dans l'espace et contourner les maisons où s'amassent les groupes (scolaires et séniors). J'ai donc arpenté les hectares avec une jubilation totale et souvent, je me suis retrouvée seule devant des fresques inouïes de beauté. Je ne vais pas donner relater l'histoire de Pompéi (il suffit d'aller voir Wikipédia...) mais je vais évoquer les moments les plus marquants. Marcher dans les rues pavées, c'est imaginer les chars et les passants se disputant l'espace étroit entre les trottoirs. Des dalles de pierre, en surplomb, (nos passages cloutés d'aujourd'hui), permettaient de traverser sans encombres. Certaines maisons sont fermées au public... Mais, le visiteur curieux, à l'affût des peintures, va de surprise en surprise. J'ai vu le forum civil, les temples de Jupiter et d'Apollon, la basilique, les thermes publics, la Maison du Poète tragique, l'amphithéâtre, la grande palestre, le petit théâtre, la caserne des gladiateurs, le temple d'Isis, etc. Dès que je rentrais dans un des espaces cités, je cherchais les traces des habitants dans leur mode de vie et j'ai vite remarqué l'existence des petits autels privés consacrés aux dieux lares, le lararium. Ces dieux du foyer devaient les protéger des influences néfastes. Bassins, fontaines, thermes montraient que les Pompéiens aimaient l'eau... Comme j'ai lu des textes sur leur mode de vie, j'aurais aimé partager un repas avec eux en goûtant des plats saupoudrés de garum, une mixture culinaire fort prisée des Romains. J'ai terminé mon parcours en visitant l'extraordinaire Villa des Mystères, une des constructions les mieux conservées. Quand on se retrouve devant ces fresques grandioses, d'une finesse inouïe, la visite prend toute son ampleur et le rouge "pompéien" éclate sous nos yeux. La beauté des femmes, la mise en scène mystérieuse autour d'une célébration d'un mariage ou d'un culte à Dionysos, la crainte éprouvée par les personnages peints en taille réelle, constituent l'un des chefs d'œuvre de la peinture campanienne. Je rêvais de Pompéi depuis longtemps, et voir ce site dans sa réalité est une expérience irremplaçable. j'ai vécu pendant quelques heures avec tous ces habitants, leurs fantômes erraient dans les pièces des maisons et dans les rues de la petite cité. Quand le Vésuve a commencé à gronder et à engloutir la ville, j'ai imaginé la vie douce brisée et la mort annoncée pour tous ces malheureux. Mais, ils ne pouvaient pas s'imaginer que des millions de visiteurs marcheraient dans leurs rues et entreraient dans leur maison, sans leur permission, près de 2000 ans après.... Ville mirage, ville miracle, une parcelle de l'Antiquité romaine, sous nos yeux, un retour aux origines dans notre berceau européen.

jeudi 21 avril 2016

Rubrique cinéma

Je rate rarement un "Téchiné" et j'ai donc vu samedi "Quand on a 17 ans" au cinéma l'Astrée de Chambéry. L'histoire se situe dans les Pyrénées, de nos jours, dans un paysage austère où la neige tombe souvent dans ce coin de montagne. Deux jeunes hommes, âgés de 17 ans, passent leur temps à se battre, à se chercher querelle, à se renifler, à s'éviter. L'un, Damien,  est un fils de famille. Sa mère (Sandrine Kiberlain) pratique la médecine et son père, militaire de carrière, est parti en Afrique. Tom vit dans une ferme perchée dans la montagne et ses parents l'ont adopté. Ce garçon métis cultive la singularité et la solitude. Il communie avec la nature et n'hésite pas à se baigner dans un lac gelé en pleine nuit. Ces deux adolescents n'ont rien en commun et leur hostilité agressive fait partie d'un jeu trouble. En fait, leur détestation partagée cache une attirance passionnelle. Marianne (la mère de Damien) va provoquer leur cohabitation car elle invite Tom chez elle à cause de l'hospitalisation de sa mère dont la grossesse se présente mal. Ils vont apprendre à se connaître et à s'accepter. Le père de Damien décède dans une opération sur le terrain et ce tragique événement va encore rapprocher les deux garçons. Tom révèle sa générosité en aidant la mère de Damien à affronter ce deuil subi. Damien comprend qu'il est attiré par son copain qui refuse avec violence une relation homosexuelle. Le cinéaste montre ce séisme intime, la découverte de sa sexualité surtout "quand on a 17 ans". Vont-ils finir par s'aimer tout naturellement sans les tabous sociaux, sans le regard des parents ? Marianne en toute sérénité accepte l'amour de son fils pour Tom. Il faut aller voir ce film électrique, passionnant et troublant. Ces deux adolescents palpitent de vie et d'énergie. Ils inventent une relation singulière qui commence par une attirance agressive et qui s'épanouit peut-être dans une harmonie amoureuse secrète... Un film plein d'émotion et de force.

mercredi 20 avril 2016

Atelier d'écriture

Mylène, notre animatrice toujours aussi motivée, nous a proposé mardi matin deux exercices : le premier était inspiré d'un poème de Claude Roy sur Venise et le deuxième d'un logo-rallye oulipien. Notre animatrice a une tendresse particulière que je partage pour ce poète, écrivain et critique très oublié par le milieu littéraire. Quel dommage ! J'appréciais son élégance stylistique, son pacte autobiographique, sa poésie accessible au plus grand nombre sans tomber dans la facilité. Je trouve indispensable de s'appuyer la littérature, sur la poésie pour nous donner un canevas d'écriture, une sorte de modèle à suivre. Personne n'atteindra le génie des écrivains, évidemment. Mais, jouer avec les mots, le style, le rythme, le vocabulaire, les images, nous permet de stimuler notre imagination. Il fallait utiliser le verbe "Donnez-moi" quatre fois, puis un "peut-être" et un verbe au futur à la fin du poème. Voici mon exercice :
"Dans le bleu immense,
Donnez-moi l'attente fiévreuse d'un ferry sous le soleil
un embarcadère bruyant résonne aux pas métalliques des passants,
Donnez-moi le Vésuve au loin,
les quais industrieux aux grues géantes et menaçantes,
la ville à étages s'efface et le bateau froisse les flots avec vigueur,
vole et s'envole presque,
Donnez-moi la lente avancée vers le port, le calme retrouvé,
les mouettes dansantes, les barques en partance,
et peut-être, le silence de l'île,
un vieil homme à sa fenêtre tirant sur sa cigarette,
une vieille femme derrière un drap blanc observant les passants,
J'inventerai une bulle de sérénité,
une Ithaque fantasmée
loin du chaos napolitain,
Procida."
 
Le deuxième exercice devait s'élaborer avec quatorze mots imposés et dont il fallait respecter l'ordre :
voila le résultat :
"Ordinaire, la vie d'un auteur ? Il pratique le mode mémoire. Incorrigible, la parenthèse qu'il s'offre souvent dans une liberté totale au détriment de son existence sociale. Il ne prône pas le changement pour tous, mais pour lui-même. Il classe ses cahiers aux couleurs vives, parfois numérotés. Circulez, si vous préférez m'éviter. Donner, voilà mon but. J'écris des variations intimes et infimes. Tenir un stylo dans sa main devant un cahier sur la table, l'imagination en fête"

mardi 19 avril 2016

"La Femme de l'escalier"

L'écrivain allemand, Bernhard Schlink, est connu du public pour son best-seller mondial, "Le liseur", paru en 1997 chez Gallimard. Il vient de sortir "La femme de l'escalier", traduit par le grand spécialiste de la littérature allemande, Bernard Lortholary. Un avocat dans la soixantaine se trouve à Sydney pour régler quelques affaires de son cabinet international. Dans une galerie d'art, il tombe par hasard sur un tableau représentant une femme descendant un escalier. Il décide d'ajourner son retour en Allemagne et il se met à la recherche de cette femme mystérieuse qu'il a connue dans sa jeunesse. En effet, ce tableau était au cœur d'un conflit entre deux clients de son cabinet. L'industriel richissime Gundlach, mari de la femme en question, refusait de remettre ce tableau endommagé au peintre Schwind, amant d'Irène. Dans cette transaction délicate, le narrateur du roman tombe fou amoureux de cette femme adulée par son mari et par son amant. Il va se rapprocher d'elle et accepte de substituer le tableau pour plaire à Irène. Il met ainsi sa vie professionnelle en danger. Quand il réussit ce vol avec la complicité d'Irène, celle-ci disparaît subitement en emportant ce maudit tableau. Plusieurs années après cet abandon inexpliqué, revoir ce tableau dans une galerie ravive cet échec amoureux et cette forfaiture qu'il n'a jamais digérée. Notre avocat engage un détective sur les traces d'Irène en Australie et le roman prend toute son ampleur quand il la retrouve sur une île isolée, vivant seule depuis longtemps. Il convoque aussi les deux acolytes du passé d'Irène. Je ne dévoilerai pas la fin de l'intrigue. Vont-t-ils enfin comprendre la fuite d'Irène ? Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? Et si tout pouvait recommencer ? L'amour peut-il resurgir entre eux ? Bernhard Schlink propose l'histoire originale d'un quatuor, composé de trois musiciens amoureux de la belle flûtiste, fuyante comme le son de son instrument... Un beau roman à découvrir et une mélancolie toute brumeuse sur le temps qui passe et sur les regrets des amours avortés...

lundi 18 avril 2016

Rubrique cinéma

Je fais une pause sur mon voyage mais j'y reviendrai plus tard. Je préfère que mes souvenirs se reposent concernant Pompéi et Paestum. Je pourrai ainsi filtrer les meilleures impressions pour décrire mes surprises et mes émerveillements devant tant de découvertes. J'ai vu un très beau film la semaine dernière à l'Astrée : "L'Avenir" de Mia Hansen-Love avec Isabelle Huppert. Le personnage féminin s'appelle Nathalie. Elle mène une vie professionnelle passionnante en tant que professeur de philosophie. Ses élèves l'apprécient et lui manifestent beaucoup de respect. Nathalie dirige une collection chez un éditeur spécialisé en sciences humaines. Elle a même lié une amitié avec un de ses anciens élèves, un trentenaire qui se cherche encore. Son mari enseigne lui aussi la philosophie et leur complicité intellectuelle cimente leur couple. Leurs enfants, devenus grands, ont quitté le foyer familial tout en conservant des relations chaleureuses avec leurs parents. Heureuse famille ! Mais, un premier grain de sable enraye la machine du bonheur. Sa mère, maniaco-dépressive, perturbe cette vie bien remplie. Puis, peu à peu, tout se délite autour d'elle. Elle commence par perdre son influence dans la maison d'édition qui se lance dans un marketing agressif vulgaire. Sa fille demande à son père de choisir entre sa mère et sa maîtresse. Il choisit sa maîtresse, évidemment plus jeune. L'univers familier et familial de Nathalie, si fragile physiquement, s'écroule. Quel "avenir" pour elle ? Elle regrette sa maison de Bretagne où elle passait des vacances merveilleuses. Elle pensait être aimée jusqu'à la fin de sa vie et elle est quittée. Sa mère aussi finit par mourir après une tentative de  suicide ratée. Sa relation avec son étudiant devient plus tendue à cause de l'engagement radical du jeune philosophe. Comment rebondir après toutes ces trahisons successives ? Nathalie, interprétée par la sublime Isabelle Huppert, accepte les coups du sort et maîtrise ses émotions avec élégance et sobriété. Son métier l'aide certainement à affronter toutes les difficultés que lui réserve la vie à l'orée de la soixantaine. Sa liberté nouvelle la stimule et lui donne des ailes. Elle devient grand-mère et cet enfant lui redonne un élan de vie. Un beau portrait de femme, dans sa nudité lumineuse et sa sérénité retrouvée. Un film magnifique, un ode à la résistance et à l'espoir malgré tout...

vendredi 15 avril 2016

Retour de Naples, 6

Je ne suis pas encore revenue de Naples, tellement tous mes sens et toutes mes références culturelles clignotaient sans cesse. Il faut bien que je revienne dans ma réalité française mais j'ai le cœur et la tête près du Vésuve. Je vais entreprendre la séquence archéologique avec l'évocation des trois sites majeurs antiques que j'ai dévorés du regard. J'ai découvert Herculanum, situé à 15 kilomètres de Naples après avoir pris le circumvesuviana, le train de banlieue me conduisant aux deux sites archéologiques. Il faut bien deux bonnes heures pour Herculanum et le double pour Pompéi. On peut même passer des journées entières dans ces deux cités. La première petite ville de 5 000 habitants à l'époque romaine a subi le même sort que Pompéi. Le Vésuve a déversé en 79 après J.C. de 12 à 19 mètres de lave, figeant son existence. Les maisons sont mieux conservées après seize siècles d'oubli. Une grande partie de peintures, fresques et objets se trouvent au musée de Naples. Comme je m'intéresse à la vie des livres, j'ai appris que les archéologues avaient retrouvé les papyrus dans une bibliothèque. Ces documents inestimables encore déchiffrables malgré la lave comprenaient de nombreux écrits du philosophe épicurien Philodème de Gadara, (1e siècle avant J.C.), ami de Cicéron, de Virgile et d'Horace. On visite les maisons significatives ouvertes au public et j'ai eu de la chance en me retrouvant souvent seule devant des fresques émouvantes : des silhouettes animales, des décorations florales, des portraits, des dieux, etc. Le plan détaillé donne le vertige à tous visiteurs consciencieux : la maison d'Argos, les tavernes, les thermes, les patios, les autels dédiés aux dieux du foyer, les Lares, la maison d'Aristide, celle de Neptune et bien d'autres. Pour visiter Herculanum, j'avais un plan mais j'ai préféré me balader librement et rentrer dans ces espaces en cherchant des yeux les fresques et les mosaïques sauvées par l'éruption du Vésuve. J'ai pensé à tous les habitants de cette petite cité en imaginant leur vie quotidienne, leurs rites religieux, leurs façons de vivre. Voir de près ces vestiges donne une impression d'éternité, de passerelle entre nous et eux, ces femmes et ces hommes qui, deux mille ans avant, nous ressemblent et nous fascinent. Une fraternité retrouvée au delà des siècles... Herculanum m'a préparée pour Pompéi...