Je n'avais jamais lu Vassili Grossman (1905-1964) et en découvrant un article sur lui, signé d'Alain Finkielkraut dans son essai littéraire, "Un coeur intelligent", j'ai ouvert son roman "Tout passe", publié en 1970 et disponible en livre de poche. Une amie lectrice de l'Atelier, Odile, avait évoqué avec enthousiasme son oeuvre majeure, "Vie et destin", son chef d'oeuvre absolu. Le roman, "Tout passe" est le dernier texte de l'écrivain russe, mort d'un cancer en 1964. Le KGB a détruit tous ses écrits dès 1960. Ce texte est considéré comme son testament, un testament humaniste et politique car le mot qui revient sans cesse dans ce roman, ce mot si essentiel dans notre vie, c'est la liberté : "Et pourtant, au milieu des tourments et des affres, dans la vase et dans la boue de la vie concentrationnaire, la liberté était la lumière et la force des âmes captives. La liberté était immortelle". Le personnage central, Ivan Grigoriévitch a passé trente ans dans les goulags et retourne dans sa ville natale dans une Russie poststalinienne de Kroutchtchev. Les camps se sont plus ou moins ouverts et les détenus rentrent chez eux. Lors de son périple de retour, Ivan croise des paysans, des soldats, des inconnus qui lui racontent la vie souvent chaotique et tragique qu'ils ont menée au temps de la dictature stalinienne. Ce brillant étudiant en mathématiques remarque déjà dans le train les nouveaux technocrates, les privilégiés du régime communiste et il ressent un "sentiment de solitude sans remède". Il retrouve un cousin germain, Nicolaï, biologiste reconnu, un des complices du stalinisme. Yvan est troublé par cet accueil hypocrite : "Les vieux brodequins de l'homme qui surgissait du royaume des camps tranchaient avec le monde des parquets cirés, des tableaux, des lustres et des bibliothèques". Dans leurs retrouvailles décevantes, il est question de la lamentable affaire des blouses blanches en 1953 quand Staline a déporté des médecins juifs innocents, accusés des pires crimes. De l'antisémitisme effroyable du totalitarisme stalinien. Le cousin d'Yvan a complaisamment accepté ce mensonge politique et ne peut pas avouer sa lâcheté. Refusant l'hospitalité de son cousin, Yvan repart sur les routes. (La suite, demain)
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