Ce quinzième roman de Julian Barnes démontre son talent incontestable dans le mélange des genres comme son collègue si génial, Milan Kundera. Son roman ressemble aussi à une autobiographie déguisée, à une fiction réaliste et aussi à un essai sur la mémoire, la maladie et la vieillesse. Sa réputation littéraire s'est toujours manifestée pour son audace dans la construction de son texte, prenant des libertés dans sa tradition linéaire. Il interroge les pièges de la mémoire, mais aussi, les effets du vieillessement, en ajoutant l'analyse du sentiment amoureux dans une parenthèse temporelle de quarante ans. Ce roman si original résume l'expérience humaine avec un regard lucide et ironique. Pour Julian Barnes, ce dernier opus résume aussi sa vie d'écrivain : "L'art est à la fois un jeu et la chose la plus sérieuse qui soit". Dans un entretion qu'il a donné au quotidien Le Monde, il déclare : "Je trouve que la vie est riche, compliquée et fascinante, tout comme l'écriture de fictions. La plupart des romans parlent des relations entre les personnes, de la façon dont les gens se comportent les uns envers les autres, dont ils s'aiment ou se détestent". Depuis son troisième livre, "Le Perroquet de Flaubert", publié en 1984, il prône "l'expérimentation dans la forme romanesque" en intégrant dans sa narration des réflexions et des méditations. Il revendique l'art de la conversation avec son lecteur : "Nous sommes comme deux amis, assis côte à côte à la terrasse d'un café, qui regardent le monde et qui en discutent". Dans ce dernier opus hybride, il évoque le surgissement fatal de la maladie et de la mort sans se lamenter ni se plaindre. Pour cet écrivain aussi sage, il faut accepter le "verdict" : "Nous n'y sommes pour rien et nous n'y pouvons rien". En conclusion, Julian Barnes peine à définir son humeur du moment : "Je ne suis jamais parvenu à décider si je suis un pessimiste joyeux ou un optimiste mélancolique". Sur son métier d'écrivain, il se dit heureux : "J'ai adoré l'écriture, la solitude et la concentration qu'elle suppose". Après avoir lu "Départ(s), j'avais envie de découvrir l'ensemble de ses oeuvres et j'espère que ce roman ne sera pas son dernier.