J'ai lu le dernier roman de Sylvie Germain, "Murmuration', une des voix les plus singulières de notre littérature contemporaine. Elle raconte à sa manière de "conteuse" la vie d'un écrivain raté, Samuel Nart, né dans une famille de taiseux. Il découvre la magie des mots à l'école quand une conteuse leur rend visite. Cette rencontre illumine son enfance : "Il venait d'entrevoir un autre monde fait de mots en fête, d'images extravagantes, de folie douce-acide et d'allègre fantaisie". Il comprend alors que le langage ne se résume pas à échanger que des banalités comme au sein de sa famille. Une deuxième découverte, celle d'un poème de Victor Hugo, lui confirme son émerveillement : "Les mots avaient déboulé en lui ainsi qu'une avalanche de pierres de lave et de fruits d'or". Dans sa jeunesse, il appartient à un groupe, les "rameurs" qui se donne des noms de fleuve et il choisit le Tarn. A l'âge de vingt ans, il publie son premier roman, "Opus incertum" qui atteint un lectorat assez élargi. Son deuxième roman s'avère un échec selon la critique littéraire car trop alambiqué. Son troisième roman retrace l'histoire de sa famille et il dénonce l'ennui, la pauvreté et le manque de curiosité de ses parents. Le jeune écrivain en herbe avait blessé son entourage et après cet épisode malheureux, il abandonne l'écriture : "La vie , la vie comme elle va dans son allant et dans ses méandres, qu'il avait renoncé à mettre en scène dans des proses romanesques". Samuel renonce donc à l'écriture et se consacre à sa "vraie vie", celle de ses amours successifs : Sigrid, une femme fantasque, Mathilde, une mère célibataire et Elsa, une journaliste, reporter de guerre, figure émouvante dans le roman. Elsa se suicidera pour échapper à "la folie humaine", "délivrée du chagrin et de la peur". Chacune de ses compagnes l'incite à se remettre à sa passion des mots mais, il refuse d'écrire. (La suite, demain)