mardi 6 octobre 2026

Escapade en Grèce, l'île de Kea

 Kéa, appelée aussi Tzia, authentique et préservée du tourisme de masse, possède une particularité architecturale : l'existence des maisons cubiques en pierre locale. Sur les zones montagneuses que j'ai traversées, ces habitats de couleur bronze, harmonieux et discrets, s'intègrent dans la beauté des paysages. La ville principale, Ioulida, est accrochéee à la montagne et combine des maisons blanches cycladiques avec des églises aux toits de tuiles rouges. Un paysage qui me rappelait Santorin et Naxos. Quelques moulins sont tranformés en maisons de vacances. Comme dans toutes les Cyclades, j'ai retrouvé à Korissia, l'ambiance d'un port traditionnel avec les tavernes de poissons frais, les bars branchés et les boutiques traditionnelles. La marina de Vourkari abrite de très beaux voiliers. A la fin de ce mois de septembre, l'ambiance était sereine, calme car les plages étaient redevenues sauvages. J'ai rencontré dans la taverne d'Otzia deux femmes grecques retraitées qui, en entendant parler le français, nous ont adressé la parole. Elles avaient appris notre langue dans leur jeunesse. Ces deux soeurs adorables s'étaient réfugiées à Kea pour fuir leur île natale, Santorin. Elles ont raconté les dégâts du surtourisme et nous ont parlé d'un site à voir avant de partir. J'ai donc vu ce site archéologique, Agia Irini, à Varkouri, derrière des grilles car il est fermé au public. Ce site majeur de l'Age du Bronze abrite des vestiges d'une ancienne cité fortifiée préhistorique avec des structures de temples antiques. Ce temps si lointain de nos ancêtres me fascine toujours. Comme ma maison de location se situait devant la plage, je me promenais souvent sur le sable à la recherche de coquillages. J'arpentais aussi un sentier qui me menait sur les collines environnantes parsemées de maisons cubiques. La mer Egée d'un bleu profond me mettait en mémoire les Grecs anciens, des marins émérites et courageux. Je m'attendais à rencontrer Ulysse qui me hélait pour que je le rejoigne... Sur cette côte, le meltem, ce vent si homérique, soufflait fort. Je suis restée quelques jours dans ce lieu mythique et magique entre balades et baignades, la mer et la montagne, les maisons cubiques et les petites chapelles orthodoxes blanches et bleues. Le dimanche, la météo a changé, le vent a agité la mer, et le ferry que j'ai pris m'a provoqué quelques frayeurs. Les vagues se frottaient avec énergie sur la coque du bateau. Une traversée délicate car le capitaine conseillait de ne pas rester sur les coursives extérieures. Je me suis bien gardée de mettre le nez dehors sauf en fin de parcours pour filmer ce terrible vent de Poséidon. Ce séjour pourtant assez bref m'a pourtant donné un gout d'éternité. 

lundi 5 octobre 2026

Escapade en Grèce, du Cap Sounion à l'île de Kéa

 Quand j'ai posé mes pieds sur le sol de l'aéroport d'Athènes, j'ai ressenti une émotion certaine. Mon dernier voyage datait de 2019 et quelques années plus tard, le visage du pays a un peu changé avec un surtourisme que l'on remarque immédiatement. J'avais loué une voiture et en attendant la remise des clés, j'ai croisé des Africains du Sud, des Allemands, des Anglais, des compatriotes, etc. La planète entiere avait envoyé des représentants pour admirer ce pays, berceau de la civilisation occidentale et peut-être tout simplement, l'attraction du soleil et des plages... Comme le vol durait trois heures et que l'attente pour récupérer la voiture était longue, je n'ai pas eu la satisfaction de visiter le temple de Poséidon mais ce n'était que partie remise. J'ai apercu le temple de mon hôtel, une image déjà fabuleuse, accompagné d'un coucher de soleil somptueux. La Grèce culturelle se niche aussi dans sa gastronomie et le restaurant attenant à l'hôtel nous a servi un excellent souper ! Le lendemain matin, j'ai repris la route pour Lavrio, un port qui donne accès à quelques îles dont celle que j'avais choisi : Kéa. Cette île appartient aux Cyclades et très peu fréquentée. J'ai donc pris le ferry, toujours aussi imposant dans sa structure et mon frère a vraiment vécu un moment difficile en garant la voiture dans la carcasse du bateau. La météo s'est avérée calme et une heure après, je suis arrivée à Korissia où nous attendait notre hôtesse charmante. On l'a suivie jusqu'à la baie d'Otzia où j'avais loué une maison sur la plage. Quel bonheur de se retrouver dans cette maisonnette cycladique située au bout d'une plage de sable ! Un vrai petit paradis secret et caché... Des dindons amusants nous ont accueillis dans le terrain voisin et notre hôtesse nous avait préparé un plateau de fruits, des oeufs, du miel, de la confiture, etc. Cette attention nous a vraiment touchés car dans mon séjour, je n'ai rencontré que des Grecs adorables de gentillesse. La mer me tendait ses bras et j'ai pris ma première baignade avec un plaisir jubilatoire dans une eau assez chaude pour la saison. J'ai apprécié le calme et la quiétude de ce lieu merveilleusement grec. En fin septembre, la nature respire et retourne à son silence primordial. Un première étape sereine et dépaysante dans une île authentique. 

mercredi 23 septembre 2026

Mes lectures grecques

 Je m'envole bientôt vers la Grèce revoir le pays des dieux, ces dieux à visage humain. Avant de revisiter Athènes, je vais contempler la mer au Cap Sounion devant le temple de Poséidon. Ce lieu magique demeure ma première étape et je vais penser à Marguerite Yourcenar qui, dans une lettre, voulait revoir ce temple avant de mourir. Puis, je m'embarque pour une île très peu connue, Kéa, au nord de l'archipel des Cyclades, la plus proche de l'Attique. Mais, avant de goûter l'air marin, la feta et les olives, j'ai voyagé grâce aux livres de ma bibliothèque. Je remets mon "cerveau" en mode grec et avant de retrouver l'Acropole, l'Agora, les musées, je ressens un besoin de me plonger dans cette période antique. J'ai donc lu "La vie quotidienne des Grecs au siècle de Périclès" de Robert Flacelière, paru chez Hachette en 1978. Cette collection, "La Vie quotidienne" était une excellente introduction pédagogique et culturelle avec une rigueur académique. J'ai appris beaucoup d'informations sur un grand nombre de sujets : de la famille à la politique, de la maison aux rituels religieux, de la littérature à l'art, etc. Une mine d'or. Une fresque vivante et passionnante. Il n'oublie pas la place restreinte des femmes dans la cité et surtout la misère des esclaves. J'ai feuilleté des livres d'art dont le catalogue du musée de l'Acropole, ce fabuleux musée, un trésor national précieux et indispensable pour voir des pièces uniques. J'ai relu un ouvrage d'une très belle collection d'art chez Hazan, "La Grèce antique", dont l'iconographie est remarquable. Quel plaisir de relire tous ces livres qui se reposaient sagement dans ma bibliothèque ! Que vais-je glisser dans mon sac ? J'abandonne les guides traditionnels car, sur Internet et avec l'IA, l'usage des guides s'avère moins essentiel. J'ai choisi comme compagnons de voyage deux livres de poche dont "La Civilisation et l'art de la Grèce ancienne" de Kostas Papaioannou, paru en 1989. Une synthèse bien écrite d'un grand spécialiste de l'art antique. Et pour la fiction, un roman de Sandor Marai, "La Paix à Ithaque", paru en 1952. Quand un grand écrivain rend un hommage vibrant à Homère...

lundi 21 septembre 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur, 3

 Danièle a évoqué un deuxième coup de coeur, "Il neige sur le pianiste" de Claudie Hunziger, paru en livre de poche. Une romancière vit dans une maison en pleine forêt et elle reçoit la visite d'un pianiste, un spécialiste de Bach. Il ne devait rester qu'une nuit mais la neige tombe et son séjour se prolonge dix jours de plus. Un renard blessé est recueilli et la romancière le sauve. Une allégorie du soin, "prendre soin du monde" surtout quand il ne se porte pas à merveille. Un roman "enchanteur" selon Danièle à découvrir. Marie-Christine a apprécié un récit de vie d'une femme iranienne : "La Joueuse d'échecs" de Mitra Hejazipour, championne d'Asie. Elle a osé enlever son voile à Moscou devant les caméras du monde entier. La France l'a accueillie et elle raconte dans cet ouvrage son enfance à Téhéran, son ascension grâce aux échecs et son exil dans notre pays. Un parcours exemplaire pour conquérir la liberté. Régine a présenté une nouveauté de la rentrée littéraire : "La solitude des professeurs est infinie" de Yannick Haenel, paru chez Gallimard. Jean Deichel, jeune professeur de français, effectue un stage au sein d'un collège de la banlieue parisienne. Il découvre les difficultés du métier mais aussi ses joies. Comme il est aussi poète, il cherche aussi "la lumière de la vraie vie" au coeur d'un quotidien bien morose. Régine était attirée par ce roman mais, elle semblait un peu déçue par cette nouveauté de la rentrée, connaissant le monde de l'éducation sur le bout des doigts. Elle a évoqué son grand coup de coeur : "Le ciel est immense" de Feurat Alani, auteur français d'origine irakienne. Adel, pilote de guerre, est envoyé par l'armée pour un stage en URSS mais il disparaît en 1974 entre Bagdad er Krasnodar. Trente ans plus tard, son neveu mène une enquête sur sa disparition non élucidée. Un roman formidable selon Régine et un voyage labyrinthique sur un secret de famille dérangeant. Véronique a présenté deux coups de coeur : "Tous les hommes doivent savoir" de Nina Bouraoui et "La Confrérie des moines volants" de Metin Arditi. Nina Bouraoui raconte sa vie dans ses contradictions. Elevée dans la culture musulmane, son homosexualité pose problème pour elle et pour les autres. Une écrivaine courageuse et très attachante. Le roman de Metin Arditi : quand des moines orthodoxes sauve des trésors artistiques dans les églises dans une Russie stalinienne anti-religieuse. Voilà pour les coups de coeur de l'été et merci aux amies lectrices de nous avoir donné de très bonnes idées de lecture !

vendredi 18 septembre 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur, 2

 Janelou et Odile ont lu le premier roman de Thélyson Orélien, "C'était ça ou mourir", paru chez Grasset. Cette nouveauté de la rentrée littéraire attire déjà beaucoup l'attention du lectorat et des critiques. Ce "phénomène" obtiendra certainement un prix cet automne. Le héros, Jonas Dorléon, professeur d'histoire, quitte son pays, Haïti, après l'embrasement de son quartier de Port-au-Prince. Il emporte avec lui un sac en plastique avec son diplôme, un cahier de poèmes et la photo de sa mère. Sa migration démarre en République dominicaine, puis au Brésil et au Mexique. Il traverse souvent des enfers mais aussi des instants de solidarité. Il est pourchassé par les agents de l'ICE aux Etats-Unis, mais, il parvient à trouver l'asile au Canada. Il dénonce dans ce roman la trajectoire d'un migrant sur le plan physique : la marche, la faim, la soif, le froid. Mais, sa force morale lui permet de tenir debout. Odile a été conquise par ce roman très contemporain avec un style imagé. Janelou a émis quelques critiques sur ce texte trop long à son goût. J'ai retenu son commentaire : "Il en fait trop". Une nouveauté à découvrir sur un sujet universel. Geneviève a présenté son coup de coeur avec "Clément" de Romain Lemire, publié au Cherche-midi. Le narrateur relate l'histoire de sa famille dans la France des années quatre-vingt. Le père est professeur de lettres, sa mère, éditrice. Classe moyenne supérieure et dans ce milieu privilégié, règne un silence assourdissant et le crime terrible de l'inceste au sein de la famille. Sur France Culture, l'auteur explique sa démarche : "Les viols, c'étaient les viols, mais avant et après la vie reprenait son cours et j'avais une enfance (...) heureuse, joyeuse et c'est ça aussi que j'ai voulu montrer dans ce livre. Et c'est pour ça aussi que c'est difficile à déceler". Un roman indispensable pour dénoncer ce fléau social, ce crime familial qui condamne des milliers d'enfants par an. Danièle a choisi un roman de Jenni Fagan, écrivaine écossaise, "Les buveurs de lumière", paru dans la collection Points Seuil. Un roman dystopique qui raconte l'attente de la fin du monde avec des personnages attachants comme Stella, l'adolescente, sa mère, Constance, Dylan et Bernache. Une nouvelle ére glaciaire s'annonce et comment vivre sur la Terre ? Danièle a lu ce roman pour préparer son futur voyage en Ecosse. Rien ne vaut un roman pour connaître un pays et son atmosphère. (La suite, lundi)

jeudi 17 septembre 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur, 1

 La rentrée de l'Atelier Littérature a eu lieu ce jeudi 17 septembre dans le bar-salon, "Jetez l'ancre". J'étais heureuse de revoir mes amies lectrices en bonne forme et toujours motivées pour démarrer une nouvelle saison avec un rythme d'une rencontre mensuelle. J'ai présenté le programme des deux ateliers d'octobre et de novembre : le thème du rêve dans les romans et l'écrivain anglais, Julian Barnes. J'ai préparé quelques bibliographies cet été et ce thème du rêve m'a particulièrement attirée car, dans la littérature, la fiction n'est-elle pas un rêve réalisé dans les mots ? J'ai aussi beaucoup apprécié le dernier ouvrage de Julian Barnes, "Départ(s)", et je propose quelques romans de cet auteur pour novembre. Nous étions presque au complet cet après-midi pour évoquer les coups de coeur de l'été. Odile Ba a démarré la séquence avec "Herbier du souvenir" de Jean-François Beauchemin, un grand écrivain du Québec. Il faut lire avant "Le Roitelet", paru en Folio (un coup de coeur de Régine) où l'auteur racontait l'histoire de son frère schizophrène. Deux ans après la mort de ce frère malade, le narrateur revisite cette histoire commune sans misérabilisme : "La mort d'un être aimé est presque toujours un éboulement. Mais cette dégringolade de pierres favorise sur la pente dévalée, labourée par le mouvement impétueux du matériau, la poussée prochaine de nouvelles fleurs". Dans cet herbier, les souvenirs d'un quotidien partagé remplacent les plantes et grâce à l'amour de sa femme, Livia, le narrateur reprend goût à la vie. Odile nous a donné envie de découvrir cet écrivain francophone venu du Québec. Agnès a presenté "Une pension en Italie" de Philippe Besson, paru en janvier de cette année chez Juillard. Ce beau roman dévoile un secret de famille sur le grand-père du narrateur qu'il n'a pas connu. En 1964, Paul (le grand-père), sa femme Gaby et leurs deux filles, Suzanne (la mère de l'auteur) et Colette, passent des vacances dans une pension en Toscane. Dans ce séjour, un imprévu surgit qui va bouleverser la vie de cette famille. Un roman à découvrir pour passer quelques jours dans ce merveilleux pays et se plonger dans une Italie des années 60 où la tolérance n'était pas une attitude courante comme aujourd'hui. (La suite, demain)

mercredi 16 septembre 2026

"Un coeur simple", Gustave Flaubert, 2

 Gustave Flaubert avait destiné ce conte à sa chère amie, George Sand, pour lui montrer qu'il avait du coeur : "Je veux apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles, en étant une moi-même". Avec ce personnage emblématique, une domestique,  l'écrivain évoque la souffrance du peuple à son époque. Il écrit en une phrase le destin de Félicité : "Alors, une faiblesse l'arrêta ; et la misère de son enfance, la déception du premier amour, le départ de son neveu, la mort de Virginie, comme les flots d'une marée, revinrent à la fois, et, lui montant à la gorge, l'étouffaient". La fin de vie de cette femme pieuse se termine dans une vision : "Les mouvements de son coeur se ralentirent un à un et quand elle exhala son dernier souffle, elle crut voir, dans les cieux entrouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête". Félicité est submergée par sa foi et pour elle, se sachant malheureuse, croire la sauve du désespoir. Gustave Flaubert la décrit comme une "sainte femme" : "L'histoire d'un "coeur simple" est le récit "d'une vie obscure, celle d'une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais". Cette nouvelle est intégrée dans le recueil "Trois contes" avec "La Légende de Saint Julien l'Hospitalier" et "Hérodias". Marie-Hélène Lafon a toujours déclaré son admiration totale pour "Un coeur simple". Dans son roman, "Des pays", une fille de paysans s'arrache à sa région natale, le Cantal, pour faire des études de lettres à Paris. Elle pleure en lisant ce conte flaubertien qu'elle considère comme son "bréviaire absolu". Pour ma part, je n'avais pas relu ce texte depuis des années et quand je l'ai redécouvert récemment, j'ai été émue par Félicité, une femme incroyablement digne dans ses malheurs successifs. Mais, pourtant, malgré la dureté de sa vie, elle a connu quelques répits en aimant les enfants de sa maîtresse, son neveu, et même, à la fin de sa vie son perroquet Loulou. Un personnage inoubliable de la littérature française.