jeudi 16 juillet 2026

"Inventer sa chambre à soi", Chantal Thomas, 2

 Virginia Woolf a évoqué sa maison de St Yves en Cornouailles dans son chef d'oeuvre, "Vers le phare", des années de bonheur en famille au bord de mer. Chantal Thomas relie les deux écrivaines par l'amour de leur enfance ancrée dans une maison de famille : "La maison d'enfance de Colette, à Saint-Sauveur en Puisaye en Bourgogne, brille dans sa mémoire d'une lumière sans équivalent". L'écrivaine a quitté son paradis enfantin sans jamais y revenir mais, l'écriture l'a plongée de nouveau dans ce monde disparu pour elle : sa mère, Sido, règne dans son jardin, entourée de ses enfants et de son mari, des fleurs et des plantes dans un bonheur sensuel et lumineux. Chantal Thomas raconte la vie de Colette dans ses différents appartements à Paris quand elle était "séquestrée" par son mari, Willy, pour l'écriture de ses "Claudine". Elle dépendait de son mari car elle n'avait pas de métier, ni de diplôme. L'écrivaine s'est libérée après treize ans de mariage quand elle a quitté son goujat de mari infidèle et frivole. Ensuite, Colette deviendra indépendante financièrement dans sa vie d'artiste et d'écrivaine. Chantal Thomas décrit la vaillante et sereine vieillesse de Colette dans son appartement du Palais Royal quand elle était immobilisée dans son "divan-radeau", entourée de ses sulfures, de ses livres et de ses bouquets de fleurs. Elle composait sa prose poétique sur son écritoire, avec ses feuilles et ses stylos pour vivre "toutes ses traversées" : "Ainsi, fenêtre ouverte sur le ciel et sur sa mémoire, Colette n'en finit pas de naviguer et, par le lent et délicat, par le subtil tissage de ses mots, nous embarque avec elle". L'essayiste aime se balader dans le jardin du Palais Royal et comme je la comprends ! Dans chacune de mes visites à Paris, je reviens sans cesse dans ce jardin si beau et je m'imagine Colette en compagnie de Jean Cocteau, sur un banc en train de partager un grand moment d'amitié. Un très beau portrait de Colette.