vendredi 12 juin 2026

Escapade à Vannes, 3

 J'avais une raison essentielle pour visiter Vannes car je voulais voir son musée, La Cohue, qui expose une femme peintre que j'apprécie beaucoup, Geneviève Asse (1923-2021). Une grande salle en forme de nef en bois réunit une trentaine d'oeuvres de l'artiste, née à Vannes. Diplômée de l'Ecole nationale des Arts décoratifs de Paris, elle s'engage avec courage comme ambulancière pendant la Guerre. Puis, elle découvre le Paris d'après-guerre et partage avec Nicolas de Staël et Vieira da Silva une "vision esthétique" vers l'abstraction lyrique. Elle a commencé à peindre des natures mortes, puis, s'est glissée dans un bleu gris de la mer et ses toiles bleues avec des lignes grises ou rouges plongent le visiteur dans une contemplation sereine. Dès 1955, l'Etat achète quelques toiles et l'artiste est enfin reconnue à l'international. Elle se retire à l'île aux Moines en 1987 et s'inspire des couleurs du Golfe du Morbihan. Le bleu de Geneviève Asse aux cinquante nuances figure la mer et le ciel, dans une union poétique. Les toiles que j'ai vues provoquent un apaisement certain, une quiétude réelle, une méditation profonde. Sur les murs, des citations de l'artiste accompagnent la mise en scène de cette peinture vibrante d'émotion : "L'air possède une couleur. Bleu : il prend tout ce qui passe", "Solitude : meilleur instrument du peintre". Une petite salle audivisuelle propose le film de Florence Camarroque, réalisé en 2014, sur Geneviève Asse. En le regardant, j'ai remarqué une femme magnifique, subtitle, évoquant sa vie en toute simplicité et avec un certain humour. Après avoir admiré ses tableaux, je n'ai pas porté une grande attention aux peintres bretons du XIXe. Mais, un chef d'oeuvre d'Eugène Delacroix illumine le rez de chaussée : un Christ sur la croix. Je suis partie avec un catalogue de toutes les oeuvres de Geneviève Asse pour me replonger dans son bleu infini dès que j'aurai la nostalgie de la mer...