Annette a évoqué deux coups de coeur : "Les chemins de l'estive" de Charles Wright, paru dans la collection J'ai lu en 2022. L'auteur se présente comme "un aventurier de la France cantonale, un explorateur de sous-préfectures". Il parcourt les déserts du Massif central, d'Aubusson à Saint-Flour, au total, 700 kilomètres à pied. Ce voyageur écrit une ode à la liberté et à l'aventure spirituelle. Il parle de Rimbaud, de Charles de Foucauld mais aussi des gens rencontrés au fil de la marche. Son deuxième coup de coeur concerne un premier roman, "Nourrices" de Séverine Cressan, publié chez Dalva. Cet ouvrage raconte l'histoire des nourrices, "ces mères invisibles sur lesquelles a reposé toute une industrie pendant plusieurs siècles". Sylvaine accueille un bébé de la ville pour lui donner du lait maternel. Elle a aussi un petit garçon. Un jour, elle découvre un bébé abandonné dans une clairière et elle le sauve. Mais, la petite de la ville meurt dans son sommeil et pour cacher aux parents cette perte, elle l'échange avec le bébé retrouvé. Ce roman social sur la condition des femmes dans le monde rural rend hommage à toutes celles qui ont donné leur lait aux enfants pour survivre. L'autrice a été invitée à Chambéry dans le cadre du Festival du Premier Roman. Régine a terminé la séance "coups de coeur" avec un roman italien, "Celle qui est revenue" de Donatella Di Pietrantonio, paru au Livre de Poche en 2022. A 13 ans, la narratrice apprend qu'elle n'est pas la fille "naturelle" de ses parents. Elle a été adoptée, choyée dans cette famille mais elle doit quitter la ville pour être rendue à sa famille biologique. Dans sa nouvelle vie, elle doit s'adapter à la pauvreté, à la violence et au dialecte parlé dans le village. Elle ne sait plus qui elle est et se pose la question "De qui est-on l'enfant ?". Les parents adoptifs l'ont abandonnée. Quelles sont les raisons de cet abandon ? Régine a beaucoup apprécié ce roman servi par une écriture "charnelle", selon les critiques. Elle a cité aussi le roman d'Irène Frain, "L'Or de la nuit", paru en 2025. Un hommage aux "Mille et Une nuits", ouvrage collecté au XVIIIe siècle par un voyageur et orientaliste français, Antoine Galland. Un roman historique remarquable à découvrir. Rendez-vous le jeudi 18 juin pour le dernier Atelier de la saison avec le thème des nouvelles.
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des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 4 juin 2026
mercredi 3 juin 2026
Atelier Littérature. Les coups de coeur, 1
Mylène a démarré la séquence "coups de coeur du mois" avec "L'Epouse" d'Anne-Sophie Subilia, publié chez l'éditeur suisse Zoé. En janvier 1974, une anglaise s'installe avec son mari, délégué humanitaire à Gaza. Elle partage la vie des humanitaires au Beach Club entre bains de mer et rencontres. Mais, elle ne se sent pas à l'unisson avec ses compatriotes et elle remarque les présences militaires, les regards des habitants, l'atmosphère oppressante du lieu. Son couple s'effiloche aussi et elle se ressource avec un vieux jardinier, Hadj et une psychiatre palestienne, avec laquelle elle devient amie. Un roman sensible et un beau portrait de femme. Mylène nous a lu un passage pour montrer le style limpide de cette écrivaine suisse. Janelou a beaucoup apprécié le dernier roman de Bernhard Schlink, "Ce qui reste", paru chez Gallimard en mars 2026. A 76 ans, Martin apprend qu'il n'a que quelques mois à vivre à cause d'un cancer foudroyant. Il veut mettre sa vie en "ordre" avant de partir. Son épouse de trente ans sa cadette et son jeune fils de sept ans l'entourent d'affection. Mais, comment préparer sa mort, aller à l'essentiel, profiter des derniers momenrs en famille ? Sa femme entretient une autre relation amoureuse et son fils ne réalise pas la finitude de son père. Ce roman crépusculaire et bouleversant interroge la transmission, l'amour, le pardon. Un grand Schlinck à découvrir. Geneviève a lu la biographie de Jean Renoir, le cinéaste, sur son père, "Pierre-Auguste Renoir", dans la collection Folio, paru en 1999. Un fils parle de son père qu'il connaît bien. Bourré d'anecdotes sur cette époque, le biographe s'attache à décrire un homme doué pour l'art et luttant contre des rhumatismes invalidants. Ce livre documenté se lit avec plaisir. (La suite, demain)
mardi 2 juin 2026
Atelier Littérature. La Mer, 2
Marie-Christine a choisi un roman hors de ma liste, "Pêcheur d'Islande" de Pierre Loti, publié en 1886. Ce livre sur la mer raconte l'histoire des marins qui partaient pendant des mois vers l'Islande. Ils affrontaient le froid, les tempêtes, le danger et la mort par noyade. Les femmes restaient à terre dans une attente angoissante. Une histoire d'amour entre la fille d'un commerçant de Paimpol et d'un pêcheur apporte une touche romanesque au récit. Le style de Pierre Loti, imprégné de poésie, se lit encore avec plaisir. Agnès a beaucoup aimé "Cézembre" d'Hélène Gestern, publié en Folio en 2025. Ce roman évoque la ville de Saint-Malo, son histoire par l'intermédiaire de Yann, professeur d'histoire à Paris, récemment divorcé et retournant dans sa ville natale. Il est un héritier de la famille des Kérambrun, propriétaires d'une compagnie maritime florissante. Yann, mène une enquête en fouillant les archives familiales. Son père, dur et autoritaire, imposait sa loi. Dans ces archives, il découvre des secrets de famille. Ce beau texte sent bon l'air iodé et le goût salé de la mer. Annette a eu la bonne idée de relire "20 000 lieux sous la mer" du génial Jules Verne. Je consacrerai un billet sur ce livre "mythique". Notre amie a retrouvé la dimension encyclopédique de l'écrivain avec des descriptions scientifiques sur le monde marin. L'histoire raconte l'aventure du capitaine Nemo et de son équipage dans le Nautilus. Un retour à l'enfance, une escapade fantastique dans le monde marin. Danièle a présenté le roman d'un écrivain norvégien, Roy Jacobsen, "Mer Blanche". Ingrid, le personnage central, recueille un homme gravement blessé dont elle ne sait rien. Elle vit dans une île du Nord de la Norvège et elle comprend vite qu'un bateau allemand a sombré avec des prisonniers russes. En soignant cet homme, elle va tomber amoureuse de lui. Ils vont donc s'aimer pendant de longs mois d'hiver tout en ne se comprenant pas. Mais, la guerre finira par les rattraper. Un grand écrivain à lire et à suivre dans les confins de la Norvège. Geneviève et Odile ont lu "Magellan" de Stefan Zweig. Odile, bien qu'absente, a écrit dans son mél que ce livre "se lit comme un roman d'aventures et quel personnage que Magellan". Elle ajoute que l'écrivain autrichien, toujours aussi passionnant à lire, a réalisé un travail d'historien, une reconstitution historique très documentée et réaliste. Pour s'évader loin de notre monde contemporain complexe, Magellan vous embarquera loin, très loin de notre Europe. Le thème de la mer a donc intéressé nos lectrices de l'Atelier. Je regrette que le livre d'Hermann Melville, "Moby Dick" n'a pas obtenu gain de cause. Mais, il est au programme de mes lectures d'été et j'en parlerai dans ce blog...
lundi 1 juin 2026
Atelier Littérature. La Mer, 1
L'Atelier Littérature s'est tenu dans le bar, Jetez l'ancre" ce jeudi 28 mai malgré une météo caniculaire. Les lectrices quasi au complet ont eu le courage de se déplacer et cette fidélité m'a vraiment mis du baume au coeur. Dans les journaux, je lis régulièrement des rubriques sur l'abandon des livres et de la littérature surtout de la part de notre jeunesse. Mais, à Chambéry, quelques lectrices font de la résistance en participant à cet atelier où la lecture est reine. Merci à toutes de montrer autant d'intérêt pour parler de romans, de poésie, de littérature. J'avais choisi le thème de la mer dans les romans et Janelou a démarré la séance avec Joseph Conrad, "La Ligne d'ombre". J'ai consacré un billet sur cette fable philosophique, une allégorie de la vie et de la mort dans ce vaisseau fantôme où les hommes essayent de survivre dans un chaos marin fantasmé et fantastique. Mais, Janelou n'a pas été sensible à ce type de roman, au fond, très masculin car dans ce bateau maudit, aucune femme n'est présente. Ce roman moins connu que "Lord Jim" et "Au coeur des ténèbres" mérite pourtant une lecture attentive. Le capitaine vit dans une solitude absolue avec tous ses hommes malades et la mer le captive : "Pendant un long, très long moment, j'affrontai un monde vide, baigné dans un infini de silence, à travers lequel le soleil se déversait et s'écoulait dans quelque dessein mystérieux". Un grand écrivain à découvrir. Trois lectrices ont eu un grand coup de coeur : Régine, Geneviève et Véronique pour "L'Ile" de Sigridur Hagalin Björnsdottir, paru chez Actes Sud en 2024. Ce roman dystopique, venu d'Islande, raconte un monde sans Internet. Que se passerait-il dans un pays isolé des nouvelles technologies ? Quelles réactions du gouvernement, des médias, de la population ? Comment apprendre à vivre en autarcie ? Régine a très bien résumé ce roman en nous donnant envie de le lire au plus vite. Ce futur effrayant pourrait advenir avec tous les problèmes géopolitiques actuels. Un très bon livre qui donne des frissons anticipés. (La suite, demain)
mercredi 27 mai 2026
"Le grimpeur et le grognard", Régis Debray et Sylvain Tesson
J'ai lu un dialogue très intéressant entre le grimpeur libertaire, Sylvain Tesson et le grognard républicain, Régis Debray, publié chez Gallimard/Equateurs. Tout les sépare sur plusieurs plans : l'âge, le passé, la politique, la conception de la vie mais ils se rejoignent pourtant dans une attitude d'amitié, de compréhension et de tolérance. Ils partagent aussi avec passion, la littérature avec un grand L. Régis Debray, l'ancien, est célèbre pour son engagement politique du côté des révolutionnaires cubains, de la gauche mitterrandienne. Un chantre des idées progressistes. Un Gaullien de gauche, comme il se définit. Mais, il a le courage d'avouer : "Le salut de nos semblables ? C'était voir un peu trop large. Mais heureusement, on rétrécit en vieillissant. Vous verrez, on en rabat". Le jeune Tesson a choisi l'aventure, la liberté, la jouissance de la vie et de soi, la nature : "J'ai trouvé que la jouissance d'une nuit de bivouac, seul dans la forêt, valait mieux que la volonté de peser sur le destin de mes semblables. Je croyais à la poudre d'escampette. Vous, à la poudre de canon". Dans leur démarche intellectuelle, la question centrale revient sans cesse : "Faut-il changer le monde ou le contempler ?". Les deux hommes se rencontrent chez Régis Debray, discutent à bâtons rompus, s'écoutent, s'étrillent gentiment, se câlinent comme un père avec son fils. L'un aime l'Histoire, l'autre préfère la géographie. Le Temps et l'Espace. L'un représente l'idéal révolutionnaire, l'autre est réputé pour son conservatisme. L'un aime "la camaraderie, les groupes, les bandes", l'autre, le culte du moi, la solitude, l'aventure. L'ancien lance des formules percutantes : "Il y a les solidaires et les solitaires. La gauche est plutôt dans la première catégorie. Lui se détache, moi, je m'attache. Il aime la solitude, moi, j'aime le coude à coude". Il est assez rare de mettre en lumière deux intellectuels que tout oppose et leur dialogue brillant et complice ressemble à une joute verbale de très haute tenue. Ces deux hommes se retrouvent sur leur amour commun de la littérature, de la civilisation du livre. Régis Debray la définit ainsi : "La littérature, c'est échapper au temps superficiel. C'est une façon de quitter le monde et de quitter l'entre-soi pour se chercher en soi-même". Ces deux grands lecteurs partagent leur passion de la littérature mais l'un pratique la lecture dans un fauteuil quand l'autre embarque les livres dans les sommets du monde. Une lecture apaisante et revigorante.
mardi 26 mai 2026
"Les Buddenbrook", Thomas Mann, 2
Dans ce roman-fleuve passionnant, les relations familiales demeurent l'axe central et chaque personnage se débat souvent en vain pour atteindre la sérénité heureuse. Dans la troisième génération, la plus intéressante à mes yeux de lectrice, Thomas éprouve un amour passionnel pour sa femme, Gerda, musicienne quasi professionnelle. Mais, son mari ne ressent pas la musique comme elle. Une différence entre eux irréconciliable, une fêlure dans leur couple. Ce tourment obsède cet homme plus sombre que jamais. Il avait renoncé dans sa jeunesse, par convenance bourgeoise et par ambition sociale, au mariage avec une petite fleuriste, peut-être le seul amour de sa vie. La soeur de Thomas, Tony, le personnage féminin le plus important du roman, a cru à l'amour à deux reprises mais chaque mariage contracté s'est révélé désastreux. Ses maris successifs ne songeaient qu'à sa dot et à la richesse de la famille Buddenbrook. Sa propre fille, Elizabeth, connaîtra le même naufrage dans son mariage. Thomas, en frère aîné de la fratrie, prendra soin de sa soeur Tony, qui malgré ses déboires conjugaux, conserve une énergie de vivre à toutes épreuves. Je garde le fil sur Thomas, un personnage intense, profond et d'une rigueur toute "germanique". Ses relations avec son frère Christian ne reflètent en aucun cas une harmonie fraternelle. D'un tempérament velléitaire, ce frère bohème ne s'investit pas dans le commerce comme Thomas. Ils parviennent à se supporter mais la haine les habite. Thomas Mann décrit avec une certaine ironie que les relations familiales peuvent générer des malentendus et des incompréhensions jusqu'à la rupture complète. L'écrivain allemand porte un regard lucide et critique sur cette classe bourgeoise corsetée, conformiste et trop traditionnelle. L'amour, thème majeur dans le roman accompagne aussi la mort, présente et redoutée à tout moment : "La mort était un retour au pays au terme d'une longue et très pénible errance, la correction d'une lourde faute, l'affranchissement des liens les plus vils, une immense levée d'écrou". Pensée inspirée de Schopenhauer. Quel roman intense à découvrir cet été quand le temps s'allonge pendant les vacances. Le lire m'a rappelé "Les Thibault" de Roger Martin du Gard que j'avais vraiment apprécié dans ma jeunesse. La littérature classique conserve tout son charme et toute sa magie !
lundi 25 mai 2026
"Les Buddenbrook", Thomas Mann, 1
Enfin, j'ai découvert le grand roman de Thomas Mann, "Les Buddenbrook", grâce à Danièle qui l'avait présenté en mars comme un "immense coup de coeur". Comme je suis aussi partie à Munich, j'avais décidé de l'embarquer dans ma valise car je lis toujours un roman sur le pays que je visite. Le lieu choisi par Thomas Mann se nomme Lübeck, sa ville natale, port historique de la Hanse au Nord de l'Allemagne. Ce premier roman, écrit à l'âge de 26 ans et publié en 1901, le fit connaître au public. J'ai tout de suite été captée par ce texte dans la tradition romanesque des écrivains du XIXe, de Balzac à Tolstoï, de Flaubert à Zola. Chronique familiale et sociale, fresque historique, ce roman a été adapté au cinéma en 2008 et diffusé en 2025 sur Arte. L'histoire débute en 1835 et se termine en 1877. L'écrivain allemand a divisé son texte en onze parties et chaque personnage principal joue un rôle déterminant dans les destinées des membres de la famille. Le fondateur de la maison de commerce, Johann Buddenbrook, est un entrepreneur talentueux et sa piété le caractérise. Devenu veuf avec un jeune fils, Gotthold, il se marie avec Antoinette, une jeune femme d'origine aristocratique de Hambourg, dont il a un second fils, Jean. Jean prendra la suite de l'entreprise et aura lui-même deux garçons, Thomas et Christian, et deux filles, Tony et Clara. Cette troisième génération constitue le coeur du roman. Thomas, homme cultivé et apprécié, hérite de l'entreprise familiale très prospère. Il s'est marié avec Gerda, une jeune femme d'Amsterdam, très belle et musicienne de son état. Ils auront un fils, Hanno. A la trentaine, cet homme ressent déjà une perte d'énergie et même s'il est engagé politiquement dans la municipalité, il se met à douter et à se mettre en question sous l'influence du philosophe pessimiste, Arthur Schopenhauer, très en vogue à cette époque. Ce personnage central symbolise une certaine rupture dans la génération de ses ancêtres. Il va tomber malade et sera obligé de liquider l'entreprise familiale. Hanno, son fils de santé fragile, sera emporté par la typhoïde à l'âge de seize ans. (La suite, demain)