J'adresse un message d'amitié et tous mes meilleurs vœux pour tous ceux et celles qui consultent ce blog, consacré aux livres, à la littérature, au cinéma, à l'écriture et aux voyages. Ce blog, que j'ai commencé en 2010, se poursuit régulièrement selon le fil des mes lectures, de mes loisirs culturels et de mes commentaires sur le monde des bibliothèques, des librairies, sur la place du livre dans notre environnement proche ou lointain. En ce deuxième jour de l'année, je me donne un objectif similaire aux années précédentes : écrire au minimum trois billets par semaine, soit douze textes courts par mois pour évoquer mes lectures, mes séances au cinéma, l'atelier de lecture et l'atelier d'écriture sans oublier mes billets d'humeur sur l'esprit du temps. Dans les jours qui viennent, je vais établir un bilan sur les meilleurs livres que j'ai aimés en 2013 : 10 romans français et 10 romans étrangers, mes essais de l'année, les 10 films que je n'oublierai pas, les 10 séries qu'il ne faut pas rater. En ce début d'année, je souhaite à tous les lecteurs et lectrices, une année fertile en découvertes littéraires, une année où ne paraîtront que des romans passionnants, des policiers palpitants, des essais lumineux, des livres d'art magnifiques, pour vous accompagner, vous apporter ce délicieux vertige intellectuel qui vous fait tant de bien dans ce monde parfois compliqué à comprendre et à accepter. Les livres ne nous abandonnent jamais, ce sont des amis fidèles et généreux dans notre quotidien parfois morose ou perturbé par des problèmes de santé, de moral et de contrariétés diverses... Les rencontres autour des livres dans l'atelier de lecture et autour des textes dans l'atelier d'écriture nourrissent notre imaginaire, et rendent vivant ce rapport privilégié que nous réservons à la lecture. Pour 2014, vive encore (et pour très longtemps) la lecture et souhaitons que nos rencontres dans ce blog et dans la maison de quartier où se tiennent les ateliers, soient toujours aussi agréables à partager...
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 2 janvier 2014
lundi 30 décembre 2013
Rubrique cinéma
Mon dernier film de l'année 2013 s'appelle "Suzanne" de la réalisatrice Katell Quillévérè. La comédienne Sara Forestier interprète un rôle de fille à la limite de la marginalité. Au fond, elle n'en fait "qu'à sa tête" sans trop réfléchir aux conséquences de ses actes. Elle incarne donc une certaine jeunesse qui a beaucoup de mal à accepter le "principe de réalité". Suzanne est élevée par un père courage, chauffeur de poids lourd, chaleureux et attentif car il éduque ses filles tout seul. Ses deux filles s'entendent à merveille, malgré l'absence d'une mère, morte trop tôt de maladie. Le milieu social de Suzanne ne l'encourage pas à faire des études pour changer sa vie. Elle va choisir la pire des solutions : tomber enceinte à 17 ans parce qu'elle "en avait envie". Son père et sa sœur assument la situation, contraints mais toujours patients. Quand Suzanne rencontre son "amoureux", elle ne lui résiste pas longtemps et comme c'est un jeune délinquant, elle s'enfuit avec lui pour vivre une cavale qui va la conduire en prison après un vol avec agression. Et Suzanne, toujours dans l'improvisation, a abandonné son fils qu'elle aime pourtant. Quand elle quitte la prison, elle tente de revivre avec son fils mais son compagnon resurgit et elle reprend sa vie marginale en l'accompagnant dans ses trafics de drogue. Ils vont même donner naissance à un enfant qu'ils mêlent à leurs minables opérations. La vie aurait pu continuer ainsi, mais Suzanne veut présenter son enfant à sa mère au cimetière quand elle se rend compte que sa sœur est décédée, victime d'un accident de la route. Cette révélation va changer le cours de sa vie... La réalisatrice montre le déterminisme familial et social de Suzanne, l'ennui d'un destin tout tracé dans des travaux ingrats. Suzanne préfère la liberté et l'amour sans se poser de questions. Son père l'aime malgré tout ce qu'elle lui fait subir, un père Goriot, un personnage exemplaire et bouleversant joué par l'excellent François Damiens. Sa sœur joue le rôle de l'aînée, sérieuse, travailleuse et patiente envers sa sœur rebelle. Suzanne et son copain délinquant forme un couple de paumés, d'égoïstes et d'inconscients. Le père et la sœur sont les véritables héros du film pour leur abnégation, leur solidarité et leur dignité. Un bon film réaliste, un beau portrait de famille disloquée, dévastée et pourtant soudée.
vendredi 27 décembre 2013
"Eclats d'insomnie"
J'ai déjà mentionné cette écrivaine, Diane de Margerie, dans mon blog, à propos de "La passion de l'énigme". Je l'ai retrouvée avec beaucoup de plaisir en lisant son dernier récit, "Eclats d'insomnie", paru chez Grasset en 2013. Il s'agit d'un journal intime sur un an, de septembre 2011 à septembre 2012. Ce récit autobiographique ne contient aucun événement sensationnel, bouleversant ou tragique même si elle traverse de graves soucis de santé. Elle évoque, avec sa musique stylistique irremplaçable, sa vie quotidienne à Chartres où elle habite, ses fréquents déplacements à Paris pour des raisons professionnelles (elle est membre du jury Femina), les nombreux voyages et les pays de prédilection sans oublier ses amis en souffrance. A plus de quatre-vingt ans, cette femme de lettres au sens le plus intelligent du terme, décrit ses moments "d'éclats d'insomnie" avec une lucidité rare, sans fard, avec une simplicité déroutante et une délicatesse profonde. Sa raison de vivre, elle l'a trouvée dans l'écriture sous toutes ses formes : l'essai, la traduction, la fiction et la critique littéraire. Ses multiples talents ont forgé une personnalité où l'amour de la vie l'emporte sur les inquiétudes et les interrogations. Elle nous communique un élan vital quand elle écrit ces mots : "Et la vie est un tel don (pour ceux qui ont le privilège de pouvoir la vivre comme moi) que je ne dois pas la laisser filer sans en garder une trace. Trop d'années ont ainsi disparu dans un gouffre, des années de formation, de bonheur ou encore des années ternes, mornes, comme si rien ne s'était passé, alors que, si justement, : tantôt l'espoir lové dans les moments merveilleux, tantôt la répulsion des désenchantements." Son journal intime rassemble des notations de son quotidien souffrant mais aussi de son émerveillement devant la nature et les oiseaux, de Paris et de Chartres, et surtout de ses nombreuses lectures et remarques sur des écrivains qu'elle affectionne tout particulièrement comme Proust, Edith Wharton (qu'elle a traduit), Antonio Tabucchi, Roland Barthes, etc. Diane de Margerie évoque fréquemment sa nouvelle sérénité peut-être ressentie grâce à son âge, où tous les moments sont comptés, gagnés et vécus pleinement. Lire cet ouvrage confirme la certitude que la littérature peut aussi nous embarquer vers des rivages heureux et sereins surtout en compagnie de Diane de Margerie...
lundi 23 décembre 2013
"L'écrit dure"
Il est rare qu'un quotidien consacre sa "une" sur le livre et l'écrit. Libération l'a donc fait ce samedi 21 décembre avec une illustration en couleurs d'une sculpture spectaculaire d'un artiste contemporain pragois, Matej Kren, qui érige des tours monumentales en livres, matière vivante et colorée, tel des remparts protecteurs contre les agressions de la vie extérieure... Le journal constate l'effondrement des grandes enseignes en citant la fermeture d'une cinquantaine de librairies "Chapitre" dans des villes moyennes. La lutte entre le Grand Ogre dévoreur du moment, Amazon, et l'ensemble des librairies ne fait que commencer. Seules, les librairies indépendantes et de qualité résisteront à la vague d'achats sur Internet. Faut-il aussi, près de chez soi, trouver une librairie qui sort ses griffes et attire le lecteur potentiel. Quelquefois, on peut entrer et sortir d'une librairie sans avoir rencontré un regard de la part des employés. Il faut aller vers eux pour avoir des renseignements et le hasard joue son rôle : soit la requête est traitée avec gentillesse et intérêt, soit elle tombe à plat et laisse le demandeur sans voix... Il n'est pas évident de rencontrer des passionnés de littérature, ou de livres d'art, sans parler des sciences humaines, de philosophie et d'histoire pour vous guider et vous informer. Cela ne me gêne pas car j'aime butiner sur les rayons et feuilleter les nouveautés sur les tables. Malgré un manque de conseils avisés, il ne faut jamais renoncer à ces visites de librairies dans nos villes car, si l'on n'est pas toujours accueilli avec attention, les livres, eux, nous attendent et espèrent se faire adopter et vivre dans notre foyer... La survie des librairies dépend de ces achats sur "place" et Libération montre un certain optimisme en évoquant un chiffre réconfortant : 45 % des ventes se réalisent dans les librairies indépendantes. Dans l'éditorial d'Alexandra Schwartzbrod, j'ai apprécié ce passage : "Après tout, peu importe le support-liseuse, tablette numérique ou livre papier-, l'important est de lire. Dans notre époque flottante et fragilisante, entre crise économique et conflits rampants, accélération du temps et sollicitation des écrans, le besoin de respiration, de cette parenthèse de calme et surtout de cet indispensable recul sur la frénésie de l'actualité que représente la lecture devient vital." Pour Noël, n'oubliez pas d'offrir des livres et des... chocolats, deux gourmandises essentielles, l'une pour l'esprit et l'autre pour les sens !
jeudi 19 décembre 2013
"Le goût des mots"
Françoise Héritier est professeur honoraire au Collège de France. Cette immense scientifique dans les sciences sociales avait déjà écrit un best-seller complétement inattendu avec son petit opuscule, "Le sel de la vie", édité chez Odile Jacob. J'avais évoqué ce bijou de l'art de vivre dans mon blog en 2012. Elle récidive avec "Le goût des mots", un hommage à la langue française, aux mots et aux images du langage. Elle est nomme cet exercice, "une fantaisie"... Elle compare la "parlure", ces mots qu'elle entend dans sa tête, à l'écriture et raconte son émerveillement de petite fille devant le langage parlé et écrit. Elle propose deux registres pour savourer les mots : un premier registre où les mots peuvent avoir un sens multiple et un deuxième registre qui regroupe les mots à sens unique, partagé par tous, comme les expressions toutes faites, proverbes, aphorismes, argot, dictons, etc. Elle ne veut pas se substituer à une savante linguiste. Ses explications sur la manière d'appréhender les mots sont claires, amusantes, non pédantes. Bien au contraire, le lecteur(trice) suit son discours avec une curiosité gourmande. Je cite un exemple sur le mot armoire : "J'ai ainsi avec le mot armoire, aux résonances profondes, sombres et soyeuses, semblables à celles de la massive chose bourguignonne doublée de faille jaune safran de mon enfance, un rapport de doute, d'inquiétude et d'émerveillement". Françoise Héritier poursuit sa démonstration sur ces mots qui déterminent un objet banal mais dont la sonorité appelle des images plus riches et évocatrices. Je ne peux pas résister à vous citer cette deuxième phrase : "Je suis entourée de mots dans une forêt bruissante où chacun se démène pour attirer l'attention et prendre le dessus, retenir, intriguer, subjuguer, et chacun aspire à ces échappées belles". Ce livre d'un prix modeste (10.90 €) possède une valeur sans prix pour tous les amoureux du langage. Un conseil pour sa lecture : ne pas l'avaler en une heure, mais le conserver dans sa bibliothèque et le feuilleter comme un dictionnaire sur la vie tumultueuse et romanesque des mots, un bien commun et une source d'émerveillement sans fin. Merci, Madame Héritier !
lundi 16 décembre 2013
"En mer"
Je viens de découvrir le Prix Médicis étranger 2013, "En mer" du néerlandais Toine Heijmans aux éditions Bourgois. Ce roman m'a laissée songeuse. Pourquoi ai-je éprouvé un malaise en lisant ce livre, écrit à l'économie, compact et angoissant ? Je peux, sans dévoiler la fin de l'histoire, résumer l'atmosphère très oppressante du texte. Donald, un cadre supérieur, est las de sa vie stressante de bureau et commence à comprendre que sa hiérarchie ne le "récompensera" pas. Il prend un congé sabbatique pour réaliser son rêve : naviguer sur son voilier pendant trois mois dans la mer du Nord. Dans la dernière étape, sa femme accepte de lui confier leur fille de sept ans, Maria, qui va le rejoindre sur le voilier. Le narrateur raconte son périple dans les moindres détails : une météo incertaine, des nuages lourds de menaces, une mer agitée, et tous les actes techniques de la navigation. Sa fille Maria est toujours présente dans son champ de vision mais un soir, il ne la trouve plus dans sa cabine et elle est peut-être tombée par dessus-bord. Le père, paniqué à l'idée de la disparition de sa fille, se jette à l'eau pour la récupérer. Il s'éloigne du bateau pour la rechercher, mais il ne l'aperçoit pas dans la mer. Il remonte, après les pires difficultés, sur le voilier et sa fille Maria réapparaît. Mais, je ne donnerai pas les raisons de la panique du personnage. Le roman illustre la paranoïa d'un père qui se sent abandonné par la société, par sa femme, et le seul lien humain qui lui reste, lui échappe aussi dans cet espace pourtant protégé. Ce texte relève de l'hallucination, du cauchemar et de la perte. La fin du livre révèle un événement surprenant pour comprendre l'attitude de ce père, trop aimant, maladroit et malheureux. Sa femme pense qu'il existe "deux catégories de pères. La première catégorie se fiche pas mal des enfants, n'y comprend rien et ne veut rien savoir-ce sont des pères stables qui voient leur famille comme une chose à entretenir. (...) Des enfants comme il faut, qui réussiront, sont aussi importants qu'une nouvelle BMW. La seconde catégorie ce sont les pères pleins d'entrain, qui se jettent avec enthousiasme sur leurs enfants et s'attendent à toutes sortes de choses en retour. Ils ont été élevé dans l'idée qu'hommes et femmes sont égaux. Si tout le monde est égal dans une famille, le chaos s'installe spontanément. Les enfants ne comprennent pas cette notion. Les enfants trouvent leurs comptes dans la clarté, et la hiérarchie". Ce roman appartient à une catégorie littéraire très contemporaine, héritière de Kafka où la folie rôde et déforme les perspectives.
Un livre à découvrir et un prix Médicis mérité, amplement mérité.
jeudi 12 décembre 2013
Atelier de lecture, 2
J'avais donc préparé, pour la deuxième partie de l'atelier, un lot de livres ayant obtenu un des quatre prix littéraires les plus populaires : le Goncourt, le Renaudot, le Femina et le Médicis. Michèle avait fait une lecture sérieuse et approfondie avec une prise de notes de "La carte et le territoire" de Michel Houellebecq, Goncourt 2010. Elle a donc conté l'intrigue complexe de ce roman contemporain assez dérangeant pour beaucoup de lecteurs qui "n'accrochent pas" au style de cet écrivain si particulier dans le panorama littéraire hexagonal. Son personnage central, un double de Houellebecq, artiste photographe de cartes routières et des métiers, rencontre une femme russe, Olga, dont il tombe amoureux, règle ses comptes avec son père, évoque le pays comme un parc touristique, mêle des faits réels à la fiction. Un livre surprenant et atypique à découvrir malgré le manque de "charisme" de cet écrivain français mal aimé... Geneviève avait tiré au sort Gilles Leroy, "Alabama song", Goncourt 2007. Ce livre raconte l'histoire déjà très utilisée du couple mythique Zelda et Francis Scott Fitzgerald dans les années 20, le tourbillon de leur vie mondaine, le succès littéraire, leurs problèmes de couple, un roman jugé superficiel et creux selon Geneviève. Régine a lu et peu apprécié "La vie est brève et le désir sans fin" de Patrick Lapeyre, Femina 2010. Encore une histoire d'amour entre deux hommes et une femme, un peu lassant et répétitif dans la production romanesque. Mylène n'était pas non plus très enthousiasmée par "Personne" de Gwenaëlle Aubry, Femina 2009, mais au fur à mesure de sa présentation, elle a reconnu l'originalité de ce récit autofictionnel sur le père de l'écrivaine, dépressif chronique écrivant son journal dont elle a utilisé des extraits dans son livre. Un roman-abécédaire, un récit singulier à découvrir. Evelyne a vraiment apprécié "Suite française" d'Irène Némirovsky, Renaudot 2004. Ce roman posthume dépeint l'exode de juin 1940, vécue dans des familles bourgeoises ou modestes où la solidarité semblait fragile et la lâcheté manifestement plus répandue. Evelyne a évoqué "Le silence de la mer" de Vercors dans la dernière partie du livre où une mère et sa fille reçoivent par obligation un gradé allemand dans leur maison. Rappelons qu'Irène Némirovsky a écrit de nombreux romans dans les années 30 et qu'elle est morte assassinée à Auschwitz en 1942. Janine a beaucoup aimé "Le soleil des Scorta" de Laurent Gaudé, Goncourt 2004. Ce roman qui a rencontré un grand succès auprès du public. Il évoque une lignée patrimoniale des Pouilles en Italie du Sud, les Scorta, depuis 1870 à nos jours où les secrets de famille sont cachés. Janine avait pris soin de noter des phrases qu'elle nous a citées et qui, je crois, ont donné un avant-goût du style poétique de Laurent Gaudé. Véronique a lu avec plaisir "Peste et choléra" de Patrick Deville, Femina 2012. Les aventures picaresques d'Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste en 1894, ont semblé conquérir notre lectrice ainsi qu'un vaste public en 2012. Danièle a terminé la séance en évoquant un livre fort et douloureux de Jean-Louis Fournier, "Où on va, papa ?", Femina 2008. Un père raconte la vie de ses deux fils handicapés, un enfer quotidien où l'humour décalé et décapant de l'écrivain allège ce récit bouleversant. Conclusion, les prix littéraires peuvent plaire ou déplaire comme l'ensemble des parutions d'une rentrée littéraire lambda... Mais, ils ont une place d'honneur dans la presse et les médias, ce qui les rend beaucoup plus visibles que leurs confrères, hélas, trop vites oubliés.
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