Ce jeudi 18 juin, nous étions en effectif réduit mais malgré tout, l'Atelier s'est tenu avec les courageuses lectrices qui ont bravé la chaleur chambérienne. Le bar-salon ne possèdant pas de climatisation, nous étions tout de même à l'ombre, ce qui était supportable. Le thème du mois concernait le genre littéraire des nouvelles. J'avais proposé une liste de recueils allant de Virginia Woolf à Henry James, d'Elsa Morante à Katherine Mansfield en passant par Sylvain Tesson et d'autres auteurs. Odile Ba a démarré avec la grande, la géniale Virginia avec ses "Rêves de femmes", publiés dans la collection Folio. Notre amie lectrice a beaucoup apprécié la préface qui ouvre le recueil sur les femmes et le roman "Nul doute que, dans la vie comme dans l'art, les valeurs des femmes ne sont pas celles des hommes. C'est pourquoi quand une femme en vient à écrire un roman, elle n'a de cesse de modifier les valeurs établies, pour rendre intéressant ce qui semblerait insignifiant à un homme et trivial ce qui lui semblerait important". Virginia Woolf revendique la liberté créatrice, une nouvelle façon de voir le monde d'un point de vue féminin. Les six nouvelles montrent surtout l'écriture impressionniste de l'écrivaine, fascinée par les "moments d'être", des moments sensoriels passagers dans le quotidien. Pour découvrir son oeuvre romanesque, il faut peut-être commencer par lire ses nouvelles, où l'on note son génie littéraire. Je reviendrai sur ces nouvelles dans mon blog. Un grand merci à Odile Ba d'avoir choisi ce recueil de rêves woolfiens. Danièle a choisi "Le Banc de la désolation et autres nouvelles" d'Henry James" publiés en 1910. Elle a surtout évoqué la nouvelle la plus longue, "Le Banc de la désolation", une histoire d'amour singulière entre un homme qui dit non et une femme qui se venge. Elle réclame une somme d'argent comme dédommagement de la rupture des fiançailles. Cet homme faible s'endette et s'appauvrit toute sa vie. Il va perdre sa femme et ses enfants. A la fin de sa vie, la femme délaissée revient et lui déclare qu'elle va lui rendre l'argent qui a fructifié. Va-t-il accepter ou refuser cette manne d'argent ? Il faut lire cette nouvelle pour savourer l'art subtil d'Henry James. J.-B. Pontalis a écrit la préface du recueil et comme il admire cet écrivain profond, il résume la démarche littéraire de l'écrivain anglo-américain : "L'alchimie de l'art ne serait qu'un remède à l'amour impossible ou interdit, une manière de conjurer la désolation dont l'ultime fleuve est la mort". (La suite, lundi)