J'ai lu un dialogue très intéressant entre le grimpeur libertaire, Sylvain Tesson et le grognard républicain, Régis Debray, publié chez Gallimard/Equateurs. Tout les sépare sur plusieurs plans : l'âge, le passé, la politique, la conception de la vie mais ils se rejoignent pourtant dans une attitude d'amitié, de compréhension et de tolérance. Ils partagent aussi avec passion, la littérature avec un grand L. Régis Debray, l'ancien, est célèbre pour son engagement politique du côté des révolutionnaires cubains, de la gauche mitterrandienne. Un chantre des idées progressistes. Un Gaullien de gauche, comme il se définit. Mais, il a le courage d'avouer : "Le salut de nos semblables ? C'était voir un peu trop large. Mais heureusement, on rétrécit en vieillissant. Vous verrez, on en rabat". Le jeune Tesson a choisi l'aventure, la liberté, la jouissance de la vie et de soi, la nature : "J'ai trouvé que la jouissance d'une nuit de bivouac, seul dans la forêt, valait mieux que la volonté de peser sur le destin de mes semblables. Je croyais à la poudre d'escampette. Vous, à la poudre de canon". Dans leur démarche intellectuelle, la question centrale revient sans cesse : "Faut-il changer le monde ou le contempler ?". Les deux hommes se rencontrent chez Régis Debray, discutent à bâtons rompus, s'écoutent, s'étrillent gentiment, se câlinent comme un père avec son fils. L'un aime l'Histoire, l'autre préfère la géographie. Le Temps et l'Espace. L'un représente l'idéal révolutionnaire, l'autre est réputé pour son conservatisme. L'un aime "la camaraderie, les groupes, les bandes", l'autre, le culte du moi, la solitude, l'aventure. L'ancien lance des formules percutantes : "Il y a les solidaires et les solitaires. La gauche est plutôt dans la première catégorie. Lui se détache, moi, je m'attache. Il aime la solitude, moi, j'aime le coude à coude". Il est assez rare de mettre en lumière deux intellectuels que tout oppose et leur dialogue brillant et complice ressemble à une joute verbale de très haute tenue. Ces deux hommes se retrouvent sur leur amour commun de la littérature, de la civilisation du livre. Régis Debray la définit ainsi : "La littérature, c'est échapper au temps superficiel. C'est une façon de quitter le monde et de quitter l'entre-soi pour se chercher en soi-même". Ces deux grands lecteurs partagent leur passion de la littérature mais l'un pratique la lecture dans un fauteuil quand l'autre embarque les livres dans les sommets du monde. Une lecture apaisante et revigorante.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mercredi 27 mai 2026
mardi 26 mai 2026
"Les Buddenbrook", Thomas Mann, 2
Dans ce roman-fleuve passionnant, les relations familiales demeurent l'axe central et chaque personnage se débat souvent en vain pour atteindre la sérénité heureuse. Dans la troisième génération, la plus intéressante à mes yeux de lectrice, Thomas éprouve un amour passionnel pour sa femme, Gerda, musicienne quasi professionnelle. Mais, son mari ne ressent pas la musique comme elle. Une différence entre eux irréconciliable, une fêlure dans leur couple. Ce tourment obsède cet homme plus sombre que jamais. Il avait renoncé dans sa jeunesse, par convenance bourgeoise et par ambition sociale, au mariage avec une petite fleuriste, peut-être le seul amour de sa vie. La soeur de Thomas, Tony, le personnage féminin le plus important du roman, a cru à l'amour à deux reprises mais chaque mariage contracté s'est révélé désastreux. Ses maris successifs ne songeaient qu'à sa dot et à la richesse de la famille Buddenbrook. Sa propre fille, Elizabeth, connaîtra le même naufrage dans son mariage. Thomas, en frère aîné de la fratrie, prendra soin de sa soeur Tony, qui malgré ses déboires conjugaux, conserve une énergie de vivre à toutes épreuves. Je garde le fil sur Thomas, un personnage intense, profond et d'une rigueur toute "germanique". Ses relations avec son frère Christian ne reflètent en aucun cas une harmonie fraternelle. D'un tempérament velléitaire, ce frère bohème ne s'investit pas dans le commerce comme Thomas. Ils parviennent à se supporter mais la haine les habite. Thomas Mann décrit avec une certaine ironie que les relations familiales peuvent générer des malentendus et des incompréhensions jusqu'à la rupture complète. L'écrivain allemand porte un regard lucide et critique sur cette classe bourgeoise corsetée, conformiste et trop traditionnelle. L'amour, thème majeur dans le roman accompagne aussi la mort, présente et redoutée à tout moment : "La mort était un retour au pays au terme d'une longue et très pénible errance, la correction d'une lourde faute, l'affranchissement des liens les plus vils, une immense levée d'écrou". Pensée inspirée de Schopenhauer. Quel roman intense à découvrir cet été quand le temps s'allonge pendant les vacances. Le lire m'a rappelé "Les Thibault" de Roger Martin du Gard que j'avais vraiment apprécié dans ma jeunesse. La littérature classique conserve tout son charme et toute sa magie !
lundi 25 mai 2026
"Les Buddenbrook", Thomas Mann, 1
Enfin, j'ai découvert le grand roman de Thomas Mann, "Les Buddenbrook", grâce à Danièle qui l'avait présenté en mars comme un "immense coup de coeur". Comme je suis aussi partie à Munich, j'avais décidé de l'embarquer dans ma valise car je lis toujours un roman sur le pays que je visite. Le lieu choisi par Thomas Mann se nomme Lübeck, sa ville natale, port historique de la Hanse au Nord de l'Allemagne. Ce premier roman, écrit à l'âge de 26 ans et publié en 1901, le fit connaître au public. J'ai tout de suite été captée par ce texte dans la tradition romanesque des écrivains du XIXe, de Balzac à Tolstoï, de Flaubert à Zola. Chronique familiale et sociale, fresque historique, ce roman a été adapté au cinéma en 2008 et diffusé en 2025 sur Arte. L'histoire débute en 1835 et se termine en 1877. L'écrivain allemand a divisé son texte en onze parties et chaque personnage principal joue un rôle déterminant dans les destinées des membres de la famille. Le fondateur de la maison de commerce, Johann Buddenbrook, est un entrepreneur talentueux et sa piété le caractérise. Devenu veuf avec un jeune fils, Gotthold, il se marie avec Antoinette, une jeune femme d'origine aristocratique de Hambourg, dont il a un second fils, Jean. Jean prendra la suite de l'entreprise et aura lui-même deux garçons, Thomas et Christian, et deux filles, Tony et Clara. Cette troisième génération constitue le coeur du roman. Thomas, homme cultivé et apprécié, hérite de l'entreprise familiale très prospère. Il s'est marié avec Gerda, une jeune femme d'Amsterdam, très belle et musicienne de son état. Ils auront un fils, Hanno. A la trentaine, cet homme ressent déjà une perte d'énergie et même s'il est engagé politiquement dans la municipalité, il se met à douter et à se mettre en question sous l'influence du philosophe pessimiste, Arthur Schopenhauer, très en vogue à cette époque. Ce personnage central symbolise une certaine rupture dans la génération de ses ancêtres. Il va tomber malade et sera obligé de liquider l'entreprise familiale. Hanno, son fils de santé fragile, sera emporté par la typhoïde à l'âge de seize ans. (La suite, demain)
mardi 19 mai 2026
Rubrique Cinéma, "L' Abandon", hommage à Samuel Paty
16 Octobre 2020 : Samuel Paty est assassiné, décapité par un terroriste islamiste devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine. Six ans après ce drame horrible, le réalisateur, Vincent Garenq, signe un film juste, sobre, salutaire. L'histoire de ce professeur d'histoire et de géographie démarre onze jours avant sa mort atroce. Mickaëlle Paty, la soeur du professeur, a participé au scénario du film. Ce professeur doit faire comprendre à sa classe la notion de laïcité, de tolérance dans son programme : le droit de croire ou de ne pas croire, le droit du blasphème, la liberté d'expression. Pour ne pas blesser les élèves musulmans, il leur accorde de quitter la salle. A partir de ce geste, le professeur va vivre un cauchemar provoqué par ce malentendu. L'engrenage administratif s'engage avec le proviseur pourtant efficace et les diverses instances du Ministère de l'Education Nationale. Comment protéger ce professeur ? Les agents de l'Etat n'évaluent pas le danger des réactions délèteres du père et de son immam radical au nom de l'islamophobie. Premier aveuglement. Les collègues du professeur semblent bien timides dans leurs réactions. Deuxième aveuglement. En fait, le film montre avec justesse tous ces abandons successifs : la hiérarchie administrative débordée, la police débordée, la cellule anti-terrorriste débordée, le référent laïcité, etc. Et cet abandon, le réalisateur le démontre à tous ces niveaux. J'ai vu ce film avec beaucoup d'émotion car mon fils est professeur d'histoire et de géographie dans un collège plus que problématique. J'avoue que j'avais les larmes aux yeux quand la scène finale montre l'assassinat de Samuel Paty. Il faut absolument aller voir ce film sérieux, rigoureux, servi par un comédien émouvant, Antoine Reinartz. Ce film courageux, très courageux doit être soutenu sans conditions pour la liberté d'espression, pour la liberté de penser, pour la Liberté tout court. Je pense aussi à Dominique Bernard, professeur de français, assassiné par un terrorriste islamiste le 13 octobre 2023. Funeste mois d'octobre pour les enseignants, nos hussards de la République, en première ligne face au totalitarisme islamiste. Si j'étais un Président, j'associerai les deux professeurs pour le Panthéon et je déclarerai une journée commémorative annuelle le 16 octobre pour la sauvegarde des valeurs républicaines, un trésor démocratique à préserver à tout prix.
lundi 18 mai 2026
"Le Menteur", Henry James
Je ne passe jamais un an sans mettre dans mon programme de lectures, une nouvelle ou un roman d'Henry James. Je viens de découvrir avec plaisir, "Le Menteur", publié en 1888 et disponible en Folio. Le personnage principal, Oliver Lyon, un peintre connu, doit faire le portrait d'une cliente, une femme très belle qu'il a connue dans son passé. Cette femme, Everina, dont il était amoureux, avait refusé sa demande en mariage. Dans un manoir où il est invité, il retrouve Everina, mariée au colonel Capadose, un bel homme. Mais, ce militaire possède un vilain défaut : il se vante souvent de faux exploits et s'adonne donc aux mensonges. Sa réputation de menteur notoire ne l'empêche pas de briller dans la haute société anglaise. Oliver décide de parler à Everina pour lui faire comprendre que son mari trompe tout le monde. Mais, elle avoue qu'elle l'aime et le trouve parfait. L'artiste ne comprend pas la naïveté de son amie retrouvée et propose alors de peindre leur fille, puis son mari, tableau qui révélerait sa vraie nature de menteur. Les séances avec le colonel s'effectuent sans la présence d'Everina. Le colonel ne se doute pas du projet d'Oliver. Le couple Capadose se présente en l'absence du peintre pour voir le tableau. Mais, le peintre revient chez lui et observe en cachette leurs réactions. L'épouse comprend le message du tableau : "Ce qu'il a fait de toi - ce que tu sais ! Lui aussi, le sait - Il l'a vu". Le colonel se met en colère et saccage la toile à coups de couteau. Le peintre se tait et quand il leur rend visite, il leur annonce que le tableau est détruit. Le colonel ment pour cacher son acte et sa femme le soutient entièrement. Le peintre comprend alors qu'Everina se révèle complice de son menteur d'époux. Oliver, dépité, ne reconnaît plus la femme aimée, pervertie par son mari. Il décide alors qu'il ne les verra plus. Une nouvelle étonnante, subtile, profonde sur les relations humaines, souvent teintées d'ambiguité et de mystère. Henry James, un écrivain intemporel et un vrai plaisir de lecture dans un monde qui n'est pas si loin de nous.
vendredi 15 mai 2026
Rubrique Cinéma : "Vivaldi et moi"
Je vais très peu au cinéma mais je n'ai pas hésité une seconde pour aller voir le film, "Vivaldi et moi" du réalisateur italien, Damiano Michieletto. Ce film est inspiré d'un excellent roman de Tiziano Scarpa, "Stabat mater". L'histoire se déroule à Venise en 1716 dans l'orphelinat de "l'Ospedale della Pieta". Cécilia, une jeune orpheline, intègre l'orchestre des jeunes filles de l'hôpital en tant que violoniste. Douée pour la musique, elle apprécie beaucoup moins la discipline stricte de l'institution. Cet orchestre doué joue masqué dans une tribune de l'église pour un public de nobles vénitiens. Cécilia se lève la nuit pour écrire des lettres à sa mère qu'elle n'a pas connue. L'institution destine certaines d'entre elles au mariage forcé avec des nobles. Cecilia est promise au comte de Sanfermo, qu'elle doit épouser dès son retour d'une guerre contre les Turcs. L'orphelinat "vend" donc ces jeunes filles et Cecilia refuse ce mariage arrangé. Alors, apparaît le génial Vivaldi, prêtre, de santé fragile, recruté pour attirer un public plus large. Il remarque le talent de Cecilia pour la musique. Une relation de confiance lie ces deux êtres sensibles et passionnés. Le succès des concerts se confirme avec les compositions du musicien. Mais, le comte revient chercher sa proie et tout ne se passe pas comme prévu. Cecilia choisira la liberté en s'échappant de l'orphelinat. Il faut aller voir ce film pour trois raisons : Vivaldi, sa musique rayonnante, Venise, sa beauté architecturale, Cecilia, son esprit rebelle. Evidemment, au XVIIIe, il ne fallait pas naître pauvre dans une ville très riche. Les abandons d'enfants étaient monnaie courante. Le roman me semble bien supérieur au film mais, j'ai passé un bon moment, entourée de musique et de belles images dans une Venise de rêve.
jeudi 14 mai 2026
"La Ligne d'ombre", Joseph Conrad
J'ai choisi le thème de la mer dans le cadre de l'Atelier Littérature pour le jeudi 28 mai. Evidemment, j'ai voulu me faire plaisir en proposant ce sujet que j'ai intitulé, "Prendre le large". Avec cette météo très médiocre du mois de mai, réver de soleil, de bord de mer et de vagues ne peut que provoquer de bons moments que la lecture procure. J'ai donc lu quelques titres de ma liste bibliographique en commençant par le roman de Joseph Conrad, "La Ligne d'ombre". J'ai souvent songé à cet écrivain anglais très réputé dans le monde anglo-saxon. Le roman ("The Shadow-Line) est un récit maritime largement autobiographique, sous-titré "Une confession", paru en 1917. L'écrivain avait dédié son livre à son fils, Borys, parti pour la guerre et à tous les autres qui "ont franchi dans leur prime jeunesse la ligne d'ombre". Dans un port d'Extrème-Orient, le narrateur, un marin, veut rentrer chez lui. Il démissionne de son poste de second sur un bateau à vapeur. Mais, il renonce à son projet de départ et, par ambition, il accepte le commandement d'un trois-mâts en partance pour Singapour. Il est mal accueilli par son second qui tombe malade en pleine mer. Cet homme s'avère hanté par le souvenir de son ancien capitaine, mort dans sa cabine d'une façon mystérieuse. Son corps a été jeté dans la mer. A partir de cet incident de mauvais augure, le bateau s'immobilise, faute de vent. Sous un soleil de plomb, l'équipage perd pied, attrape une fièvre tropicale et sombre dans le désespoir. Le narrateur et le cuisinier montrent un courage surhumain et forment le seul équipage, épargné par la maladie en luttant contre ce mauvais sort. Joseph Conrad écrit : "On s'en va. Et le temps, lui aussi, s'en va... Jusqu'au jour où l'on aperçoit droit devant une ligne d'ombre vous avertissant que les parages de la prime jeunesse, eux aussi, doivent être laissés en arrière". Je ne dévoilerai pas la fin de ce roman fascinant pour conserver l'intérêt de l'intrigue. Je comprends mieux, après avoir lu ce récit, le génie littéraire de Joseph Conrad. Il pose des questions philosophiques sur le destin, les actes irréfléchis, le courage, la lutte contre les éléments, les valeurs morales, le Mal, la folie et tant d'autres thèmes à découvrir. Quand je me suis embarquée dans ce trois-mâts, j'avais l'impression de ressentir l'effroi des marins dans ce monde des ténèbres où seuls, le capitaine et le cuisinier symbolisaient le Bien et la Raison. Une trés belle fable sur la condition humaine.
mardi 12 mai 2026
Atelier Littérature, les coups de coeur
Après le thème du bonheur, nous avons évoqué les coups de coeur. Régine a présenté deux coups de coeur avec "Les enfants uniques" de Gabrielle de Tournemire et "La forme et la couleur des sons" de Ben Shattuck. Le premier cité, paru chez Flammarion, traite le thème de l'handicap. Hector et Luz forment un couple particulier car ils sont handicapés. Redoutée par leurs familles respectives, empêchée par la société, leur relation amoureuse rencontre des obstacles et pose des questions délicates. Le rôle des parents et d'un éducateur les aident à construire leur couple. Régine a beaucoup apprécié ce premier roman tout en délicatesse et a précisé que l'écrivaine est invitée en fin mai au festival du Premier Roman. Le second coup de coeur au titre étonnant est un recueil de nouvelles. La première raconte l'histoire de deux jeunes hommes en 1919, liés par un amour sous le signe de la musique. Ils recueillent des chansons traditionnelles dans le Maine. Mais, l'un deux disparaît brusquement. Des années plus tard, une femme retrouve les cylindres dans une maison qu'elle vient d'emménager. La particularité du recueil repose sur une forme musicale et poétique du "hook-and-chain", popularisée au XVIIIe siècle en Nouvelle-Angleterre. Ces nouvelles sont donc réliées entre elles par ce chaînon du passé qui resurgit par hasard. Un écrivain nouveau à découvrir. Annette a évoqué son coup de coeur, "La vie en fuite" de l'écrivain irlandais, John Boyne. En 1946, une mère et sa fille quittent la Pologne pour Paris. En 2022, à Londres, Gretel Fernsby revient sur son passé secret quand elle est confrontée à de nouveaux voisins. Un très bon roman. Danièle nous a signalé la parution d'un deuxième roman d'une écrivaine qu'elle connaît personnellement. Il s'agit de Marielle Hubert et de son roman, "Selon toi". On en reparlera dans l'Atelier de mai. Peu de coups de coeur en avril et donc, un grand merci à Régine, à Annette et à Danièle.
lundi 11 mai 2026
Atelier Littérature, le bonheur, 2
Véronique a bien apprécié "Toutes les familles sont heureuses" d'Hervé Le Tellier, paru en Poche en 2021. Le titre de cette autofiction semble bien ironique pour le narrateur qui raconte une famille "dysfonctionnelle". Il avoue dans ce texte : "Je n'ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j'ai compris que quelque chose n'allait pas, très tôt, j'ai voulu partir, et d'ailleurs très tôt je suis parti". Hervé Le Tellier ne manifeste aucune rancune dans ce texte malgré cette famille bancale. Il a choisi la fuite : "Les enfants n'ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d'aimer plus encore la vie". Une autobiographie, teintée d'humour et d'une résilience étonnante. Régine a choisi le roman de Catherine Cusset, "La Définition du bonheur", paru chez Gallimard en 2021. Elle a été déçue par ce livre qui, pourtant, se lit avec plaisir mais sa critique porte sur les clichés sociétaux. Tout y passe : le viol, le covid, les bobos parisiens, etc. L'histoire de deux amies, Clarisse et Eve, se déroule à partir des années 80 à Paris et à New York : "Pour Clarisse, le bonheur n'existait pas dans la durée et la continuité (cela c'était le mien), mais dans le fragment, sous forme de pépite qui brilllait d'un éclat singulier, même si cet éclat précédait la chute". Entre Clarisse, la grande amoureuse passionnée et Eve, la raisonnable, quelle est la bonne voie pour atteindre le bonheur ? Catherine Cusset brosse le portrait de notre époque et de la condition féminine en évoquant le rapport au corps, au désir, à la maternité et aux années qui passent. Un avis mitigé de Régine que je partage mais qui n'empêche pas d'aller rencontrer ces deux héroïnes des temps modernes. Odile a beaucoup aimé le roman d'Erri De Luca, "Un jour avant le bonheur", publié en Folio en 2012. Naples après la Guerre, un jeune orphelin, un concierge, don Gaetano, une transmission. Erri De Luca raconte une belle histoire d'éducation entre un homme généreux et un petit garçon, avide d'apprendre à vivre. Mais, ce concierge possède un don : il lit dans la pensée des gens. Il sait que son protégé est amoureux d'une jeune fille. Un roman magistral, un roman initiatique à découvrir et le charme fou et incommensurable de l'Italie.
vendredi 8 mai 2026
Atelier Littérature, le bonheur, 1
Le jeudi 30 avril, nous étions presque au complet dans le salon de "Jetez l'ancre" pour évoquer le thème du bonheur dans la littérature. J'avais demandé des citations sur le bonheur pour démarrer la séance et je compte les livrer dans ce blog quand les lectrices amies me les enverront en mél. Odile et Janelou ont lu "La Joie de vivre" d'Emile Zola. Elles ont beaucoup apprécié ce roman centré sur le personnage de Pauline, une optimiste née alors qu'elle traverse sans cesse des malheurs. Publié en 1884, Emile Zola a écrit ce douzième tome des Rougon-Macquart pour en faire "un roman intime, à peu de personnages, avec une grande simplicité de style". Dans un petit village du bord de la Manche, la petite Pauline, une orpheline assez fortunée, est recueillie chez un oncle, son tuteur. En fait, Pauline sera victime de sa bonté naturelle car elle accepte de donner son argent pour financer les opérations hasardeuses de son cousin, un homme sans cesse déprimé et velléitaire. Elle va même se sacrifier pour Lazare, ce cousin si soumis à sa mère avec lequel elle devait se marier, en proposant une amie qui le convoitait. Pauline ou la bonté incarnée. Les autres personnages symbolisent l'avidité, la méchanceté, et l'hypocrisie. Un roman passionnant, un classique intemporel. Danièle a choisi "Que ma joie demeure" de Jean Giono. Ce roman pastoral raconte l'histoire d'une communauté paysanne de la Provence, chère à l'écrivain. Malgré quelques descriptions un peu longues sur des scènes villageoises, Danièle a beaucoup aimé le style de Giono, son amour de la terre et des paysans, ses idées utopiques sur le partage. Un roman virgilien à découvrir et surtout un hommage vibrant à la nature. Marie-Christine a lu avec plaisir "Marcher la vie, un art tranquille du bonheur" de David Le Breton. Une histoire documentée et érudite de la marche dans tous ses aspects : physique, moral, religieux, historique, philosophique. Un documentaire vraiment agréable à lire. (La suite, lundi)
jeudi 7 mai 2026
Escapade à Munich, la dolce vita à l'allemande
J'ai eu quelques petis ennuis avec la compagnie Lufthansa car mon vol de retour a été annulé. Un grand mouvement social concernant les salaires des navigants a mobilisé les avions sur le tarmac. Mais, avec ce mouvement, la compagnie allemande m'a offert une nuit d'hôtel supplémentaire et j'ai donc profité de cette journée de samedi pour retourner dans le centre de la ville. J'ai visité un dernier musée, la Sammlung Schack, présentant la peinture allemande du XIXe siècle. Dans ce quartier, j'ai voulu revoir le Jardin Anglais et j'ai assisté à un spectacle surprenant : des surfeurs téméraires domptaient une vague fluviale de la rivière Eisbach. C'était vraiment une surprise car, je connais bien la culture surf de Biarritz et me retrouver devant ces jeunes cavaliers de cette vague unique en centre ville m'a beaucoup amusée. J'ai repris le chemin en bus pour me rendre au centre de Munich pour revoir la Marienplatz et j'ai consacré mon après-midi aux églises les plus belles de Munich : la Peterkirche, la Heiliggeiskirche et la Michaelkirche. Dans la dernière église citée, j'ai vu le tombeau de Louis II de Bavière, le roi "fou", personnage central d'un film de Visconti. En me baladant dans le centre ville, j'ai constaté une ambiance bon enfant, sereine et décontractée. Une impression de dolce vita avec la présence de nombreux restaurants italiens, du spritz dans les bars, et de tout le baroque des églises munichoises. En cette fin du mois d'avril, j'ai toujours déjeûné en terrasse sous un soleil chaleureux. Dans le métro, dans le bus, j'ai rencontré des Munichois sympathiques et certains, surtout le samedi, portaient leur costume bavarois avec leur chope de bière (vide, heureusement). Ce séjour munichois m'a donc réservé de très bons moments dans les parcs et jardins, dans le centre historique et surtout dans ses très beaux musées. Je n'ai pas appris, hélàs, l'allemand, une langue difficile, mais j'ai compris un aspect de la vie allemande à Munich avec ses milliers d'étudiants, ses urbains branchés, ses vélos et ses pistes cyclables, son architecture flamboyante, ses brasseries et ses monuments. Après Venise, une destination de rêve, Munich méritait bien un détour, surtout pour ses musées...
mercredi 6 mai 2026
Escapade à Munich, l'art moderne et contemporain, 2
Je n'ai pas manqué la Pinakothek der Moderne, dans le beau quartier de Maxvorstadt, ouvert depuis 2002. Ce gigantesque édifice de 22 000 m2 réunit quatre collections : la peinture, l'architecture, le graphisme et le design. Dès que je suis rentrée, j'ai remarqué un lieu remarquable avec une rotonde de verre et son toit en dents de scie. Cette "cathédrale de verre" contient 35 salles et complète l'offre artistique de Munich. J'avoue que je préfère la peinture des siècles précédents, mais quelques peintres ont retenu mon attention dans cette visite : Matisse, Picasso, Miro, Magritte, Dali, Juan Gris pour citer les plus connus. J'ai retrouvé quelques oeuvres du groupe Le Cavalier bleu et d'autres artistes expressionnistes allemands. Mais, quand j'ai poursuivi ma déambulation vers l'art contemporain, j'ai commencé à me poser des questions sur la présence de quelques oeuvres, qui, à mes yeux, me laissent de glace. De Warhol à Twombly, de Rauschenberg à Fontana, je n'accroche guère. J'ai même vu des oeuvres incroyablement bizarres comme une planche en bois sur un oreiller blanc... Ces artistes contemporains dont je n'ai même pas retenu les noms me semblent incompréhensibles. Ces espaces muséaux ressemblent à des coquilles vides. Où se cache la beauté dans ces objets usuels ? Une artiste a mis en scène des cadies pleins de vaisselle. J'ai compris le message ultra féministe d'une révolte antipatriarcale mais, tous ces concepts intellectuels et idéologiques, contenus par des "performances" scéniques, n'attirent pas grand monde dans ces espaces souvent désertés, même à Munich. Un troisième musée m'a aussi étonnée : le Branhorst, ouvert en 2009. Le bâtiment est recouvert de 36 000 lamelles en céramique de couleurs différentes qui donnent un aspect de tableau abstrait. Il utilise l'énergie solaire, ce qui est assez rare pour un musée. Au fond, j'ai préféré l'extérieur avec sa façade multicolore originale que les oeuvres contemporaines exposées. Décidément, je suis plus convaincue par la culture du passé que du présent. Un signe de mon âge, peut-être...
mardi 5 mai 2026
Escapade à Munich, l'art moderne et contemporain, 1
Après la peinture européenne et l'art antique, j'ai poursuivi mes visites dans trois autres musées consacrés à l'art moderne et contemporain. Le Lenbachhaus est un musée municipal situé dans une vaste maison de style florentin, appartenant au peintre Franz von Lenbach, construite en 1887. J'ai donc découvert toutes les oeuvres des artistes du Cavalier bleu (Der Blaue Reiter) qui réunissait Kandinsky, Gabriele Munter, Franz Marc, August Macke, Paul Klee. Je suis restée un bon moment dans le jardin avec sa fontaine, ses sculptures, ses buis et ses bancs. Un jardin idylliqua, une oasis sereine. Rénovée pendant plus de trois ans, la maison toscane abrite aujourd'hui la généreuse donation de Gabriele Munter, peintre et partenaire de Vassily Kandinsky. La démarche artistique de ce mouvement annonce la peinture abstraite bien que beaucoup de toiles restent dans le domaine figuratif. Je reprends une définition de ce mouvement moderniste et passionnant : "La notion de vibration, de résonance intérieure, seule capable d'instaurer un authentique vocabulaire de correspondance entre couleurs, sons et mots, apparaît comme un thème majeur". Plusieurs tableaux de Kandinsky frappent les visiteurs par la symphonie des couleurs vives. J'aime aussi les tableaux de Gabriele Munter, dont l'un présente une femme assise écrivant une lettre. La pensée musicale se retrouve dans les peintures abstraites de Kandinsky qui estimait que la musique était supérieure à la peinture. Il faut voir dans ses toiles des sensations et des émotions. Ce mouvement d'avant-garde, malgré sa brièveté, a marqué l'histoire de l'art en revendiquant un renouveau "spirituel". Un très beau musée incontournable dans une visite de la ville.
lundi 4 mai 2026
Escapade à Munich, une plongée dans l'archéologie, 2
En face du musée archéologique, la Glyptothèque m'attendait et ce lieu si convoité dans mes projets d'escapade en Europe se présentait devant mes yeux, immuable, solennel et imposant. Ce nom d'origine grecque vient de gluptos, objet gravé, et de théké, boîte. Ce musée est consacré à l'art gréco-romain de la statuaire et de la sculpture antique. Inauguré en 1830, cet édifice, souhaité par Louis Ier, est surnommé l'Isar-Athènes. De style néo-classique, conçu comme un temple antique, ce bâtiment monumental a connu des heures sombres durant l'époque nazie quand des autodafés de livres bannis ont eu lieu devant le musée.Le parti nazi a exploité cette place royale pour sa propagande mortifère et totalitaire. Dès l'extérieur du bâtiment, dix-huit niches contiennent des oeuvres originales grecques et romaines. Le fronton au-dessus des colonnes porte aussi des statues de Johann Martin von Wagner, peintre et sculpeur du XIXe. Athéna, ma déesse préférée, protectrice des arts, se tient au centre. Treize salles voûtées, rectangulaires, carrées ou rondes sont reliées par une cour intérieure et la lumière extérieure inonde toutes les oeuvres exposées. J'étais ébahie de voir dans cet espace muséal déjà magnifique dans sa structure, une collection qui s'étend du VIe siècle av. J.-C. jusqu'au Ve siècle ap. J.-C.. Les personnages mythologiques côtoient les plus grands poètes, philosophes et empereurs, d'Homère à Platon, Alexandre le Grand à Marc Aurèle. J'ai remarqué des stèles funéraires émouvantes, des Kouroi, les figures du temple d'Egine, des mosaïques romaines. Une sculpture installée dans une salle spectaculaire en forme de dôme laisse filtrer un halo du lumière sur le Faune de Barberini qui a conservé tout son mystère. Je ne me trouvais plus à Munich mais à Athènes et à Rome ! Un voyage temporel et esthétique qui me fascine toujours autant. Visiter ce musée archéologique réputé restera un des plus beaux souvenirs de mon séjour à Munich.
vendredi 1 mai 2026
Escapade à Munich, une plongée dans l'archéologie, 1
Cela fait quelques années que je voulais visiter Munich pour ses musées, en particulier, les deux musées archéologiques de la ville, d'une réputation internationale. La collection archéologique de l'Etat bavarois (Staatliche Antikensammlungen) est considérée comme l'une des plus importantes en Allemagne. Quand je suis arrivée dans ce quartier réputé, à la fois universitaire et muséal, j'avais l'impression d'être à Athènes. Sur la place Royale, la Konigsplatz, le musée forme avec la Glyptothèque un complexe architectural impressionnant avec des propylées pour établir la jonction entre les deux édifices construits au début du XIXe siècle. En forme de temple grec, le musée a été endommagé par les bombardements et restauré. Louis 1er de Bavière a légué toutes les oeuvres de cette collection prestigieuse : terres cuites, céramiques, bijoux, verres, casques, vaisselle, etc. Je ne savais plus où diriger mon regard rempli d'admiration devant des dizaines de vitrines contenant "mes" vases grecs", dignes du Louvre. Les objets antiques proviennent des fouilles de Vulci en Italie et des acquisitions réalisées auprès des successions de Lucien Bonaparte et d'autres monarques. A ma grande surprise, j'ai retrouvé des bronzes étrusques découverts à Pérouse et des terracotas grecques du Sud de l'Italie. Quand j'observais ces statuettes d'une grâce féminine incroyable, je comptais le nombre d'années qui me séparait de ces créatures de terre, (plus de 2 500 ans) et j'imaginais l'artiste qui façonnait avec amour ces objets votifs. Cet écart temporel me fascine toujours autant et c'est pour cette raison que j'aime l'art antique tellement ces hommes et ces femmes me sont proches et ont inventé la notion de l'art dans leur quotidien. J'ai découvert la "Coupe de Dionysos", un kylix (une coupe à boire) datant de 540 av J.-C.) et signé d'Exékias. L'image intérieure représente un voilier et au centre, Dionysos, Le décor de la coupe comporte des grappes de raisin et des dauphins, peut-être un hymne à la vie, au vin et à la mer... Je me souviendrai longtemps de cette visite dans l'un des plus beaux musées archéologiques de notre planète !