J'avais lu une très bonne biographie de Marguerite Yourcenar, écrite par Henriette Levillain, professeur émérite de la Sorbonne, et quand j'ai appris qu'elle avait aussi choisi Katherine Mansfield, j'ai acquis son ouvrage, publié en 2023 chez Flammarion. J'ai redécouvert l'écrivaine récemment en proposant aux lectrices de l'Atelier Littérature une liste de recueil de nouvelles. Je connaissais évidemment son talent littéraire dans l'écriture des nouvelles. J'ai donc relu quelques uns de ses textes et je les ai mieux appréciés, un privilège de l'âge, peut-être. Née à Wellington en Nouvelle-Zélande en 1888, elle est morte de la tuberculose à Avon en France à l'âge de 34 ans. Sa vie ressemble à un parcours difficile avec quelques blessures : une mère froide et distante, une vocation avortée de musicienne, la mort d'un frère pendant la Première Guerre mondiale, ses fausses couches, ses relations compliquées dans ses amours. Et quand elle quitte sa terre natale, elle ressent aussi la piqûre nostalgique de l'exil, son errance et son manque de moyens financiers. Sa vie s'est avérée courte mais elle l'a vécue avec passion entre des amours et des amitiés souvent déçus. Seule l'écriture l'a sauvée de ces scandales divers et de ses échecs amoureux, Elle a composé ses nouvelles dans un état d'urgence car elle savait qu'elle ne connaîtrait pas "le grand âge". Virginia Woolf l'a rencontrée à plusieurs reprises et elle exprimait sa jalousie : "J'étais jalouse de son écriture. (...) Elle avait la vibration". La biographe analyse quelques nouvelles importantes et évoque son style : "Elle voulait examiner les choses visibles et celles qui ne le sont pas". Femme libre et audacieuse, coiffée à la garçonne, Katherine Mansfield conservait une fragilité profonde, avec un sentiment d'abandon. Henriette Levillain propose un portrait attachant, sensible de cette écrivaine qui a souffert de troubles psychiques passés sous silence. Elle avait inventé avant sa grande soeur géniale, Virginia, le flux dans les consciences. Une biographie passionnante à lire pour découvrir cette jeune femme éternellement jeune qui avait la passion d'une écriture résolument moderne.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
lundi 29 juin 2026
jeudi 25 juin 2026
"Le Livre de Rose", Emmanuelle Favier
Comme j'aime tout particulièrement les musées, de France et d'ailleurs, j'ai lu avec plaisir le récit romancé d'Emmanuelle Favier, "Le Livre de Rose", publié chez les Editions Les Pérégrines en 2023. L'écrivaine raconte la vie de Rose Valland, née en Isère en 1898 et morte à Ris-Orangis en 1980. Attachée de conservation au musée du Jeu de Paume durant la Deuxième Guerre Mondiale, elle a tenu un rôle majeur au péril de sa vie pour protéger les oeuvres d'art spoliées. Elle notait les milliers de tableaux volés par les nazis, en particulier par Goering et communiquait les listes à la Résistance. Par la suite, elle a poursuivi son travail dans la localisation et la récupération de ces oeuvres spoliées en Allemagne. Emmanuelle Favier se saisit de cette femme courage pour raconter sous la forme d'un journal intime la vie de Rose mêlée à la sienne. La narratrice quadragénaire vit en couple avec un homme, nommé E. et a réalisé quelques documentaires audiovisuels. Elle propose à une amie productrice le sujet de Rose Valland pour un documentaire et se lance sur ses traces en menant une enquête dans tous les lieux possibles : des centres d'archives, l'administration, sa ville de naissance, des témoins de sa vie très peu nombreux. Peu à peu, le portrait de Rose s'affine au fil des pages : sa conscience professionnelle au service de l'art, son courage héroïque face aux nazis, son engagement dans la Résistance. La narratrice évoque aussi sa vie privée car Rose semble avoir vécu une histoire d'amour avec une collègue américaine. Ce roman documentaire met en valeur une femme restée dans l'ombre de l'Histoire. J'aurais bien aimé que Rose Valland entre au Panthéon... Enfin une femme résistante. Mais, personne ne pense à elle et même à Paris, il n'existe qu'une petite rue à son nom. Emmanuelle Favier a composé avec élégance un double portrait : celui de Rose, une héroïne trop méconnue qui consacre sa vie à l'art et le sien, une femme d'aujourd'hui, qui considère la littérature comme une courroie de transmission. Une excellente lecture pour cet été. Un film, "The Monuments men" relate l'action de Rose et des sauveteurs d'art.
mercredi 24 juin 2026
Atelier Littérature, les coups de coeur
Dans la deuxième partie consacrée aux coups de coeur, Odile Ba a démarré avec le dernier roman de Jérôme Ferrari, "Très brève théorie de l'enfer", publié chez Actes Sud. Un homme quitte sa Corse natale pour un poste d'enseignant au lycée d'Abu Dhabi. Il s'installe dans ce pays avec sa femme et son enfant. Ils recrutent une employée de maison, originaire du Sri Lanka, Kaveesha. Entre les deux expatriés et leur employée immigrée, deux mondes s'opposent mais ils partagent un même destin, celui d'être étranger, loin de leur pays. L'écrivain interroge avec lucidité notre rapport à l'autre et la complexité des relations humaines. Un roman puissant et percutant à découvrir. Odile, qui aime beaucoup Paul Auster, nous a aussi conseillé vivement le dernier livre de Siri Hustvedt, "Ghost stories". L'écrivaine américaine se livre sur le grand amour de sa vie, son mari et écrivain, Paul Auster, disparu en 2024. Elle raconte leur complicité littéraire et leur vie à deux. Ce livre sur le deuil et sur l'absence ressemble à "une boussole pour que nous restions liés à tous ceux que nous avons perdus trop tôt". Danièle a présenté un recueil de nouvelles d'Alice Renard, "Peaux vives", qui vient de recevoir le prix Goncourt de la Nouvelle. Cette série de portraits à la première personne du singulier rassemble neuf nouvelles sous forme de monologue et parsemées d'illustrations de l'autrice. De l'enfance à la vieillesse, de la Normandie à la Russie, le talent d'Alice Renard se manifeste dans ces textes incandescents. Dans un atelier de la saison, Danièle avait présenté son premier roman très remarqué par la critique, "La colère et l'envie ". Danièle a aussi évoqué un autre recueil de neuf nouvelles de l'écrivaine américaine, Lauren Groff, "La Bagarre", publié chez L'Olivier. Un ouvrage sur l'amour, la famille, l'amitié, mais aussi sur la joie et sur l'adversité. Lauren Groff explore les "chemins accidentés de l'existence, en particulier, celle des femmes". Mylène a choisi un récit de voyage de Charles Juliet, "Au pays du long nuage blanc", publié en Folio en 2004. L'écrivain est resté quelques mois en Nouvelle-Zélande et il évoque Katherine Mansfield, originaire de ce pays si lointain. Voilà les coups de coeur de juin, peu nombreux mais cette cueillette mensuelle comporte de jolies pépites.
lundi 22 juin 2026
Atelier Littérature, les Nouvelles, 2
Régine a bien apprécié une nouvelle de Katherine Mansfield, "La Garden party" et elle a tout de suite évoqué l'écriture pointilliste de l'écrivaine néo-zélandaise (1888-1923) à la vie trop brève. Ce dernier recueil, publié du vivant de son auteur, explore son univers poétique et impressionniste. Dans cette nouvelle, la famille Sheridan prépare une soirée entre amis et chaque personnage s'agite pour réussir cette réception. Mais, ils apprennent la mort d'un voisin, un pauvre charretier. La famille se pose tout de même la question de leur soirée. Faut-il l'annuler ? Bien évidemment, ce mort anonyme et modeste ne va pas quand même gâcher leurs réjouissances... L'écrivaine observe la comédie humaine avec une acuité profonde, teintée d'humour et de tendresse. Toutes les nouvelles du recueil comportent cette touche "mansfieldienne", d'un charme parfois suranné mais tellement exquis. Cette grande écrivaine, soeur de coeur de Virginia Woolf, possède un don pour décrire par petites touches délicates des "instants de vie", selon la formule woolfienne. Dans chacune de ses nouvelles, surgissent un sentiment de solitude, une angoisse de la mort, mais aussi et surtout, le goût intense de la vie dans ses manifestations les plus concrètes comme un bouquet de fleurs, un rayon de soleil, un paysage, le sourire d'un bébé, l'odeur de la lavande et tant de sensations à saisir pour les décrire grâce à l'écriture. Il faut vraiment découvrir ou relire Katherine Mansfield dès cet été. Odile Bo a présenté les cinq nouvelles de Sylvain Tesson, "L'éternel retour", publié en Folio. Dans chaque nouvelle, l'écrivain voyageur utilise l'ironie envers notre société. Ces textes ressemblent davantage à des "fables", car le sous-texte suggère des critiques sur le progrès dans "L'asphalte" ou sur l'élevage intensif dans "Les porcs". La nouvelle "Le Lac" avec un personnage touchant change de registre. Ce dernier atelier consacré aux nouvelles a donc mis en valeur Henry James, Virginia Woolf, Katherine Mansfield et Sylvain Tesson. Par contre, d'autres recueils n'ont pas été lus à cause de l'absence de quelques lectrices. Dommage pour Cesare Pavese, Bernhard Schlink, Elsa Morante et Ludmila Oulitskaia. Ce sera pour un prochain atelier;..
vendredi 19 juin 2026
Atelier Littérature, les Nouvelles, 1
Ce jeudi 18 juin, nous étions en effectif réduit mais malgré tout, l'Atelier s'est tenu avec les courageuses lectrices qui ont bravé la chaleur chambérienne. Le bar-salon ne possèdant pas de climatisation, nous étions tout de même à l'ombre, ce qui était supportable. Le thème du mois concernait le genre littéraire des nouvelles. J'avais proposé une liste de recueils allant de Virginia Woolf à Henry James, d'Elsa Morante à Katherine Mansfield en passant par Sylvain Tesson et d'autres auteurs. Odile Ba a démarré avec la grande, la géniale Virginia avec ses "Rêves de femmes", publiés dans la collection Folio. Notre amie lectrice a beaucoup apprécié la préface qui ouvre le recueil sur les femmes et le roman "Nul doute que, dans la vie comme dans l'art, les valeurs des femmes ne sont pas celles des hommes. C'est pourquoi quand une femme en vient à écrire un roman, elle n'a de cesse de modifier les valeurs établies, pour rendre intéressant ce qui semblerait insignifiant à un homme et trivial ce qui lui semblerait important". Virginia Woolf revendique la liberté créatrice, une nouvelle façon de voir le monde d'un point de vue féminin. Les six nouvelles montrent surtout l'écriture impressionniste de l'écrivaine, fascinée par les "moments d'être", des moments sensoriels passagers dans le quotidien. Pour découvrir son oeuvre romanesque, il faut peut-être commencer par lire ses nouvelles, où l'on note son génie littéraire. Je reviendrai sur ces nouvelles dans mon blog. Un grand merci à Odile Ba d'avoir choisi ce recueil de rêves woolfiens. Danièle a choisi "Le Banc de la désolation et autres nouvelles" d'Henry James" publiés en 1910. Elle a surtout évoqué la nouvelle la plus longue, "Le Banc de la désolation", une histoire d'amour singulière entre un homme qui dit non et une femme qui se venge. Elle réclame une somme d'argent comme dédommagement de la rupture des fiançailles. Cet homme faible s'endette et s'appauvrit toute sa vie. Il va perdre sa femme et ses enfants. A la fin de sa vie, la femme délaissée revient et lui déclare qu'elle va lui rendre l'argent qui a fructifié. Va-t-il accepter ou refuser cette manne d'argent ? Il faut lire cette nouvelle pour savourer l'art subtil d'Henry James. J.-B. Pontalis a écrit la préface du recueil et comme il admire cet écrivain profond, il résume la démarche littéraire de l'écrivain anglo-américain : "L'alchimie de l'art ne serait qu'un remède à l'amour impossible ou interdit, une manière de conjurer la désolation dont l'ultime fleuve est la mort". (La suite, lundi)
mercredi 17 juin 2026
"Les couleurs de l'adieu", Bernhard Schlinck
Le grand écrivain allemand, Bernhard Schlinck, a publié neuf nouvelles dans le recueil, "Les couleurs de l'adieu", paru en 2022 chez Gallimard. Ces textes sont nimbés de regrets, de remords et de souvenirs douloureux. Le point commun de ces nouvelles réside dans un retour sur le passé qui représente un moment charnière dans la vie des personnages. Des paroles non comprises, des gestes maladroits. L'écrivain interroge ces décisions malheureuses qui scellent les destins des uns et des autres. Dans la première nouvelle, un scientifique de la RDA n'a jamais avoué à son ami qu'il l'avait dénoncé aux autorités. Ce secret est divulgué par la fille de cet ami qui entreprend des recherches dans les archives de la STASI. Comment un passé honteux peut revenir dans un présent soi-disant innocent. Dans une autre nouvelle du recueil, un jeune garçon part en vacances dans une île avec sa mère. Il a découvert qu'elle entretenait une liaison avec un homme qu'il avait repéré sur le ferry. Il ne dira rien à son père, encore un secret lourd à porter. Dans la "Fille aimée", un homme couche avec sa belle-fille qui n'arrive pas avoir d'enfant. Une nouvelle évoque un premier flirt et quand le protagoniste retrouve cette femme aimée dans sa jeunesse, le temps a abîmé cet amour et il ne reste que les regrets. Dans un article sur ce recueil, j'ai relevé ce commentaire : "Au fil de neuf nouvelles, Bernhard Schlink nous entraîne dans un scintillant kaléidoscope d'intériorités et nous interroge sur le sens de ces moments où nous congédions une époque, un rêve irréalisable ou un être aimé". Ces textes fourmillent de non-dits, de choses cachées, de comportements inavouables. L'écrivain allemand, toujours aussi subtil, écrit sur le couple, l'enfant, l'amour, mais aussi, la trahison, la perte d'un être cher, le remords, le hasard. J'ai choisi ce recueil qui porte un oeil lucide et cruel sur la condition humaine dans le cadre de l'Atelier Littérature de juin.
mardi 16 juin 2026
Escapade à l'île d'Arz, 5
J'ai toujours été attirée par le mythe des îles et je me souviens encore des Cyclades, une escapade fascinante que j'avais effectuée il y a quelques années : Santorin, Naxos, Mykonos. Evidemment, l'île d'Arz ne ressemble en aucun cas à la Gréce mais, quand même, la notion d'un sentiment d'insularité peut se comprendre quand on vit sans liaison avec le continent durant la nuit. Ma cousine me racontait qu'elle avait connu des voisins qui ne supportaient pas l'isolement provoqué par l'absence de navettes régulières à tout moment. Je crois bien que je n'éprouverais pas ce sentiment, bien au contraire. Un matin, j'ai pris le chemin vers la Plage de la Falaise et j'ai longé la mer jusqu'au moulin à marée de Berno au bout d'une digue, datant du XVIe siècle et restauré par une association. Plus loin, j'ai observé le cimetière à bateaux, un panorama d'une poésie totale avec un ciel brouillé de nuages, un soleil blanc sur un ciel bleu gris. Une aigrette est venue se poser au bord d'une mare pour compléter ce paysage marin, habité par un silence impressionnant. Cet oiseau si gracile voulait certainement me faire plaisir. Je me sentais loin d'un monde voué aux bruits agressifs de nos transports comme à Paris d'où je venais. Mon séjour sur l'île malheureusement trop bref m'a vraiment fourni des "vitamines de bonheur" (titre d'un recueil de nouvelles de Raymond Carver). Je me voyais bien rester dans une petite maison bretonne avec des livres, de la musique et la mer devant moi ! La vertu des voyages réside aussi dans le pouvoir de l'imagination. Je m'inventais une vie nouvelle dans cette petite île, réputée austère, mais si harmonieuse. Mais, pour moi, l'austérité reste une valeur essentielle. Quand je suis partie le matin assez tôt, l'île m'a offert un lever de soleil magnifique et je ressentais un sentiment de nostalgie en quittant le golfe. Mais, je suis sûre que j'y retournerai !
lundi 15 juin 2026
Escapade à l'île d'Arz, 4
Après Vannes, j'ai pris le bateau pour l'île d'Arz. Dès que j'ai quitté l'embarcadère, j'ai senti que je prenais la direction d'un petit paradis marin. Devant mes yeux éblouis par cette beauté naturelle, le Golfe du Morbihan brillait de tous ses lamelles d'argent avec des petits ports de plaisance. J'étais conquise d'emblée par ces paysages sereins et apaisants. Le bateau s'est approché du débarcadère et mon hôtel, "L'escale", se situait à cent mètres. Il m'a fallu très peu de temps pour me rendre compte que tout allait me plaire dans ce lieu, béni des dieux : la simplicité, l'authenticité et le silence. Les visiteurs étaient tous munis de sacs à dos pour entreprendre des randonnées car les voitures sont interdites sauf pour les artisans et les métiers médicaux. Le tour de l'île se pratique dans les sentiers côtiers cumulant une vingtaine de kilomètres, un petit ruban pour les marcheurs professionnels, mais pour moi largement suffisant. Dès ma valise posée, je me suis précipitée sur la plage de la Falaise, qui offre des ouvertures magnifiques sur le golfe, parsemé de barques et de voiliers. Je remarquais le sable avec ces millions de coquillages et j'adore ramasser quelques spécimens. Mais, pas de baignade car la mer me proposait un petit quatorze degré. Un minibus électrique permet d'atteindre le bourg et je l'ai pris pour visiter l'église romane, pleine de charme, datant du XIIe siècle et batie par les moines de Rhyus. Je me suis promenée dans les ruelles du bourg pour admirer les petites maisons de poupée avec leur toit en ardoise et leurs hortensias de toutes les couleurs. Ses 257 habitants ont bien de la chance de vivre sur cet île, appelé l'île des Capitaines car sa population a servi dans la marine dès la fin du XVIIIe siècle. Il reste de belles maisons de maître que l'on repère vite. Dans ce bourg, vit une cousine, Brigitte, âgée de 90 ans, dans sa belle maison face à la mer. Alors que je ne l'ai pas vue depuis de nombreuses années, elle m'a reçue avec joie et elle m'a raconté sa vie sur l'île en insistant sur la solidarité essentielle entre voisins. Il faut une sacrée organisation pour les courses malgré la petite épicerie du bourg. Mais, ma cousine (par alliance) m'a donné une leçon d'optimisme car, malgré le fait qu'elle vit seule, elle conserve un amour de la vie indestructible. Je suppose que vivre en bord de mer provoque souvent une euphorie existentielle, ce que je ressens dès que je marche sur une plage.
vendredi 12 juin 2026
Escapade à Vannes, 3
J'avais une raison essentielle pour visiter Vannes car je voulais voir son musée, La Cohue, qui expose une femme peintre que j'apprécie beaucoup, Geneviève Asse (1923-2021). Une grande salle en forme de nef en bois réunit une trentaine d'oeuvres de l'artiste, née à Vannes. Diplômée de l'Ecole nationale des Arts décoratifs de Paris, elle s'engage avec courage comme ambulancière pendant la Guerre. Puis, elle découvre le Paris d'après-guerre et partage avec Nicolas de Staël et Vieira da Silva une "vision esthétique" vers l'abstraction lyrique. Elle a commencé à peindre des natures mortes, puis, s'est glissée dans un bleu gris de la mer et ses toiles bleues avec des lignes grises ou rouges plongent le visiteur dans une contemplation sereine. Dès 1955, l'Etat achète quelques toiles et l'artiste est enfin reconnue à l'international. Elle se retire à l'île aux Moines en 1987 et s'inspire des couleurs du Golfe du Morbihan. Le bleu de Geneviève Asse aux cinquante nuances figure la mer et le ciel, dans une union poétique. Les toiles que j'ai vues provoquent un apaisement certain, une quiétude réelle, une méditation profonde. Sur les murs, des citations de l'artiste accompagnent la mise en scène de cette peinture vibrante d'émotion : "L'air possède une couleur. Bleu : il prend tout ce qui passe", "Solitude : meilleur instrument du peintre". Une petite salle audivisuelle propose le film de Florence Camarroque, réalisé en 2014, sur Geneviève Asse. En le regardant, j'ai remarqué une femme magnifique, subtitle, évoquant sa vie en toute simplicité et avec un certain humour. Après avoir admiré ses tableaux, je n'ai pas porté une grande attention aux peintres bretons du XIXe. Mais, un chef d'oeuvre d'Eugène Delacroix illumine le rez de chaussée : un Christ sur la croix. Je suis partie avec un catalogue de toutes les oeuvres de Geneviève Asse pour me replonger dans son bleu infini dès que j'aurai la nostalgie de la mer...
jeudi 11 juin 2026
Escapade à Vannes, 2
Après ma journée à Paris, avec la foule pour horizon, j'ai pris le chemin en train pour Vannes où j'ai enfin respiré le bon air marin même si la ville n'est pas exactement située au bord de la mer mais au bout d'un bras de mer, une sorte de canal "ombilical". Quelle belle cité ! J'ai découvert la cité bretonne en me baladant dans les rues pavées. J'ai franchi des portes médiévales, observé les fortifications, admiré les maisons à colombages colorées. Pôle économique et universitaire, Vannes affiche une prospérité que l'on remarque dans le centre ancien, pourvu de nombreux magasins pour touristes. J'ai vite ressenti une qualité de vie très palpable tout au long de ma découverte. Au Moyen Age, Vannes est devenue une grande place marchande. En 1532, l'acte d'adhésion du Duché de Bretagne au Royaume de France est signé à Vannes. Les Vannetais semblent bien heureux de vivre dans cette capitale de la Bretagne Sud. Le port abrite des voiliers qui donnent déjà le goût du large très proche. Quand je me suis retrouvée ce samedi dernier, l'équipe de rugby a gagné sa place dans le Top 14, un événement formidable pour tous les amateurs de ce sport. Je croisais des enfants munis de drapeaux et cette ambiance bon enfant donnait à la ville un air de fête. Dans cette cité de 60 000 habitants, la fête du soir s'est déroulée à merveille sans dommages, ni problèmes. Le monde du foot devrait prendre exemple... J'ai, évidemment, visité le musée des Beaux-Arts et je réserverai un billet complet sur cet espace culturel important. Comment terminer cette journée ? En dégustant de très bonnes crêpes, croquantes et originales à la Crêperie Saint-Guenhaël (merci au Routard sur le Morbihan). Une gourmandise appréciable après une balade intensive.
mercredi 10 juin 2026
Escapade culturelle à Paris, 1
Avant de découvrir le Morbihan, je suis passée par Paris pour un bain culturel en visitant le Louvre dans l'après-midi. En novembre dernier, lors de mon séjour parisien, la grève du personnel avait entraîné la fermeture du musée. En juin, je ne m'imaginais pas la masse touristique dans cette institution de prestige mais si mal en point. J'ai quand même franchi les portes sans trop d'attente mais, sous la pyramide, une foule compacte m'a un peu étouffée. J'ai réussi à visiter la belle exposition sur Michel Ange et Rodin, deux génies de la sculpture. Puis, l'aile Denon m'attendait pour revoir avec plaisir la peinture italienne : Botticelli, Léonard de Vinci, Raphaël, Caravage et d'autres artistes et je ne m'en lasserai jamais. La Joconde attirait des centaines de touristes dans cette salle moyenne et il est impossible d'apprécier les oeuvres magnifiques de Veronese, du Tintoret quand on voit tant de touristes réaliser des selfies pour montrer qu'ils ont vu la mythique Mona Lisa. Heureusement, le Louvre a prévu des travaux pour renouveler la présentation de la Joconde dans une salle à part. Pour retrouver un semblant de calme, j'ai fui vers mes "grecs" où je savais que cet espace serait moins envahi. J'ai revu avec plaisir les statues, les vases, les fresques, etc. Je suis restée deux heures au Louvre et j'avoue que je préfère de loin les musées à taille humaine. Un phénomène de saturation opère dans le cerveau qui ne peut plus engranger les images. Ensuite, j'ai traversé les jardins des Tuileries avec la foule habituelle qui recherche la fraicheur sous les arbres du jardin. La Place de la Concorde était accaparée par une "fanzone" de Roland-Garros avec un écran géant ! Ah, le sport est roi dans notre société contemporaine, une nouvelle religion. Le soir, j'ai assisté à un concert sur Haendel au Théâtre des Champs-Elysées. La qualité de l'orchestre et des sopranos est toujours au rendez-vous dans ce théâtre magnifique. Voir Paris en juin ne m'a pas convaincue de revenir à cet époque. Je préfère l'hiver pour savourer la capitale. En revenant vers mon hôtel, j'ai remarqué une "forêt urbaine" étonnante, proche de la gare Montparnasse. Je ne connaissais pas ce concept écologique et je ne parlerai pas de la couverture du Pont-Neuf que j'ai aperçue, une opération artistique vraiment inutile... Le lendemain, je prenais le train pour Vannes, une escapade bien plus respirante que Paris.
jeudi 4 juin 2026
Atelier Littérature. Les coups de coeur, 2
Annette a évoqué deux coups de coeur : "Les chemins de l'estive" de Charles Wright, paru dans la collection J'ai lu en 2022. L'auteur se présente comme "un aventurier de la France cantonale, un explorateur de sous-préfectures". Il parcourt les déserts du Massif central, d'Aubusson à Saint-Flour, au total, 700 kilomètres à pied. Ce voyageur écrit une ode à la liberté et à l'aventure spirituelle. Il parle de Rimbaud, de Charles de Foucauld mais aussi des gens rencontrés au fil de la marche. Son deuxième coup de coeur concerne un premier roman, "Nourrices" de Séverine Cressan, publié chez Dalva. Cet ouvrage raconte l'histoire des nourrices, "ces mères invisibles sur lesquelles a reposé toute une industrie pendant plusieurs siècles". Sylvaine accueille un bébé de la ville pour lui donner du lait maternel. Elle a aussi un petit garçon. Un jour, elle découvre un bébé abandonné dans une clairière et elle le sauve. Mais, la petite de la ville meurt dans son sommeil et pour cacher aux parents cette perte, elle l'échange avec le bébé retrouvé. Ce roman social sur la condition des femmes dans le monde rural rend hommage à toutes celles qui ont donné leur lait aux enfants pour survivre. L'autrice a été invitée à Chambéry dans le cadre du Festival du Premier Roman. Régine a terminé la séance "coups de coeur" avec un roman italien, "Celle qui est revenue" de Donatella Di Pietrantonio, paru au Livre de Poche en 2022. A 13 ans, la narratrice apprend qu'elle n'est pas la fille "naturelle" de ses parents. Elle a été adoptée, choyée dans cette famille mais elle doit quitter la ville pour être rendue à sa famille biologique. Dans sa nouvelle vie, elle doit s'adapter à la pauvreté, à la violence et au dialecte parlé dans le village. Elle ne sait plus qui elle est et se pose la question "De qui est-on l'enfant ?". Les parents adoptifs l'ont abandonnée. Quelles sont les raisons de cet abandon ? Régine a beaucoup apprécié ce roman servi par une écriture "charnelle", selon les critiques. Elle a cité aussi le roman d'Irène Frain, "L'Or de la nuit", paru en 2025. Un hommage aux "Mille et Une nuits", ouvrage collecté au XVIIIe siècle par un voyageur et orientaliste français, Antoine Galland. Un roman historique remarquable à découvrir. Rendez-vous le jeudi 18 juin pour le dernier Atelier de la saison avec le thème des nouvelles.
mercredi 3 juin 2026
Atelier Littérature. Les coups de coeur, 1
Mylène a démarré la séquence "coups de coeur du mois" avec "L'Epouse" d'Anne-Sophie Subilia, publié chez l'éditeur suisse Zoé. En janvier 1974, une anglaise s'installe avec son mari, délégué humanitaire à Gaza. Elle partage la vie des humanitaires au Beach Club entre bains de mer et rencontres. Mais, elle ne se sent pas à l'unisson avec ses compatriotes et elle remarque les présences militaires, les regards des habitants, l'atmosphère oppressante du lieu. Son couple s'effiloche aussi et elle se ressource avec un vieux jardinier, Hadj et une psychiatre palestienne, avec laquelle elle devient amie. Un roman sensible et un beau portrait de femme. Mylène nous a lu un passage pour montrer le style limpide de cette écrivaine suisse. Janelou a beaucoup apprécié le dernier roman de Bernhard Schlink, "Ce qui reste", paru chez Gallimard en mars 2026. A 76 ans, Martin apprend qu'il n'a que quelques mois à vivre à cause d'un cancer foudroyant. Il veut mettre sa vie en "ordre" avant de partir. Son épouse de trente ans sa cadette et son jeune fils de sept ans l'entourent d'affection. Mais, comment préparer sa mort, aller à l'essentiel, profiter des derniers momenrs en famille ? Sa femme entretient une autre relation amoureuse et son fils ne réalise pas la finitude de son père. Ce roman crépusculaire et bouleversant interroge la transmission, l'amour, le pardon. Un grand Schlinck à découvrir. Geneviève a lu la biographie de Jean Renoir, le cinéaste, sur son père, "Pierre-Auguste Renoir", dans la collection Folio, paru en 1999. Un fils parle de son père qu'il connaît bien. Bourré d'anecdotes sur cette époque, le biographe s'attache à décrire un homme doué pour l'art et luttant contre des rhumatismes invalidants. Ce livre documenté se lit avec plaisir. (La suite, demain)
mardi 2 juin 2026
Atelier Littérature. La Mer, 2
Marie-Christine a choisi un roman hors de ma liste, "Pêcheur d'Islande" de Pierre Loti, publié en 1886. Ce livre sur la mer raconte l'histoire des marins qui partaient pendant des mois vers l'Islande. Ils affrontaient le froid, les tempêtes, le danger et la mort par noyade. Les femmes restaient à terre dans une attente angoissante. Une histoire d'amour entre la fille d'un commerçant de Paimpol et d'un pêcheur apporte une touche romanesque au récit. Le style de Pierre Loti, imprégné de poésie, se lit encore avec plaisir. Agnès a beaucoup aimé "Cézembre" d'Hélène Gestern, publié en Folio en 2025. Ce roman évoque la ville de Saint-Malo, son histoire par l'intermédiaire de Yann, professeur d'histoire à Paris, récemment divorcé et retournant dans sa ville natale. Il est un héritier de la famille des Kérambrun, propriétaires d'une compagnie maritime florissante. Yann, mène une enquête en fouillant les archives familiales. Son père, dur et autoritaire, imposait sa loi. Dans ces archives, il découvre des secrets de famille. Ce beau texte sent bon l'air iodé et le goût salé de la mer. Annette a eu la bonne idée de relire "20 000 lieux sous la mer" du génial Jules Verne. Je consacrerai un billet sur ce livre "mythique". Notre amie a retrouvé la dimension encyclopédique de l'écrivain avec des descriptions scientifiques sur le monde marin. L'histoire raconte l'aventure du capitaine Nemo et de son équipage dans le Nautilus. Un retour à l'enfance, une escapade fantastique dans le monde marin. Danièle a présenté le roman d'un écrivain norvégien, Roy Jacobsen, "Mer Blanche". Ingrid, le personnage central, recueille un homme gravement blessé dont elle ne sait rien. Elle vit dans une île du Nord de la Norvège et elle comprend vite qu'un bateau allemand a sombré avec des prisonniers russes. En soignant cet homme, elle va tomber amoureuse de lui. Ils vont donc s'aimer pendant de longs mois d'hiver tout en ne se comprenant pas. Mais, la guerre finira par les rattraper. Un grand écrivain à lire et à suivre dans les confins de la Norvège. Geneviève et Odile ont lu "Magellan" de Stefan Zweig. Odile, bien qu'absente, a écrit dans son mél que ce livre "se lit comme un roman d'aventures et quel personnage que Magellan". Elle ajoute que l'écrivain autrichien, toujours aussi passionnant à lire, a réalisé un travail d'historien, une reconstitution historique très documentée et réaliste. Pour s'évader loin de notre monde contemporain complexe, Magellan vous embarquera loin, très loin de notre Europe. Le thème de la mer a donc intéressé nos lectrices de l'Atelier. Je regrette que le livre d'Hermann Melville, "Moby Dick" n'a pas obtenu gain de cause. Mais, il est au programme de mes lectures d'été et j'en parlerai dans ce blog...
lundi 1 juin 2026
Atelier Littérature. La Mer, 1
L'Atelier Littérature s'est tenu dans le bar, Jetez l'ancre" ce jeudi 28 mai malgré une météo caniculaire. Les lectrices quasi au complet ont eu le courage de se déplacer et cette fidélité m'a vraiment mis du baume au coeur. Dans les journaux, je lis régulièrement des rubriques sur l'abandon des livres et de la littérature surtout de la part de notre jeunesse. Mais, à Chambéry, quelques lectrices font de la résistance en participant à cet atelier où la lecture est reine. Merci à toutes de montrer autant d'intérêt pour parler de romans, de poésie, de littérature. J'avais choisi le thème de la mer dans les romans et Janelou a démarré la séance avec Joseph Conrad, "La Ligne d'ombre". J'ai consacré un billet sur cette fable philosophique, une allégorie de la vie et de la mort dans ce vaisseau fantôme où les hommes essayent de survivre dans un chaos marin fantasmé et fantastique. Mais, Janelou n'a pas été sensible à ce type de roman, au fond, très masculin car dans ce bateau maudit, aucune femme n'est présente. Ce roman moins connu que "Lord Jim" et "Au coeur des ténèbres" mérite pourtant une lecture attentive. Le capitaine vit dans une solitude absolue avec tous ses hommes malades et la mer le captive : "Pendant un long, très long moment, j'affrontai un monde vide, baigné dans un infini de silence, à travers lequel le soleil se déversait et s'écoulait dans quelque dessein mystérieux". Un grand écrivain à découvrir. Trois lectrices ont eu un grand coup de coeur : Régine, Geneviève et Véronique pour "L'Ile" de Sigridur Hagalin Björnsdottir, paru chez Actes Sud en 2024. Ce roman dystopique, venu d'Islande, raconte un monde sans Internet. Que se passerait-il dans un pays isolé des nouvelles technologies ? Quelles réactions du gouvernement, des médias, de la population ? Comment apprendre à vivre en autarcie ? Régine a très bien résumé ce roman en nous donnant envie de le lire au plus vite. Ce futur effrayant pourrait advenir avec tous les problèmes géopolitiques actuels. Un très bon livre qui donne des frissons anticipés. (La suite, demain)