jeudi 22 octobre 2026

Atelier Littérature, 3

 Je poursuis l'évocation des lectures autour du rêve avec Régine qui a choisi un ouvrage hors de la liste, "Entre le rêve et la douleur" de J.-B. Pontalis, paru chez Gallimard en 1977. Auparavant, elle avait opté pour un roman au titre alléchant, "Nos souvenirs sont des fragments de rêves" de Kjell Westö. Cette histoire générationnelle à Helsinski sur cinquante ans n'a pas séduit notre amie lectrice. Par contre, l'essai du psychanalyste l'a beaucoup intéressée. Impossible de résumer un tel ouvrage. Peut-être extraire une citation comme celle-ci : "L'expérience du rêve, cet événement de la nuit d'où peut naître la parole et la connaissance de sa douleur qui fait silence ou cri". On ne peut évidemment écarter le rôle du rêve dans la psychanalyse avec Freud et son ouvrage indispensable, "L'interprétation du rêve", paru en 1899. Il concevait le rêve comme "la voie royale vers l'inconscient". Danièle a terminé la première séquence de l'atelier avec "Le Pain des rêves" de Louis Guilloux, paru en 1942 et disponible en Folio. Ce roman, inspiré de sa propre vie, relate son enfance dans une petite ville de Bretagne dans les années 30. Le narrateur, un garçon de douze ans, vit dans la pauvreté avec sa mère, ses frères et son grand-père. Les deux parties du livre concernent plus spécialement le grand-père et la cousine Zabelle. Louis Guilloux raconte avec sa verve littéraire les liens familiaux et fraternels dans le quotidien sans oublier le voisinage, très présent dans leur quartier pauvre. Courage, abnégation, simplicité, solidarité, ces valeurs sont incarnées par le Grand-Père, un travailleur acharné du matin au soir. La mère pourtant abandonnée par son mari ne se lamente jamais et consacre sa vie à ses enfants. Danièle a beaucoup aimé ce roman car le thème de l'enfance l'a toujours attirée. Le "pain des rêves" est un motif récurrent pour le narrateur qui vit parfois des moments heureux dans sa vie si difficile comme l'arrivée d'un petit cirque dans son village ou des visites familiales qui le font rêver d'un avenir plus confortable. Quel dommage que Louis Guilloux soit oublié de nos jours ! Je penserai à lui pour un futur atelier littérature de l'année prochaine. 

mercredi 21 octobre 2026

Atelier Littérature, 2

 Annette a présenté le roman d'Andréi Makine, "Prisonnier du rêve écarlate", publié chez Grasset. Après le rêve américain de Luca di Fulvio, l'écrivain français d'origine russe raconte avec son talent littéraire le rêve communiste. Lucien, un jeune militant, part à Moscou en 1939 pour découvrir ce paradis du mensonge. Il découvrira l'envers du décor : les tortures dans les camps du goulag, la surveillance des citoyens, la corruption des dirigeants. Il est arrêté par la police car il s'est montré trop curieux. Envoyé en prison, il est expédié dans un camp en Sibérie. A sa libération après quelques années, il refait sa vie avec Daria dans un village perdu et loin du système communiste. Plus de trois décennies plus tard, Lucien parvient à obtenir des papiers pour revenir en France. Mais, il ne reconnaît plus son pays. Pourtant, il observe Mai 68 qu'il considère comme une révolution d'opérette. Il devient malgré lui un héros médiatique en dénonçant le totalitarisme communiste. Va-t-il rester en France ou repartir en Russie retrouver son village et Doria ? Un roman passionnant sur la barbarie stalinienne et sur l'hypocrisie occidentale. Mylène a beaucoup aimé le roman de Doris Lessing, "Le rêve le plus doux", paru chez Flammarion en 2004. Deux destins de femmes, deux générations dans les années 60 dominent le roman : Julia Lennox, la grand-mère d'origine allemande et Frances, sa belle-fille. Frances a épousé le fils de Julia, le camarade Johnny, un militant d'extrême-gauche, pro-cuba et pro-russe. Frances se sépare de son compagnon volage et tellement accaparé par la révolution. Elle est hébergée généreusement par sa belle-mère dans cette maison à plusieurs étages où les générations cohabitent dans une ambiance libertaire en composant une "tribu" pittoresque. Ce roman puissant n'a pas perdu sa modernité et brasse beaucoup de questions qui demeurent toujours actuelles sur l'engagement politique, les relations entre les générations, l'amour, l'amitié, etc. Mylène l'a donc beaucoup apprécié car ces années 60, au fond, ne sont pas si éloignées de nous. Doris Lessing connaît parfaitement cette période et elle l'a rend vivante et percutante. Ces deux femmes, Julia et Frances, possèdent un sens généreux de l'accueil, une qualité rare de nos jours. 

lundi 19 octobre 2026

Atelier Littérature, 1

 Le bar "Jetez l'ancre" nous a accueillies le jeudi 15 octobre pour le deuxième atelier de la saison. J'avais choisi le thème du rêve dans les romans. Agnès a présenté le premier roman de Quentin Charrier, "La mémoire de nos rêves", paru chez Grasset en 2023. Simon, la trentaine, professeur en banlieue parisienne, apprend la mort d'un ancien copain, Franck. Il doit reconnaître son corps à la morgue. Cet homme, son ami de jeunesse, orphelin de père, a basculé dans la délinquance alors que lui, fils de médecin, avait un avenir meilleur tout tracé. Tout son passé resurgit : le trio qu'il formait avec Franck et Clarisse,  son amour pour cette amie. Ils se retrouvent lors des funérailles de leur ami commun. Les rêves qu'ils avaient se sont-ils réalisés ? Surtout pas pour leur ami disparu mais pour eux ? Il faut découvrir ce roman qu'Agnés a bien apprécié. Janelou a pris la suite avec la lecture inachevée d'une biographie romancée, "La passion Botticelli" de Sophie Chaveau, paru en Folio. Elle a abandonné le livre à cause des détails superflus sur la vie sexuelle de ce peintre de génie. L'arrière-plan sur la Renaissance italienne était pourtant bien évoqué. Une lecture décevante. Pourtant, Sophie Chaveau propose des biographies sérieuses très documentées. Geneviève et Odile Ba ont lu "Rêves oubliés" de Leonor de Recondo, paru en Livre de Poche. Elles ont bien aimé ce roman où l'écrivaine exploite la veine de l'exil pendant la guerre d'Espagne. Fuir le franquisme était une question de vie. Ils se réfugient dans une ferme dans les Landes et essaient de survivre loin de ce chaos historique. Leonor de Recondo a aussi écrit sur la musique et sur l'art. Cette écrivaine attachante, musicienne de profession, possède un univers romanesque d'une sensibilité certaine. Marie-Christine a choisi "Le Gang des rêves" de Luca di Fulvio, paru en Livre de Poche. Dans les années 20 à New York, des milliers d'Européens rejoignent le rêve américain dont Cetta, une italienne avec son fils, baptisé Christmas. Le jeune garçon grandit entre gangs adverses. Mais, il rencontre Ruth, venue d'un autre monde. Serait-ce sa chance d'échapper à son milieu ? Ce roman sur la violence et sur la pauvreté a intéressé notre lectrice qui, malgré son nombre de pages, l'a lu avec plaisir. 

vendredi 16 octobre 2026

Escapade en Grèce, Athènes et l'Agora grecque

 Avant de reprendre l'avion, je disposais de la matinée et j'avais envie de revoir l'Agora grecque pour, peut-être, rencontrer Socrate et ses confrères philosophes... Cette ancienne place publique, située au pied de l'Acropole, construite au VIe siècle av. J.-C., accueillait les édifices politiques, les temples, les commerces et autres habitations. Ce centre aux multiples fonctions formait "une petite ville dans la grande, plantée de platanes et de peupliers, avec des constructions (palais du sénat, etc.), divisée en quartiers assignés à chaque corporation de marchands". J'imaginais facilement l'agitation sociale, la fébrilité des échanges dans ce lieu où se rencontraient les citoyens grecs, en particulier les philosophes déambulant dans la stoa, d''où le nom des stoïciens. Quand je me suis baladée dans cet espace assez peu fréquenté, je me suis tout de suite dirigée vers le temple d'Héphaïstéion, de style dorique et il a servi d'église orthodoxe du VIIe au XIXe siècle. Dédié au dieu de la métallurgie, Héphaïstos et à Athéna Ergané, déesse de la poterie et de l'artisanat, ce temple sacré conserve toute sa splendeur antique. Les archéologues ont retrouvé le nom de l'architecte, Ictinos, le même que celui du Parthénon. Avec ces six colonnes en façades sur treize en longueur, cet édifice religieux en marbre a traversé les siècles sans trop de dommages. Un musée attenant au site propose de très belles vitrines sur les vases grecs, les objets du quotidien, des pièces retrouvées lors des fouilles qui ont commencé au milieu du XIXe siècle. J'ai donc achevé mon escapade à l'Agora avant de quitter la ville pour rejoindre l'aéroport. Je suis partie avec, chevillé au corps et mon âme, le miracle grec, ce temps historique où des valeurs essentielles sont nées : la Démocratie, la Philosophie, l'Art, l'Histoire, la Politique, etc. Je n'oublie pas les zones sombres de l'Antiquité surtout la condition des femmes à cette époque et l'esclavage. J'avais épousé l'identité grecque pendant une semaine et j'avoue qu'à Kéa, j'avais perçu un air de paradis. En revenant dans notre pays si fracturé, j'avais la nostalgie des plages, du ciel bleu profond, de la mer, d'Athènes, de la beauté de l'art antique. Il faut bien revenir sur terre mais, heureusement, je sais qu'il existe des lieux  où règnent la paix, la sérénité et la beauté... Décidément, deux pays m'habitent sans cesse par leur culture et leur identité: l'Italie et la Grèce !

mercredi 14 octobre 2026

Escapade en Grèce, le Musée archéologique d'Athènes

 Mon escapade à Athènes s'est poursuivie en visitant la veille de mon départ deux musées, le Musée national archéologique et la Fondation Goulandris. Comme celui de l'Acropole, ce vieux musée est incontournable pour tous les amoureux et amoureuses de la Grèce antique. Il possède plus de 20 000 pièces datant de la Préhistoire à la fin de l'Antiquité. L'espace le plus spectaculaire concerne la collection des sculptures du VIIe au Ve siècle av. J.-C.  et aussi la collection de céramiques. J'ai surtout revu avec un grand plaisir la salle consacrée à l'art cycladique avec ses idoles d'une modernité surprenante dans sa sobriété. L'Idole d'Amorgos date de 2 800 av. J.-C. et mesure 1,50 m, ce qui est rarissime. J'ai retrouvé les musiciens si touchants, le joueur de harpe et le flûtiste, des personnages uniques dans cet art. Au premier étage, les fresques d'Akrotiri de Santorin sont exposées à notre admiration d'autant plus que j'avais visité ce site antique lors de mon escapade dans les Cyclades. Cette Pompéi de l'Egée a été détruite en 1600 av. J.-C. et ces traces artistiques d'influence minoenne montrent des enfants boxeurs, des paysages printaniers, des portraits de femmes. Je n'ai pas oublié le masque en or d'Agamemnon, découvert par Heinrich Schliemann à Mycènes. La salle des Kouroi est particulièrement passionnante avec mon préféré, le "Kouros de Sounion" du temple de Poséidon mesurant trois mètres de haut. Son pied gauche est avancé et sur son visage, l'homme dieu dessine son sourire archaïque. Un signe de son bonheur terrestre. Une autre statue en bronze attire l'intérêt des visiteurs, le Zeus ou le Poséidon, trouvée au fond de la mer au large de l'île d'Eubée. Ce chef d'oeuvre de l'art antique est un des rares bronzes grecs originaux du Ve siècle av. J.-C. et quand je tournais autour de ce dieu en bronze, j'étais plongée dans une rêverie marine. Des pêcheurs l'ont découverte en 1926 dans un navire échouée qui le transportait. Cette statue a donc été sauvée car à la fin de l'Antiquité, le bronze était fondu pour récupérer ce métal. Chaque trouvaille archéologique pourrait faire l'objet d'un récit passionnant ! J'ai consacré quelques heures pour admirer toutes ces pièces archéologiques, d'une pièce de monnaie à un vase grec, d'une idole cycladique à un kouros, d'une portrait en feuille d'or à une fresque géante. J'avais l'impression que je ne vivais plus au XXIe siècle mais dans la Grèce antique ! En quittant le bâtiment, j'ai repris le bus et là, le rêve grec dans ce musée s'est logé dans mon esprit pour toujours. 

mardi 13 octobre 2026

Escapade en Grèce, Athènes, l'Acropole

 Pour visiter l'Acropole, il vaut mieux choisir un créneau favorable pour éviter les milliers de touristes qui se bousculent dans cet espace limité. Dès cinq heures de l'après-midi, je me suis présentée devant le portail avec mon billet. L'administration a inauguré le filtrage horaire et malgré mes précautions, il fallait attendre une heure pour pénétrer dans ce rocher sacré. J'ai eu de la chance avec la météo, la canicule s'étant évanouie depuis quinze jours. Quelle émotion de grimper au sommet de la citadelle de 156 mètres de haut en longeant le théâtre de Dionysos, l'Odéon d'Hérode Atticus, les Propylées, le temple d'Athéna, l'Erechthéion et le clou du spectacle, le Parthénon ! Ah, ce Parthénon majestueux, solide, fier, malgré ses blessures nombreuses au fil du temps. Les Perses, les Ottomans, les Vénitiens ont attaqué ce prestigieux édifice. Mais, il a tenu bon, il est resté debout même s'il est endommagé et a perdu quelques bouts de colonnes. Au temps de la Grèce antique, cette partie la plus élevée d'Athènes servait aussi de refuge à la population lors des attaques ennemies. Quels sont ces hommes -malheureusement pas les femmes- qui ont construit cet édifice ? Périclès l'a décidé, Phidias, le sculpteur l'a imaginé, les architectes Ictinos et Callicratès l'ont dessiné. Dédié à Athena Parthénos, ce temple de l'art classique grec est célèbre pour ses proportions harmonieuses et ses sculptures. Quand je me suis retrouvée pour la cinquième fois devant ce monument enraciné dans le temps depuis 2500 ans, j'étais toujours impressionnée par la beauté de ce temple admirable. Une image extraordinaire, un symbole essentiel de la Grèce antique. En 2021, l'Etat grec a amélioré la circulation sur l'Acropole avec un revêtement en béton pour éviter les accidents et pour permettre l'accès aux personnes handicapés. Cette nouveauté ne m'a pas contrariée. Bien au contraire et ce circuit plus sûr ne gâche pas le site. Et au loin, à l'horizon la mer, d'un bleu profond, la même que contemplaient ces milliers de Grecs anciens. 

lundi 12 octobre 2026

Escapade en Grèce, Athènes, le Musée de l'Acropole

 J'ai consacré ma deuxième journée au Musée de l'Acropole dès neuf heures du matin. Il faut fuir le créneau entre 11h et 17h pour éviter la foule des touristes des "Tours operators". Une fois pris les billets sans attendre, j'ai pénétré dans mon "sanctuaire muséal" avec une certaine émotion. Pourtant, je le visitais pour la quatrième fois mais ma curiosité admirative demeurait intacte. Le musée est en lui-même un chef d'oeuvre architectural avec ses baies vitrées et ses larges fenêtres sur l'Acropole. Ce bâtiment de 25 000 mètres carrés dont 14 000 d'exposition a  été inauguré en 2009 pour réunir tous les bas-reliefs, statues, céramiques et autres objets retrouvés sur le site. Construit sur pilotis, son sous-sol intègre des vestiges récemment mis au jour. Le musée accueille 10 000 visiteurs par jour ! Mais, à l'heure où j'ai posé mes pieds dans la montée du musée, j'ai vu mes merveilleux vases grecs des périodes mycénienne, géométrique et classique dans les vitrines et d'autres objets du quotidien. Puis au premier étage, les statues en marbre défiant le temps depuis des millénaires : les koré et les kouroi, avec leur sourire énigmatique. J'ai revu ces statues si spectaculaires et j'aime surtout la déesse Athéna qui se distingue de autres statues. "L'Athena pensive", une stèle de 54 centimètres me touche particulièrement et cela fait quelques années que sa reproduction en marbre (en petit format) décore ma bibliothèque. Avant de visiter ces oeuvres uniques au monde, il faut absolument préparer sa visite pour repèrer dans cet espace les pièces les plus marquantes du musée. Au premier étage se situe les Caryatides, ces célèvres statues féminines, qui soutenaient le temple de l'Erechthéion sur l'Acropole. Au troisième étage, les métopes, frises et frontons se déroulent sous nos yeux ébahis : scènes de guerre, cavaliers triomphants, dieux grecs, centaures, amazones, cérémonies religieuses. Un panorama complet et fabuleux de la Grèce antique. Plus j'observe ces témoins d'un passé mythologique, plus cette vision me fait rêver sur ce monde antique grec que Jacqueline de Romilly définissait ainsi : "Car ce que nous aimons en elle (la Grèce), c'est cet effort incroyable pour faire triompher la lumière sur les ombres". Des retrouvailles heureuses avec un des plus beaux musées archéologiques du monde !