lundi 21 septembre 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur, 3

 Danièle a évoqué un deuxième coup de coeur, "Il neige sur le pianiste" de Claudie Hunziger, paru en livre de poche. Une romancière vit dans une maison en pleine forêt et elle reçoit la visite d'un pianiste, un spécialiste de Bach. Il ne devait rester qu'une nuit mais la neige tombe et son séjour se prolonge dix jours de plus. Un renard blessé est recueilli et la romancière le sauve. Une allégorie du soin, "prendre soin du monde" surtout quand il ne se porte pas à merveille. Un roman "enchanteur" selon Danièle à découvrir. Marie-Christine a apprécié un récit de vie d'une femme iranienne : "La Joueuse d'échecs" de Mitra Hejazipour, championne d'Asie. Elle a osé enlever son voile à Moscou devant les caméras du monde entier. La France l'a accueillie et elle raconte dans cet ouvrage son enfance à Téhéran, son ascension grâce aux échecs et son exil dans notre pays. Un parcours exemplaire pour conquérir la liberté. Régine a présenté une nouveauté de la rentrée littéraire : "La solitude des professeurs est infinie" de Yannick Haenel, paru chez Gallimard. Jean Deichel, jeune professeur de français, effectue un stage au sein d'un collège de la banlieue parisienne. Il découvre les difficultés du métier mais aussi ses joies. Comme il est aussi poète, il cherche aussi "la lumière de la vraie vie" au coeur d'un quotidien bien morose. Régine était attirée par ce roman mais, elle semblait un peu déçue par cette nouveauté de la rentrée, connaissant le monde de l'éducation sur le bout des doigts. Elle a évoqué son grand coup de coeur : "Le ciel est immense" de Feurat Alani, auteur français d'origine irakienne. Adel, pilote de guerre, est envoyé par l'armée pour un stage en URSS mais il disparaît en 1974 entre Bagdad er Krasnodar. Trente ans plus tard, son neveu mène une enquête sur sa disparition non élucidée. Un roman formidable selon Régine et un voyage labyrinthique sur un secret de famille dérangeant. Véronique a présenté deux coups de coeur : "Tous les hommes doivent savoir" de Nina Bouraoui et "La Confrérie des moines volants" de Metin Arditi. Nina Bouraoui raconte sa vie dans ses contradictions. Elevée dans la culture musulmane, son homosexualité pose problème pour elle et pour les autres. Une écrivaine courageuse et très attachante. Le roman de Metin Arditi : quand des moines orthodoxes sauve des trésors artistiques dans les églises dans une Russie stalinienne anti-religieuse. Voilà pour les coups de coeur de l'été et merci aux amies lectrices de nous avoir donné de très bonnes idées de lecture !

vendredi 18 septembre 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur, 2

 Janelou et Odile ont lu le premier roman de Thélyson Orélien, "C'était ça ou mourir", paru chez Grasset. Cette nouveauté de la rentrée littéraire attire déjà beaucoup l'attention du lectorat et des critiques. Ce "phénomène" obtiendra certainement un prix cet automne. Le héros, Jonas Dorléon, professeur d'histoire, quitte son pays, Haïti, après l'embrasement de son quartier de Port-au-Prince. Il emporte avec lui un sac en plastique avec son diplôme, un cahier de poèmes et la photo de sa mère. Sa migration démarre en République dominicaine, puis au Brésil et au Mexique. Il traverse souvent des enfers mais aussi des instants de solidarité. Il est pourchassé par les agents de l'ICE aux Etats-Unis, mais, il parvient à trouver l'asile au Canada. Il dénonce dans ce roman la trajectoire d'un migrant sur le plan physique : la marche, la faim, la soif, le froid. Mais, sa force morale lui permet de tenir debout. Odile a été conquise par ce roman très contemporain avec un style imagé. Janelou a émis quelques critiques sur ce texte trop long à son goût. J'ai retenu son commentaire : "Il en fait trop". Une nouveauté à découvrir sur un sujet universel. Geneviève a présenté son coup de coeur avec "Clément" de Romain Lemire, publié au Cherche-midi. Le narrateur relate l'histoire de sa famille dans la France des années quatre-vingt. Le père est professeur de lettres, sa mère, éditrice. Classe moyenne supérieure et dans ce milieu privilégié, règne un silence assourdissant et le crime terrible de l'inceste au sein de la famille. Sur France Culture, l'auteur explique sa démarche : "Les viols, c'étaient les viols, mais avant et après la vie reprenait son cours et j'avais une enfance (...) heureuse, joyeuse et c'est ça aussi que j'ai voulu montrer dans ce livre. Et c'est pour ça aussi que c'est difficile à déceler". Un roman indispensable pour dénoncer ce fléau social, ce crime familial qui condamne des milliers d'enfants par an. Danièle a choisi un roman de Jenni Fagan, écrivaine écossaise, "Les buveurs de lumière", paru dans la collection Points Seuil. Un roman dystopique qui raconte l'attente de la fin du monde avec des personnages attachants comme Stella, l'adolescente, sa mère, Constance, Dylan et Bernache. Une nouvelle ére glaciaire s'annonce et comment vivre sur la Terre ? Danièle a lu ce roman pour préparer son futur voyage en Ecosse. Rien ne vaut un roman pour connaître un pays et son atmosphère. (La suite, lundi)

jeudi 17 septembre 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur, 1

 La rentrée de l'Atelier Littérature a eu lieu ce jeudi 17 septembre dans le bar-salon, "Jetez l'ancre". J'étais heureuse de revoir mes amies lectrices en bonne forme et toujours motivées pour démarrer une nouvelle saison avec un rythme d'une rencontre mensuelle. J'ai présenté le programme des deux ateliers d'octobre et de novembre : le thème du rêve dans les romans et l'écrivain anglais, Julian Barnes. J'ai préparé quelques bibliographies cet été et ce thème du rêve m'a particulièrement attirée car, dans la littérature, la fiction n'est-elle pas un rêve réalisé dans les mots ? J'ai aussi beaucoup apprécié le dernier ouvrage de Julian Barnes, "Départ(s)", et je propose quelques romans de cet auteur pour novembre. Nous étions presque au complet cet après-midi pour évoquer les coups de coeur de l'été. Odile Ba a démarré la séquence avec "Herbier du souvenir" de Jean-François Beauchemin, un grand écrivain du Québec. Il faut lire avant "Le Roitelet", paru en Folio (un coup de coeur de Régine) où l'auteur racontait l'histoire de son frère schizophrène. Deux ans après la mort de ce frère malade, le narrateur revisite cette histoire commune sans misérabilisme : "La mort d'un être aimé est presque toujours un éboulement. Mais cette dégringolade de pierres favorise sur la pente dévalée, labourée par le mouvement impétueux du matériau, la poussée prochaine de nouvelles fleurs". Dans cet herbier, les souvenirs d'un quotidien partagé remplacent les plantes et grâce à l'amour de sa femme, Livia, le narrateur reprend goût à la vie. Odile nous a donné envie de découvrir cet écrivain francophone venu du Québec. Agnès a presenté "Une pension en Italie" de Philippe Besson, paru en janvier de cette année chez Juillard. Ce beau roman dévoile un secret de famille sur le grand-père du narrateur qu'il n'a pas connu. En 1964, Paul (le grand-père), sa femme Gaby et leurs deux filles, Suzanne (la mère de l'auteur) et Colette, passent des vacances dans une pension en Toscane. Dans ce séjour, un imprévu surgit qui va bouleverser la vie de cette famille. Un roman à découvrir pour passer quelques jours dans ce merveilleux pays et se plonger dans une Italie des années 60 où la tolérance n'était pas une attitude courante comme aujourd'hui. (La suite, demain)

mercredi 16 septembre 2026

"Un coeur simple", Gustave Flaubert, 2

 Gustave Flaubert avait destiné ce conte à sa chère amie, George Sand, pour lui montrer qu'il avait du coeur : "Je veux apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles, en étant une moi-même". Avec ce personnage emblématique, une domestique,  l'écrivain évoque la souffrance du peuple à son époque. Il écrit en une phrase le destin de Félicité : "Alors, une faiblesse l'arrêta ; et la misère de son enfance, la déception du premier amour, le départ de son neveu, la mort de Virginie, comme les flots d'une marée, revinrent à la fois, et, lui montant à la gorge, l'étouffaient". La fin de vie de cette femme pieuse se termine dans une vision : "Les mouvements de son coeur se ralentirent un à un et quand elle exhala son dernier souffle, elle crut voir, dans les cieux entrouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête". Félicité est submergée par sa foi et pour elle, se sachant malheureuse, croire la sauve du désespoir. Gustave Flaubert la décrit comme une "sainte femme" : "L'histoire d'un "coeur simple" est le récit "d'une vie obscure, celle d'une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais". Cette nouvelle est intégrée dans le recueil "Trois contes" avec "La Légende de Saint Julien l'Hospitalier" et "Hérodias". Marie-Hélène Lafon a toujours déclaré son admiration totale pour "Un coeur simple". Dans son roman, "Des pays", une fille de paysans s'arrache à sa région natale, le Cantal, pour faire des études de lettres à Paris. Elle pleure en lisant ce conte flaubertien qu'elle considère comme son "bréviaire absolu". Pour ma part, je n'avais pas relu ce texte depuis des années et quand je l'ai redécouvert récemment, j'ai été émue par Félicité, une femme incroyablement digne dans ses malheurs successifs. Mais, pourtant, malgré la dureté de sa vie, elle a connu quelques répits en aimant les enfants de sa maîtresse, son neveu, et même, à la fin de sa vie son perroquet Loulou. Un personnage inoubliable de la littérature française. 

mardi 15 septembre 2026

"Un coeur simple", Gustave Flaubert, 1

 Pendant l'été, j'aime revenir vers les classiques qui nous ont formé l'esprit et enrichi notre culture depuis notre adolescence. Comment ne pas apprécier le conte de Gustave Flaubert, "Un coeur simple" ? Ecrite en 1876, cette longue nouvelle est inspirée de "Mademoiselle Julie", la servante de ses parents qui, pendant cinquante ans, s'est mis ensuite à son service jusqu'à sa mort. Félicité, orpheline, a eu une enfance misérable et a été placée dans une ferme normande. Elle rencontre un jeune homme dans un bal qui la demande en mariage. Mais, ce projet ne se réalisera pas car il se marie avec une femme riche pour payer un "homme" qui le remplace dans la conscription. Adieu le mariage pour Félicité. Ensuite, elle quitte la ferme et elle est employée par Madame Aubain, une jeune veuve avec ses deux enfants, Paul et Virginie (d'après le roman de Bernardin de Saint Pierre) : "Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèle à sa maîtresse qui n'était pas une personne agréable". Félicité s'attache à ses deux enfants mais le temps passe et devenus adultes, ils quittent leur foyer. Un neveu de la servante effectue quelques visites et, comme il s'engage dans la marine marchande, il meurt à Cuba des suites de la fièvre jaune. Plus tard, Virginie meurt d'une affection pulmonaire. La servante, figée dans ses pertes successives, s'occupe toujours de Madame Aubin par fidélité et par loyauté. Un jour, un sous-préfet nommé à Pont-l'Evêque, est invité chez elle et un domestique l'accompagne avec un perroquet. Félicité est fascinée par le volatile d'Amérique. En fait, elle hérite de l'oiseau qu'elle nomme Loulou et elle lui offre tout l'amour qu'elle a en elle. Cet oiseau exotique comble sa solitude. Mais, son destin de malheur se confirme avec la mort de son Loulou. Et comble de l'ironie, Flaubert invente sa "sacralisation" car Félicité le fait empailler. Sa croyance chrétienne se transforme en mystique. Pour Flaubert, cette femme du peuple atteint une sorte de sainteté.  (La suite, demain)

lundi 14 septembre 2026

"Le pays des étés", Pierre Adrian

 Cette rentrée littéraire de 2026 présente encore quelques centaines de nouveautés. Comment choisir les titres les plus prometteurs ? Voilà ma méthode : voir les sites internet des éditeurs, puis lire les critiques littéraires dans les journaux et dans les hebdos, découvrir les listes des auteurs et autrices selectionnés pour les nombreux prix de l'automne et dernière étape, suivre les écrivains que l'on aime bien. J'ai donc lu récemment le dernier récit de Pierre Adrian, "Le pays des étés", publié chez Gallimard. Cet écrivain m'avait vraiment intéressé quand il a écrit sur Cesare Pavese, "Hôtel Roma" et aussi "Que reviennent ceux qui sont loin". Il poursuit l'évocation de cette maison de famille en Bretagne dans "Le Pays des étés", son septième ouvrage. Dans le Finistère, au pays des Abers, le narrateur consacre le début de son récit avec la mort de sa grand-mère : "Je disais adieu à une génération qui avait connu la guerre et nous avait vus grandir". Mais, la mort de cette aïeule coïncide avec la vente de la maison de famille. Le narrateur se rassure en écrivant : "Il faut accepter que tout passe, renoncer au privilège de ce qui a toujours été". Dans cette maison aux volets blancs et en granit, des vacances familiales ont réuni des générations d'enfants qui ont passé des étés fabuleux entre la plage, les jeux, la pèche et autres activités ludiques : "Je ne faisais qu'un avec l'été". Il décrit des moments de bonheur à tous les âges et intègre dans son récit nostalgique des membres de sa grande famille. Il excelle dans l'art de raconter la banalité de ces instants entre les soirées au bar du village et les longs moments de repos dans la journée. Cette maison du bonheur devient un point d'ancrage pour le narrateur : "Les lieux que nous aimons nous aident à supporter un grand chagrin". Mais, la vente de la maison va bouleverser l'ambiance heureuse au sein de cette famille si unie. Les nouveaux propriétaires vont transformer la maison pour des locations touristiques. La modernité agressive va envahir les plages avec les scooters de mer, le bruit, le surtourisme. Mais, le narrateur accepte avec philosophie ces changements inévitables. Le passé de la maison restera dans la mémoire de la famille. C'est la seule consolation possible. Ce récit tout en finesse rappelle les étés de toutes les enfances en bord de mer quand on a eu la chance de vivre cette expérience. 

vendredi 11 septembre 2026

"Cinq femmes", Marcel Cohen, 2

 Après l'émouvante Annette, le petit garçon apprend qu'il est orphelin. Son oncle maternel et sa femme, Lilly, modiste, le recueillent malgré leurs difficultés financières. Ils confient alors leur neveu à Raymonde à Vaujours en Seine-Saint-Denis. Il va enfin fréquenter l'école pour la première fois. Une voisine, Madame Gobin, institutrice à la retraite, le prend un an en pension pour qu'il réussisse son exament d'entrée en sixième. Cette enseignante le sauve et lui montre le chemin de la réussite scolaire. Une étape cruciale dans son enfance. Après ces femmes si aimantes de son enfance, il évoque Gabrielle Bertrand, un temps secrétaire d'Albert Einstein. Devenue grand reporter et exploratrice, elle devient un modèle pour le narrateur dans son futur métier de journaliste. Daus un article sur lui, le critique résume bien la démarche de Marcel Cohen : "Tout en faisant revivre cinq personnes admirables, dont, par quelques détails, l'existence est rendue sensible, le livre de Marcel Cohen nous enseigne quelque chose de très rare : la beauté de la dette". Ces femmes l'ont éduqué, guidé, inspiré car "rien n'allait de soi". Pourtant cet enfant orphelin, abandonné et victime de l'Histoire, aurait pu s'effondrer. Mais, il a ouvert des livres, a consulté des encyclopédies, a écouté des pièces de théâtre à la radio, a récité La Fontaine. Il a surtout rencontré ces cinq femmes traversant sa vie qui lui ont offert des boussoles mentales pour grandir. J.-B. Pontalis, ami et éditeur de l'écrivain, a écrit dans la préface du récit : "Les uns et les autres : aussi bien ceux qui ont occupé avec éclat le devant de la scène que ceux qui ne sont présents que sur notre scène intérieure". La vie de ce petit garçon d'une famille parisienne d'origine juive aurait pu basculer dans l'horreur la plus absolue car ses parents, ses grands-parents, une tante ont été exterminés par les nazis. La force de ce livre demeure dans cette restitution des souvenirs de l'enfance aux années 60. Ces femmes racontées partagent un sentiment souvent moqué aujourd'hui : la bonté des gens simples, la beauté de leurs gestes gratuits pour sauver Marcel Cohen. Un très beau récit d'une sobriété bouleversante. Un "grand écrivain de la mémoire" à découvrir sans tarder.