J'ai écouté sur France Culture l'écrivaine française, Valérie Zenatti, dans l'émission "A voix nue". Elle m'a donné envie de lire Aharon Appelfeld (1932-2018), dont elle est la traductrice officielle. J'ai donc découvert "La Ligne", publié en 1991 et disponible chez L'Olivier en 2025. Le narrateur récurrent de ses récits s'appelle Erwin, obsédé par la Shoah et par la difficulté d'être juif après le génocide. Les parents du protagoniste sont morts dans les camps de concentration. Le narrateur veut venger les siens, exterminés par les nazis et il a retrouvé le commandant du camp, le SS Nachtigall, dans un village où il s'est caché. Au fil du récit, il relate l'engagement communiste de ses parents et leur soutien aux locaux ruthènes qui, plus tard, n'hésiteront pas à pourchasser les juifs dans des pogroms. Après la guerre, Erwin passe sa vie dans les trains car il ne peut pas choisir un lieu permanent. Son vagabondage, baptisé "dromomanie", le mène de l'Italie en Autriche en s'arrêtant dans les mêmes étapes. Il exerce le métier de représentant de commerce et son activité concerne les objets de culte juif, souvent abandonnés et parfois pillés. Dans les auberges, il retrouve des femmes, des rabbins, des commerçants qui rêvent de partir en Israël sans réaliser ce projet vital pour eux. Par contre, sur sa route, il rencontre l'antisémitisme des ex-bourreaux qui n'éprouvent aucun remords ni pardon envers leurs victimes. Je ne vais pas relater l'issue du roman. Va-t-il tuer le commandant SS ? Erwin parviendra-t-il à ressentir un certain apaisement après sa vengeance ? Lire Aharon Appelfeld, c'est découvrir un grand écrivain israélien, s'installant en Israël dès 1946. Il a choisi l'écriture et enseigna la littérature à l'université Ben Gourion jusqu'à sa retraite. Il était un ami de Philip Roth qui le comparait à Kafka. Il disait : "L'écriture m'a arraché aux profondeurs du désespoir. Elle est le fondement sur lequel j'ai reconstruit ma vie". Pour mieux connaître cet écrivain, il faut lire le récit de Valérie Zenattti, "Dans le faisceau des vivants" où elle raconte sa relation amicale et admirative avec l'écrivain israélien.