mardi 26 mai 2026

"Les Buddenbrook", Thomas Mann, 2

 Dans ce roman-fleuve passionnant, les relations familiales demeurent l'axe central et chaque personnage se débat souvent en vain pour atteindre la sérénité heureuse. Dans la troisième génération, la plus intéressante à mes yeux de lectrice, Thomas éprouve un amour passionnel pour sa femme, Gerda, musicienne quasi professionnelle. Mais, son mari ne ressent pas la musique comme elle. Une différence entre eux irréconciliable, une fêlure dans leur couple. Ce tourment obsède cet homme plus sombre que jamais. Il avait renoncé dans sa jeunesse, par convenance bourgeoise et par ambition sociale, au mariage avec une petite fleuriste, peut-être le seul amour de sa vie.  La soeur de Thomas, Tony, le personnage féminin le plus important du roman, a cru à l'amour à deux reprises mais chaque mariage contracté s'est révélé désastreux. Ses maris successifs ne songeaient qu'à sa dot et à la richesse de la famille Buddenbrook. Sa propre fille, Elizabeth, connaîtra le même naufrage dans son mariage. Thomas, en frère aîné de la fratrie, prendra soin de sa soeur Tony, qui malgré ses déboires conjugaux, conserve une énergie de vivre à toutes épreuves. Je garde le fil sur Thomas, un personnage intense, profond et d'une rigueur toute "germanique". Ses relations avec son frère Christian ne reflètent en aucun cas une harmonie fraternelle. D'un tempérament velléitaire, ce frère bohème ne s'investit pas dans le commerce comme Thomas. Ils parviennent à se supporter mais la haine les habite. Thomas Mann décrit avec une certaine ironie que les relations familiales peuvent générer des malentendus et des incompréhensions jusqu'à la rupture complète. L'écrivain allemand porte un regard lucide et critique sur cette classe bourgeoise corsetée, conformiste et trop traditionnelle. L'amour, thème majeur dans le roman accompagne aussi la mort, présente et redoutée à tout moment : "La mort était un retour au pays au terme d'une longue et très pénible errance, la correction d'une lourde faute, l'affranchissement des liens les plus vils, une immense levée d'écrou". Pensée inspirée de Schopenhauer. Quel roman intense à découvrir cet été quand le temps s'allonge pendant les vacances. Le lire m'a rappelé "Les Thibault" de Roger Martin du Gard que j'avais vraiment apprécié dans ma jeunesse. La littérature classique conserve tout son charme et toute sa magie !