Après la séquence sur l'héritage dans la littérature, Janelou a présenté le dernier prix Goncourt, "La Maison vide", publié chez Minuit. Une histoire d'héritage en quelque sorte. Ce roman s'est déjà vendu à plus de 500 000 exemplaires, un chiffre réjouissant pour tous les amoureux d'une littérature ambitieuse dans le meilleur sens du terme. Janelou nous a fait partager ce coup de coeur passionnant que les 700 pages n'ont pas effrayée. Comment relater cette fresque familiale tout en sauvegardant l'intéret de la découverte ? Notre amie lectrice a quand même révélé quelques événements de cette maison vide, un "métaroman" selon une critique du Monde des Livres. Elle ajoute aussi qu'un "roman est comme une maison vide qu'il faut remplir de personnages et de récits pour la faire vivre". Le narrateur cherche à comprendre les secrets de sa famille et il se met à fouiller son passé, des années 1880 aux années 1950, de ses arrière-grands-parents jusqu'à son propre père. Des personnages défilent ainsi dans le brouhaha de la grande Histoire, des deux guerres mondiales au rôle des femmes dans ces périodes où les hommes se battent sur le front. Nous croisons Marguerite, la grand-mère, effacée dans les photos, Marie-Ernestine avec son amour du piano et son mariage subi. Janelou nous a lu des passages et j'ai retenu la citation de Laurent Mauvignier : "C'est parce que je ne sais rien ou presque rien de mon histoire familiale que j'ai besoin d'écrire une sur mesure". Pour Janelou, ce grand roman "proustien" est un "incontournable" d'aujourd'hui. Donc à lire cet été ! Odile Bo a présenté un roman historique, "L'affaire de la rue Transnonain" de Jérôme Chantreau. Dans la France de 1834, la monarchie réprime de plus en plus les émeutes du peuple. A Paris, l'armée abat les habitants d'un immeuble situé dans cette rue Transnonain. Ces habitants étaient-ils des insurgés ? Non. Cet immeuble logeait des vieillards, des femmes et des enfants. Un des faits divers les plus tragiques de l'époque. L'auteur mène l'enquête et veut rendre justice à ces victimes méconnus. Ce roman très documenté a emporté l'adhésion totale de notre lectrice amie. Danièle a choisi un premier roman d'Alice Renard, "La colère et l'envie". Isor, une petite fille, mutique et rebelle, rencontre Lucien, un voisin retraité avec lequel elle devient amie. Cet ouvrage a beaucoup intéressé Danièle pour sa poésie et pour la singularité du sujet. Agée de 21 ans, cette jeune écrivaine a reçu plusieurs prix littéraires.
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des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 3 mars 2026
lundi 2 mars 2026
Atelier Littérature, l'héritage, 2
Les deux Odile et Geneviève ont choisi "Héritage" de Miguel Bonnefoy et d'un accord commun, elles ont beaucoup apprécié ce roman, publié chez Rivages en 2020. Ce livre a obtenu le prix des Libraires et raconte l'histoire passionnante de plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Le premier patriarche est parti au Chili en emportant un pied de vigne des coteaux du Jura à la fin du XIXe siècle. Son fils, Lazare, de retour de la Première Guerre Mondiale, poursuivra l'héritage de son père en construisant dans le jardin la plus belle des volières du pays. Margot, sa fille, sera pionnière de l'aviation et donnera naissance à Ilario Da, le révolutionnaire. Ce roman très puissant reliant les deux continents est une fresque familiale, sociale et historique, passionnante à lire. Danièle a découvert "Le Noeud de vipères" de François Mauriac, publié en 1932 et disponible en livre de poche. Parfois, les classiques du XXe siècle sont peu lus et je félicite Danièle d'avoir choisi ce roman familial à l'allure d'un thriller. Ce roman "vipérien" concerne surtout le père de famille, mal aimé et craint par ses enfants adultes. Le venin s'est infiltré dans le coeur de cet homme, obsédé par l'argent. Il veut déshériter sa progéniture qu'il déteste. Cette histoire bordelaise prend des accents balzaciens quand le père de famille choisit comme héritier, son fils illégitime, né d'une relation avec sa maîtresse parisienne. Mais, coup de théâtre, il est cruellement déçu par ce jeune homme. L'argent, maître de son destin, lui a gâché sa vie. Sa femme meurt subitement et dans sa solitude, il comprend enfin qu'elle l'aimait. Un roman fort, servi par le style d'un grand écrivain. Régine a présenté "Les silences d'Ogliano" d'Elena Piacentini chez Actes Sud. Un village du Sud, une famille riche, un crime, des lourds secrets de famille transmis de génération en génération. Régine a bien précisé que ce roman évoquait davantage l'héritage moral et le passage délicat de l'adolescence à l'âge adulte. Un roman agréable à lire avec un fil conducteur, le personnage d'Antigone. Odile Bo a beaucoup aimé "L'héritage d'Esther" de Sandor Marai, publié en 1939. Ce roman envoûtant raconte l'histoire d'une femme, Esther, victime d'un escroc dont elle est toujours amoureuse vingt ans après. Il revient la voir pour récupérer l'héritage de sa femme, soeur d'Esther. Le cynisme de cet homme malhonnête, sa rapacité, son inconscience le rendent particulièrement odieux. Comme Odile, J'aime beaucoup Sandor Marai dont son journal intime, un grand écrivain hongrois à lire sans modération.
vendredi 27 février 2026
Atelier Littérature, l'héritage, 1
Nous étions presque au complet ce jeudi 26 février au bar salon "Jetez l'ancre" pour évoquer le sujet de l'héritage et parler des coups de coeur. Après avoir donné les dates des prochains ateliers, j'ai proposé à Mylène de démarrer la séance. Elle a beaucoup aimé "L'héritier" de Vita Sackville-West (1892-1962), une écrivaine anglaise surtout connue pour son histoire d'amour avec la grande Virginia Woolf. Son roman raconte l'héritage inattendu d'une tante à son neveu, Perigrine Chase. Il reçoit un domaine magnifique dans la campagne anglaise. Modeste employé, il découvre la magnificence de ce manoir et de son jardin avec ses paons. Mais, il doit vendre ce domaine pour éponger les dettes de sa tante. Plus le temps passe, plus il est séduit par la beauté du lieu malgré la menace de la mise en vente, organisée par un notaire. Mylène a beaucoup apprécié la finesse psychologique du jeune homme, saisi par le charme du lieu. Ce livre lui rappelait le talent fou des écrivaines anglaises avec leurs analyses pyschologiques en profondeur. Agnès a découvert Richard Russo et son roman, "Le Testament de Sully", publié en 2023. Sully, le père de Peter, a laisse un héritage moral à son fils : prendre soin de sa famille, de ses amis et des inconnus. Peter, professeur d'université, retrouve son fils, Thomas, après des années de séparation. Par ailleurs, un corps a été découvert dans un hôtel abandonné dans cette ville, North Bath, en pleine crise sociale. Au-delà de cet évenement, l'écrivain américain décrit un monde difficile où seuls, les liens humains peuvent apporter du réconfort. Tous ces personnages, cabossés par la vie, ont ému Agnès qui a vraiment "adoré" ce livre et comme il appartient à une trilogie, elle lire les deux premiers, "Un homme presque parfait" et "A malin, malin et demi". Un écrivain à découvrir ! Marie-Christine a présenté un récit hors de la liste, "Comment j'ai vidé la maison de mes parents" de Lydia Flem. Evidemment, cet ouvrage évoque la mort des proches et comment les objets leur appartennant deviennent parfois des trésors pour ne jamais les oublier. (La suite, lundi)
mercredi 25 février 2026
"La Ligne", Aharon Appelfeld
J'ai écouté sur France Culture l'écrivaine française, Valérie Zenatti, dans l'émission "A voix nue". Elle m'a donné envie de lire Aharon Appelfeld (1932-2018), dont elle est la traductrice officielle. J'ai donc découvert "La Ligne", publié en 1991 et disponible chez L'Olivier en 2025. Le narrateur récurrent de ses récits s'appelle Erwin, obsédé par la Shoah et par la difficulté d'être juif après le génocide. Les parents du protagoniste sont morts dans les camps de concentration. Le narrateur veut venger les siens, exterminés par les nazis et il a retrouvé le commandant du camp, le SS Nachtigall, dans un village où il s'est caché. Au fil du récit, il relate l'engagement communiste de ses parents et leur soutien aux locaux ruthènes qui, plus tard, n'hésiteront pas à pourchasser les juifs dans des pogroms. Après la guerre, Erwin passe sa vie dans les trains car il ne peut pas choisir un lieu permanent. Son vagabondage, baptisé "dromomanie", le mène de l'Italie en Autriche en s'arrêtant dans les mêmes étapes. Il exerce le métier de représentant de commerce et son activité concerne les objets de culte juif, souvent abandonnés et parfois pillés. Dans les auberges, il retrouve des femmes, des rabbins, des commerçants qui rêvent de partir en Israël sans réaliser ce projet vital pour eux. Par contre, sur sa route, il rencontre l'antisémitisme des ex-bourreaux qui n'éprouvent aucun remords ni pardon envers leurs victimes. Je ne vais pas relater l'issue du roman. Va-t-il tuer le commandant SS ? Erwin parviendra-t-il à ressentir un certain apaisement après sa vengeance ? Lire Aharon Appelfeld, c'est découvrir un grand écrivain israélien, s'installant en Israël dès 1946. Il a choisi l'écriture et enseigna la littérature à l'université Ben Gourion jusqu'à sa retraite. Il était un ami de Philip Roth qui le comparait à Kafka. Il disait : "L'écriture m'a arraché aux profondeurs du désespoir. Elle est le fondement sur lequel j'ai reconstruit ma vie". Pour mieux connaître cet écrivain, il faut lire le récit de Valérie Zenattti, "Dans le faisceau des vivants" où elle raconte sa relation amicale et admirative avec l'écrivain israélien.
mardi 24 février 2026
"Rendez-vous de Venise", Philippe Beaussant
J'ai choisi comme thème du futur atelier Littérature de mars, la ville de Venise. L'année dernière, j'avais proposé Paris, un lieu romanesque par excellence. Venise s'est imposée tout naturellement car la Sérénissime symbolise pour moi la beauté avec un B majuscule dans toutes ses dimensions : musicale, picturale, architecturale et littéraire. Un lieu unique au monde qui reçoit évidemment des millions de touristes, la plupart du temps émerveillés par le Grand Canal, les palais et les églises, les places et les ruelles, et l'eau comme élément essentiel de Venise, la vraie peau de la ville. Je vais passer une semaine en mars pour retrouver cette ambiance si particulière, arpenter un vaisseau amarré à la terre, sans la présence inévitable des automobiles. Toutes sortes de bateaux défilent sous nos yeux ébahis, surtout les vaporetti. Par conséquent, je me nourris de livres vénitiens en ce moment et j'ai lu récemment le "Rendez-vous de Venise" de Philippe Beaussant, publié en 2003 chez Fayard. Un vieil oncle, Charles, historien d'art et spécialiste de la peinture italienne, a pour secrétaire particulier, son neveu, Pierre, le narrateur. Cet amateur des femmes "peintes", surtout celles de la Renaissance italienne, ne semble pas avoir connu l'amour. A la mort de cet oncle esthète, le neveu découvre un carnet de notes intimes où il est question d'une femme inconnue qu'il aurait aimé avec passion. Elle s'appelait Judith et c'était une de ses élèves. Comme elle voulait un enfant que lui ne désirait pas à cause de son âge avancé, ils se sont quittés. Pierre esr bouleversé par cette découverte. Dans un colloque où il est invité, il rencontre cette femme, historienne d'art comme lui. Son oncle lui cachait cette passion et il apprend aussi que Judith est mère d'un fille. Une intrigue amoureuse va se développer entre la fille de Judith et le neveu de Charles. Quand on aime l'Italie, la peinture, l'art, Venise, il faut lire ce roman érudit mais jamais pontifiant. J'avais évoqué un roman de Philippe Beaussant sur le musicien Stradella dans ce blog. J'ai retrouvé l'écriture élégante et raffinée de cet écrivain académicien un peu suranné aujourd'hui mais la littérature vintage posède un charme certain.
lundi 23 février 2026
"L' Anniversaire", Andrea Bajani
Andrea Bajani vient de publier "L'anniversaire", paru chez Gallimard. Un roman coup de poing, un roman coup de coeur. L'auteur italien enseigne l'écriture créative à l'université de Houston aux Etats-Unis. Dans un article de presse, il se défend d'avoir écrit un récit autofictionnel et revendique la fiction pour son texte, criant de vérité. En Italie, son roman a obtenu le prix Strega et le prix des Lycéens. Dans le pays qui qualifie la famille "d'intouchable, de sacrée, d'archaïque", l'auteur a pris un risque en dénonçant cette "légende" de parents aimants et inoubliables. Bien au contraire, sa plume ne dérape pas quand il décrit l'ambiance toxique dans le foyer familial du narrateur. Emmanuel Carrère a commenté le roman en le résumant ainsi : "Peut-on se débarrasser de ses parents ? Du mal qu'ils nous ont fait ? Sans retour et sans appel ?". Le narrateur prend une décision radicale en décidant de ne plus jamais revoir les siens. Son père, autoritaire et violent, est un véritable tyran domestique. Son emprise sur sa femme et ses deux enfants s'exerce quotidiennement. La mère subit en silence les humiliations que son mari lui inflige. Il mène même une double vie avec sa maitresse. Le fils aîné a donc quitté cette famille et dix ans après, il revient à l'occasion d'un anniversaire. Le portrait de sa mère domine le récit car le père semble correspondre à un "masculisme" patriarcal typique : "Mon père voulait qu'elle ne soit rien de façon à pouvoir, lui, être quelque chose". Cette femme silencieuse, enfermée, supporte cette situation dans une soumission inexplicable. Le fils s'interroge sans cesse par l'absence de réactions vitales de sa mère. Le fils aime pourtant cette femme si émouvante qu'il aimerait sauver : "Je devais la soustraire à l'obscurité", la "désincorporer" de son mari. Cette "ombre qui se meut dans les coulisses du théâtre familial" , cette femme quasi morte, comment peut-elle accepter cette non-vie ? La peur d'être battue ? En fait, elle vit dans la terreur de son époux. Le narrateur apporte plusieurs éclairages sur cet couple parental qu'il vaut mieux fuir. D'une plume scalpel, précise, concise, Andrea Bajani plaide pour l'acte de libération, symbolisée par une rupture définitive face à une famille dysfonctionnelle. Son salut dépend de cette fuite sans pardon possible. Un des romans les plus percutants en ce début d'année.
jeudi 19 février 2026
"Le coeur lourd", Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut vient de publier "Le Coeur lourd" chez Gallimard. Il s'entretient avec Vincent Trémolet de Villers, journaliste au Figaro. J'appartiens à sa génération à trois ans près et j'ai lu ses ouvrages précèdents surtout ceux qui évoquent son lien amoureux avec la littérature. Alain Finkielkraut symbolise à mes yeux la nostalgie absolue et il se décrit tout au long de cet essai avec un "coeur lourd". Le livre démarre par une préface du journaliste présentant leur rencontre et leur méthode du dialogue. Suit un poème, un hommage à Georges Perec quand le philosophe égrène ses souvenirs sous forme d'une liste mémorable. Evidemment, il parle de la France d'avant, au temps du Général de Gaulle quand il apparaissait à la télé en noir et blanc. Et aussi, "des ouvreuses de cinéma, avec leur panier d'esquimaux et de chocolats glacés". Et des "billets de banque avec les portraits de Pascal, de Richelieu, de Montesquieu et de Saint-Exupéry". Cette liste peut faire sourire car le passé d'un pays n'intéresse plus grand monde mais je me retrouvais dans cette description d'un pays disparu. Quand le journaliste lui demande de parler de son rapport à la France, il cite les paysages qui le comblent : "la montagne Sainte-Victoire, la basilique de Vézelay, les paysages de Dordogne, le col du Ventoux, les vaches normandes, le cimetière de Lourmarin où repose Albert Camus". Il n'oublie pas aussi ses éblouissements pour quelques villes italiennes : Mantoue, Lucques, Sienne, Lecce, etc. Comme je le comprends ! Je partage avec ce philosophe, son pessimisme qui me rappelle l'espagnol Miguel de Unamuno avec son "sentiment tragique de la vie". J'apprécie chez lui sa passion de la littérature et des écrivains-phares en particulier Milan Kundera, Philip Roth, Hannah Arendt, Henry James, Flaubert, Conrad, Tchekhov. Le philosophe aime la pensée nuancée, les valeurs morales, la méritocratie, les animaux, la beauté du monde, la continuité historique. Il déteste les extrêmes, les dictatures, les totalitarismes mais aussi, la laideur des centres commerciaux, les éoliennes, l'élevage massif. Il est souvent caricaturé à cause de son esprit décliniste viscéral et de sa panique devant un monde qui change trop vite. Dans cet ouvrage, il est aussi question de ses positions sur Israël, sur le judaïsme. Il rappelle le passé de ses parents, fuyant la Pologne antisémite. Son père a été déporté à Auschwitz. Dans sa jeunesse, le philosophe se proclamait universaliste et cosmopolite mais en constatant que la France se transformait, il s'est senti "français" quand "la France se dépouillait rageusement d'elle-même". Un essai efficace pour découvrir les tourments et les inquiétudes légitimes d'un philosophe "au coeur lourd", Alain Finkielkraut, un homme d'une gauche éthique et antitotalitaire comme son maître, Albert Camus.