Enfin, j'ai découvert le grand roman de Thomas Mann, "Les Buddenbrook", grâce à Danièle qui l'avait présenté en mars comme un "immense coup de coeur". Comme je suis aussi partie à Munich, j'avais décidé de l'embarquer dans ma valise car je lis toujours un roman sur le pays que je visite. Le lieu choisi par Thomas Mann se nomme Lübeck, sa ville natale, port historique de la Hanse au Nord de l'Allemagne. Ce premier roman, écrit à l'âge de 26 ans et publié en 1901, le fit connaître au public. J'ai tout de suite été captée par ce texte dans la tradition romanesque des écrivains du XIXe, de Balzac à Tolstoï, de Flaubert à Zola. Chronique familiale et sociale, fresque historique, ce roman a été adapté au cinéma en 2008 et diffusé en 2025 sur Arte. L'histoire débute en 1835 et se termine en 1877. L'écrivain allemand a divisé son texte en onze parties et chaque personnage principal joue un rôle déterminant dans les destinées des membres de la famille. Le fondateur de la maison de commerce, Johann Buddenbrook, est un entrepreneur talentueux et sa piété le caractérise. Devenu veuf avec un jeune fils, Gotthold, il se marie avec Antoinette, une jeune femme d'origine aristocratique de Hambourg, dont il a un second fils, Jean. Jean prendra la suite de l'entreprise et aura lui-même deux garçons, Thomas et Christian, et deux filles, Tony et Clara. Cette troisième génération constitue le coeur du roman. Thomas, homme cultivé et apprécié, hérite de l'entreprise familiale très prospère. Il s'est marié avec Gerda, une jeune femme d'Amsterdam, très belle et musicienne de son état. Ils auront un fils, Hanno. A la trentaine, cet homme ressent déjà une perte d'énergie et même s'il est engagé politiquement dans la municipalité, il se met à douter et à se mettre en question sous l'influence du philosophe pessimiste, Arthur Schopenhauer, très en vogue à cette époque. Ce personnage central symbolise une certaine rupture dans la génération de ses ancêtres. Il va tomber malade et sera obligé de liquider l'entreprise familiale. Hanno, son fils de santé fragile, seta emporté par la typhoïde à l'âge de seize ans. (La suite, demain)
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des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
lundi 25 mai 2026
mardi 19 mai 2026
Rubrique Cinéma, "L' Abandon", hommage à Samuel Paty
16 Octobre 2020 : Samuel Paty est assassiné, décapité par un terroriste islamiste devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine. Six ans après ce drame horrible, le réalisateur, Vincent Garenq, signe un film juste, sobre, salutaire. L'histoire de ce professeur d'histoire et de géographie démarre onze jours avant sa mort atroce. Mickaëlle Paty, la soeur du professeur, a participé au scénario du film. Ce professeur doit faire comprendre à sa classe la notion de laïcité, de tolérance dans son programme : le droit de croire ou de ne pas croire, le droit du blasphème, la liberté d'expression. Pour ne pas blesser les élèves musulmans, il leur accorde de quitter la salle. A partir de ce geste, le professeur va vivre un cauchemar provoqué par ce malentendu. L'engrenage administratif s'engage avec le proviseur pourtant efficace et les diverses instances du Ministère de l'Education Nationale. Comment protéger ce professeur ? Les agents de l'Etat n'évaluent pas le danger des réactions délèteres du père et de son immam radical au nom de l'islamophobie. Premier aveuglement. Les collègues du professeur semblent bien timides dans leurs réactions. Deuxième aveuglement. En fait, le film montre avec justesse tous ces abandons successifs : la hiérarchie administrative débordée, la police débordée, la cellule anti-terrorriste débordée, le référent laïcité, etc. Et cet abandon, le réalisateur le démontre à tous ces niveaux. J'ai vu ce film avec beaucoup d'émotion car mon fils est professeur d'histoire et de géographie dans un collège plus que problématique. J'avoue que j'avais les larmes aux yeux quand la scène finale montre l'assassinat de Samuel Paty. Il faut absolument aller voir ce film sérieux, rigoureux, servi par un comédien émouvant, Antoine Reinartz. Ce film courageux, très courageux doit être soutenu sans conditions pour la liberté d'espression, pour la liberté de penser, pour la Liberté tout court. Je pense aussi à Dominique Bernard, professeur de français, assassiné par un terrorriste islamiste le 13 octobre 2023. Funeste mois d'octobre pour les enseignants, nos hussards de la République, en première ligne face au totalitarisme islamiste. Si j'étais un Président, j'associerai les deux professeurs pour le Panthéon et je déclarerai une journée commémorative annuelle le 16 octobre pour la sauvegarde des valeurs républicaines, un trésor démocratique à préserver à tout prix.
lundi 18 mai 2026
"Le Menteur", Henry James
Je ne passe jamais un an sans mettre dans mon programme de lectures, une nouvelle ou un roman d'Henry James. Je viens de découvrir avec plaisir, "Le Menteur", publié en 1888 et disponible en Folio. Le personnage principal, Oliver Lyon, un peintre connu, doit faire le portrait d'une cliente, une femme très belle qu'il a connue dans son passé. Cette femme, Everina, dont il était amoureux, avait refusé sa demande en mariage. Dans un manoir où il est invité, il retrouve Everina, mariée au colonel Capadose, un bel homme. Mais, ce militaire possède un vilain défaut : il se vante souvent de faux exploits et s'adonne donc aux mensonges. Sa réputation de menteur notoire ne l'empêche pas de briller dans la haute société anglaise. Oliver décide de parler à Everina pour lui faire comprendre que son mari trompe tout le monde. Mais, elle avoue qu'elle l'aime et le trouve parfait. L'artiste ne comprend pas la naïveté de son amie retrouvée et propose alors de peindre leur fille, puis son mari, tableau qui révélerait sa vraie nature de menteur. Les séances avec le colonel s'effectuent sans la présence d'Everina. Le colonel ne se doute pas du projet d'Oliver. Le couple Capadose se présente en l'absence du peintre pour voir le tableau. Mais, le peintre revient chez lui et observe en cachette leurs réactions. L'épouse comprend le message du tableau : "Ce qu'il a fait de toi - ce que tu sais ! Lui aussi, le sait - Il l'a vu". Le colonel se met en colère et saccage la toile à coups de couteau. Le peintre se tait et quand il leur rend visite, il leur annonce que le tableau est détruit. Le colonel ment pour cacher son acte et sa femme le soutient entièrement. Le peintre comprend alors qu'Everina se révèle complice de son menteur d'époux. Oliver, dépité, ne reconnaît plus la femme aimée, pervertie par son mari. Il décide alors qu'il ne les verra plus. Une nouvelle étonnante, subtile, profonde sur les relations humaines, souvent teintées d'ambiguité et de mystère. Henry James, un écrivain intemporel et un vrai plaisir de lecture dans un monde qui n'est pas si loin de nous.
vendredi 15 mai 2026
Rubrique Cinéma : "Vivaldi et moi"
Je vais très peu au cinéma mais je n'ai pas hésité une seconde pour aller voir le film, "Vivaldi et moi" du réalisateur italien, Damiano Michieletto. Ce film est inspiré d'un excellent roman de Tiziano Scarpa, "Stabat mater". L'histoire se déroule à Venise en 1716 dans l'orphelinat de "l'Ospedale della Pieta". Cécilia, une jeune orpheline, intègre l'orchestre des jeunes filles de l'hôpital en tant que violoniste. Douée pour la musique, elle apprécie beaucoup moins la discipline stricte de l'institution. Cet orchestre doué joue masqué dans une tribune de l'église pour un public de nobles vénitiens. Cécilia se lève la nuit pour écrire des lettres à sa mère qu'elle n'a pas connue. L'institution destine certaines d'entre elles au mariage forcé avec des nobles. Cecilia est promise au comte de Sanfermo, qu'elle doit épouser dès son retour d'une guerre contre les Turcs. L'orphelinat "vend" donc ces jeunes filles et Cecilia refuse ce mariage arrangé. Alors, apparaît le génial Vivaldi, prêtre, de santé fragile, recruté pour attirer un public plus large. Il remarque le talent de Cecilia pour la musique. Une relation de confiance lie ces deux êtres sensibles et passionnés. Le succès des concerts se confirme avec les compositions du musicien. Mais, le comte revient chercher sa proie et tout ne se passe pas comme prévu. Cecilia choisira la liberté en s'échappant de l'orphelinat. Il faut aller voir ce film pour trois raisons : Vivaldi, sa musique rayonnante, Venise, sa beauté architecturale, Cecilia, son esprit rebelle. Evidemment, au XVIIIe, il ne fallait pas naître pauvre dans une ville très riche. Les abandons d'enfants étaient monnaie courante. Le roman me semble bien supérieur au film mais, j'ai passé un bon moment, entourée de musique et de belles images dans une Venise de rêve.
jeudi 14 mai 2026
"La Ligne d'ombre", Joseph Conrad
J'ai choisi le thème de la mer dans le cadre de l'Atelier Littérature pour le jeudi 28 mai. Evidemment, j'ai voulu me faire plaisir en proposant ce sujet que j'ai intitulé, "Prendre le large". Avec cette météo très médiocre du mois de mai, réver de soleil, de bord de mer et de vagues ne peut que provoquer de bons moments que la lecture procure. J'ai donc lu quelques titres de ma liste bibliographique en commençant par le roman de Joseph Conrad, "La Ligne d'ombre". J'ai souvent songé à cet écrivain anglais très réputé dans le monde anglo-saxon. Le roman ("The Shadow-Line) est un récit maritime largement autobiographique, sous-titré "Une confession", paru en 1917. L'écrivain avait dédié son livre à son fils, Borys, parti pour la guerre et à tous les autres qui "ont franchi dans leur prime jeunesse la ligne d'ombre". Dans un port d'Extrème-Orient, le narrateur, un marin, veut rentrer chez lui. Il démissionne de son poste de second sur un bateau à vapeur. Mais, il renonce à son projet de départ et, par ambition, il accepte le commandement d'un trois-mâts en partance pour Singapour. Il est mal accueilli par son second qui tombe malade en pleine mer. Cet homme s'avère hanté par le souvenir de son ancien capitaine, mort dans sa cabine d'une façon mystérieuse. Son corps a été jeté dans la mer. A partir de cet incident de mauvais augure, le bateau s'immobilise, faute de vent. Sous un soleil de plomb, l'équipage perd pied, attrape une fièvre tropicale et sombre dans le désespoir. Le narrateur et le cuisinier montrent un courage surhumain et forment le seul équipage, épargné par la maladie en luttant contre ce mauvais sort. Joseph Conrad écrit : "On s'en va. Et le temps, lui aussi, s'en va... Jusqu'au jour où l'on aperçoit droit devant une ligne d'ombre vous avertissant que les parages de la prime jeunesse, eux aussi, doivent être laissés en arrière". Je ne dévoilerai pas la fin de ce roman fascinant pour conserver l'intérêt de l'intrigue. Je comprends mieux, après avoir lu ce récit, le génie littéraire de Joseph Conrad. Il pose des questions philosophiques sur le destin, les actes irréfléchis, le courage, la lutte contre les éléments, les valeurs morales, le Mal, la folie et tant d'autres thèmes à découvrir. Quand je me suis embarquée dans ce trois-mâts, j'avais l'impression de ressentir l'effroi des marins dans ce monde des ténèbres où seuls, le capitaine et le cuisinier symbolisaient le Bien et la Raison. Une trés belle fable sur la condition humaine.
mardi 12 mai 2026
Atelier Littérature, les coups de coeur
Après le thème du bonheur, nous avons évoqué les coups de coeur. Régine a présenté deux coups de coeur avec "Les enfants uniques" de Gabrielle de Tournemire et "La forme et la couleur des sons" de Ben Shattuck. Le premier cité, paru chez Flammarion, traite le thème de l'handicap. Hector et Luz forment un couple particulier car ils sont handicapés. Redoutée par leurs familles respectives, empêchée par la société, leur relation amoureuse rencontre des obstacles et pose des questions délicates. Le rôle des parents et d'un éducateur les aident à construire leur couple. Régine a beaucoup apprécié ce premier roman tout en délicatesse et a précisé que l'écrivaine est invitée en fin mai au festival du Premier Roman. Le second coup de coeur au titre étonnant est un recueil de nouvelles. La première raconte l'histoire de deux jeunes hommes en 1919, liés par un amour sous le signe de la musique. Ils recueillent des chansons traditionnelles dans le Maine. Mais, l'un deux disparaît brusquement. Des années plus tard, une femme retrouve les cylindres dans une maison qu'elle vient d'emménager. La particularité du recueil repose sur une forme musicale et poétique du "hook-and-chain", popularisée au XVIIIe siècle en Nouvelle-Angleterre. Ces nouvelles sont donc réliées entre elles par ce chaînon du passé qui resurgit par hasard. Un écrivain nouveau à découvrir. Annette a évoqué son coup de coeur, "La vie en fuite" de l'écrivain irlandais, John Boyne. En 1946, une mère et sa fille quittent la Pologne pour Paris. En 2022, à Londres, Gretel Fernsby revient sur son passé secret quand elle est confrontée à de nouveaux voisins. Un très bon roman. Danièle nous a signalé la parution d'un deuxième roman d'une écrivaine qu'elle connaît personnellement. Il s'agit de Marielle Hubert et de son roman, "Selon toi". On en reparlera dans l'Atelier de mai. Peu de coups de coeur en avril et donc, un grand merci à Régine, à Annette et à Danièle.
lundi 11 mai 2026
Atelier Littérature, le bonheur, 2
Véronique a bien apprécié "Toutes les familles sont heureuses" d'Hervé Le Tellier, paru en Poche en 2021. Le titre de cette autofiction semble bien ironique pour le narrateur qui raconte une famille "dysfonctionnelle". Il avoue dans ce texte : "Je n'ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j'ai compris que quelque chose n'allait pas, très tôt, j'ai voulu partir, et d'ailleurs très tôt je suis parti". Hervé Le Tellier ne manifeste aucune rancune dans ce texte malgré cette famille bancale. Il a choisi la fuite : "Les enfants n'ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d'aimer plus encore la vie". Une autobiographie, teintée d'humour et d'une résilience étonnante. Régine a choisi le roman de Catherine Cusset, "La Définition du bonheur", paru chez Gallimard en 2021. Elle a été déçue par ce livre qui, pourtant, se lit avec plaisir mais sa critique porte sur les clichés sociétaux. Tout y passe : le viol, le covid, les bobos parisiens, etc. L'histoire de deux amies, Clarisse et Eve, se déroule à partir des années 80 à Paris et à New York : "Pour Clarisse, le bonheur n'existait pas dans la durée et la continuité (cela c'était le mien), mais dans le fragment, sous forme de pépite qui brilllait d'un éclat singulier, même si cet éclat précédait la chute". Entre Clarisse, la grande amoureuse passionnée et Eve, la raisonnable, quelle est la bonne voie pour atteindre le bonheur ? Catherine Cusset brosse le portrait de notre époque et de la condition féminine en évoquant le rapport au corps, au désir, à la maternité et aux années qui passent. Un avis mitigé de Régine que je partage mais qui n'empêche pas d'aller rencontrer ces deux héroïnes des temps modernes. Odile a beaucoup aimé le roman d'Erri De Luca, "Un jour avant le bonheur", publié en Folio en 2012. Naples après la Guerre, un jeune orphelin, un concierge, don Gaetano, une transmission. Erri De Luca raconte une belle histoire d'éducation entre un homme généreux et un petit garçon, avide d'apprendre à vivre. Mais, ce concierge possède un don : il lit dans la pensée des gens. Il sait que son protégé est amoureux d'une jeune fille. Un roman magistral, un roman initiatique à découvrir et le charme fou et incommensurable de l'Italie.