Régine a présenté son grand coup de coeur, "Nous sommes faits d'orage" de Marie Charrel, publié en 2025. A la mort de sa mère en Islande, Sarah hérite d'une maison en Albanie. "Trouve Elora", lui dit sa mère. Ignorante de ses origines, elle part donc dans ce pays où elle découvre un village oublié, niché dans une montagne sauvage. Les habitants lui annoncent qu'Elora est morte depuis longtemps, lors d'un régime communiste despotique. Le peuple albanais obéit à un code d'honneur, le "Kanun" où il est écrit qu'une "femme est la propriété de la famille et n'a aucun droit". Sarah est éco-acousticienne, une chasseuse de sons pour écouter les milieux naturels à sauvegarder. La narratrice part à la recherche de cette ancêtre si rebelle... Régine nous a lu un beau passage : "Les mots sont comme les cailloux que nous ramassions sur les sentiers. (...) Toujours, tu devras choisir et chérir les mots, à la manière des cailloux de ton enfance". Ce roman original à l'écriture flamboyante a vraiment conquis Régine qui nous a communiqué l'énvie de le lire. Geneviève a trouvé dans une cabane à livres, le roman classique de Blaise Cendrars; "L'or ou La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter", son premier roman publié en 1925. Ce roman biographique évoque l'aventurier suisse qui a fait fortune dans l'agriculture en Californie dans la première moitié du XIXe siècle. Mais, alors qu'il allait devenir l'homme le plus riche du monde, il fut ruiné par la découverte de l'or sur ses terres en 1848. Des milliers d'hommes se sont installés sur ses terres et se procuraient des faux titres de propriété. Le général sombra dans une mélancolie profonde à cause de cette injustice et, même en se défendant, il fut dépassé et devint fou. Ce roman centenaire a conservé tout son intérêt et sa fraîcheur romanesque. A redécouvrir. Voilà pour les coups de coeur de mars... Bonnes lectures à toutes et rendez-vous le jeudi 30 avril pour parler du bonheur et de la joie de vivre !
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 31 mars 2026
lundi 30 mars 2026
Atelier Littérature, les coups de coeur, 1
vendredi 20 mars 2026
Atelier Littérature, Venise, 2
Danièle et Odile Ba ont découvert avec plaisir le roman crépusculaire de Thomas Mann, "La Mort à Venise", publié en 1912. Un écrivain quinquagénaire, un peu déprimé, un peu las de sa vie à Munich, retrouve la passion dans un hôtel du Lido en observant la beauté d'un jeune adolescent, Tadzio. Cette fascination amoureuse pourrait heurter mais Thomas Mann évoque la beauté comme un idéal platonicien du "Beau" tant le livre récèle de réferences littéraires de la Grèce antique. Il faut se souvenir de l'amour de l'empereur Hadrien pour le jeune éphèbe, Antinous. Ce texte philosophique peut se lire comme une histoire d'amour interdit qui entraîne la "déchéance" morale et physique de l'écrivain dans un dernier soupir sur une plage du Lido. Et Venise offre un décor théâtral et tragique à cet homme en fin de vie. Et si ce jeune homme incarnait tout simplement la vie, l'amour de la vie dans sa beauté la plus pure ? Il faut lire et relire ce chef d'oeuvre de la littérature allemande. Un diamant noir fascinant. Odile Ba a lu aussi le premier roman de Donna Leon, "Mort à la Fenice", le premier de la série Brunetti. Un maestro a été assassiné dans sa loge et dans les coulisses du théâtre, le commissaire découvre l'envers du décor. il faut découvrir ce roman policier pour se balader avec plaisir dans la cité vénitienne. Au lieu de parcourir un guide touristique, prenez quelques Donna Leon dans la valise ! Régine et Geneviève ont lu et apprécié "Le Grand feu" de Leonor de Recondo, publié en 2023 chez Grasset. En 1699, Ilaria, née dans une famille modeste de marchands, est placée par sa mère dans un orphelinat particulier car on y enseigne la musique au plus haut niveau. Les Vénitiens adorent assister aux concerts organisés mais les jeunes filles se cachent derrière des grilles ouvragées. Ilaria apprend le violon et devient copiste d'un musicien, le maestro Vivaldi ! Une amie, Prudenzia, va l'initier au monde extérieur en l'invitant chez elle et elle rencontrera l'amour. Ce roman lumineux évoque la passion de la musique et la beauté de la ville. Nietzsche a écrit : "Lorsque je cherche un autre mot pour exprimer le terme musique, je ne trouve jamais que le mot Venise". Voilà pour les lectures sur Venise en ce mois de mars. Certains textes n'ont pas été présentés comme celui de Jean-Paul Kauffmann, "Venise à double tour", un excellent récit sur les sublimes églises de la cité. Evidemment, pour ma part, je ne quitte pas Venise car je voguerai sur le Canal Grande dès dimanche...
jeudi 19 mars 2026
Atelier Littérature, Venise, 1
Ce jeudi 19 mars, dans le salon-bar, "Jetez l'ancre", nous nous sommes retrouvées à Venise grâce aux livres et à la littérature. Odile Bo a démarré la séance avec le roman de Claudie Gallay, "Seule Venise", publié chez Actes en 2004. Notre amie lectrice a beaucoup aimé ce texte avec sa galerie de personnages attachants dont un prince russe, un couple de danseurs, un hôtelier et un libraire. La narratrice s'est réfugiée à Venise pour oublier un chagrin d'amour. Loin d'une Venise envahie par le tourisme de masse, l'écrivaine raconte une renaissance intime que la ville va lui offrir. Cette déambulation amoureuse dans une Venise hivernale se lit avec un grand plaisir. Odile Bo avait lu aussi et apprécié, "Les Jardins de Torcello", son excellent dernier roman paru en 2024. Evidemment, il faut mettre Claudie Gallay dans ses bagages pour la Sérénissime, car, avec son écriture à la Duras, elle sait décrire l'atmosphère vénitienne si magique en toutes saisons. Marie-Christine a beaucoup aimé le livre de Tracy Chevalier, "La Fileuse de verre", un roman historique, familial, patrimonial. Orsola, le personnage principal, notre fileuse de verre, traverse les siècles depuis le XVe jusqu'au XXIe et ce fil conducteur donne un charme particulier au texte. L'artisanat du verre est à l'honneur, surtout la production des perles, seulement réalisée par les femmes qui n'avaient pas le droit de souffler le verre pour créer des objets plus nobles. L'écrivaine évoque l'épisode de la peste, le monde des verriers, le commerce vénitien et l'histoire de la famille Rosso à Murano. Un très bon roman pour connaître Venise et ses environs pendant quelques siècles. Plus agréable à lire qu'un essai historique parfois un peu trop austère à lire. Véronique a aussi apprécié le roman d'Isabelle Autissier, "Le Naufrage de Venise", paru en 2024. Une vague gigantesque a englouti la cité. Avant cette catastrophe, la famille Malegatti s'est déchirée face à ce désastre naturel. Le père ne pense qu'au développement économique touristique tandis que sa femme rêve de sa permanence historique. Léa, leur fille, a compris la menace du changement climatique et elle milite pour la cause écologique. Isabelle Autissier s'insurge dans ce texte contre le déni et l'irresponsabilité des politiques. (La suite, demain)
mercredi 18 mars 2026
"Septembre noir", Sandro Veronesi
Le nouveau roman de Sandro Veronesi, "Septembre noir", démarre ainsi : "Pour vous raconter cette histoire, je dois commencer par évoquer mes parents. Ils étaient à cette époque les dépositaires de ma sérénité, c'est donc qu'ils étaient de bons parents. J'avais douze ans et rien dans ma vie n'aurait pu, même de loin, rivaliser en importance avec eux". Le narrateur, Luigi Bellandi, professeur et traducteur, plonge dans son passé, surtout dans l'été 1972 au bord de la mer. Sa famille loue tous les ans une maison dans une station balnéaire toscane. Son père, avocat de métier, apprécie la voile et son fils, Gigio, l'accompagne souvent. Sa soeur est atteinte d'une maladie de la peau et elle reste le plus souvent avec sa mère, d'origine irlandaise, ne fréquentant la plage que le matin ou le soir. Que fait-on l'été à la plage ? Se baigner, rencontrer des copains, jouer au ballon, suivre le Tour de France. Gigio remarque une jeune fille, Astel Raimondi, la fille d'un homme riche. Cet industriel est marié avec une femme, originaire de l'Ethiopie. Les deux adolescents vont se fréquenter et se lier en partageant le goût des chansons de rock que le garçon traduit car il parle anglais grâce à sa mère. Ce sera le premier amour du narrateur. Astel l'invite dans sa belle maison bourgeoise. L'été se passe dans cette ambiance de bonheur jusqu'au dénouement final. Le titre du roman rappelle la tragédie des Jeux olympiques à Munich où des athlètes israéliens ont été tués par des terroristes palestiniens. Le père du narrateur s'absente souvent du foyer et celui d'Astel est assassiné. Le narrateur analyse cette rupture entre l'enfance innocente et une adolescence bousculée par la "férocité du monde". La famille heureuse se décompose à la fin de l'été. Sa mère quitte son mari et part dans son Irlande natale avec les deux enfants.L'adolescent a été trahi par ses parents et par la perte d'Astel. L'insouciance du narrateur se heurte à la réalité cruelle que les adultes introduisent dans sa jeune existence. Mais sur ces "ruines", le narrateur se reconstruit grâce à l'écriture. La fin du roman évoque les destins des quatre membres de la famille. Un roman intense, dense, profond à découvrir. Un portrait attachant du passage délicat entre l'enfance et l'adolescence. Et le charme italien en prime...
"Mort à Venise", Thomas Mann
Dans le cadre de l'Atelier Littérature de mars, j'ai choisi le thème de Venise. J'ai donc lu pour la troisième fois le roman de Thomas Mann, "Mort à Venise", publié en 1912. L'écrivain allemand a découvert la cité un an avant l'écriture de son récit largement autobiographique. Gustav von Aschenbach, un quinquagénaire, est un auteur munichois reconnu, même annobli pour l'ensemble de ses oeuvres. Il décide de voyager seul et aboutit à Venise dans le Grand Hôtel des Bains au Lido. En observant les pensionnaires de l'hôtel, il remarque un jeune adolescent polonais d'une beauté stupéfiante. Ce garçon appartient à une grande famille et il est très entouré par ses soeurs et leur nurse. La fascination de l'écrivain pour ce jeune adolescent d'une beauté grecque le paralyse et il n'ose pas l'aborder tout en le suivant dans le labyrinthe vénitien. Il apprend que le choléra sévit sur la ville et il décide de rester dans son hôtel pour admirer son jeune Adonis. Il meurt sur la plage en contemplant Tadzio. Visconti a tiré un film magnifique de cette longue nouvelle en 1971. Dans un entretien, Thomas Mann déclare qu'il a désiré écrire une histoire d'amour interdit en pensant au dernier amour de Goethe pour une jeune fille. La passion du narrateur pour ce garçon provoque en lui le chaos intime et la dégradation morale. Et Venise dans ce roman crépusculaire ? La cité semble accablée par la chaleur, la puanteur et le choléra. A travers ce portrait peu flatteur de Venise, l'écrivain compare l'âme mélancolique de von Aschenbach à la ville, figée dans sa beauté de pierre et d'eau. L'écrivain au bout de ses forces rencontre l'Ange ou le Démon, incarné par le jeune éphèbe. Pour lui, ce sera sa dernière folie, sa dernière passion, son dernier souffle de vie. En le redécouvrant pour la troisième fois, j'ai encore mieux apprécié ce roman si viscontien avec la magie sulfureuse de la cité lacustre, vouée au déclin et à la disparition. J'ai retenu cette citation : "De la solitude nait l'originalité, la beauté en ce qu'elle a d'osé et d'étrange, le poème. Et de la solitude aussi, les choses à rebours, désordonnées, absurdes, coupables". Un récit envoûtant que l'on peut interpréter de différents points de vue !
lundi 16 mars 2026
"Ma vie avec Orwell", Isabelle Jarry
J'ai lu "Ma vie avec Orwell", d'Isabelle Jarry, paru chez Gallimard. L'année dernière, j'avais découvert "Ma vie avec Proust" de Catherine Cusset et "Ma vie avec Colette". Cette idée de collection me semble très intéressante. Si j'étais devenue une écrivaine et que l'éditeur me proposait un portrait d'écrivain, quel aurait été mon choix ? Sans hésiter, Marguerite Yourcenar et je suis étonnée qu'elle ne soit pas encore intégrée dans la collection où l'on trouve Gérard de Nerval, Apollinaire, Mauriac, Joseph Conrad, etc. La vie personnelle du narrateur se mêle à celle de l'écrivain biographé. Isabelle Jarry relate les éléments importants dans l'existence d'Orwell : sa période de journaliste décrivant la misère sociale à Paris et à Londres, son engagement politique dans la Guerre d'Espagne auprès des républicains, sa santé fragile, son exil dans une île écossaise et sa mort prématurée. Les livres de l'écrivain anglais, "Dans la dèche à Paris et à Londres", "Le quai de Wigan" et "Hommage à la Catalogne" n'ont pas rencontré un grand succès auprès du public avant la parution de son grand roman iconique, "1984", publié en 1949. Il meurt l'année suivante de la tuberculose. Isabelle Jarry apprécie cet écrivain qui a fait de la "littérature un outil de lutte contre toute forme de dictature". Elle définit la dictature comme une distorsion du réel avec une langue nouvelle, une manipulation de l'information, et l'installation d'une pensée unique. Du totalitarisme impitoyable que le XXe siècle a malheureusement produit comme le stalinisme, le nazisme et l'islamisme aujourd'hui. il faudrait un nouveau Orwell au XXIe siècle pour évoquer notre monde actuel avec la toute puissance des réseaux et de l'internet sans oublier la montée irresistible des radicalités inquiétantes politiques et religieuses. Heureusement, la narratrice salue un ouvrage sur George Orwell, "L'autre vie de Georges Orwell" de Jean-Pierre Martin que j'avais beaucoup apprécié pour sa finesse littéraire. Avant de lire ou de relire ce chef d'oeuvre, "1984', il vaut mieux connaître la vie de Georges Orwell, un homme attachant, généreux, mais d'un pessimisme clairvoyant extraordinaire.
vendredi 13 mars 2026
"Philip et moi", Colombe Schneck
Dans les nouveautés de la Médiathèque, j'ai remarqué le roman de Colombe Schneck au titre évocateur, "Philip et moi", publié chez Stock. Le personnage principal, Esther, jeune française, trouve une place de jeune fille au pair pendant l'été 1991 chez Francine du Plessix, une journaliste américaine du New Yorker. Cette femme connue est obsédée par son voisin, l'écrivain célèbre, Philip Roth. Esther raconte son séjour dans ce milieu littéraire qui ressemble plus à un nid de vipères qu'à un paradis bienveillant. On se croirait dans le cercle des Verdurin avec des jalousies permanentes, des diffamations, des relations mondaines, des expériences sexuelles et des tromperies. Philip Roth n'est pas épargné dans ce monde frelaté et frivole. Quarante après, Esther retourne aux Etats-Unis et retrouve des témoins de son séjour. Mais, Philip Roth et Francine sont morts. Elle apprend alors le rôle néfaste de son hôtesse auprès du grand écrivain. Ils étaient amis et plus tard, les pires ennemis. En accusant Philip Roth de misogynie, cette femme aurait empêché son obtention du Prix Nobel de Littérature. Le portrait de l'écrivain devient repoussant au fil du récit. Obsédé par le sexe, par les femmes, il avait des relations volcaniques avec sa femme actrice, Claire, d'origine anglaise. J'ai lu ce recit romanesque par curiosité et puis, je me suis demandée pourquoi Colombe Schneck a consacré son livre sur ce couple antagoniste, Philip et Francine en se demandant souvent : ont-ils couché ensemble ? La lecture de ce texte procure un malaise certain car, même si l'on sait que Philip Roth était loin d'être un ange, il ne mérite pas que l'on fouille dans son passé d'homme à femmes. La vie sexuelle consentie entre adultes ne regarde pas les lecteurs et lectrices. Il vaut mieux lire les romans de Philip Roth et se faire une opinion personnelle sans engager un procès moral sur un homme qui a évoqué sa vie dans ses oeuvres autofictionelles. C'est rare que, dans ce blog, je critique un roman. Philip Roth demeure à mes yeux un des plus grands écrivains du XXe siècle et même si cet homme n'a pas eu une vie amoureuse banale, personne ne m'empêchera d'admirer ses prouesses littéraires. L'art d'égratigner la réputation d'un écrivain me semble quelque peu agaçant...
mardi 10 mars 2026
"La Fileuse de verre", Tracy Chevalier
Tracy Chevalier, écrivaine anglo-américaine, a composé des romans historiques très plaisants à lire en particulier "La jeune fille à la perle" et "Prodigieuses créatures". En 2024, elle publie "La Fileuse de verre", disponible dans la collection Folio. J'ai choisi ce roman dans le cadre de l'Atelier Littérature de mars sur Venise. L'histoire de notre fileuse démarre en 1486 en pleine Renaissance italienne et se termine à l'époque actuelle avec les mêmes personnages, une famille sur l'île de Murano. Cette entorse au temps est une originalité dans cette fresque historique de grande ampleur. Le milieu décrit évoque évidemment le monde des maîtres verriers qui, tout au long des siècles, ont préservé leurs secrets de fabrication. Souffler le verre reste le domaine des hommes. Mais, Orsola Rosso, l'héroïne du roman, transgresse cette tradition séculaire en trouvant une idée géniale : créer des perles de verre, un artisanat "toléré" par les hommes. Ce travail pourtant peu rémunéré va sauver sa famille pendant l'épidémie de la peste qui tuera plus de 40 000 vénitiens. Murano s'est toujours livré au commerce du verre et cette famille Rosso symbolise à elle seule la production ancestrale de cet artisanat noble qui dure encore aujourd'hui. La famille, solidaire et soudée, traverse les époques avec les drames et les bonheurs : la mort du patriarche, l'exil de la mère pendant la peste, les naissances, les mariages, les décès. Orsola comme les siens se méfie de la terraferma et ausi de Venise, la commerçante par excellence. La lagune devient le milieu essentiel du roman avec les bateaux, les gondoliers, les marchands. Orsola tombe amoureuse d'un pêcheur, Antonio, qui veut devenir maître verrier mais ce petit monde n'accepte pas facilement les "étrangers" à leur monde propre. Il s'exilera à Prague pour lancer le commerce du verre. Tous les ans, il fera parvenir à Orsola un petit dauphin en verre pour lui prouver son amour. Orsola se marie avec un verrier pour consolider l'entreprise familiale. Puis, arrive le déclin de Venise, les troupes de Napoléon et des Autrichiens, l'arrivée des vaporetti, de la foule touristique. Cette saga vénitienne se lit avec plaisir en rêvant de la lagune et de Murano, des verriers et des gondoliers, de Venise, la belle Sérénissime, figée dans un décor des siècles passés jusqu'au futur naufrage final. Ce roman très bien documenté sur l'artisanat du verre m'a appris le dur labeur des verriers de Murano et dans quelques jours, je visitera le musée du verre pour acquérir quelques perles d'Orsola...
lundi 9 mars 2026
Rubrique Nostalgie, "L' Amour des livres"
J'ai conservé dans ma bibliothèque des livres que je n'ai pas ouverts depuis des années. Mais, ils demeurent sur les étagères, ils m'attendent sagement que je les sorte de l'oubli. En balayant du regard mes bibliothèques, j'ai saisi un petit opuscule avec un titre alléchant, "L'Amour des livres", publié aux éditions "Le Temps qu'il fait". Je me suis demandée si cette maison artisanale, née en 1981, existait toujours et grâce à internet, j'ai appris que cette petite maison d'édition survivait encore et sur leur site, elle prône l'indépendance d'esprit, et "leur passion pour la langue" tout en poursuivant leur travail scrupuleux pour publier des ouvrages de qualité. Malgré la raréfaction des grands lecteurs, le coût réel de la diffusion, "Le Temps qu'il fait" propose toujours un catalogue de sept cents références. Le livre en question, "L'Amour des livres", est un recueil de textes pour fêter leur cinquième anniversaire dont le siège se trouve dans la région bordelaise. Les écrivains et les poètes publiés ne sont pas des "grosses pointures" parisiennes mais, bien au contraire, des hommes et des femmes discrets, intimistes, trop provinciaux peut-être. Je peux citer Jean-Pierre Abraham, Jean-Loup Trassard, Henri Thomas, Christian Bobin, etc. Le premier texte est signé de Baptiste-Marrey et il relate son apprentissage à l'âge de 17 ans chez un imprimeur à Paris. Jacques Laurans a écrit le quatrième texte et je ne résiste pas à citer ce passage : "Des livres attendent d'être lus, séjournant parfois plusieurs années avant qu'on les saisisse. Telle est l'amitié et la patience des livres. Ils demeurent droit, immobiles et silencieux, sachant que leur tour viendra au hasard d'une circonstance imprévisible. Pendant ce temps, une fine poussière se dépose sur la tranche des feuillets, tels ces minces fils argentés qui sillonnent discrètement nos tempes de lecteur". Quand je suis entrée dans "la religion des livres" tellement cet objet magique me passionnait, je collectionnais quelques ouvrages pour mieux connaître ce monde de l'imprimé. Je les ai précieusement conservés dans ma bibliothèque par fidélité et par "amour des livres" pour me souvenir de mes années passées dans ma librairie à Bayonne et dans les bibliothèques municipales. J'étais le capitaine de ces navires de livres, ancrés dans les territoires d'Eybens à Tarare, de Grenoble à La Tour du Pin pour terminer en Savoie, à la bibliothèque universitaire de Chambéry. Quand je songe à mon passé professionnel, je me dis que j'avais quand mème une chance inouïe de vivre dans ce milieu culturel, délicieusement civilisé. L'amour des livres, l'amour de la connaissance, de la curiosité et de la vie !
vendredi 6 mars 2026
"Seule Venise", Claudie Gallay
Dans le cadre de l'Atelier Littérature de mars, j'ai choisi Venise. L'année dernière, Paris était à l'honneur et à chaque saison, je changerai d'horizon. Pourquoi pas Londres, Berlin, Vienne, Amsterdam et tant d'autres capitales européennes ? Pour ma part, je resterai bien en Italie mais quand même, je deviens trop chauvine. Dans ma liste bibliographique, je voulais intégrer "Les Jardins de Torcello" de Claudie Gallay mais il n'est pas encore disponible en livre de poche. J'ai donc opté pour "Seule Venise" de la même écrivaine. Ce roman, publié en 2004, chez Actes Sud, reprend le thème du son dernier roman, une déambulation d'une femme seule dans la ville magique. La narratrice dans "Seule Venise" a vidé son compte bancaire, a pris le train et s'est retrouvée à Venise en plein hiver pour oublier son amoureux qui l'a quittée. Sa maladie d'amour correspond bien à l'ambiance feutrée de Venise dans ses brumes et dans ses pluies. Dans une modeste pension, tenue par Luigi, elle a loué une chambre. Les pensionnaires forment une communauté empathique : un vieux prince russe, une jeune danseuse avec son fiancé, l'hôtelier si prévenant. Le vrai personnage du roman se nomme Venise, un lieu enchanté où l'esprit reste constamment aux aguets tellement le regard se promène dans un espace singulier. La jeune quadragénaire va se laisser guider par son intuition rêveuse dans le labyrinthe des ruelles et des canaux. Elle rencontre un libraire, un vrai, amoureux de la littérature. La librairie devient son hâvre de paix et d'espoir. Une relation amicale et peut-être amoureuse s'installe entre eux. Elle évoque aussi la présence de Zoran Music, un peintre de la Shoah, ce qui m'a beaucoup intéressée car j'avais vu à Venise une exposition de ses toiles tragiques au palais Fortuny. Le vieux prince russe a vécu un amour inoubliable dans sa jeunesse et la narratrice va retrouver cette femme cinquante ans après dans un couvent vénitien. Son séjour à Venise lui donne un nouveau souffle, un nouveau départ, de nouveaux désirs. Venise produit des miracles. Un roman promenade bien agréable à lire pour savourer le charme incommensurable de cette cité plus que millénaire.
jeudi 5 mars 2026
"Hors-champ", Marie-Hélène Lafon
Je viens de lire le dernier roman de Marie-Hélène Lafon, "Hors-champ", publié chez Buchet-Chastel. J'ai proposé cette écrivaine dans le cadre de l'atelier Littérature de décembre dernier et toutes les lectrices présentes appréciaient son écriture pour décrire le monde paysan du Cantal. On s'est posé la question de son futur roman. Allait-t-elle renoncer à sa fresque familiale et trouver un autre chemin romanesque ? La réponse se trouve dans son nouvel opus. En effet, elle poursuit l'évocation de cette famille dans le Cantal et creuse le lien qui unit Claire, la narratrice, le double de l'écrivaine, et Gilles, son frère. Ce frère taciturne, peu loquace, à fleur de peau est aussi le fils qui se sacrifie pour sauvegarder l'héritage familial, une grande ferme dans la vallée de la Santoire. Claire a réussi ses études et elle est devenue professeure agrégée à Paris. Une différence socio-culturelle les sépare, mais malgré tout, leur lien familial semble d'une solidité sans faille, indestructible. Claire perçoit le mal être de son frère, sa violence intérieure et sa solitude implacable. Le père et le fils vivent une relation infernale, basée sur l'incompréhension et le non-dialogue, une haine terrible. Gilles rêve parfois que son père disparaisse : "Il pense qu'il n'aurait plus peur si le père mourait". Il se retrouve "coincé, depuis toute la vie et pour toute la vie". Sa mère s'efface et craint aussi l'agressivité de son mari. Le seul ami de Gilles, Didier, choisit de se suicider. Claire raconte cet univers sombre, sans aucune joie, dur et aride. Pourtant, elle veut l'aider, le pousser à changer de vie. Quitter cet enfermement, ce confinement, cet exil, impossible pour ce frère empêché. Claire "avance à tâtons aux lisières de la vie de son frère, elle se tient là, comme en vigie". Comment choisir son destin ? Voilà la question centrale du roman. Où est la liberté pour Gilles ? Marie-Hélène Lafon avec sa prose percutante raconte une tragédie grecque au fin fond du Cantal avec comme personnages : un père maudit, une mère complice, une soeur gagnante et un frère vaincu. A la fin du roman, Gilles va-t-il enfin choisir son propre chemin ? Marie-Hélène Lafon ne donne pas la réponse...
mercredi 4 mars 2026
Atelier Littérature, les coups de coeur, 2
Régine a presenté son coup de coeur : "Le désir dans la cage" d'Alicia Wenz, paru chez Les Avrils en 2025. L'auteur de ce roman biographique est aussi compositrice-interprète. Elle connaît fort bien le monde de la musique et elle raconte la vie de Mélanie Bonis qui, à sept ans, découvre avec passion le piano. Elle entre au Conservatoire et côtoie Debussy, Satie et signe ses premières compositions avec son prénom raccourci, Mél, pour cacher sa féminité. Cette musicienne rencontre le chanteur, Amédée-Louis Hettich, mais ses parents refusent leur liaison et obligent leur fille à épouser un industriel fortuné. Malgré ce mariage contraint, elle invente sa musique contre vents et marées. Un destin de femme à découvrir. Mylène a choisi un recueil de six textes courts de l'écrivain danois, Jens Christian Grondahl, "Les Jours sont comme l'herbe", publié chez Gallimard en 2023. Ces histoires évoquent des situations de crise : l'amitié entre un adolescent danois et un prisonnier allemand de son âge sous l'Occupation à Skagen, un couple italo-allemand dépassé par l'engagement de leur fils envers les migrants pour ne citer que les deux premières. Dans tous ces textes, l'écrivain, toujours subtil et profond, pose la question du choix qui conditionne toute vie. Il va à l'essentiel pour révèler la vérité des personnages. Un grand écrivain danois que Mylène affectionne particulièrement et je partage évidemment son avis sur la finesse psychologique de son univers romanesque. Il faut lire aussi son très bon dernier roman, "Au fond des années passées". Marie-Christine a beaucoup apprécié l'ouvrage de Rachid Benzine, "L'homme qui lisait des livres", paru chez Juillard. Dans les ruines de Gaza, un vieil homme attend. Il est entouré de livres et un jeune photographe français pointe son objectif sur cet homme qui porte en lui tous les malheurs de son peuple. Un hommage à la poésie et au rôle primordial et apaisant des livres dans le chaos de la guerre. Odile Ba a lu avec plaisir, "La vie entière" de Timothée de Fombelle, parue chez Gallimard. Ce roman ressemble à un conte où le narrateur invente la vie d'une femme, Claire, pendant l'Occupation. Alors qu'elle attend son chef de réseau qui tarde à rentrer, elle imagine sa vie avec lui, les enfants, la vieillesse heureuse. Elle sait pourtant que le pire peut arriver. Voilà pour les coups de coeur du mois de février ! Rendez-vous le jeudi 19 mars pour partir à Venise avec les livres !
mardi 3 mars 2026
Atelier Littérature, les coups de coeur, 1
Après la séquence sur l'héritage dans la littérature, Janelou a présenté le dernier prix Goncourt, "La Maison vide", publié chez Minuit. Une histoire d'héritage en quelque sorte. Ce roman s'est déjà vendu à plus de 500 000 exemplaires, un chiffre réjouissant pour tous les amoureux d'une littérature ambitieuse dans le meilleur sens du terme. Janelou nous a fait partager ce coup de coeur passionnant que les 700 pages n'ont pas effrayée. Comment relater cette fresque familiale tout en sauvegardant l'intéret de la découverte ? Notre amie lectrice a quand même révélé quelques événements de cette maison vide, un "métaroman" selon une critique du Monde des Livres. Elle ajoute aussi qu'un "roman est comme une maison vide qu'il faut remplir de personnages et de récits pour la faire vivre". Le narrateur cherche à comprendre les secrets de sa famille et il se met à fouiller son passé, des années 1880 aux années 1950, de ses arrière-grands-parents jusqu'à son propre père. Des personnages défilent ainsi dans le brouhaha de la grande Histoire, des deux guerres mondiales au rôle des femmes dans ces périodes où les hommes se battent sur le front. Nous croisons Marguerite, la grand-mère, effacée dans les photos, Marie-Ernestine avec son amour du piano et son mariage subi. Janelou nous a lu des passages et j'ai retenu la citation de Laurent Mauvignier : "C'est parce que je ne sais rien ou presque rien de mon histoire familiale que j'ai besoin d'écrire une sur mesure". Pour Janelou, ce grand roman "proustien" est un "incontournable" d'aujourd'hui. Donc à lire cet été ! Odile Bo a présenté un roman historique, "L'affaire de la rue Transnonain" de Jérôme Chantreau. Dans la France de 1834, la monarchie réprime de plus en plus les émeutes du peuple. A Paris, l'armée abat les habitants d'un immeuble situé dans cette rue Transnonain. Ces habitants étaient-ils des insurgés ? Non. Cet immeuble logeait des vieillards, des femmes et des enfants. Un des faits divers les plus tragiques de l'époque. L'auteur mène l'enquête et veut rendre justice à ces victimes méconnus. Ce roman très documenté a emporté l'adhésion totale de notre lectrice amie. Danièle a choisi un premier roman d'Alice Renard, "La colère et l'envie". Isor, une petite fille, mutique et rebelle, rencontre Lucien, un voisin retraité avec lequel elle devient amie. Cet ouvrage a beaucoup intéressé Danièle pour sa poésie et pour la singularité du sujet. Agée de 21 ans, cette jeune écrivaine a reçu plusieurs prix littéraires.
lundi 2 mars 2026
Atelier Littérature, l'héritage, 2
Les deux Odile et Geneviève ont choisi "Héritage" de Miguel Bonnefoy et d'un accord commun, elles ont beaucoup apprécié ce roman, publié chez Rivages en 2020. Ce livre a obtenu le prix des Libraires et raconte l'histoire passionnante de plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Le premier patriarche est parti au Chili en emportant un pied de vigne des coteaux du Jura à la fin du XIXe siècle. Son fils, Lazare, de retour de la Première Guerre Mondiale, poursuivra l'héritage de son père en construisant dans le jardin la plus belle des volières du pays. Margot, sa fille, sera pionnière de l'aviation et donnera naissance à Ilario Da, le révolutionnaire. Ce roman très puissant reliant les deux continents est une fresque familiale, sociale et historique, passionnante à lire. Danièle a découvert "Le Noeud de vipères" de François Mauriac, publié en 1932 et disponible en livre de poche. Parfois, les classiques du XXe siècle sont peu lus et je félicite Danièle d'avoir choisi ce roman familial à l'allure d'un thriller. Ce roman "vipérien" concerne surtout le père de famille, mal aimé et craint par ses enfants adultes. Le venin s'est infiltré dans le coeur de cet homme, obsédé par l'argent. Il veut déshériter sa progéniture qu'il déteste. Cette histoire bordelaise prend des accents balzaciens quand le père de famille choisit comme héritier, son fils illégitime, né d'une relation avec sa maîtresse parisienne. Mais, coup de théâtre, il est cruellement déçu par ce jeune homme. L'argent, maître de son destin, lui a gâché sa vie. Sa femme meurt subitement et dans sa solitude, il comprend enfin qu'elle l'aimait. Un roman fort, servi par le style d'un grand écrivain. Régine a présenté "Les silences d'Ogliano" d'Elena Piacentini chez Actes Sud. Un village du Sud, une famille riche, un crime, des lourds secrets de famille transmis de génération en génération. Régine a bien précisé que ce roman évoquait davantage l'héritage moral et le passage délicat de l'adolescence à l'âge adulte. Un roman agréable à lire avec un fil conducteur, le personnage d'Antigone. Odile Bo a beaucoup aimé "L'héritage d'Esther" de Sandor Marai, publié en 1939. Ce roman envoûtant raconte l'histoire d'une femme, Esther, victime d'un escroc dont elle est toujours amoureuse vingt ans après. Il revient la voir pour récupérer l'héritage de sa femme, soeur d'Esther. Le cynisme de cet homme malhonnête, sa rapacité, son inconscience le rendent particulièrement odieux. Comme Odile, J'aime beaucoup Sandor Marai dont son journal intime, un grand écrivain hongrois à lire sans modération.