vendredi 15 mai 2026

Rubrique Cinéma : "Vivaldi et moi"

Je vais très peu au cinéma mais je n'ai pas hésité une seconde pour aller voir le film, "Vivaldi et moi" du réalisateur italien, Damiano Michieletto. Ce film est inspiré d'un excellent roman de Tiziano Scarpa, "Stabat mater". L'histoire se déroule à Venise en 1716 dans l'orphelinat de "l'Ospedale della Pieta". Cécilia, une jeune orpheline, intègre l'orchestre des jeunes filles de l'hôpital en tant que violoniste. Douée pour la musique, elle apprécie beaucoup moins la discipline stricte de l'institution. Cet orchestre doué joue masqué dans une tribune de l'église pour un public de nobles vénitiens. Cécilia se lève la nuit pour écrire des lettres à sa mère qu'elle n'a pas connue. L'institution destine certaines d'entre elles au mariage forcé avec des nobles. Cecilia est promise au comte de Sanfermo, qu'elle doit épouser dès son retour d'une guerre contre les Turcs. L'orphelinat "vend" donc ces jeunes filles et Cecilia refuse ce mariage arrangé. Alors, apparaît le génial Vivaldi, prêtre, de santé fragile, recruté pour attirer un public plus large. Il remarque le talent de Cecilia pour la musique. Une relation de confiance lie ces deux êtres sensibles et passionnés. Le succès des concerts se confirme avec les compositions du musicien. Mais, le comte revient chercher sa proie et tout ne se passe pas comme prévu. Cecilia choisira la liberté en s'échappant de l'orphelinat. Il faut aller voir ce film pour trois raisons : Vivaldi, sa musique rayonnante, Venise, sa beauté architecturale, Cecilia, son esprit rebelle. Evidemment, au XVIIIe, il ne fallait pas naître pauvre dans une ville très riche. Les abandons d'enfants étaient monnaie courante. Le roman me semble bien supérieur au film mais, j'ai passé un bon moment, entourée de musique et de belles images dans une Venise de rêve.  

jeudi 14 mai 2026

"La Ligne d'ombre", Joseph Conrad

 J'ai choisi le thème de la mer dans le cadre de l'Atelier Littérature pour le jeudi 28 mai. Evidemment, j'ai voulu me faire plaisir en proposant ce sujet que j'ai intitulé, "Prendre le large". Avec cette météo très médiocre du mois de mai, réver de soleil, de bord de mer et de vagues ne peut que provoquer de bons moments que la lecture procure. J'ai donc lu quelques titres de ma liste bibliographique en commençant par le roman de Joseph Conrad, "La Ligne d'ombre". J'ai souvent songé à cet écrivain anglais très réputé dans le monde anglo-saxon. Le roman ("The Shadow-Line) est un récit maritime largement autobiographique, sous-titré "Une confession", paru en 1917. L'écrivain avait dédié son livre à son fils, Borys, parti pour la guerre et à tous les autres qui "ont franchi dans leur prime jeunesse la ligne d'ombre". Dans un port d'Extrème-Orient, le narrateur, un marin, veut rentrer chez lui. Il démissionne de son poste de second sur un bateau à vapeur. Mais, il renonce à son projet de départ et, par ambition, il accepte le commandement d'un trois-mâts en partance pour Singapour.  Il est mal accueilli par son second qui tombe malade en pleine mer. Cet homme s'avère hanté par le souvenir de son ancien capitaine, mort dans sa cabine d'une façon mystérieuse. Son corps a été jeté dans la mer. A partir de cet incident de mauvais augure, le bateau s'immobilise, faute de vent. Sous un soleil de plomb, l'équipage perd pied, attrape une fièvre tropicale et sombre dans le désespoir. Le narrateur et le cuisinier montrent un courage surhumain et forment le seul équipage, épargné par la maladie en luttant contre ce mauvais sort. Joseph Conrad écrit : "On s'en va. Et le temps, lui aussi, s'en va... Jusqu'au jour où l'on aperçoit droit devant une ligne d'ombre vous avertissant que les parages de la prime jeunesse, eux aussi, doivent être laissés en arrière". Je ne dévoilerai pas la fin de ce roman fascinant pour conserver l'intérêt de l'intrigue. Je comprends mieux, après avoir lu ce récit, le génie littéraire de Joseph Conrad. Il pose des questions philosophiques sur le destin, les actes irréfléchis, le courage, la lutte contre les éléments, les valeurs morales, le Mal, la folie et tant d'autres thèmes à découvrir. Quand je me suis embarquée dans ce trois-mâts, j'avais l'impression de ressentir l'effroi des marins dans ce monde des ténèbres où seuls, le capitaine et le cuisinier symbolisaient le Bien et la Raison. Une trés belle fable sur la condition humaine. 

mardi 12 mai 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur

 Après le thème du bonheur, nous avons évoqué les coups de coeur. Régine a présenté deux coups de coeur avec "Les enfants uniques" de Gabrielle de Tournemire et "La forme et la couleur des sons" de Ben Shattuck. Le premier cité, paru chez Flammarion, traite le thème de l'handicap. Hector et Luz forment un couple particulier car ils sont handicapés. Redoutée par leurs familles respectives, empêchée par la société, leur relation amoureuse rencontre des obstacles et pose des questions délicates. Le rôle des parents et d'un éducateur les aident à construire leur couple. Régine a beaucoup apprécié ce premier roman tout en délicatesse et a précisé que l'écrivaine est invitée en fin mai au festival du Premier Roman. Le second coup de coeur au titre étonnant est un recueil de nouvelles. La première raconte l'histoire de deux jeunes hommes en 1919, liés par un amour sous le signe de la musique. Ils recueillent des chansons traditionnelles dans le Maine. Mais, l'un deux disparaît brusquement. Des années plus tard, une femme retrouve les cylindres dans une maison qu'elle vient d'emménager. La particularité du recueil repose sur une forme musicale et poétique du "hook-and-chain", popularisée au XVIIIe siècle en Nouvelle-Angleterre. Ces nouvelles sont donc réliées entre elles par ce chaînon du passé qui resurgit par hasard. Un écrivain nouveau à découvrir. Annette a évoqué son coup de coeur, "La vie en fuite" de l'écrivain irlandais, John Boyne. En 1946, une mère et sa fille quittent la Pologne pour Paris. En 2022, à Londres, Gretel Fernsby revient sur son passé secret quand elle est confrontée à de nouveaux voisins. Un très bon roman. Danièle nous a signalé la parution d'un deuxième roman d'une écrivaine qu'elle connaît personnellement. Il s'agit de Marielle Hubert et de son roman, "Selon toi". On en reparlera dans l'Atelier de mai. Peu de coups de coeur en avril et donc, un grand merci à Régine, à Annette et à Danièle. 

lundi 11 mai 2026

Atelier Littérature, le bonheur, 2

 Véronique a bien apprécié "Toutes les familles sont heureuses" d'Hervé Le Tellier, paru en Poche en 2021. Le titre de cette autofiction semble bien ironique pour le narrateur qui raconte une famille "dysfonctionnelle". Il avoue dans ce texte : "Je n'ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j'ai compris que quelque chose n'allait pas, très tôt, j'ai voulu partir, et d'ailleurs très tôt je suis parti". Hervé Le Tellier ne manifeste aucune rancune dans ce texte malgré cette famille bancale. Il a choisi la fuite : "Les enfants n'ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d'aimer plus encore la vie". Une autobiographie, teintée d'humour et d'une résilience étonnante. Régine a choisi le roman de Catherine Cusset, "La Définition du bonheur", paru chez Gallimard en 2021. Elle a été déçue par ce livre qui, pourtant, se lit avec plaisir mais sa critique porte sur les clichés sociétaux. Tout y passe : le viol, le covid, les bobos parisiens, etc. L'histoire de deux amies, Clarisse et Eve, se déroule à partir des années 80  à Paris et à New York : "Pour Clarisse, le bonheur n'existait pas dans la durée et la continuité (cela c'était le mien), mais dans le fragment, sous forme de pépite qui brilllait d'un éclat singulier, même si cet éclat précédait la chute". Entre Clarisse, la grande amoureuse passionnée et Eve, la raisonnable, quelle est la bonne voie pour atteindre le bonheur ? Catherine Cusset brosse le portrait de notre époque et de la condition féminine en évoquant le rapport au corps, au désir, à la maternité et aux années qui passent. Un avis mitigé de Régine que je partage mais qui n'empêche pas d'aller rencontrer ces deux héroïnes des temps modernes. Odile a beaucoup aimé le roman d'Erri De Luca, "Un jour avant le bonheur", publié en Folio en 2012. Naples après la Guerre, un jeune orphelin, un concierge, don Gaetano, une transmission. Erri De Luca raconte une belle histoire d'éducation entre un homme généreux et un petit garçon, avide d'apprendre à vivre. Mais, ce concierge possède un don : il lit dans la pensée des gens. Il sait que son protégé est amoureux d'une jeune fille. Un roman magistral, un roman initiatique à découvrir et le charme fou et incommensurable de l'Italie. 

vendredi 8 mai 2026

Atelier Littérature, le bonheur, 1

 Le jeudi 30 avril, nous étions presque au complet dans le salon de "Jetez l'ancre" pour évoquer le thème du bonheur dans la littérature. J'avais demandé des citations sur le bonheur pour démarrer la séance et je compte les livrer dans ce blog quand les lectrices amies me les enverront en mél. Odile et Janelou ont lu "La Joie de vivre" d'Emile Zola. Elles ont beaucoup apprécié ce roman centré sur le personnage de Pauline, une optimiste née alors qu'elle traverse sans cesse des malheurs. Publié en 1884, Emile Zola a écrit ce douzième tome des Rougon-Macquart pour en faire "un roman intime, à peu de personnages, avec une grande simplicité de style". Dans un petit village du bord de la Manche, la petite Pauline, une orpheline assez fortunée, est recueillie chez un oncle, son tuteur. En fait, Pauline sera victime de sa bonté naturelle car elle accepte de donner son argent pour financer les opérations hasardeuses de son cousin, un homme sans cesse déprimé et velléitaire. Elle va même se sacrifier pour Lazare, ce cousin si soumis à sa mère avec lequel elle devait se marier, en proposant une amie qui le convoitait. Pauline ou la bonté incarnée. Les autres personnages symbolisent l'avidité, la méchanceté, et l'hypocrisie.  Un roman passionnant, un classique intemporel. Danièle a choisi "Que ma joie demeure" de Jean Giono. Ce roman pastoral raconte l'histoire d'une communauté paysanne de la Provence, chère à l'écrivain. Malgré quelques descriptions un peu longues sur des scènes villageoises, Danièle a beaucoup aimé le style de Giono, son amour de la terre et des paysans, ses idées utopiques sur le partage. Un roman virgilien à découvrir et surtout un hommage vibrant à la nature. Marie-Christine a lu avec plaisir "Marcher la vie, un art tranquille du bonheur" de David Le Breton. Une histoire documentée et érudite de la marche dans tous ses aspects : physique, moral, religieux, historique, philosophique. Un documentaire vraiment agréable à lire. (La suite, lundi)

jeudi 7 mai 2026

Escapade à Munich, la dolce vita à l'allemande

 J'ai eu quelques petis ennuis avec la compagnie Lufthansa car mon vol de retour a été annulé. Un grand mouvement social concernant les salaires des navigants a mobilisé les avions sur le tarmac. Mais, avec ce mouvement, la compagnie allemande m'a offert une nuit d'hôtel supplémentaire et j'ai donc profité de cette journée de samedi pour retourner dans le centre de la ville. J'ai visité un dernier musée, la Sammlung Schack, présentant la peinture allemande du XIXe siècle. Dans ce quartier, j'ai voulu revoir le Jardin Anglais et j'ai assisté à un spectacle surprenant : des surfeurs téméraires domptaient une vague fluviale de la rivière Eisbach. C'était vraiment une surprise car, je connais bien la culture surf de Biarritz et me retrouver devant ces jeunes cavaliers de cette vague unique en centre ville m'a beaucoup amusée. J'ai repris le chemin en bus pour me rendre au centre de Munich pour revoir la Marienplatz et j'ai consacré mon après-midi aux églises les plus belles de Munich : la Peterkirche, la Heiliggeiskirche et la Michaelkirche. Dans la dernière église citée, j'ai vu le tombeau de Louis II de Bavière, le roi "fou", personnage central d'un film de Visconti. En me baladant dans le centre ville, j'ai constaté une ambiance bon enfant, sereine et décontractée. Une impression de dolce vita avec la présence de nombreux restaurants italiens, du spritz dans les bars,  et de tout le baroque des églises munichoises. En cette fin du mois d'avril, j'ai toujours déjeûné en terrasse sous un soleil chaleureux. Dans le métro, dans le bus, j'ai rencontré des Munichois sympathiques et certains, surtout le samedi, portaient leur costume bavarois avec leur chope de bière (vide, heureusement). Ce séjour munichois m'a donc réservé de très bons moments dans les parcs et jardins, dans le centre historique et surtout dans ses très beaux musées. Je n'ai pas appris, hélàs, l'allemand, une langue difficile, mais j'ai compris un aspect de la vie allemande à Munich avec ses milliers d'étudiants, ses urbains branchés, ses vélos et ses pistes cyclables, son architecture flamboyante, ses brasseries et ses monuments. Après Venise, une destination de rêve, Munich méritait bien un détour, surtout pour ses musées...   

mercredi 6 mai 2026

Escapade à Munich, l'art moderne et contemporain, 2

Je n'ai pas manqué la Pinakothek der Moderne, dans le beau quartier de Maxvorstadt, ouvert depuis 2002.  Ce gigantesque édifice de 22 000 m2 réunit quatre collections : la peinture, l'architecture, le graphisme et le design. Dès que je suis rentrée, j'ai remarqué un lieu remarquable avec une rotonde de verre et son toit en dents de scie. Cette "cathédrale de verre" contient 35 salles et complète l'offre artistique de Munich. J'avoue que je préfère la peinture des siècles précédents, mais quelques peintres ont retenu mon attention dans cette visite : Matisse, Picasso, Miro, Magritte, Dali, Juan Gris pour citer les plus connus. J'ai retrouvé quelques oeuvres du groupe Le Cavalier bleu et d'autres artistes expressionnistes allemands. Mais, quand j'ai poursuivi ma déambulation vers l'art contemporain, j'ai commencé à me poser des questions sur la présence de quelques oeuvres, qui, à mes yeux, me laissent de glace. De Warhol à Twombly, de Rauschenberg à Fontana, je n'accroche guère. J'ai même vu des oeuvres incroyablement bizarres comme une planche en bois sur un oreiller blanc... Ces artistes contemporains dont je n'ai même pas retenu les noms me semblent incompréhensibles. Ces espaces muséaux ressemblent à des coquilles vides. Où se cache la beauté dans ces objets usuels ? Une artiste a mis en scène des cadies pleins de vaisselle. J'ai compris le message ultra féministe d'une révolte antipatriarcale mais, tous ces concepts intellectuels et idéologiques, contenus par des "performances" scéniques, n'attirent pas grand monde dans ces espaces souvent désertés, même à Munich. Un troisième musée m'a aussi étonnée : le Branhorst, ouvert en 2009. Le bâtiment est recouvert de 36 000 lamelles en céramique de couleurs différentes qui donnent un aspect de tableau abstrait. Il utilise l'énergie solaire, ce qui est assez rare pour un musée. Au fond, j'ai préféré l'extérieur avec sa façade multicolore originale que les oeuvres contemporaines exposées. Décidément, je suis plus convaincue par la culture du passé que du présent. Un signe de mon âge, peut-être...