mercredi 21 janvier 2026

"Vladimir Jankélévitch, le charme irrésistible du Je-ne-sais-quoi", Françoise Schwab

 Rien ne vaut une bonne biographie pour approcher au plus près un écrivain, un philosophe ou un artiste. Comme j'aime beaucoup Vladimir Jankélévitch (1903-1985),  l'ouvrage de Françoise Schwab, publié chez Albin Michel en 2023 m'a apporté beaucoup d'éclaircissements sur l'oeuvre du philosophe d'une compléxité parfois hermétique. Philosophe, pianiste, musicologue, résistant, témoin de la Shoah, professeur à la Sorbonne, il a traversé le siècle dernier avec sa fougue de vivre dans tous les domaines. Quand il parlait à ses étudiants, son débit de paroles montrait ses enthousiasmes et ses interrogations comme son collègue Socrate. Françoise Schwab, historienne et amie proche de ce philosophe intègre, libre et exigeant, raconte sa vie avec un respect pudique et explique avec clarté les enjeux de son oeuvre immense. Né dans une famille russe cultivée d'origine juive exilée dans le Berry, le jeune Vladimir réussit brillament ses études de philosophie à Paris. Son père, Samuel, un intellectuel exceptionnel, était le traducteur de Freud et de Hegel. Le jeune professeur de philosophie se lie avec Bergson à qui il consacre une étude. Devenu enseignant, il est muté à Prague, à Toulouse et rejoint la Résistance dans les années 40. Il va perdre son poste de professeur à cause des horribles mesures anti-juives du régime de Vichy. Jankélévitch ne pardonnera jamais aux Allemands l'Holocauste et refusera toute compromission culturelle jusqu'à se priver de la culture allemande antérieure aux nazis. Après la guerre, il traverse une période où sa pensée n'est pas "à la mode", n'appartenant pas aux courants de l'époque comme le marxisme, l'existentialisme, le nihilisme, etc. Malgré ce manque de reconnaissance, il creuse le sillon des idées et compose des ouvrages profonds et essentiels sur des sujets divers : la liberté, la mort, la nostalgie, le temps, la mort, la musique. Tous ces thèmes illustrent sa richesse intellectuelle et donne à son oeuvre une dimension "morale, métaphysique et esthétique". Pour apprécier ce philosophe, je conseille surtout "Quelque part dans l'inachevé", un entretien du philosophe avec Béatrice Berlowitz, publié en Folio. Un résumé de tous ses concepts comme l'impalpable, le vague à l'âme, le fugace, le "presque rien" et le "Je ne sais quoi". Philosopher, c'est aussi méditer une de ses citations : "La plus précieux de tous les trésors est cette liberté elle-même, liberté d'aimer vraiment ce que l'on aime".