jeudi 2 juillet 2026

"Les Etrangers", Sandor Marai

 L'été dernier, j'avais lu le journal intime en trois volumes de Sandor Marai que j'avais beaucoup apprécié. J'ai été négligente avec cet écrivain hongrois que j'ai méconnu pendant des années. J'aime découvrir même tardivement des "planètes" littéraires et dans la galaxie des mots, cet écrivain hongrois tient une place conséquente. J'ai donc commencé la lecture de ses romans et j'ai découvert "Les Etrangers", publié en 1926. Un jeune Hongrois de 27 ans dont on ne sait ni son nom, ni son prénom, a passé un doctorat de philosophie. Il quitte son pays pour Paris, la ville-monde, après une année d'études à Berlin. Son séjour en France va durer deux ans entre Paris et la Bretagne. Dans la capitale, le narrateur fréquente les cafés, les hôtels et les cabarets dans une ambiance cosmopolite. Pourtant, il souhaite visiter les grands sites culturels comme le Louvre mais il manque de volonté et choisit une vie de bohème. Il rencontre surtout des étrangers comme lui : un Albanais, un sculpteur russe, une Danoise qui écrit des livres pour enfants. Ils survivent tant bien que mal dans le Paris des Années folles. Le narrateur se laisse porter par les événements, semble plonger dans l'inaction et se sent étranger avec lui-même et ce portrait d'un homme indécis rappelle le héros absurde d'Albert Camus. Il ne donne pas de nouvelles à sa famille et n'envisage pas son retour au pays. Il parvient à établir une relation amoureuse avec une femme qui l'embarque en Bretagne dont elle est originaire. Ce séjour breton donne au roman une "respiration" bienvenue, loin de Paris et de ses mirages. Eva, la jeune femme, quitte le jeune homme, trop étrange à son goût, pour un jeune artiste. A la fin du roman, il quitte la France et retourne dans son pays. Sandor Marai dresse le portrait d'un homme "invisible", fuyant les responsabilités et non engagé dans les relations humaines. Il interroge avec une certaine ironie l'exil, le statut de l'étranger, l'identité, l'Europe. Ce roman profond résonne encore aujourd'hui et l'écrivain d'un esprit "mitteleuropa" si proche de Stefan Zweig, raconte aussi ses années parisiennes qu'il a vécues dans les années 30.