jeudi 2 avril 2026

Escapade à Venise, l'île de Torcello

 Venise ne se visite pas en un jour, mais, en quelques jours pour s'imprégner de son atmosphère si étrange, si fascinante. Les milliards de photographies du Palais des Doges, du Campanile, de la Basilique San Marco et du Rialto ne résument pas la cité et son "esprit du lieu". J'aime m'installer dans un appartement ou une chambre d'hôte pour savourer mon séjour. Dans ma semaine, j'ai pris le temps de découvrir les îles voisines : Murano, Burano et Torcello. Pour atteindre ces îles, il suffit de prendre un vaporetto et de filer sur Murano, premier arrêt, puis Burano et enfin Torcello. J'ai préféré commencer par Torcello et en mars, c'est un vrai délice tant les touristes désertent cette destination. Quand je suis arrivée, j'ai été frappée par la simplicité de l'île et par sa tranquillité légendaire. J'arpentais le sol qui a connu les premiers habitants de la lagune, les Vénètes, au VIe siècle. Elle compte aujourd'hui une dizaine d'habitants alors qu'au Xe siècle, ils êtaient quelques milliers. Mais la malaria et l'envasement des canaux ont provoqué leur installation à Venise et à Murano. A la sortie du bateau, il faut marcher sur le quai d'un canal et déjà le charme opère. En cheminant, j'ai observé le Pont du Diable, un souvenir des Romains. Sur la place herbeuse, j'ai visité un édifice remarquable, la cathédrale Santa Maria Assunta. Batie en 639, elle récèle un trésor des XIIe et XIIIe siècles: une immense et extraordinaire mosaïque, représentant le Jugement dernier. Je n'en croyais pas mes yeux ! Tout près de cette cathédrale, je suis entrée dans l'église Santa Fosca, en croix grecque qui, selon les historiens, serait un "martyrium", un sanctuaire abritant les restes des martyrs. Un troisième édifice sur cette place modeste s'imposait d'emblée à ma grande surprise : le musée archéologique ! J'ai retrouvé mes Etrusques avec leur artisanat métallurgique (vaisselle, miroirs, fibules) et quelques vases trouvés dans la campagne de l'Altino. La section médiévale est aussi présentée dans ce petit musée provincial incroyable. En me promenant dans ce bout d'île, je pensais au roman de Claudie Gallay, "Dans les jardins de Torcello", avec son ambiance très particulière de silence et de nature. Une très belle découverte incontournable à une heure de bateau de Venise. 

mercredi 1 avril 2026

Escapade à Venise, l'impressionnisme incarné

 J'ai donc réservé ma première escapade de l'année à Venise, une de mes villes préférées en Italie. Comment éviter les clichés liés à cette cité si fréquentée même l'hiver ? Il faut éviter deux lieux majeurs qui perdent presque leur charme, tellement le tourisme consumériste de masse altère leur splendeur d'origine : la piazza San Marco et le pont du Rialto. Evidemment, j'ai traversé ces deux endroits sans m'attarder car pour atteindre telle ou telle église, ces deux pôles d'intérêt sont incontournables. J'ai respecté la tradition en prenant le bateau à l'aéroport car j'aime arriver à Venise à travers les balises en bois, des "bricole", qui tracent la route de navigation et sur lesquelles nichent les mouettes. Dès mon arrivée dans la chambre d'hôte, la Ca'Santo Spirito, sur les Zattere, j'ai vite posé la valise et j'ai pris la ligne 1 du vaporetto pour revoir les palais les plus prestigieux : le palazzo Salviati, le palazzo Gustinian, la Ca'Dorio, la Ca Pesaro, la Ca Rezzonico, le palazzo Barbaro, etc. Les Champs Elysées aquatiques de Venise. Je reviens toujours à la littérature en pensant à Henry James qui a écrit son roman, "Les papiers d'Aspern" dans le Palais Barbaro. Se balader dans le vaporetto, surtout dans les espaces extérieurs du bateau, se transforme en rêve éveillé devant tant de beauté architecturale. Je n'oublie pas la présence des mouettes sur les "palines", ces pieux en bois souvent aux couleurs des propriétaires des palais. Tout est thêatral à Venise surtout avec les gondoles et les bateaux taxis qui côtoient les vaporetti. Le premier soir, j'ai vécu un phénomène de coucher de soleil sur le Canal Grande avec les reflets d'un soleil orangé sur l'eau, un tableau de Monet en perspective qui a, lui-même peint une trentaine de tableaux en 1908. Voir ce coucher de soleil sur le Grand Canal reste pour moi une expérience esthétique que je ne vis qu'à Venise. Le canal de la Guidecca à deux pas de ma résidence conserve son charme puissant sur les bords des Zattere où j'ai terminé ma soirée avec un plat succulent de "spaghetti à la vongole" dans un restaurant-terrasse en plein air. Les mouettes me frôlaient et la chiesa des Gesuiti avec son imposante façade baroque attirait irrésistiblement mon regard. Je vivais dans une bulle intemporelle. Rien n'avait changé depuis mon précédent séjour en 2024. Parfois, cela fait du bien de retrouver un monde qui ne change pas à toute allure. Dans cette ville si ancienne, le temps se ralentit, s'allonge, se prélasse et enfin, libère l'énergie en soi. Des retrouvailles heureuses. 

mardi 31 mars 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur, 2

 Régine a présenté son grand coup de coeur, "Nous sommes faits d'orage" de Marie Charrel, publié en 2025. A la mort de sa mère en Islande, Sarah hérite d'une maison en Albanie. "Trouve Elora", lui dit sa mère. Ignorante de ses origines, elle part donc dans ce pays où elle découvre un village oublié, niché dans une montagne sauvage. Les habitants lui annoncent qu'Elora est morte depuis longtemps, lors d'un régime communiste despotique. Le peuple albanais obéit à un code d'honneur, le "Kanun" où il est écrit qu'une "femme est la propriété de la famille et n'a aucun droit". Sarah est éco-acousticienne, une chasseuse de sons pour écouter les milieux naturels à sauvegarder. La narratrice part à la recherche de cette ancêtre si rebelle... Régine nous a lu un beau passage : "Les mots sont comme les cailloux que nous ramassions sur les sentiers. (...) Toujours, tu devras choisir et chérir les mots, à la manière des cailloux de ton enfance". Ce roman original à l'écriture flamboyante a vraiment conquis Régine qui nous a communiqué l'énvie de le lire. Geneviève a trouvé dans une cabane à livres, le roman classique de Blaise Cendrars; "L'or ou La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter", son premier roman publié en 1925. Ce roman biographique évoque l'aventurier suisse qui a fait fortune dans l'agriculture en Californie dans la première moitié du XIXe siècle. Mais, alors qu'il allait devenir l'homme le plus riche du monde, il fut ruiné par la découverte de l'or sur ses terres en 1848. Des milliers d'hommes se sont installés sur ses terres et se procuraient des faux titres de propriété. Le général sombra dans une mélancolie profonde à cause de cette injustice et, même en se défendant, il fut dépassé et devint fou. Ce roman centenaire a conservé tout son intérêt et sa fraîcheur romanesque. A redécouvrir. Voilà pour les coups de coeur de mars... Bonnes lectures à toutes et rendez-vous le jeudi 30 avril pour parler du bonheur et de la joie de vivre ! 

lundi 30 mars 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur, 1

Danièle a présenté son "immense" coup de coeur pour le roman de Thomas Mann, "Les Buddenbrook", publié en 1901 et disponible chez Gallimard avec une nouvelle traduction d'Olivier Le Lay. Ces 880 pages forment une saga familiale à Lübeck dans le Nord de l'Allemagne. La maison de commerce des Buddenbrook a été fondée en 1768 et elle est transmise de père en fils pour la faire fructifier. Thomas Mann décrit cette famille d'entrepreneurs avec ses jalousies entre frères, ses mariages malheureux sans oublier les problèmes de santé et les perturbations diverses dans toute existence humaine. Danièle nous a donné envie de lire ce chef d'oeuvre de la littérature mondiale, composé par un jeune écrivain de 26 ans qui recevra le prix Nobel de Littérature en 1929. Une prochaine lecture estivale !  Mylène a évoqué un récit de voyage de François-Henri Désérable, "L'usure d'un monde : une traversée de l'Iran", paru en Folio en 2024. Une lecture nécessaire pour comprendre le peuple iranien dont la peur est la compagne de chaque instant. L'auteur passe quarante jours dans ce pays, de Téhéran aux confins du Baloutchistan. Il relate la répression dans le sang après la mort de Masha Amini, une héroîne pour le peuple. Mais, les Gardiens de la révolution obligent l'auteur à quitter l'Iran. A découvrir sans tarder. Odile Ba a dévouvert un écrivain espagnol, Antonio Munoz Molina avec son dernier livre, "Je ne te verrai pas mourir", publié au Seuil en 2025. Gabriel, professeur aux Etats-Unis, veut retrouver l'amour de sa vie, Adriana. Elle vit à Madrid et accepte de le revoir, cinquante ans après leur première rencontre. Mais, le temps les a profondèment changés. Adriana est très malade. Leur confrontation va leur permettre d'établir un bilan sur leur séparation et sur les motivations de leur rupture. Existe-t-il une deuxième chance ? Antonio Munoz Molina avec son écriture musicale, évoque la nostalgie de la jeunesse, la perte de l'amour fou, la lâcheté et la fuite. Un roman passionnant d'un grand écrivain espagnol. (La suite, demain)

vendredi 20 mars 2026

Atelier Littérature, Venise, 2

 Danièle et Odile Ba ont découvert avec plaisir le roman crépusculaire de Thomas Mann, "La Mort à Venise", publié en 1912. Un écrivain quinquagénaire, un peu déprimé, un peu las de sa vie à Munich, retrouve la passion dans un hôtel du Lido en observant la beauté d'un jeune adolescent, Tadzio. Cette fascination amoureuse pourrait heurter mais Thomas Mann évoque la beauté comme un idéal platonicien du "Beau" tant le livre récèle de réferences littéraires de la Grèce antique. Il faut se souvenir de l'amour de l'empereur Hadrien pour le jeune éphèbe, Antinous. Ce texte philosophique peut se lire comme une histoire d'amour interdit qui entraîne la "déchéance" morale et physique de l'écrivain dans un dernier soupir sur une plage du Lido. Et Venise offre un décor théâtral et tragique à cet homme en fin de vie. Et si ce jeune homme incarnait tout simplement la vie, l'amour de la vie dans sa beauté la plus pure ? Il faut lire et relire ce chef d'oeuvre de la littérature allemande. Un diamant noir fascinant. Odile Ba a lu aussi le premier roman de Donna Leon, "Mort à la Fenice", le premier de la série Brunetti. Un maestro a été assassiné dans sa loge et dans les coulisses du théâtre, le commissaire découvre l'envers du décor. il faut découvrir ce roman policier pour se balader avec plaisir dans la cité vénitienne. Au lieu de parcourir un guide touristique, prenez quelques Donna Leon dans la valise ! Régine et Geneviève ont lu et apprécié "Le Grand feu" de Leonor de Recondo, publié en 2023 chez Grasset. En 1699, Ilaria, née dans une famille modeste de marchands, est placée par sa mère dans un orphelinat particulier car on y enseigne la musique au plus haut niveau. Les Vénitiens adorent assister aux concerts organisés mais les jeunes filles se cachent derrière des grilles ouvragées. Ilaria apprend le violon et devient copiste d'un musicien, le maestro Vivaldi ! Une amie, Prudenzia, va l'initier au monde extérieur en l'invitant chez elle et elle rencontrera l'amour. Ce roman lumineux évoque la passion de la musique et la beauté de la ville. Nietzsche a écrit : "Lorsque je cherche un autre mot pour exprimer le terme musique, je ne trouve jamais que le mot Venise". Voilà pour les lectures sur Venise en ce mois de mars. Certains textes n'ont pas été présentés comme celui de Jean-Paul Kauffmann, "Venise à double tour", un excellent récit sur les sublimes églises de la cité. Evidemment, pour ma part, je ne quitte pas Venise car je voguerai sur le Canal Grande dès dimanche...

jeudi 19 mars 2026

Atelier Littérature, Venise, 1

 Ce jeudi 19 mars, dans le salon-bar, "Jetez l'ancre", nous nous sommes retrouvées à Venise grâce aux livres et à la littérature. Odile Bo a démarré la séance avec le roman de Claudie Gallay, "Seule Venise", publié chez Actes en 2004. Notre amie lectrice a beaucoup aimé ce texte avec sa galerie de personnages attachants dont un prince russe, un couple de danseurs, un hôtelier et un libraire. La narratrice s'est réfugiée à Venise pour oublier un chagrin d'amour. Loin d'une Venise envahie par le tourisme de masse, l'écrivaine raconte une renaissance intime que la ville va lui offrir. Cette déambulation amoureuse dans une Venise hivernale se lit avec un grand plaisir. Odile Bo avait lu aussi et apprécié, "Les Jardins de Torcello", son excellent dernier roman paru en 2024. Evidemment, il faut mettre Claudie Gallay dans ses bagages pour la Sérénissime, car, avec son écriture à la Duras, elle sait décrire l'atmosphère vénitienne si magique en toutes saisons. Marie-Christine a beaucoup aimé le livre de Tracy Chevalier, "La Fileuse de verre", un roman historique, familial, patrimonial. Orsola, le personnage principal, notre fileuse de verre, traverse les siècles depuis le XVe jusqu'au XXIe et ce fil conducteur donne un charme particulier au texte. L'artisanat du verre est à l'honneur, surtout la production des perles, seulement réalisée par les femmes qui n'avaient pas le droit de souffler le verre pour créer des objets plus nobles. L'écrivaine évoque l'épisode de la peste, le monde des verriers, le commerce vénitien et l'histoire de la famille Rosso à Murano. Un très bon roman pour connaître Venise et ses environs pendant quelques siècles. Plus agréable à lire qu'un essai historique parfois un peu trop austère à lire. Véronique a aussi apprécié le roman d'Isabelle Autissier, "Le Naufrage de Venise", paru en 2024. Une vague gigantesque a englouti la cité. Avant cette catastrophe, la famille Malegatti s'est déchirée face à ce désastre naturel. Le père ne pense qu'au développement économique touristique tandis que sa femme rêve de sa permanence historique. Léa, leur fille, a compris la menace du changement climatique et elle milite pour la cause écologique. Isabelle Autissier s'insurge dans ce texte contre le déni et l'irresponsabilité des politiques. (La suite, demain)

mercredi 18 mars 2026

"Septembre noir", Sandro Veronesi

 Le nouveau roman de Sandro Veronesi, "Septembre noir", démarre ainsi : "Pour vous raconter cette histoire, je dois commencer par évoquer mes parents. Ils étaient à cette époque les dépositaires de ma sérénité, c'est donc qu'ils étaient de bons parents. J'avais douze ans et rien dans ma vie n'aurait pu, même de loin, rivaliser en importance avec eux". Le narrateur, Luigi Bellandi, professeur et traducteur, plonge dans son passé, surtout dans l'été 1972 au bord de la mer. Sa famille loue tous les ans une maison dans une station balnéaire toscane. Son père, avocat de métier, apprécie la voile et son fils, Gigio, l'accompagne souvent. Sa soeur est atteinte d'une maladie de la peau et elle reste le plus souvent avec sa mère, d'origine irlandaise, ne fréquentant la plage que le matin ou le soir. Que fait-on l'été à la plage ? Se baigner, rencontrer des copains, jouer au ballon, suivre le Tour de France. Gigio remarque une jeune fille, Astel Raimondi, la fille d'un homme riche. Cet industriel est marié avec une femme, originaire de l'Ethiopie. Les deux adolescents vont se fréquenter et se lier en partageant le goût des chansons de rock que le garçon traduit car il parle anglais grâce à sa mère. Ce sera le premier amour du narrateur. Astel l'invite dans sa belle maison bourgeoise. L'été se passe dans cette ambiance de bonheur jusqu'au dénouement final. Le titre du roman rappelle la tragédie des Jeux olympiques à Munich où des athlètes israéliens ont été tués par des terroristes palestiniens. Le père du narrateur s'absente souvent du foyer et celui d'Astel est assassiné. Le narrateur analyse cette rupture entre l'enfance innocente et une adolescence bousculée par la "férocité du monde". La famille heureuse se décompose à la fin de l'été. Sa mère quitte son mari et part dans son Irlande natale avec les deux enfants.L'adolescent a été trahi par ses parents et par la perte d'Astel. L'insouciance du narrateur se heurte à la réalité cruelle que les adultes introduisent dans sa jeune existence. Mais sur ces "ruines", le narrateur se reconstruit grâce à l'écriture. La fin du roman évoque les destins des quatre membres de la famille. Un roman intense, dense, profond à découvrir. Un portrait attachant du passage délicat entre l'enfance et l'adolescence. Et le charme italien en prime...