Régine a présenté son grand coup de coeur, "Nous sommes faits d'orage" de Marie Charrel, publié en 2025. A la mort de sa mère en Islande, Sarah hérite d'une maison en Albanie. "Trouve Elora", lui dit sa mère. Ignorante de ses origines, elle part donc dans ce pays où elle découvre un village oublié, niché dans une montagne sauvage. Les habitants lui annoncent qu'Elora est morte depuis longtemps, lors d'un régime communiste despotique. Le peuple albanais obéit à un code d'honneur, le "Kanun" où il est écrit qu'une "femme est la propriété de la famille et n'a aucun droit". Sarah est éco-acousticienne, une chasseuse de sons pour écouter les milieux naturels à sauvegarder. La narratrice part à la recherche de cette ancêtre si rebelle... Régine nous a lu un beau passage : "Les mots sont comme les cailloux que nous ramassions sur les sentiers. (...) Toujours, tu devras choisir et chérir les mots, à la manière des cailloux de ton enfance". Ce roman original à l'écriture flamboyante a vraiment conquis Régine qui nous a communiqué l'énvie de le lire. Geneviève a trouvé dans une cabane à livres, le roman classique de Blaise Cendrars; "L'or ou La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter", son premier roman publié en 1925. Ce roman biographique évoque l'aventurier suisse qui a fait fortune dans l'agriculture en Californie dans la première moitié du XIXe siècle. Mais, alors qu'il allait devenir l'homme le plus riche du monde, il fut ruiné par la découverte de l'or sur ses terres en 1848. Des milliers d'hommes se sont installés sur ses terres et se procuraient des faux titres de propriété. Le général sombra dans une mélancolie profonde à cause de cette injustice et, même en se défendant, il fut dépassé et devint fou. Ce roman centenaire a conservé tout son intérêt et sa fraîcheur romanesque. A redécouvrir. Voilà pour les coups de coeur de mars... Bonnes lectures à toutes et rendez-vous le jeudi 30 avril pour parler du bonheur et de la joie de vivre !
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des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 31 mars 2026
lundi 30 mars 2026
Atelier Littérature, les coups de coeur, 1
vendredi 20 mars 2026
Atelier Littérature, Venise, 2
Danièle et Odile Ba ont découvert avec plaisir le roman crépusculaire de Thomas Mann, "La Mort à Venise", publié en 1912. Un écrivain quinquagénaire, un peu déprimé, un peu las de sa vie à Munich, retrouve la passion dans un hôtel du Lido en observant la beauté d'un jeune adolescent, Tadzio. Cette fascination amoureuse pourrait heurter mais Thomas Mann évoque la beauté comme un idéal platonicien du "Beau" tant le livre récèle de réferences littéraires de la Grèce antique. Il faut se souvenir de l'amour de l'empereur Hadrien pour le jeune éphèbe, Antinous. Ce texte philosophique peut se lire comme une histoire d'amour interdit qui entraîne la "déchéance" morale et physique de l'écrivain dans un dernier soupir sur une plage du Lido. Et Venise offre un décor théâtral et tragique à cet homme en fin de vie. Et si ce jeune homme incarnait tout simplement la vie, l'amour de la vie dans sa beauté la plus pure ? Il faut lire et relire ce chef d'oeuvre de la littérature allemande. Un diamant noir fascinant. Odile Ba a lu aussi le premier roman de Donna Leon, "Mort à la Fenice", le premier de la série Brunetti. Un maestro a été assassiné dans sa loge et dans les coulisses du théâtre, le commissaire découvre l'envers du décor. il faut découvrir ce roman policier pour se balader avec plaisir dans la cité vénitienne. Au lieu de parcourir un guide touristique, prenez quelques Donna Leon dans la valise ! Régine et Geneviève ont lu et apprécié "Le Grand feu" de Leonor de Recondo, publié en 2023 chez Grasset. En 1699, Ilaria, née dans une famille modeste de marchands, est placée par sa mère dans un orphelinat particulier car on y enseigne la musique au plus haut niveau. Les Vénitiens adorent assister aux concerts organisés mais les jeunes filles se cachent derrière des grilles ouvragées. Ilaria apprend le violon et devient copiste d'un musicien, le maestro Vivaldi ! Une amie, Prudenzia, va l'initier au monde extérieur en l'invitant chez elle et elle rencontrera l'amour. Ce roman lumineux évoque la passion de la musique et la beauté de la ville. Nietzsche a écrit : "Lorsque je cherche un autre mot pour exprimer le terme musique, je ne trouve jamais que le mot Venise". Voilà pour les lectures sur Venise en ce mois de mars. Certains textes n'ont pas été présentés comme celui de Jean-Paul Kauffmann, "Venise à double tour", un excellent récit sur les sublimes églises de la cité. Evidemment, pour ma part, je ne quitte pas Venise car je voguerai sur le Canal Grande dès dimanche...
jeudi 19 mars 2026
Atelier Littérature, Venise, 1
Ce jeudi 19 mars, dans le salon-bar, "Jetez l'ancre", nous nous sommes retrouvées à Venise grâce aux livres et à la littérature. Odile Bo a démarré la séance avec le roman de Claudie Gallay, "Seule Venise", publié chez Actes en 2004. Notre amie lectrice a beaucoup aimé ce texte avec sa galerie de personnages attachants dont un prince russe, un couple de danseurs, un hôtelier et un libraire. La narratrice s'est réfugiée à Venise pour oublier un chagrin d'amour. Loin d'une Venise envahie par le tourisme de masse, l'écrivaine raconte une renaissance intime que la ville va lui offrir. Cette déambulation amoureuse dans une Venise hivernale se lit avec un grand plaisir. Odile Bo avait lu aussi et apprécié, "Les Jardins de Torcello", son excellent dernier roman paru en 2024. Evidemment, il faut mettre Claudie Gallay dans ses bagages pour la Sérénissime, car, avec son écriture à la Duras, elle sait décrire l'atmosphère vénitienne si magique en toutes saisons. Marie-Christine a beaucoup aimé le livre de Tracy Chevalier, "La Fileuse de verre", un roman historique, familial, patrimonial. Orsola, le personnage principal, notre fileuse de verre, traverse les siècles depuis le XVe jusqu'au XXIe et ce fil conducteur donne un charme particulier au texte. L'artisanat du verre est à l'honneur, surtout la production des perles, seulement réalisée par les femmes qui n'avaient pas le droit de souffler le verre pour créer des objets plus nobles. L'écrivaine évoque l'épisode de la peste, le monde des verriers, le commerce vénitien et l'histoire de la famille Rosso à Murano. Un très bon roman pour connaître Venise et ses environs pendant quelques siècles. Plus agréable à lire qu'un essai historique parfois un peu trop austère à lire. Véronique a aussi apprécié le roman d'Isabelle Autissier, "Le Naufrage de Venise", paru en 2024. Une vague gigantesque a englouti la cité. Avant cette catastrophe, la famille Malegatti s'est déchirée face à ce désastre naturel. Le père ne pense qu'au développement économique touristique tandis que sa femme rêve de sa permanence historique. Léa, leur fille, a compris la menace du changement climatique et elle milite pour la cause écologique. Isabelle Autissier s'insurge dans ce texte contre le déni et l'irresponsabilité des politiques. (La suite, demain)
mercredi 18 mars 2026
"Septembre noir", Sandro Veronesi
Le nouveau roman de Sandro Veronesi, "Septembre noir", démarre ainsi : "Pour vous raconter cette histoire, je dois commencer par évoquer mes parents. Ils étaient à cette époque les dépositaires de ma sérénité, c'est donc qu'ils étaient de bons parents. J'avais douze ans et rien dans ma vie n'aurait pu, même de loin, rivaliser en importance avec eux". Le narrateur, Luigi Bellandi, professeur et traducteur, plonge dans son passé, surtout dans l'été 1972 au bord de la mer. Sa famille loue tous les ans une maison dans une station balnéaire toscane. Son père, avocat de métier, apprécie la voile et son fils, Gigio, l'accompagne souvent. Sa soeur est atteinte d'une maladie de la peau et elle reste le plus souvent avec sa mère, d'origine irlandaise, ne fréquentant la plage que le matin ou le soir. Que fait-on l'été à la plage ? Se baigner, rencontrer des copains, jouer au ballon, suivre le Tour de France. Gigio remarque une jeune fille, Astel Raimondi, la fille d'un homme riche. Cet industriel est marié avec une femme, originaire de l'Ethiopie. Les deux adolescents vont se fréquenter et se lier en partageant le goût des chansons de rock que le garçon traduit car il parle anglais grâce à sa mère. Ce sera le premier amour du narrateur. Astel l'invite dans sa belle maison bourgeoise. L'été se passe dans cette ambiance de bonheur jusqu'au dénouement final. Le titre du roman rappelle la tragédie des Jeux olympiques à Munich où des athlètes israéliens ont été tués par des terroristes palestiniens. Le père du narrateur s'absente souvent du foyer et celui d'Astel est assassiné. Le narrateur analyse cette rupture entre l'enfance innocente et une adolescence bousculée par la "férocité du monde". La famille heureuse se décompose à la fin de l'été. Sa mère quitte son mari et part dans son Irlande natale avec les deux enfants.L'adolescent a été trahi par ses parents et par la perte d'Astel. L'insouciance du narrateur se heurte à la réalité cruelle que les adultes introduisent dans sa jeune existence. Mais sur ces "ruines", le narrateur se reconstruit grâce à l'écriture. La fin du roman évoque les destins des quatre membres de la famille. Un roman intense, dense, profond à découvrir. Un portrait attachant du passage délicat entre l'enfance et l'adolescence. Et le charme italien en prime...
"Mort à Venise", Thomas Mann
Dans le cadre de l'Atelier Littérature de mars, j'ai choisi le thème de Venise. J'ai donc lu pour la troisième fois le roman de Thomas Mann, "Mort à Venise", publié en 1912. L'écrivain allemand a découvert la cité un an avant l'écriture de son récit largement autobiographique. Gustav von Aschenbach, un quinquagénaire, est un auteur munichois reconnu, même annobli pour l'ensemble de ses oeuvres. Il décide de voyager seul et aboutit à Venise dans le Grand Hôtel des Bains au Lido. En observant les pensionnaires de l'hôtel, il remarque un jeune adolescent polonais d'une beauté stupéfiante. Ce garçon appartient à une grande famille et il est très entouré par ses soeurs et leur nurse. La fascination de l'écrivain pour ce jeune adolescent d'une beauté grecque le paralyse et il n'ose pas l'aborder tout en le suivant dans le labyrinthe vénitien. Il apprend que le choléra sévit sur la ville et il décide de rester dans son hôtel pour admirer son jeune Adonis. Il meurt sur la plage en contemplant Tadzio. Visconti a tiré un film magnifique de cette longue nouvelle en 1971. Dans un entretien, Thomas Mann déclare qu'il a désiré écrire une histoire d'amour interdit en pensant au dernier amour de Goethe pour une jeune fille. La passion du narrateur pour ce garçon provoque en lui le chaos intime et la dégradation morale. Et Venise dans ce roman crépusculaire ? La cité semble accablée par la chaleur, la puanteur et le choléra. A travers ce portrait peu flatteur de Venise, l'écrivain compare l'âme mélancolique de von Aschenbach à la ville, figée dans sa beauté de pierre et d'eau. L'écrivain au bout de ses forces rencontre l'Ange ou le Démon, incarné par le jeune éphèbe. Pour lui, ce sera sa dernière folie, sa dernière passion, son dernier souffle de vie. En le redécouvrant pour la troisième fois, j'ai encore mieux apprécié ce roman si viscontien avec la magie sulfureuse de la cité lacustre, vouée au déclin et à la disparition. J'ai retenu cette citation : "De la solitude nait l'originalité, la beauté en ce qu'elle a d'osé et d'étrange, le poème. Et de la solitude aussi, les choses à rebours, désordonnées, absurdes, coupables". Un récit envoûtant que l'on peut interpréter de différents points de vue !
lundi 16 mars 2026
"Ma vie avec Orwell", Isabelle Jarry
J'ai lu "Ma vie avec Orwell", d'Isabelle Jarry, paru chez Gallimard. L'année dernière, j'avais découvert "Ma vie avec Proust" de Catherine Cusset et "Ma vie avec Colette". Cette idée de collection me semble très intéressante. Si j'étais devenue une écrivaine et que l'éditeur me proposait un portrait d'écrivain, quel aurait été mon choix ? Sans hésiter, Marguerite Yourcenar et je suis étonnée qu'elle ne soit pas encore intégrée dans la collection où l'on trouve Gérard de Nerval, Apollinaire, Mauriac, Joseph Conrad, etc. La vie personnelle du narrateur se mêle à celle de l'écrivain biographé. Isabelle Jarry relate les éléments importants dans l'existence d'Orwell : sa période de journaliste décrivant la misère sociale à Paris et à Londres, son engagement politique dans la Guerre d'Espagne auprès des républicains, sa santé fragile, son exil dans une île écossaise et sa mort prématurée. Les livres de l'écrivain anglais, "Dans la dèche à Paris et à Londres", "Le quai de Wigan" et "Hommage à la Catalogne" n'ont pas rencontré un grand succès auprès du public avant la parution de son grand roman iconique, "1984", publié en 1949. Il meurt l'année suivante de la tuberculose. Isabelle Jarry apprécie cet écrivain qui a fait de la "littérature un outil de lutte contre toute forme de dictature". Elle définit la dictature comme une distorsion du réel avec une langue nouvelle, une manipulation de l'information, et l'installation d'une pensée unique. Du totalitarisme impitoyable que le XXe siècle a malheureusement produit comme le stalinisme, le nazisme et l'islamisme aujourd'hui. il faudrait un nouveau Orwell au XXIe siècle pour évoquer notre monde actuel avec la toute puissance des réseaux et de l'internet sans oublier la montée irresistible des radicalités inquiétantes politiques et religieuses. Heureusement, la narratrice salue un ouvrage sur George Orwell, "L'autre vie de Georges Orwell" de Jean-Pierre Martin que j'avais beaucoup apprécié pour sa finesse littéraire. Avant de lire ou de relire ce chef d'oeuvre, "1984', il vaut mieux connaître la vie de Georges Orwell, un homme attachant, généreux, mais d'un pessimisme clairvoyant extraordinaire.