vendredi 17 juillet 2026

"Inventer sa chambre à soi", Chantal Thomas, 3

 Chantal Thomas consacre la troisième partie de son essai à Patti Smith, une écrivaine américaine et aussi une chanteuse de rock très puissante. Je me souviens encore de son concert à Biarritz dans les années 70 et j'étais captivée par sa fougue vitale et par ses chansons cultes. Evidemment, j'etais dans ma jeunesse et mes goûts ont évolué depuis car je n'écoute plus que du "classique", en particulier du baroque. Patti Smith, au fond, ressemble bien à une soprano rockeuse, une figure vivaldienne d'aujourd'hui. Et, depuis cinquante ans, elle demeure la même icône universelle. Dans l'essai, elle symbolise la liberté dans sa façon d'exister. Elle adore la littérature, surtout Rimbaud car elle a acquis la maison où est né le poète à Charleville-Mézières. Sa prédilection pour les cafés du monde entier appartient à sa légende urbaine : "Les cafés offrent une alternative à la quête d'un lieu où se poser hors environnement quotidien, familial, de couple. (...) Parenthèse essentielle à une souple cohérence avec soi-même, îlot d'une solitude intérieure irréparable du dehors. Plaisir clandestin". Patti Smith a raconté ses cafés dans "Mr Train", à Vienne, à Amsterdam, à Sydney et à travers le monde. Fidèle à sa vie de bohême, la chanteuse aime ses lieux où elle se ressource sans cesse pour "garder son élan". Chantal Thomas a choisi trois femmes dans trois époques différentes et avec trois façons d'exprimer leur sentiment de liberté lié à un lieu, une chambre à soi. La création artistique dépend de ce postulat : avoir son chez soi, cultiver l'esprit de liberté. Chantal Thomas, avec son élégance et sa discrétion,  glisse dans ses pages ses propres désirs d'indépendance, et montre aussi son admiration envers ces "soeurs" géniales. Avoir un lieu à soi pour penser, pour écrire, pour rêver, pour lire, un programme d'une infinie bien-être pour cultiver la liberté d'être au monde, menacée par tant de dictatures religieuses et politiques actuelles. Un essai très agréable à lire et qui donne envie redécouvrir Virginia Woolf, Colette et Patti Smith. Des lectures idéales pour cet été. 

jeudi 16 juillet 2026

"Inventer sa chambre à soi", Chantal Thomas, 2

 Virginia Woolf a évoqué sa maison de St Yves en Cornouailles dans son chef d'oeuvre, "Vers le phare", des années de bonheur en famille au bord de mer. Chantal Thomas relie les deux écrivaines par l'amour de leur enfance ancrée dans une maison de famille : "La maison d'enfance de Colette, à Saint-Sauveur en Puisaye en Bourgogne, brille dans sa mémoire d'une lumière sans équivalent". L'écrivaine a quitté son paradis enfantin sans jamais y revenir mais, l'écriture l'a plongée de nouveau dans ce monde disparu pour elle : sa mère, Sido, règne dans son jardin, entourée de ses enfants et de son mari, des fleurs et des plantes dans un bonheur sensuel et lumineux. Chantal Thomas raconte la vie de Colette dans ses différents appartements à Paris quand elle était "séquestrée" par son mari, Willy, pour l'écriture de ses "Claudine". Elle dépendait de son mari car elle n'avait pas de métier, ni de diplôme. L'écrivaine s'est libérée après treize ans de mariage quand elle a quitté son goujat de mari infidèle et frivole. Ensuite, Colette deviendra indépendante financièrement dans sa vie d'artiste et d'écrivaine. Chantal Thomas décrit la vaillante et sereine vieillesse de Colette dans son appartement du Palais Royal quand elle était immobilisée dans son "divan-radeau", entourée de ses sulfures, de ses livres et de ses bouquets de fleurs. Elle composait sa prose poétique sur son écritoire, avec ses feuilles et ses stylos pour vivre "toutes ses traversées" : "Ainsi, fenêtre ouverte sur le ciel et sur sa mémoire, Colette n'en finit pas de naviguer et, par le lent et délicat, par le subtil tissage de ses mots, nous embarque avec elle". L'essayiste aime se balader dans le jardin du Palais Royal et comme je la comprends ! Dans chacune de mes visites à Paris, je reviens sans cesse dans ce jardin si beau et je m'imagine Colette en compagnie de Jean Cocteau, sur un banc en train de partager un grand moment d'amitié. Un très beau portrait de Colette. 

mardi 14 juillet 2026

"Inventer sa chambre à soi", Chantal Thomas, 1

 Chantal Thomas, écrivaine et académicienne, consacre son essai éclairant, "Inventer sa chambre à soi" à trois de ses consoeurs : Virginia Woolf, Colette et Patti Smith. Cet essai inédit parait chez Rivages dans la collection "Petite Bibliothèque". Pas d'écriture sans chambre à soi. Cette vérité fondamentale, Virginia Woolf l'a déclarée dans son ouvrage majeur, "Une chambre à soi", publié en 1929. Elle se posait, en pionnière de l'indépendance féminine, des questions essentielles : comment devenir une femme de lettres sans lieu à soi, mais aussi, sans argent et sans reconnaissance. Personne ne peut imaginer que les femmes n'avaient aucun droit jusqu'au début du XXe siècle et surtout aucun accès à l'université et aux études. Chantal Thomas évoque la vie de l'écrivaine anglaise entre un père intellectuel trop centré sur lui-même et une mère aimante, disparue quand la jeune Virginia avait treize ans. Quand elle s'est mariée avec Leonard Woolf, elle a consacré sa vie à la littérature en créant une maison d'édition et en composant son oeuvre géniale. Dans sa maison de campagne de Monk's House, dans le Sussex, elle se mettait en retrait dans un atelier construit dans le jardin : "Un espace idéal, entouré de verdure, apte à procurer la solitude intérieure proprice à la créativité, un lieu aéré " où Virginia écrivait tous les matins. Puis, l'après-midi, elle marchait dans la campagne et écrivait ensuite son journal. Ce temps à soi, dans un lieu à soi, ne signifie pas un geste d'ermite comme le souligne l'essayiste. Virginia Woolf avait aussi besoin de l'agitation de Londres et de ses rencontres amicales très fructueuses pour nourrir ses romans. Chantal Thomas se souvient aussi de ses multiples chambres d'étudiante à Bordeaux et à Paris où elle apprenait la vie en toute liberté, loin du foyer familial. Elle définit son projet ainsi : "J'interroge Virginia Woolf, Colette et Patti Smith sur leur conquête d'un espace à soi qui permette de se réaliser en tant qu'écrivaine et artiste. Mais, plus largement, j'attends de leurs exemples qu'elles nous suggèrent  des voies vers la fixation, à chaque fois singulière, d'un point d'ancrage sûr, d'un espace en soi, refuge intérieur, chambre invisible, d'où vivre sa vie". 

vendredi 10 juillet 2026

"Murmuration", Sylvie Germain, 2

Dans la deuxième partie du roman, Samuel reprend le chemin de l'écriture en publiant trois romans mais qui ne rencontrent pas l'adhésion espérée d'un large public : "Avec ses histoires de presque-rien à faible teneur en action, en érotisme, en suspense ou en drame, Tarn n'était décidément pas dans l'air du temps". Il s'obstine une nouvelle fois en créant un personnage, Zeno, qui lui ressemble beaucoup : "Il apprenait l'art de la lenteur, de l'ennui et d'une solitude contemplative jusqu'à faire s'épanouir en merveilles les trois fois rien et moins que rien qui jonchent notre quotidien". Son éditrice le congédie et son stock de romans va partir au pilon. Samuel a compris qu'il ne deviendra plus un écrivain reconnu mais cela ne l'empêche pas d'être obsédé par le phénomène de l'écriture. Il dialogue avec ses personnages réels et fictifs, établit un bilan de ses livres et les dernières pages de ce roman aux allures d'un conte ressemblent à une "murmuration", celle des mots de son existence littéraire. Il "voit mots et silhouettes s'emmêler, telle une horde d'étourneaux tourbillonnant dans le ciel". Sylvie Germain avec son style somptueux et poétique compose un portrait d'un écrivain en situation d'échec, mais, ce portrait en négatif se transforme en ode puissante de la littérature. Samuel a tenté, a osé, a essayé et même s'il n'a pas rencontré la reconnaissance, il a consacré sa vie aux mots qui capturent le réel ou l'ombre du réel. Ce roman demande une lecture exigeante et attentive. Il faut même le relire pour appréhender son message : "Cerraines oeuvres sont fortes, mais aucune n'atteint l'os de notre peine, du moins pas sa moelle brûlée et qui continuellement élance, aucune ne suffit à nous apporter vraiment consolation. Un léger apaisement tout au plus, et qui ne dure pas. La brûlure toujours reprend son lancinement". Un très beau roman, singulier, servi par un style inimitable qui met la langue française au sommet digne des plus grands prosateurs. 

jeudi 9 juillet 2026

"Murmuration", Sylvie Germain, 1

 J'ai lu le dernier roman de Sylvie Germain, "Murmuration', une des voix les plus singulières de notre littérature contemporaine. Elle raconte à sa manière de "conteuse" la vie d'un écrivain raté, Samuel Nart, né dans une famille de taiseux. Il découvre la magie des mots à l'école quand une conteuse leur rend visite. Cette rencontre illumine son enfance : "Il venait d'entrevoir un autre monde fait de mots en fête, d'images extravagantes, de folie douce-acide et d'allègre fantaisie". Il comprend alors que le langage ne se résume pas à échanger que des banalités comme au sein de sa famille. Une deuxième découverte, celle d'un poème de Victor Hugo, lui confirme son émerveillement : "Les mots avaient déboulé en lui ainsi qu'une avalanche de pierres de lave et de fruits d'or". Dans sa jeunesse, il appartient à un groupe, les "rameurs" qui se donne des noms de fleuve et il choisit le Tarn. A l'âge de vingt ans, il publie son premier roman, "Opus incertum" qui atteint un lectorat assez élargi. Son deuxième roman s'avère un échec selon la critique littéraire car trop alambiqué. Son troisième roman retrace l'histoire de sa famille et il dénonce l'ennui, la pauvreté et le manque de curiosité de ses parents. Le jeune écrivain en herbe avait blessé son entourage et après cet épisode malheureux, il abandonne l'écriture : "La vie , la vie comme elle va dans son allant et dans ses méandres, qu'il avait renoncé à mettre en scène dans des proses romanesques". Samuel renonce donc à l'écriture et se consacre à sa "vraie vie", celle de ses amours successifs : Sigrid, une femme fantasque, Mathilde, une mère célibataire et Elsa, une journaliste, reporter de guerre, figure émouvante dans le roman. Elsa se suicidera pour échapper à "la folie humaine", "délivrée du chagrin et de la peur". Chacune de ses compagnes l'incite à se remettre à sa passion des mots mais, il refuse d'écrire. (La suite, demain)

mercredi 8 juillet 2026

"Une vie bouleversée, journal 1941-1943", Etty Hillesum, 2

 Dans le journal d'Etty Hillesum, j'ai surtout été frappée par ses notations sur les restrictions des droits et des persécutions des juifs néerlandais. Ils étaient pourchassés par la Gestapo, avaient perdu la liberté de circuler, de travailler, de respirer. Elle raconte ses éternelles marches à pied car le tramway leur était interdit. Les parcs aussi, et bien d'autres lieux de vie. A sa demande, elle travaille dans le camp de regroupement et de transit de Westerbork pour assister les plus démunis d'entre eux. Son témoignage sur la vie de ce camp de transit appartient désormais à l'histoire universelle. Elle aura des permissions pour quitter ce camp mais elle sera arrêtée et déportée à Auschwitz. Sa quête spirituelle en constante évolution occupe une grande place essentielle dans son journal et son amour de la vie malgré le malheur se retrouve dans de nombreuses réflexions : "On est chez soi. Partout où s'étend le ciel on est chez soi. En tout lieu de cette terre on est chez soi, lorsqu'on porte tout en soi". Malgré ses tourments incessants, provoqués par la situation de son pays en guerre, elle reste obsédée par la paix, une condition nécessaite à une vie normale : "Si la paix s'installe un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d'abord la paix en soi-même". Sa foi la maintient dans un état mental d'une force inouie. Mais aussi, la littérature en la personne de Rilke qu'elle cite très souvent dans son texte. Dans le camp de transit, alors que tout pourrait l'emporter dans un désespoir absolu concernant les humains en proie à la folie meurtrière, elle conserve son amour de la vie, des autres et de Dieu, ce qui la rattache au christianisme : "J'ai rompu mon corps comme le pain et l'ai partagé entre les hommes".  Elle meurt à Auschwitz ainsi que ses parents et un de ses frères. Elle aura connu l'horreur du nazisme, de l'antisémitisme, de la guerre mondiale mais, en lisant ce très beau journal poignant, Etty Hillesum écrit : "Je suis une femme heureuse et je chante les louanges de la vie, oui vous avez bien lu, en l'an de grâce 1942, la énième année de guerre". 

mardi 7 juillet 2026

"Une vie bouleversée, journal 1941-1943", Etty Hillesum, 1

 Cela fait des années que je me devais de lire "Une vie bouleversée" d'Etty Hillesum. J'ai rattrapé cette erreur en me plongeant récemment dans ce journal intime, écrit entre 1941 et 1943. La jeune femme juive, née à Middelbourg dans les Pays-Bas en 1914, évoque son expérience quasi mystique en ces temps sombres, obscurantistes quand son pays subissait le nazisme et appliquait les lois contre les Juifs. Ce document exceptionnel au même titre que celui d'Anne Frank devrait étre lu par la jeunesse d'aujourd'hui. Etty va mourir à Auschwitz le 30 novembre après avoir été enfermée dans le camp de transit de Westerbork d'où elle envoie des lettres émouvantes à ses amis. Son témoignage a connu un succès foudroyant lors de sa publication en 1981. Comment relater cette expérience unique dans son genre d'une femme qui, malgré l'horreur de la Shoah, conserve sa foi en l'homme et en son Dieu ? Au fond, cette femme de vingt-sept ans a montré un héroïsme stoïque en composant un récit sur sa vie "bouleversée". Sa famille juive libérale lui a donné une éducation d'excellence. Son père était docteur en lettres classiques et proviseur. Sa mère d'origine russe, avait fui les pogroms russes en 1907. Ses deux frères deviendront médecin et pianiste. Etty entretient parfois des relations difficiles avec sa mère, réputée dominatrice. Elle découvre l'hébreu au lycée et suit des études de droit public. Mais, elle est surtout douée pour les langues dont le russe et l'allemand. Elle fréquente les milieux progressistes de l'époque et mène une vie amoureuse en toute liberté. Elle cherche aussi un sens à sa vie et bascule parfois dans des périodes dépressives. En 1940, les nazis envahissent les Pays-Bas. Dans son journal, elle raconte sa relation thérapeutique avec Julius Spier, psychologue influencé par Jung qu'Etty considère comme son "accoucheur d'âme". Le psychologue l'incite à écrire un journal pour reprendre confiance en elle car elle ressentait "la pénible sensation d'un désir insatiable devant la beauté des êtres et du monde". Elle entretient une relation complexe avec lui en tant que patiente, élève, secrétaire et amante. (La suite, demain)

lundi 6 juillet 2026

"Pensées collées", Georges Perros, 2

 Dans ce recueil, "Pensées collées", Jean-Pierre Siméon a choisi quelques citations significatives qui résument l'art d'écrire de Georges Perros. Dans la préface, l'auteur-cueilleur définit la prise de notes de l'écrivain : "La note à la Perros a pour principe absolu d'être ce qu'elle est, imprévue, inachevée, elliptique, énigmatique parfois, rieuse souvent, autodérision incluse". Ces notes qu'il qualifie "d'inestimables" proposent au fond un mode d'être car ses "pensées traversantes, ses idées surgissantes, ses intuitions fulgurantes" se traduisent dans une prose limpide, lumineuse et percutante. La vie à Douarnenez, une vie intense et libre, l'inspirait et lui accordait un grâce, celle d'incarner une vision poétique du quotidien. Il ne faut pas considérer ce poète comme un maître à penser car il n'assenait pas de vérités absolues, ou de moraliste, lui qui n'a jamais fait la morale à personne. Il détestait les enfermements idéologiques et les systèmes, clés en main. Pour savourer ce poète breton d'adoption, voici mes notes préférées : "J'ai l'esprit de fuite", "Nous sommes des tombeaux. Ceux des êtres qu'on a aimés"; "Le silence est comme un bloc de glace que la parole fait fondre", "On écrit parce que personne n'écoute". Georges Perros comme tous les écrivains a toujours consacré son temps à la lecture, un art de vivre à haute altitude. : "Je ne dirai jamais de mal de la littérature. Aimer lire est une passion, un espoir de vivre davantage, autrement, mais davantage que prévu". Ce recueil permet de découvrir cet auteur trop oublié. J'avais visité Douarnenez et je m'étais rendue devant sa tombe pour lui rendre hommage. Ce Folio m'a donné envie de relire les trois volumes des "Pensées collées" qui m'attendent sagement dans ma bibliothèque. Cette lecture est dans mon programme de l'été. 

vendredi 3 juillet 2026

"Pensées collées", Georges Perros, 1

 La collection Folio à 3 euros propose des romans courts, des nouvelles, des récits brefs. Chez mon libraire, j'ai trouvé récemment les "Pensées collées" de Georges Perros (1923-1978), une sélection de citations choisies par Jean-Pierre Siméon. Les ouvrages de cet écrivain discret m'accompagnent depuis très longtemps et je pense que je les conserverai toujours comme les oeuvres de Virginia Woolf, de Proust, de Pascal Quignard et de Milan Kundera. J'allais oublier ma Colette et ma Marguerite Yourcenar et les classiques, etc. Georges Perros était un ami de Gérard Philippe et de Jean Vilar.  Le monde du théâtre lui a ouvert les portes de la littérature. Poète avant tout, il commence à publier ses "Papiers collés" en 1961 chez Gallimard. Il s'installe à Douarnenez avec son épouse et ses trois enfants. Sa littérature dite "fragmentaire" mélange des notes et des réflexions, des pensées, des études sur des écrivains dont Kafka, Holderlin, Rimbaud. Chez cet écrivain si singulier et si touchant, l'humour et la dérision se nichent dans chacune de ses pensées. Certains critiques littéraires le comparent à Chamfort, Joubert ou Cioran. Le poète de Douarnenez a toujours préféré le grand large breton aux salons parisiens et il a choisi une vie libre, au plus près du réel et au centre d'un quotidien poétisé. Il écrivait : "Ce que j'écris est à lire dans un train, par un voyageur qui s'ennuie, et qui trouve sur la banquette, oublié, un de mes livres". Ik se sentait un peu clandestin dans son milieu des lettres, ne produisant pas de romans ou de nouvelles. Pas de fiction mais du réel réinventé dans ses "Papiers collés". Un critique a qualifié l'acte de lecture perrosien : "Lire Georges Perros, c'est à la fois entendre une voix reconnaissable entre toutes et se laisser emporter par une pensée sans cesse en mouvement, qui se rétracte et se déploie contre le ressac". (La suite, lundi)

jeudi 2 juillet 2026

"Les Etrangers", Sandor Marai

 L'été dernier, j'avais lu le journal intime en trois volumes de Sandor Marai que j'avais beaucoup apprécié. J'ai été négligente avec cet écrivain hongrois que j'ai méconnu pendant des années. J'aime découvrir même tardivement des "planètes" littéraires et dans la galaxie des mots, cet écrivain hongrois tient une place conséquente. J'ai donc commencé la lecture de ses romans et j'ai découvert "Les Etrangers", publié en 1926. Un jeune Hongrois de 27 ans dont on ne sait ni son nom, ni son prénom, a passé un doctorat de philosophie. Il quitte son pays pour Paris, la ville-monde, après une année d'études à Berlin. Son séjour en France va durer deux ans entre Paris et la Bretagne. Dans la capitale, le narrateur fréquente les cafés, les hôtels et les cabarets dans une ambiance cosmopolite. Pourtant, il souhaite visiter les grands sites culturels comme le Louvre mais il manque de volonté et choisit une vie de bohème. Il rencontre surtout des étrangers comme lui : un Albanais, un sculpteur russe, une Danoise qui écrit des livres pour enfants. Ils survivent tant bien que mal dans le Paris des Années folles. Le narrateur se laisse porter par les événements, semble plonger dans l'inaction et se sent étranger avec lui-même et ce portrait d'un homme indécis rappelle le héros absurde d'Albert Camus. Il ne donne pas de nouvelles à sa famille et n'envisage pas son retour au pays. Il parvient à établir une relation amoureuse avec une femme qui l'embarque en Bretagne dont elle est originaire. Ce séjour breton donne au roman une "respiration" bienvenue, loin de Paris et de ses mirages. Eva, la jeune femme, quitte le jeune homme, trop étrange à son goût, pour un jeune artiste. A la fin du roman, il quitte la France et retourne dans son pays. Sandor Marai dresse le portrait d'un homme "invisible", fuyant les responsabilités et non engagé dans les relations humaines. Il interroge avec une certaine ironie l'exil, le statut de l'étranger, l'identité, l'Europe. Ce roman profond résonne encore aujourd'hui et l'écrivain d'un esprit "mitteleuropa" si proche de Stefan Zweig, raconte aussi ses années parisiennes qu'il a vécues dans les années 30. 

mercredi 1 juillet 2026

"Retour à Balbec', Renaud Meyer

 Je viens de lire "Retour à Balbec" de Renaud Meyer, publié chez Buchet-Chastel. Ce texte ressemble à une rêverie charmeuse et charmante. Le personnage principal, Samuel Pakhchelian, un pianiste de renommée mondiale, s'est trouvé un nouveau défi : jouer toute l'oeuvre de piano de Debussy au cours d'un concert de douze heures. Mais, quand il se retrouve au Carnegie Hall de New York, il renonce à son projet et disparaît de la scène musicale. Sa grand-mère, Mayrig, vient de mourir et le jeune virtuose qui lui doit tout, s'effondre moralement. Sa propre mère avait choisi sa carrière d'actrice au détriment de son fils. Dix ans plus tard, il accepte l'invitation d'un festival à Balbec, une station balnéaire où il passait ses étés en compagnie de sa grand-mère. Il adorait cette femme avec laquelle il était très proche. Ce lien d'une intensité profonde revient comme une  basse continue dans le roman. Alors qu'il se balade sur la plage, il rencontre sur la terrasse d'un ancien hôtel une vieille dame qui lui rappelle la sienne. Elle aussi, de son côté, croit reconnaître le petit Samuel, cet enfant qui venait à Balbec en colonie de vacances. Ils vont alors revivre la relation première entre l'enfance heureuse de Samuel et l'amour de cette femme pour la musique et pour la mer. Au fil des pages, cette relation réinventée s'installe dans une dimension parallèle, "un espace-temps suspendu". Cette histoire fantasmée évoque Marcel Proust avec la référence de Balbec et Marguerite Duras dans son appartement des Roches Noires de Trouville-sur-mer. Ce roman subtil et délicat se transforme en rêverie littéraire et musicale. Renaud Meyer rend un hommage au pouvoir des livres, de la musique et de la mer. Marguerite Duras a écrit : "Regarder la mer, c'est regarder le tout". Cette quête nervalienne des souvenirs d'enfance possède un charme certain. A lire cet été, à l'ombre dans un jardin ou sur une plage... 

lundi 29 juin 2026

"Katherine Mansfield, rester vivante à tout prix", Henriette Levillain

 J'avais lu une très bonne biographie de Marguerite Yourcenar, écrite par Henriette Levillain, professeur émérite de la Sorbonne, et quand j'ai appris qu'elle avait aussi choisi Katherine Mansfield, j'ai acquis son ouvrage, publié en 2023 chez Flammarion. J'ai redécouvert l'écrivaine récemment en proposant aux lectrices de l'Atelier Littérature une liste de recueil de nouvelles. Je connaissais évidemment son talent littéraire dans l'écriture des nouvelles. J'ai donc relu quelques uns de ses textes et je les ai mieux appréciés, un privilège de l'âge, peut-être. Née à Wellington en Nouvelle-Zélande en 1888, elle est morte de la tuberculose à Avon en France à l'âge de 34 ans. Sa vie ressemble à un parcours difficile avec quelques blessures :  une mère froide et distante, une vocation avortée de musicienne, la mort d'un frère pendant la Première Guerre mondiale, ses fausses couches, ses relations compliquées dans ses amours. Et quand elle quitte sa terre natale, elle ressent aussi la piqûre nostalgique de l'exil, son errance et son manque de moyens financiers. Sa vie s'est avérée courte mais elle l'a vécue avec passion entre des amours et des amitiés souvent déçus. Seule l'écriture l'a sauvée de ces scandales divers et de ses échecs amoureux, Elle a composé ses nouvelles dans un état d'urgence car elle savait qu'elle ne connaîtrait pas "le grand âge".  Virginia Woolf l'a rencontrée à plusieurs reprises et elle exprimait sa jalousie : "J'étais jalouse de son écriture. (...) Elle avait la vibration". La biographe analyse quelques nouvelles importantes et évoque son style : "Elle voulait examiner les choses visibles et celles qui ne le sont pas". Femme libre et audacieuse, coiffée à la garçonne, Katherine Mansfield conservait une fragilité profonde, avec un sentiment d'abandon. Henriette Levillain propose un portrait attachant, sensible de cette écrivaine qui a souffert de troubles psychiques passés sous silence. Elle avait inventé avant sa grande soeur géniale, Virginia, le flux dans les consciences. Une biographie passionnante à lire pour découvrir cette jeune femme éternellement jeune qui avait la passion d'une écriture résolument moderne. 

jeudi 25 juin 2026

"Le Livre de Rose", Emmanuelle Favier

 Comme j'aime tout particulièrement les musées, de France et d'ailleurs, j'ai lu avec plaisir le récit romancé d'Emmanuelle Favier, "Le Livre de Rose", publié chez les Editions Les Pérégrines en 2023. L'écrivaine raconte la vie de Rose Valland, née en Isère en 1898 et morte à Ris-Orangis en 1980. Attachée de conservation au musée du Jeu de Paume durant la Deuxième Guerre Mondiale, elle a tenu un rôle majeur au péril de sa vie pour protéger les oeuvres d'art spoliées. Elle notait les milliers de tableaux volés par les nazis, en particulier par Goering et communiquait les listes à la Résistance. Par la suite, elle a poursuivi son travail dans la localisation et la récupération de ces oeuvres spoliées en Allemagne. Emmanuelle Favier se saisit de cette femme courage pour raconter sous la forme d'un journal intime la vie de Rose mêlée à la sienne. La narratrice quadragénaire vit en couple avec un homme, nommé E. et a réalisé quelques documentaires audiovisuels. Elle propose à une amie productrice le sujet de Rose Valland pour un documentaire et se lance sur ses traces en menant une enquête dans tous les lieux possibles : des centres d'archives, l'administration, sa ville de naissance, des témoins de sa vie très peu nombreux. Peu à peu, le portrait de Rose s'affine au fil des pages : sa conscience professionnelle au service de l'art, son courage héroïque face aux nazis, son engagement dans la Résistance. La narratrice évoque aussi sa vie privée car Rose semble avoir vécu une histoire d'amour avec une collègue américaine. Ce roman documentaire met en valeur une femme restée dans l'ombre de l'Histoire. J'aurais bien aimé que Rose Valland entre au Panthéon... Enfin une femme résistante. Mais, personne ne pense à elle et même à Paris, il n'existe qu'une petite rue à son nom. Emmanuelle Favier a composé avec élégance un double portrait : celui de Rose, une héroïne trop méconnue qui consacre sa vie à l'art et le sien, une femme d'aujourd'hui, qui considère la littérature comme une courroie de transmission.  Une excellente lecture pour cet été. Un film, "The Monuments men" relate l'action de Rose et des sauveteurs d'art. 

mercredi 24 juin 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur

Dans la deuxième partie consacrée aux coups de coeur, Odile Ba a démarré avec le dernier roman de Jérôme Ferrari, "Très brève théorie de l'enfer", publié chez Actes Sud. Un homme quitte sa Corse natale pour un poste d'enseignant au lycée d'Abu Dhabi. Il s'installe dans ce pays avec sa femme et son enfant. Ils recrutent une employée de maison, originaire du Sri Lanka, Kaveesha. Entre les deux expatriés et leur employée immigrée, deux mondes s'opposent mais ils partagent un même destin, celui d'être étranger, loin de leur pays. L'écrivain interroge avec lucidité notre rapport à l'autre et la complexité des relations humaines. Un roman puissant et percutant à découvrir. Odile, qui aime beaucoup Paul Auster, nous a aussi conseillé vivement le dernier livre de Siri Hustvedt, "Ghost stories". L'écrivaine américaine se livre sur le grand amour de sa vie, son mari et écrivain, Paul Auster, disparu en 2024. Elle raconte leur complicité littéraire et leur vie à deux. Ce livre sur le deuil et sur l'absence ressemble à "une boussole pour que nous restions liés à tous ceux que nous avons perdus trop tôt". Danièle a présenté un recueil de nouvelles d'Alice Renard, "Peaux vives", qui vient de recevoir le prix Goncourt de la Nouvelle. Cette série de portraits à la première personne du singulier rassemble neuf nouvelles sous forme de monologue et parsemées d'illustrations de l'autrice. De l'enfance à la vieillesse, de la Normandie à la Russie, le talent d'Alice Renard se manifeste dans ces textes incandescents. Dans un atelier de la saison, Danièle avait présenté son premier roman très remarqué par la critique, "La colère et l'envie ". Danièle a aussi évoqué un autre recueil de neuf nouvelles de l'écrivaine américaine, Lauren Groff, "La Bagarre", publié chez L'Olivier. Un ouvrage sur l'amour, la famille, l'amitié, mais aussi sur la joie et sur l'adversité. Lauren Groff explore les "chemins accidentés de l'existence, en particulier, celle des femmes". Mylène a choisi un récit de voyage de Charles Juliet, "Au pays du long nuage blanc", publié en Folio en 2004. L'écrivain est resté quelques mois en Nouvelle-Zélande et il évoque Katherine Mansfield, originaire de ce pays si lointain. Voilà les coups de coeur de juin, peu nombreux mais cette cueillette mensuelle comporte de jolies pépites. 

lundi 22 juin 2026

Atelier Littérature, les Nouvelles, 2

 Régine a bien apprécié une nouvelle de Katherine Mansfield, "La Garden party" et elle a tout de suite évoqué l'écriture pointilliste de l'écrivaine néo-zélandaise (1888-1923) à la vie trop brève. Ce dernier recueil, publié du vivant de son auteur, explore son univers poétique et impressionniste. Dans cette nouvelle, la famille Sheridan prépare une soirée entre amis et chaque personnage s'agite pour réussir cette réception. Mais, ils apprennent la mort d'un voisin, un pauvre charretier. La famille se pose tout de même la question de leur soirée. Faut-il l'annuler ? Bien évidemment, ce mort anonyme et modeste ne va pas quand même gâcher leurs réjouissances... L'écrivaine observe la comédie humaine avec une acuité profonde, teintée d'humour et de tendresse. Toutes les nouvelles du recueil comportent cette touche "mansfieldienne", d'un charme parfois suranné mais tellement exquis. Cette grande écrivaine, soeur de coeur de Virginia Woolf, possède un don pour décrire par petites touches délicates des "instants de vie", selon la formule woolfienne. Dans chacune de ses nouvelles, surgissent un sentiment de solitude, une angoisse de la mort, mais aussi et surtout, le goût intense de la vie dans ses manifestations les plus concrètes comme un bouquet de fleurs, un rayon de soleil, un paysage, le sourire d'un bébé, l'odeur de la lavande et tant de sensations à saisir pour les décrire grâce à l'écriture. Il faut vraiment découvrir ou relire Katherine Mansfield dès cet été. Odile Bo a présenté les cinq nouvelles de Sylvain Tesson, "L'éternel retour", publié en Folio. Dans chaque nouvelle, l'écrivain voyageur utilise l'ironie envers notre société. Ces textes ressemblent davantage à des "fables", car le sous-texte suggère des critiques sur le progrès dans "L'asphalte" ou sur l'élevage intensif dans "Les porcs". La nouvelle "Le Lac" avec un personnage touchant change de registre. Ce dernier atelier consacré aux nouvelles a donc mis en valeur Henry James, Virginia Woolf, Katherine Mansfield et Sylvain Tesson. Par contre, d'autres recueils n'ont pas été lus à cause de l'absence de quelques lectrices. Dommage pour Cesare Pavese, Bernhard Schlink, Elsa Morante et Ludmila Oulitskaia. Ce sera pour un prochain atelier;.. 

vendredi 19 juin 2026

Atelier Littérature, les Nouvelles, 1

 Ce jeudi 18 juin, nous étions en effectif réduit mais malgré tout, l'Atelier s'est tenu avec les courageuses lectrices qui ont bravé la chaleur chambérienne. Le bar-salon ne possèdant pas de climatisation, nous étions tout de même à l'ombre, ce qui était supportable. Le thème du mois concernait le genre littéraire des nouvelles. J'avais proposé une liste de recueils allant de Virginia Woolf à Henry James, d'Elsa Morante à Katherine Mansfield en passant par Sylvain Tesson et d'autres auteurs. Odile Ba a démarré avec la grande, la géniale Virginia avec ses "Rêves de femmes", publiés dans la collection Folio. Notre amie lectrice a beaucoup apprécié la préface qui ouvre le recueil sur les femmes et le roman "Nul doute que, dans la vie comme dans l'art, les valeurs des femmes ne sont pas celles des hommes. C'est pourquoi quand une femme en vient à écrire un roman, elle n'a de cesse de modifier les valeurs établies, pour rendre intéressant ce qui semblerait insignifiant à un homme et trivial ce qui lui semblerait important". Virginia Woolf revendique la liberté créatrice, une nouvelle façon de voir le monde d'un point de vue féminin. Les six nouvelles montrent surtout l'écriture impressionniste de l'écrivaine, fascinée par les "moments d'être", des moments sensoriels passagers dans le quotidien. Pour découvrir son oeuvre romanesque, il faut peut-être commencer par lire ses nouvelles, où l'on note son génie littéraire. Je reviendrai sur ces nouvelles dans mon blog. Un grand merci à Odile Ba d'avoir choisi ce recueil de rêves woolfiens. Danièle a choisi "Le Banc de la désolation et autres nouvelles" d'Henry James" publiés en 1910. Elle a surtout évoqué la nouvelle la plus longue, "Le Banc de la désolation", une histoire d'amour singulière entre un homme qui dit non et une femme qui se venge. Elle réclame une somme d'argent comme dédommagement de la rupture des fiançailles. Cet homme faible s'endette et s'appauvrit toute sa vie. Il va perdre sa femme et ses enfants. A la fin de sa vie, la femme délaissée revient et lui déclare qu'elle va lui rendre l'argent qui a fructifié. Va-t-il accepter ou refuser cette manne d'argent ? Il faut lire cette nouvelle pour savourer l'art subtil d'Henry James. J.-B. Pontalis a écrit la préface du recueil et comme il admire cet écrivain profond, il résume la démarche littéraire de l'écrivain anglo-américain : "L'alchimie de l'art ne serait qu'un remède à l'amour impossible ou interdit, une manière de conjurer la désolation dont l'ultime fleuve est la mort". (La suite, lundi)

mercredi 17 juin 2026

"Les couleurs de l'adieu", Bernhard Schlinck

 Le grand écrivain allemand, Bernhard Schlinck, a publié neuf nouvelles dans le recueil, "Les couleurs de l'adieu", paru en 2022 chez Gallimard. Ces textes sont nimbés de regrets, de remords et de souvenirs douloureux. Le point commun de ces nouvelles réside dans un retour sur le passé qui représente un moment charnière dans la vie des personnages. Des paroles non comprises, des gestes maladroits. L'écrivain interroge ces décisions malheureuses qui scellent les destins des uns et des autres. Dans la première nouvelle, un scientifique de la RDA n'a jamais avoué à son ami qu'il l'avait dénoncé aux autorités. Ce secret est divulgué par la fille de cet ami qui entreprend des recherches dans les archives de la STASI. Comment un passé honteux peut revenir dans un présent soi-disant innocent. Dans une autre nouvelle du recueil, un jeune garçon part en vacances dans une île avec sa mère. Il a découvert qu'elle entretenait une liaison avec un homme qu'il avait repéré sur le ferry. Il ne dira rien à son père, encore un secret lourd à porter. Dans la "Fille aimée", un homme couche avec sa belle-fille qui n'arrive pas avoir d'enfant. Une nouvelle évoque un premier flirt et quand le protagoniste retrouve cette femme aimée dans sa jeunesse, le temps a abîmé cet amour et il ne reste que les regrets. Dans un article sur ce recueil, j'ai relevé ce commentaire : "Au fil de neuf nouvelles, Bernhard Schlink nous entraîne dans un scintillant kaléidoscope d'intériorités et nous interroge sur le sens de ces moments où nous congédions une époque, un rêve irréalisable ou un être aimé". Ces textes fourmillent de non-dits, de choses cachées, de comportements inavouables. L'écrivain allemand, toujours aussi subtil, écrit sur le couple, l'enfant, l'amour, mais aussi, la trahison, la perte d'un être cher, le remords, le hasard. J'ai choisi ce recueil qui porte un oeil lucide et cruel sur la condition humaine dans le cadre de l'Atelier Littérature de juin. 

mardi 16 juin 2026

Escapade à l'île d'Arz, 5

 J'ai toujours été attirée par le mythe des îles et je me souviens encore des Cyclades, une escapade fascinante que j'avais effectuée il y a quelques années : Santorin, Naxos, Mykonos. Evidemment, l'île d'Arz ne ressemble en aucun cas à la Gréce mais, quand même, la notion d'un sentiment d'insularité peut se comprendre quand on vit sans liaison avec le continent durant la nuit. Ma cousine me racontait qu'elle avait connu des voisins qui ne supportaient pas l'isolement provoqué par l'absence de navettes régulières à tout moment. Je crois bien que je n'éprouverais pas ce sentiment, bien au contraire. Un matin, j'ai pris le chemin vers la Plage de la Falaise et j'ai longé la mer jusqu'au moulin à marée de Berno au bout d'une digue, datant du XVIe siècle et restauré par une association. Plus loin, j'ai observé le cimetière à bateaux, un panorama d'une poésie totale avec un ciel brouillé de nuages, un soleil blanc sur un ciel bleu gris. Une aigrette est venue se poser au bord d'une mare pour compléter ce paysage marin, habité par un silence impressionnant. Cet oiseau si gracile voulait certainement me faire plaisir. Je me sentais loin d'un monde voué aux bruits agressifs de nos transports comme à Paris d'où je venais. Mon séjour sur l'île malheureusement trop bref m'a vraiment fourni des "vitamines de bonheur" (titre d'un recueil de nouvelles de Raymond Carver). Je me voyais bien rester dans une petite maison bretonne avec des livres, de la musique et la mer devant moi ! La vertu des voyages réside aussi dans le pouvoir de l'imagination. Je m'inventais une vie nouvelle dans cette petite île, réputée austère, mais si harmonieuse. Mais, pour moi, l'austérité reste une valeur essentielle. Quand je suis partie le matin assez tôt, l'île m'a offert un lever de soleil magnifique et je ressentais un sentiment de nostalgie en quittant le golfe. Mais, je suis sûre que j'y retournerai ! 

lundi 15 juin 2026

Escapade à l'île d'Arz, 4

 Après Vannes, j'ai pris le bateau pour l'île d'Arz. Dès que j'ai quitté l'embarcadère, j'ai senti que je prenais la direction d'un petit paradis marin. Devant mes yeux éblouis par cette beauté naturelle, le Golfe du Morbihan brillait de tous ses lamelles d'argent avec des petits ports de plaisance. J'étais conquise d'emblée par ces paysages sereins et apaisants. Le bateau s'est approché du débarcadère et mon hôtel, "L'escale", se situait à cent mètres. Il m'a fallu très peu de temps pour me rendre compte que tout allait me plaire dans ce lieu, béni des dieux : la simplicité, l'authenticité et le silence. Les visiteurs étaient tous munis de sacs à dos pour entreprendre des randonnées car les voitures sont interdites sauf pour les artisans et les métiers médicaux. Le tour de l'île se pratique dans les sentiers côtiers cumulant une vingtaine de kilomètres, un petit ruban pour les marcheurs professionnels, mais pour moi largement suffisant. Dès ma valise posée, je me suis précipitée sur la plage de la Falaise, qui offre des ouvertures magnifiques sur le golfe, parsemé de barques et de voiliers. Je remarquais le sable avec ces millions de coquillages et j'adore ramasser quelques spécimens. Mais, pas de baignade car la mer me proposait un petit quatorze degré. Un minibus électrique permet d'atteindre le bourg et je l'ai pris pour visiter l'église romane, pleine de charme, datant du XIIe siècle et batie par les moines de Rhyus. Je me suis promenée dans les ruelles du bourg pour admirer les petites maisons de poupée avec leur toit en ardoise et leurs hortensias de toutes les couleurs. Ses 257 habitants ont bien de la chance de vivre sur cet île, appelé l'île des Capitaines car sa population a servi dans la marine dès la fin du XVIIIe siècle. Il reste de belles maisons de maître que l'on repère vite. Dans ce bourg, vit une cousine, Brigitte, âgée de 90 ans, dans sa belle maison face à la mer. Alors que je ne l'ai pas vue depuis de nombreuses années, elle m'a reçue avec joie et elle m'a raconté sa vie sur l'île en insistant sur la solidarité essentielle entre voisins. Il faut une sacrée organisation pour les courses malgré la petite épicerie du bourg. Mais, ma cousine (par alliance) m'a donné une leçon d'optimisme car, malgré le fait qu'elle vit seule, elle conserve un amour de la vie indestructible. Je suppose que vivre en bord de mer provoque souvent une euphorie existentielle, ce que je ressens dès que je marche sur une plage. 

vendredi 12 juin 2026

Escapade à Vannes, 3

 J'avais une raison essentielle pour visiter Vannes car je voulais voir son musée, La Cohue, qui expose une femme peintre que j'apprécie beaucoup, Geneviève Asse (1923-2021). Une grande salle en forme de nef en bois réunit une trentaine d'oeuvres de l'artiste, née à Vannes. Diplômée de l'Ecole nationale des Arts décoratifs de Paris, elle s'engage avec courage comme ambulancière pendant la Guerre. Puis, elle découvre le Paris d'après-guerre et partage avec Nicolas de Staël et Vieira da Silva une "vision esthétique" vers l'abstraction lyrique. Elle a commencé à peindre des natures mortes, puis, s'est glissée dans un bleu gris de la mer et ses toiles bleues avec des lignes grises ou rouges plongent le visiteur dans une contemplation sereine. Dès 1955, l'Etat achète quelques toiles et l'artiste est enfin reconnue à l'international. Elle se retire à l'île aux Moines en 1987 et s'inspire des couleurs du Golfe du Morbihan. Le bleu de Geneviève Asse aux cinquante nuances figure la mer et le ciel, dans une union poétique. Les toiles que j'ai vues provoquent un apaisement certain, une quiétude réelle, une méditation profonde. Sur les murs, des citations de l'artiste accompagnent la mise en scène de cette peinture vibrante d'émotion : "L'air possède une couleur. Bleu : il prend tout ce qui passe", "Solitude : meilleur instrument du peintre". Une petite salle audivisuelle propose le film de Florence Camarroque, réalisé en 2014, sur Geneviève Asse. En le regardant, j'ai remarqué une femme magnifique, subtitle, évoquant sa vie en toute simplicité et avec un certain humour. Après avoir admiré ses tableaux, je n'ai pas porté une grande attention aux peintres bretons du XIXe. Mais, un chef d'oeuvre d'Eugène Delacroix illumine le rez de chaussée : un Christ sur la croix. Je suis partie avec un catalogue de toutes les oeuvres de Geneviève Asse pour me replonger dans son bleu infini dès que j'aurai la nostalgie de la mer... 

jeudi 11 juin 2026

Escapade à Vannes, 2

 Après ma journée à Paris, avec la foule pour horizon, j'ai pris le chemin en train pour Vannes où j'ai enfin respiré le bon air marin même si la ville n'est pas exactement située au bord de la mer mais au bout d'un bras de mer, une sorte de canal "ombilical". Quelle belle cité ! J'ai découvert la cité bretonne en me baladant dans les rues pavées. J'ai franchi des portes médiévales, observé les fortifications, admiré les maisons à colombages colorées. Pôle économique et universitaire, Vannes affiche une prospérité que l'on remarque dans le centre ancien, pourvu de nombreux magasins pour touristes. J'ai vite ressenti une qualité de vie très palpable tout au long de ma découverte. Au Moyen Age, Vannes est devenue une grande place marchande. En 1532, l'acte d'adhésion du Duché de Bretagne au Royaume de France est signé à Vannes. Les Vannetais semblent bien heureux de vivre dans cette capitale de la Bretagne Sud. Le port abrite des voiliers qui donnent déjà le goût du large très proche. Quand je me suis retrouvée ce samedi dernier, l'équipe de rugby a gagné sa place dans le Top 14, un événement formidable pour tous les amateurs de ce sport. Je croisais des enfants munis de drapeaux et cette ambiance bon enfant donnait à la ville un air de fête. Dans cette cité de 60 000 habitants, la fête du soir s'est déroulée à merveille sans dommages, ni problèmes. Le monde du foot devrait prendre exemple... J'ai, évidemment, visité le musée des Beaux-Arts et je réserverai un billet complet sur cet espace culturel important. Comment terminer cette journée ? En dégustant de très bonnes crêpes, croquantes et originales à la Crêperie Saint-Guenhaël (merci au Routard sur le Morbihan). Une gourmandise appréciable après une balade intensive. 

mercredi 10 juin 2026

Escapade culturelle à Paris, 1

 Avant de découvrir le Morbihan, je suis passée par Paris pour un bain culturel en visitant le Louvre dans l'après-midi. En novembre dernier, lors de mon séjour parisien, la grève du personnel avait entraîné la fermeture du musée. En juin, je ne m'imaginais pas la masse touristique dans cette institution de prestige mais si mal en point. J'ai quand même franchi les portes sans trop d'attente mais, sous la pyramide, une foule compacte m'a un peu étouffée. J'ai réussi à visiter la belle exposition sur Michel Ange et Rodin, deux génies de la sculpture. Puis, l'aile Denon m'attendait pour revoir avec plaisir la peinture italienne : Botticelli, Léonard de Vinci, Raphaël, Caravage et d'autres artistes et je ne m'en lasserai jamais. La Joconde attirait des centaines de touristes dans cette salle moyenne et il est impossible d'apprécier les oeuvres magnifiques de Veronese, du Tintoret quand on voit tant de touristes réaliser des selfies pour montrer qu'ils ont vu la mythique Mona Lisa. Heureusement, le Louvre a prévu des travaux pour renouveler la présentation de la Joconde dans une salle à part. Pour retrouver un semblant de calme, j'ai fui vers mes "grecs" où je savais que cet espace serait moins envahi. J'ai revu avec plaisir les statues, les vases, les fresques, etc. Je suis restée deux heures au Louvre et j'avoue que je préfère de loin les musées à taille humaine. Un phénomène de saturation opère dans le cerveau qui ne peut plus engranger les images. Ensuite, j'ai traversé les jardins des Tuileries avec la foule habituelle qui recherche la fraicheur sous les arbres du jardin. La Place de la Concorde était accaparée par une "fanzone" de Roland-Garros avec un écran géant ! Ah, le sport est roi dans notre société contemporaine, une nouvelle religion. Le soir, j'ai assisté à un concert sur Haendel au Théâtre des Champs-Elysées. La qualité de l'orchestre et des sopranos est toujours au rendez-vous dans ce théâtre magnifique. Voir Paris en juin ne m'a pas convaincue de revenir à cet époque. Je préfère l'hiver pour savourer la capitale. En revenant vers mon hôtel, j'ai remarqué une "forêt urbaine" étonnante, proche de la gare Montparnasse. Je ne connaissais pas ce concept écologique et je ne parlerai pas de la couverture du Pont-Neuf que j'ai aperçue, une opération artistique vraiment inutile... Le lendemain, je prenais le train pour Vannes, une escapade bien plus respirante que Paris. 

jeudi 4 juin 2026

Atelier Littérature. Les coups de coeur, 2

 Annette a évoqué deux coups de coeur : "Les chemins de l'estive" de Charles Wright, paru dans la collection J'ai lu en 2022.  L'auteur se présente comme "un aventurier de la France cantonale, un explorateur de sous-préfectures". Il parcourt les déserts du Massif central, d'Aubusson à Saint-Flour, au total, 700 kilomètres à pied. Ce voyageur écrit une ode à la liberté et à l'aventure spirituelle. Il parle de Rimbaud, de Charles de Foucauld mais aussi des gens rencontrés au fil de la marche. Son deuxième coup de coeur concerne un premier roman, "Nourrices" de Séverine Cressan, publié chez Dalva. Cet ouvrage raconte l'histoire des nourrices, "ces mères invisibles sur lesquelles a reposé toute une industrie pendant plusieurs siècles". Sylvaine accueille un bébé de la ville pour lui donner du lait maternel. Elle a aussi un petit garçon. Un jour, elle découvre un bébé abandonné dans une clairière et elle le sauve. Mais, la petite de la ville meurt dans son sommeil et pour cacher aux parents cette perte, elle l'échange avec le bébé retrouvé. Ce roman social sur la condition des femmes dans le monde rural rend hommage à toutes celles qui ont donné leur lait aux enfants pour survivre. L'autrice a été invitée à Chambéry dans le cadre du Festival du Premier Roman. Régine a terminé la séance "coups de coeur" avec un roman italien, "Celle qui est revenue" de Donatella Di Pietrantonio, paru au Livre de Poche en 2022. A 13 ans, la narratrice apprend qu'elle n'est pas la fille "naturelle" de ses parents. Elle a été adoptée, choyée dans cette famille mais elle doit quitter la ville pour être rendue à sa famille biologique. Dans sa nouvelle vie, elle doit s'adapter à la pauvreté, à la violence et au dialecte parlé dans le village. Elle ne sait plus qui elle est et se pose la question "De qui est-on l'enfant ?". Les parents adoptifs l'ont abandonnée. Quelles sont les raisons de cet abandon ? Régine a beaucoup apprécié ce roman servi par une écriture "charnelle", selon les critiques. Elle a cité aussi le roman d'Irène Frain, "L'Or de la nuit", paru en 2025. Un hommage aux "Mille et Une nuits", ouvrage collecté au XVIIIe siècle par un voyageur et orientaliste français, Antoine Galland. Un roman historique remarquable à découvrir. Rendez-vous le jeudi 18 juin pour le dernier Atelier de la saison avec le thème des nouvelles. 

mercredi 3 juin 2026

Atelier Littérature. Les coups de coeur, 1

 Mylène a démarré la séquence "coups de coeur du mois" avec "L'Epouse" d'Anne-Sophie Subilia, publié chez l'éditeur suisse Zoé. En janvier 1974, une anglaise s'installe avec son mari, délégué humanitaire à Gaza. Elle partage la vie des humanitaires au Beach Club entre bains de mer et rencontres. Mais, elle ne se sent pas à l'unisson avec ses compatriotes et elle remarque les présences militaires, les regards des habitants, l'atmosphère oppressante du lieu. Son couple s'effiloche aussi et elle se ressource avec un vieux jardinier, Hadj et une psychiatre palestienne, avec laquelle elle devient amie. Un roman sensible et un beau portrait de femme. Mylène nous a lu un passage pour montrer le style limpide de cette écrivaine suisse. Janelou a beaucoup apprécié le dernier roman de Bernhard Schlink, "Ce qui reste", paru chez Gallimard en mars 2026. A 76 ans, Martin apprend qu'il n'a que quelques mois à vivre à cause d'un cancer foudroyant. Il veut mettre sa vie en "ordre" avant de partir. Son épouse de trente ans sa cadette et son jeune fils de sept ans l'entourent d'affection. Mais, comment préparer sa mort, aller à l'essentiel, profiter des derniers momenrs en famille ? Sa femme entretient une autre relation amoureuse et son fils ne réalise pas la finitude de son père. Ce roman crépusculaire et bouleversant interroge la transmission, l'amour, le pardon. Un grand Schlinck à découvrir. Geneviève a lu la biographie de Jean Renoir, le cinéaste, sur son père, "Pierre-Auguste Renoir", dans la collection Folio, paru en 1999. Un fils parle de son père qu'il connaît bien. Bourré d'anecdotes sur cette époque, le biographe s'attache à décrire un homme doué pour l'art et luttant contre des rhumatismes invalidants. Ce livre documenté se lit avec plaisir. (La suite, demain)

mardi 2 juin 2026

Atelier Littérature. La Mer, 2

Marie-Christine a choisi un roman hors de ma liste, "Pêcheur d'Islande" de Pierre Loti, publié en 1886. Ce livre sur la mer raconte l'histoire des marins qui partaient pendant des mois vers l'Islande. Ils affrontaient le froid, les tempêtes, le danger et la mort par noyade. Les femmes restaient à terre dans une attente angoissante. Une histoire d'amour entre la fille d'un commerçant de Paimpol et d'un pêcheur apporte une touche romanesque au récit. Le style de Pierre Loti, imprégné de poésie, se lit encore avec plaisir. Agnès a beaucoup aimé "Cézembre" d'Hélène Gestern, publié en Folio en 2025. Ce roman évoque la ville de Saint-Malo, son histoire par l'intermédiaire de Yann, professeur d'histoire à Paris, récemment divorcé et retournant dans sa ville natale. Il est un héritier de la famille des Kérambrun, propriétaires d'une compagnie maritime florissante. Yann, mène une enquête en fouillant les archives familiales. Son père, dur et autoritaire, imposait sa loi. Dans ces archives, il découvre des secrets de famille. Ce beau texte sent bon l'air iodé et le goût salé de la mer. Annette a eu la bonne idée de relire "20 000 lieux sous la mer" du génial Jules Verne. Je consacrerai un billet sur ce livre "mythique". Notre amie a retrouvé la dimension encyclopédique de l'écrivain avec des descriptions scientifiques sur le monde marin. L'histoire raconte l'aventure du capitaine Nemo et de son équipage dans le Nautilus. Un retour à l'enfance, une escapade fantastique dans le monde marin. Danièle a présenté le roman d'un écrivain norvégien, Roy Jacobsen, "Mer Blanche". Ingrid, le personnage central, recueille un homme gravement blessé dont elle ne sait rien. Elle vit dans une île du Nord de la Norvège et elle comprend vite qu'un bateau allemand a sombré avec des prisonniers russes. En soignant cet homme, elle va tomber amoureuse de lui. Ils vont donc s'aimer pendant de longs mois d'hiver tout en ne se comprenant pas. Mais, la guerre finira par les rattraper. Un grand écrivain à lire et à suivre dans les confins de la Norvège. Geneviève et Odile ont lu "Magellan" de Stefan Zweig. Odile, bien qu'absente, a écrit dans son mél que ce livre "se lit comme un roman d'aventures et quel personnage que Magellan". Elle ajoute que l'écrivain autrichien, toujours aussi passionnant à lire, a réalisé un travail d'historien, une reconstitution historique très documentée et réaliste. Pour s'évader loin de notre monde contemporain complexe, Magellan vous embarquera loin, très loin de notre Europe. Le thème de la mer a donc intéressé nos lectrices de l'Atelier. Je regrette que le livre d'Hermann Melville, "Moby Dick" n'a pas obtenu gain de cause. Mais, il est au programme de mes lectures d'été et j'en parlerai dans ce blog... 

lundi 1 juin 2026

Atelier Littérature. La Mer, 1

L'Atelier Littérature s'est tenu dans le bar, Jetez l'ancre" ce jeudi 28 mai malgré une météo caniculaire. Les lectrices quasi au complet ont eu le courage de se déplacer et cette fidélité m'a vraiment mis du baume au coeur. Dans les journaux, je lis régulièrement des rubriques sur l'abandon des livres et de la littérature surtout de la part de notre jeunesse. Mais, à Chambéry, quelques lectrices font de la résistance en participant à cet atelier où la lecture est reine. Merci à toutes de montrer autant d'intérêt pour parler de romans, de poésie, de littérature. J'avais choisi le thème de la mer dans les romans et Janelou a démarré la séance avec Joseph Conrad, "La Ligne d'ombre". J'ai consacré un billet sur cette fable philosophique, une allégorie de la vie et de la mort dans ce vaisseau fantôme où les hommes essayent de survivre dans un chaos marin fantasmé et fantastique. Mais, Janelou n'a pas été sensible à ce type de roman, au fond, très masculin car dans ce bateau maudit, aucune femme n'est présente. Ce roman moins connu que "Lord Jim" et "Au coeur des ténèbres" mérite pourtant une lecture attentive. Le capitaine vit dans une solitude absolue avec tous ses hommes malades et la mer le captive : "Pendant un long, très long moment, j'affrontai un monde vide, baigné dans un infini de silence, à travers lequel le soleil se déversait et s'écoulait dans quelque dessein mystérieux". Un grand écrivain à découvrir. Trois lectrices ont eu un grand coup de coeur : Régine, Geneviève et Véronique pour "L'Ile" de Sigridur Hagalin Björnsdottir, paru chez Actes Sud en 2024. Ce roman dystopique, venu d'Islande, raconte un monde sans Internet. Que se passerait-il dans un pays isolé des nouvelles technologies ? Quelles réactions du gouvernement, des médias, de la population ? Comment apprendre à vivre en autarcie ? Régine a très bien résumé ce roman en nous donnant envie de le lire au plus vite. Ce futur effrayant pourrait advenir avec tous les problèmes géopolitiques actuels. Un très bon livre qui donne des frissons anticipés. (La suite, demain)

mercredi 27 mai 2026

"Le grimpeur et le grognard", Régis Debray et Sylvain Tesson

 J'ai lu un dialogue très intéressant entre le grimpeur libertaire, Sylvain Tesson et le grognard républicain, Régis Debray, publié chez Gallimard/Equateurs. Tout les sépare sur plusieurs plans : l'âge, le passé, la politique, la conception de la vie mais ils se rejoignent pourtant dans une attitude d'amitié, de compréhension et de tolérance. Ils partagent aussi avec passion, la littérature avec un grand L. Régis Debray, l'ancien, est célèbre pour son engagement politique du côté des révolutionnaires cubains, de la gauche mitterrandienne. Un chantre des idées progressistes. Un Gaullien de gauche, comme il se définit. Mais, il a le courage d'avouer : "Le salut de nos semblables ? C'était voir un peu trop large. Mais heureusement, on rétrécit en vieillissant. Vous verrez, on en rabat". Le jeune Tesson a choisi l'aventure, la liberté, la jouissance de la vie et de soi, la nature : "J'ai trouvé que la jouissance d'une nuit de bivouac, seul dans la forêt, valait mieux que la volonté de peser sur le destin de mes semblables. Je croyais à la poudre d'escampette. Vous, à la poudre de canon". Dans leur démarche intellectuelle, la question centrale revient sans cesse : "Faut-il changer le monde ou le contempler ?". Les deux hommes se rencontrent chez Régis Debray, discutent à bâtons rompus, s'écoutent, s'étrillent gentiment, se câlinent comme un père avec son fils. L'un aime l'Histoire, l'autre préfère la géographie. Le Temps et l'Espace. L'un représente l'idéal révolutionnaire, l'autre est réputé pour son conservatisme. L'un aime "la camaraderie, les groupes, les bandes", l'autre, le culte du moi, la solitude, l'aventure. L'ancien lance des formules percutantes : "Il y a les solidaires et les solitaires. La gauche est plutôt dans la première catégorie. Lui se détache, moi, je m'attache. Il aime la solitude, moi, j'aime le coude à coude". Il est assez rare de mettre en lumière deux intellectuels que tout oppose et leur dialogue brillant et complice ressemble à une joute verbale de très haute tenue. Ces deux hommes se retrouvent sur leur amour commun de la littérature, de la civilisation du livre. Régis Debray la définit ainsi : "La littérature, c'est échapper au temps superficiel. C'est une façon de quitter le monde et de quitter l'entre-soi pour se chercher en soi-même". Ces deux grands lecteurs partagent leur passion de la littérature mais l'un pratique la lecture dans un fauteuil quand l'autre embarque les livres dans les sommets du monde. Une lecture apaisante et revigorante. 

mardi 26 mai 2026

"Les Buddenbrook", Thomas Mann, 2

 Dans ce roman-fleuve passionnant, les relations familiales demeurent l'axe central et chaque personnage se débat souvent en vain pour atteindre la sérénité heureuse. Dans la troisième génération, la plus intéressante à mes yeux de lectrice, Thomas éprouve un amour passionnel pour sa femme, Gerda, musicienne quasi professionnelle. Mais, son mari ne ressent pas la musique comme elle. Une différence entre eux irréconciliable, une fêlure dans leur couple. Ce tourment obsède cet homme plus sombre que jamais. Il avait renoncé dans sa jeunesse, par convenance bourgeoise et par ambition sociale, au mariage avec une petite fleuriste, peut-être le seul amour de sa vie.  La soeur de Thomas, Tony, le personnage féminin le plus important du roman, a cru à l'amour à deux reprises mais chaque mariage contracté s'est révélé désastreux. Ses maris successifs ne songeaient qu'à sa dot et à la richesse de la famille Buddenbrook. Sa propre fille, Elizabeth, connaîtra le même naufrage dans son mariage. Thomas, en frère aîné de la fratrie, prendra soin de sa soeur Tony, qui malgré ses déboires conjugaux, conserve une énergie de vivre à toutes épreuves. Je garde le fil sur Thomas, un personnage intense, profond et d'une rigueur toute "germanique". Ses relations avec son frère Christian ne reflètent en aucun cas une harmonie fraternelle. D'un tempérament velléitaire, ce frère bohème ne s'investit pas dans le commerce comme Thomas. Ils parviennent à se supporter mais la haine les habite. Thomas Mann décrit avec une certaine ironie que les relations familiales peuvent générer des malentendus et des incompréhensions jusqu'à la rupture complète. L'écrivain allemand porte un regard lucide et critique sur cette classe bourgeoise corsetée, conformiste et trop traditionnelle. L'amour, thème majeur dans le roman accompagne aussi la mort, présente et redoutée à tout moment : "La mort était un retour au pays au terme d'une longue et très pénible errance, la correction d'une lourde faute, l'affranchissement des liens les plus vils, une immense levée d'écrou". Pensée inspirée de Schopenhauer. Quel roman intense à découvrir cet été quand le temps s'allonge pendant les vacances. Le lire m'a rappelé "Les Thibault" de Roger Martin du Gard que j'avais vraiment apprécié dans ma jeunesse. La littérature classique conserve tout son charme et toute sa magie ! 

lundi 25 mai 2026

"Les Buddenbrook", Thomas Mann, 1

 Enfin, j'ai découvert le grand roman de Thomas Mann, "Les Buddenbrook", grâce à Danièle qui l'avait présenté en mars comme un "immense coup de coeur". Comme je suis aussi partie à Munich, j'avais décidé de l'embarquer dans ma valise car je lis toujours un roman sur le pays que je visite. Le lieu choisi par Thomas Mann se nomme Lübeck, sa ville natale, port historique de la Hanse au Nord de l'Allemagne. Ce premier roman, écrit à l'âge de 26 ans et publié en 1901, le fit connaître au public. J'ai tout de suite été captée par ce texte dans la tradition romanesque des écrivains du XIXe, de Balzac à Tolstoï, de Flaubert à Zola. Chronique familiale et sociale, fresque historique, ce roman a été adapté au cinéma en 2008 et diffusé en 2025 sur Arte. L'histoire débute en 1835 et se termine en 1877. L'écrivain allemand a divisé son texte en onze parties et chaque personnage principal joue un rôle déterminant dans les destinées des membres de la famille. Le fondateur de la maison de commerce, Johann Buddenbrook, est un entrepreneur talentueux et sa piété le caractérise. Devenu veuf avec un jeune fils, Gotthold, il se marie avec Antoinette, une jeune femme d'origine aristocratique de Hambourg, dont il a un second fils, Jean. Jean prendra la suite de l'entreprise et aura lui-même deux garçons, Thomas et Christian, et deux filles, Tony et Clara. Cette troisième génération constitue le coeur du roman. Thomas, homme cultivé et apprécié, hérite de l'entreprise familiale très prospère. Il s'est marié avec Gerda, une jeune femme d'Amsterdam, très belle et musicienne de son état. Ils auront un fils, Hanno. A la trentaine, cet homme ressent déjà une perte d'énergie et même s'il est engagé politiquement dans la municipalité, il se met à douter et à se mettre en question sous l'influence du philosophe pessimiste, Arthur Schopenhauer, très en vogue à cette époque. Ce personnage central symbolise une certaine rupture dans la génération de ses ancêtres. Il va tomber malade et sera obligé de liquider l'entreprise familiale. Hanno, son fils de santé fragile, sera emporté par la typhoïde à l'âge de seize ans. (La suite, demain)

mardi 19 mai 2026

Rubrique Cinéma, "L' Abandon", hommage à Samuel Paty

 16 Octobre 2020 : Samuel Paty est assassiné, décapité par un terroriste islamiste devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine. Six ans après ce drame horrible, le réalisateur, Vincent Garenq, signe un film juste, sobre, salutaire. L'histoire de ce professeur d'histoire et de géographie démarre onze jours avant sa mort atroce. Mickaëlle Paty, la soeur du professeur, a participé au scénario du film. Ce professeur doit faire comprendre à sa classe la notion de laïcité, de tolérance dans son programme : le droit de croire ou de ne pas croire, le droit du blasphème, la liberté d'expression. Pour ne pas blesser les élèves musulmans, il leur accorde de quitter la salle. A partir de ce geste, le professeur va vivre un cauchemar provoqué par ce malentendu. L'engrenage administratif s'engage avec le proviseur pourtant efficace et les diverses instances du Ministère de l'Education Nationale. Comment protéger ce professeur ? Les agents de l'Etat n'évaluent pas le danger des réactions délèteres du père et de son immam radical au nom de l'islamophobie. Premier aveuglement. Les collègues du professeur semblent bien timides dans leurs réactions. Deuxième aveuglement. En fait, le film montre avec justesse tous ces abandons successifs : la hiérarchie administrative débordée, la police débordée, la cellule anti-terrorriste débordée, le référent laïcité, etc. Et cet abandon, le réalisateur le démontre à tous ces niveaux. J'ai vu ce film avec beaucoup d'émotion car mon fils est professeur d'histoire et de géographie dans un collège plus que problématique. J'avoue que j'avais les larmes aux yeux quand la scène finale montre l'assassinat de Samuel Paty. Il faut absolument aller voir ce film sérieux, rigoureux, servi par un comédien émouvant, Antoine Reinartz. Ce film courageux, très courageux doit être soutenu sans conditions pour la liberté d'espression, pour la liberté de penser, pour la Liberté tout court. Je pense aussi à Dominique Bernard, professeur de français, assassiné par un terrorriste islamiste le 13 octobre 2023. Funeste mois d'octobre pour les enseignants, nos hussards de la République, en première ligne face au totalitarisme islamiste. Si j'étais un Président, j'associerai les deux professeurs pour le Panthéon et je déclarerai une journée commémorative annuelle le 16 octobre pour la sauvegarde des valeurs républicaines, un trésor démocratique à préserver à tout prix.  

lundi 18 mai 2026

"Le Menteur", Henry James

 Je ne passe jamais un an sans mettre dans mon programme de lectures, une nouvelle ou un roman d'Henry James. Je viens de découvrir avec plaisir, "Le Menteur", publié en 1888 et disponible en Folio. Le personnage principal, Oliver Lyon, un peintre connu, doit faire le portrait d'une cliente, une femme très belle qu'il a connue dans son passé. Cette femme, Everina, dont il était amoureux, avait refusé sa demande en mariage. Dans un manoir où il est invité, il retrouve Everina, mariée au colonel Capadose, un bel homme. Mais, ce militaire possède un vilain défaut : il se vante souvent de faux exploits et s'adonne donc aux mensonges. Sa réputation de menteur notoire ne l'empêche pas de briller dans la haute société anglaise. Oliver décide de parler à Everina pour lui faire comprendre que son mari trompe tout le monde. Mais, elle avoue qu'elle l'aime et le trouve parfait. L'artiste ne comprend pas la naïveté de son amie retrouvée et propose alors de peindre leur fille, puis son mari, tableau qui révélerait sa vraie nature de menteur. Les séances avec le colonel s'effectuent sans la présence d'Everina. Le colonel ne se doute pas du projet d'Oliver. Le couple Capadose se présente en l'absence du peintre pour voir le tableau. Mais, le peintre revient chez lui et observe en cachette leurs réactions. L'épouse comprend le message du tableau : "Ce qu'il a fait de toi - ce que tu sais ! Lui aussi, le sait - Il l'a vu". Le colonel se met en colère et saccage la toile à coups de couteau. Le peintre se tait et quand il leur rend visite, il leur annonce que le tableau est détruit. Le colonel ment pour cacher son acte et sa femme le soutient entièrement. Le peintre comprend alors qu'Everina se révèle complice de son menteur d'époux. Oliver, dépité, ne reconnaît plus la femme aimée, pervertie par son mari. Il décide alors qu'il ne les verra plus. Une nouvelle étonnante, subtile, profonde sur les relations humaines, souvent teintées d'ambiguité et de mystère. Henry James, un écrivain intemporel et un vrai plaisir de lecture dans un monde qui n'est pas si loin de nous. 

vendredi 15 mai 2026

Rubrique Cinéma : "Vivaldi et moi"

Je vais très peu au cinéma mais je n'ai pas hésité une seconde pour aller voir le film, "Vivaldi et moi" du réalisateur italien, Damiano Michieletto. Ce film est inspiré d'un excellent roman de Tiziano Scarpa, "Stabat mater". L'histoire se déroule à Venise en 1716 dans l'orphelinat de "l'Ospedale della Pieta". Cécilia, une jeune orpheline, intègre l'orchestre des jeunes filles de l'hôpital en tant que violoniste. Douée pour la musique, elle apprécie beaucoup moins la discipline stricte de l'institution. Cet orchestre doué joue masqué dans une tribune de l'église pour un public de nobles vénitiens. Cécilia se lève la nuit pour écrire des lettres à sa mère qu'elle n'a pas connue. L'institution destine certaines d'entre elles au mariage forcé avec des nobles. Cecilia est promise au comte de Sanfermo, qu'elle doit épouser dès son retour d'une guerre contre les Turcs. L'orphelinat "vend" donc ces jeunes filles et Cecilia refuse ce mariage arrangé. Alors, apparaît le génial Vivaldi, prêtre, de santé fragile, recruté pour attirer un public plus large. Il remarque le talent de Cecilia pour la musique. Une relation de confiance lie ces deux êtres sensibles et passionnés. Le succès des concerts se confirme avec les compositions du musicien. Mais, le comte revient chercher sa proie et tout ne se passe pas comme prévu. Cecilia choisira la liberté en s'échappant de l'orphelinat. Il faut aller voir ce film pour trois raisons : Vivaldi, sa musique rayonnante, Venise, sa beauté architecturale, Cecilia, son esprit rebelle. Evidemment, au XVIIIe, il ne fallait pas naître pauvre dans une ville très riche. Les abandons d'enfants étaient monnaie courante. Le roman me semble bien supérieur au film mais, j'ai passé un bon moment, entourée de musique et de belles images dans une Venise de rêve.  

jeudi 14 mai 2026

"La Ligne d'ombre", Joseph Conrad

 J'ai choisi le thème de la mer dans le cadre de l'Atelier Littérature pour le jeudi 28 mai. Evidemment, j'ai voulu me faire plaisir en proposant ce sujet que j'ai intitulé, "Prendre le large". Avec cette météo très médiocre du mois de mai, réver de soleil, de bord de mer et de vagues ne peut que provoquer de bons moments que la lecture procure. J'ai donc lu quelques titres de ma liste bibliographique en commençant par le roman de Joseph Conrad, "La Ligne d'ombre". J'ai souvent songé à cet écrivain anglais très réputé dans le monde anglo-saxon. Le roman ("The Shadow-Line) est un récit maritime largement autobiographique, sous-titré "Une confession", paru en 1917. L'écrivain avait dédié son livre à son fils, Borys, parti pour la guerre et à tous les autres qui "ont franchi dans leur prime jeunesse la ligne d'ombre". Dans un port d'Extrème-Orient, le narrateur, un marin, veut rentrer chez lui. Il démissionne de son poste de second sur un bateau à vapeur. Mais, il renonce à son projet de départ et, par ambition, il accepte le commandement d'un trois-mâts en partance pour Singapour.  Il est mal accueilli par son second qui tombe malade en pleine mer. Cet homme s'avère hanté par le souvenir de son ancien capitaine, mort dans sa cabine d'une façon mystérieuse. Son corps a été jeté dans la mer. A partir de cet incident de mauvais augure, le bateau s'immobilise, faute de vent. Sous un soleil de plomb, l'équipage perd pied, attrape une fièvre tropicale et sombre dans le désespoir. Le narrateur et le cuisinier montrent un courage surhumain et forment le seul équipage, épargné par la maladie en luttant contre ce mauvais sort. Joseph Conrad écrit : "On s'en va. Et le temps, lui aussi, s'en va... Jusqu'au jour où l'on aperçoit droit devant une ligne d'ombre vous avertissant que les parages de la prime jeunesse, eux aussi, doivent être laissés en arrière". Je ne dévoilerai pas la fin de ce roman fascinant pour conserver l'intérêt de l'intrigue. Je comprends mieux, après avoir lu ce récit, le génie littéraire de Joseph Conrad. Il pose des questions philosophiques sur le destin, les actes irréfléchis, le courage, la lutte contre les éléments, les valeurs morales, le Mal, la folie et tant d'autres thèmes à découvrir. Quand je me suis embarquée dans ce trois-mâts, j'avais l'impression de ressentir l'effroi des marins dans ce monde des ténèbres où seuls, le capitaine et le cuisinier symbolisaient le Bien et la Raison. Une trés belle fable sur la condition humaine. 

mardi 12 mai 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur

 Après le thème du bonheur, nous avons évoqué les coups de coeur. Régine a présenté deux coups de coeur avec "Les enfants uniques" de Gabrielle de Tournemire et "La forme et la couleur des sons" de Ben Shattuck. Le premier cité, paru chez Flammarion, traite le thème de l'handicap. Hector et Luz forment un couple particulier car ils sont handicapés. Redoutée par leurs familles respectives, empêchée par la société, leur relation amoureuse rencontre des obstacles et pose des questions délicates. Le rôle des parents et d'un éducateur les aident à construire leur couple. Régine a beaucoup apprécié ce premier roman tout en délicatesse et a précisé que l'écrivaine est invitée en fin mai au festival du Premier Roman. Le second coup de coeur au titre étonnant est un recueil de nouvelles. La première raconte l'histoire de deux jeunes hommes en 1919, liés par un amour sous le signe de la musique. Ils recueillent des chansons traditionnelles dans le Maine. Mais, l'un deux disparaît brusquement. Des années plus tard, une femme retrouve les cylindres dans une maison qu'elle vient d'emménager. La particularité du recueil repose sur une forme musicale et poétique du "hook-and-chain", popularisée au XVIIIe siècle en Nouvelle-Angleterre. Ces nouvelles sont donc réliées entre elles par ce chaînon du passé qui resurgit par hasard. Un écrivain nouveau à découvrir. Annette a évoqué son coup de coeur, "La vie en fuite" de l'écrivain irlandais, John Boyne. En 1946, une mère et sa fille quittent la Pologne pour Paris. En 2022, à Londres, Gretel Fernsby revient sur son passé secret quand elle est confrontée à de nouveaux voisins. Un très bon roman. Danièle nous a signalé la parution d'un deuxième roman d'une écrivaine qu'elle connaît personnellement. Il s'agit de Marielle Hubert et de son roman, "Selon toi". On en reparlera dans l'Atelier de mai. Peu de coups de coeur en avril et donc, un grand merci à Régine, à Annette et à Danièle. 

lundi 11 mai 2026

Atelier Littérature, le bonheur, 2

 Véronique a bien apprécié "Toutes les familles sont heureuses" d'Hervé Le Tellier, paru en Poche en 2021. Le titre de cette autofiction semble bien ironique pour le narrateur qui raconte une famille "dysfonctionnelle". Il avoue dans ce texte : "Je n'ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j'ai compris que quelque chose n'allait pas, très tôt, j'ai voulu partir, et d'ailleurs très tôt je suis parti". Hervé Le Tellier ne manifeste aucune rancune dans ce texte malgré cette famille bancale. Il a choisi la fuite : "Les enfants n'ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d'aimer plus encore la vie". Une autobiographie, teintée d'humour et d'une résilience étonnante. Régine a choisi le roman de Catherine Cusset, "La Définition du bonheur", paru chez Gallimard en 2021. Elle a été déçue par ce livre qui, pourtant, se lit avec plaisir mais sa critique porte sur les clichés sociétaux. Tout y passe : le viol, le covid, les bobos parisiens, etc. L'histoire de deux amies, Clarisse et Eve, se déroule à partir des années 80  à Paris et à New York : "Pour Clarisse, le bonheur n'existait pas dans la durée et la continuité (cela c'était le mien), mais dans le fragment, sous forme de pépite qui brilllait d'un éclat singulier, même si cet éclat précédait la chute". Entre Clarisse, la grande amoureuse passionnée et Eve, la raisonnable, quelle est la bonne voie pour atteindre le bonheur ? Catherine Cusset brosse le portrait de notre époque et de la condition féminine en évoquant le rapport au corps, au désir, à la maternité et aux années qui passent. Un avis mitigé de Régine que je partage mais qui n'empêche pas d'aller rencontrer ces deux héroïnes des temps modernes. Odile a beaucoup aimé le roman d'Erri De Luca, "Un jour avant le bonheur", publié en Folio en 2012. Naples après la Guerre, un jeune orphelin, un concierge, don Gaetano, une transmission. Erri De Luca raconte une belle histoire d'éducation entre un homme généreux et un petit garçon, avide d'apprendre à vivre. Mais, ce concierge possède un don : il lit dans la pensée des gens. Il sait que son protégé est amoureux d'une jeune fille. Un roman magistral, un roman initiatique à découvrir et le charme fou et incommensurable de l'Italie. 

vendredi 8 mai 2026

Atelier Littérature, le bonheur, 1

 Le jeudi 30 avril, nous étions presque au complet dans le salon de "Jetez l'ancre" pour évoquer le thème du bonheur dans la littérature. J'avais demandé des citations sur le bonheur pour démarrer la séance et je compte les livrer dans ce blog quand les lectrices amies me les enverront en mél. Odile et Janelou ont lu "La Joie de vivre" d'Emile Zola. Elles ont beaucoup apprécié ce roman centré sur le personnage de Pauline, une optimiste née alors qu'elle traverse sans cesse des malheurs. Publié en 1884, Emile Zola a écrit ce douzième tome des Rougon-Macquart pour en faire "un roman intime, à peu de personnages, avec une grande simplicité de style". Dans un petit village du bord de la Manche, la petite Pauline, une orpheline assez fortunée, est recueillie chez un oncle, son tuteur. En fait, Pauline sera victime de sa bonté naturelle car elle accepte de donner son argent pour financer les opérations hasardeuses de son cousin, un homme sans cesse déprimé et velléitaire. Elle va même se sacrifier pour Lazare, ce cousin si soumis à sa mère avec lequel elle devait se marier, en proposant une amie qui le convoitait. Pauline ou la bonté incarnée. Les autres personnages symbolisent l'avidité, la méchanceté, et l'hypocrisie.  Un roman passionnant, un classique intemporel. Danièle a choisi "Que ma joie demeure" de Jean Giono. Ce roman pastoral raconte l'histoire d'une communauté paysanne de la Provence, chère à l'écrivain. Malgré quelques descriptions un peu longues sur des scènes villageoises, Danièle a beaucoup aimé le style de Giono, son amour de la terre et des paysans, ses idées utopiques sur le partage. Un roman virgilien à découvrir et surtout un hommage vibrant à la nature. Marie-Christine a lu avec plaisir "Marcher la vie, un art tranquille du bonheur" de David Le Breton. Une histoire documentée et érudite de la marche dans tous ses aspects : physique, moral, religieux, historique, philosophique. Un documentaire vraiment agréable à lire. (La suite, lundi)

jeudi 7 mai 2026

Escapade à Munich, la dolce vita à l'allemande

 J'ai eu quelques petis ennuis avec la compagnie Lufthansa car mon vol de retour a été annulé. Un grand mouvement social concernant les salaires des navigants a mobilisé les avions sur le tarmac. Mais, avec ce mouvement, la compagnie allemande m'a offert une nuit d'hôtel supplémentaire et j'ai donc profité de cette journée de samedi pour retourner dans le centre de la ville. J'ai visité un dernier musée, la Sammlung Schack, présentant la peinture allemande du XIXe siècle. Dans ce quartier, j'ai voulu revoir le Jardin Anglais et j'ai assisté à un spectacle surprenant : des surfeurs téméraires domptaient une vague fluviale de la rivière Eisbach. C'était vraiment une surprise car, je connais bien la culture surf de Biarritz et me retrouver devant ces jeunes cavaliers de cette vague unique en centre ville m'a beaucoup amusée. J'ai repris le chemin en bus pour me rendre au centre de Munich pour revoir la Marienplatz et j'ai consacré mon après-midi aux églises les plus belles de Munich : la Peterkirche, la Heiliggeiskirche et la Michaelkirche. Dans la dernière église citée, j'ai vu le tombeau de Louis II de Bavière, le roi "fou", personnage central d'un film de Visconti. En me baladant dans le centre ville, j'ai constaté une ambiance bon enfant, sereine et décontractée. Une impression de dolce vita avec la présence de nombreux restaurants italiens, du spritz dans les bars,  et de tout le baroque des églises munichoises. En cette fin du mois d'avril, j'ai toujours déjeûné en terrasse sous un soleil chaleureux. Dans le métro, dans le bus, j'ai rencontré des Munichois sympathiques et certains, surtout le samedi, portaient leur costume bavarois avec leur chope de bière (vide, heureusement). Ce séjour munichois m'a donc réservé de très bons moments dans les parcs et jardins, dans le centre historique et surtout dans ses très beaux musées. Je n'ai pas appris, hélàs, l'allemand, une langue difficile, mais j'ai compris un aspect de la vie allemande à Munich avec ses milliers d'étudiants, ses urbains branchés, ses vélos et ses pistes cyclables, son architecture flamboyante, ses brasseries et ses monuments. Après Venise, une destination de rêve, Munich méritait bien un détour, surtout pour ses musées...   

mercredi 6 mai 2026

Escapade à Munich, l'art moderne et contemporain, 2

Je n'ai pas manqué la Pinakothek der Moderne, dans le beau quartier de Maxvorstadt, ouvert depuis 2002.  Ce gigantesque édifice de 22 000 m2 réunit quatre collections : la peinture, l'architecture, le graphisme et le design. Dès que je suis rentrée, j'ai remarqué un lieu remarquable avec une rotonde de verre et son toit en dents de scie. Cette "cathédrale de verre" contient 35 salles et complète l'offre artistique de Munich. J'avoue que je préfère la peinture des siècles précédents, mais quelques peintres ont retenu mon attention dans cette visite : Matisse, Picasso, Miro, Magritte, Dali, Juan Gris pour citer les plus connus. J'ai retrouvé quelques oeuvres du groupe Le Cavalier bleu et d'autres artistes expressionnistes allemands. Mais, quand j'ai poursuivi ma déambulation vers l'art contemporain, j'ai commencé à me poser des questions sur la présence de quelques oeuvres, qui, à mes yeux, me laissent de glace. De Warhol à Twombly, de Rauschenberg à Fontana, je n'accroche guère. J'ai même vu des oeuvres incroyablement bizarres comme une planche en bois sur un oreiller blanc... Ces artistes contemporains dont je n'ai même pas retenu les noms me semblent incompréhensibles. Ces espaces muséaux ressemblent à des coquilles vides. Où se cache la beauté dans ces objets usuels ? Une artiste a mis en scène des cadies pleins de vaisselle. J'ai compris le message ultra féministe d'une révolte antipatriarcale mais, tous ces concepts intellectuels et idéologiques, contenus par des "performances" scéniques, n'attirent pas grand monde dans ces espaces souvent désertés, même à Munich. Un troisième musée m'a aussi étonnée : le Branhorst, ouvert en 2009. Le bâtiment est recouvert de 36 000 lamelles en céramique de couleurs différentes qui donnent un aspect de tableau abstrait. Il utilise l'énergie solaire, ce qui est assez rare pour un musée. Au fond, j'ai préféré l'extérieur avec sa façade multicolore originale que les oeuvres contemporaines exposées. Décidément, je suis plus convaincue par la culture du passé que du présent. Un signe de mon âge, peut-être...

mardi 5 mai 2026

Escapade à Munich, l'art moderne et contemporain, 1

 Après la peinture européenne et l'art antique, j'ai poursuivi mes visites dans trois autres musées consacrés à l'art moderne et contemporain. Le Lenbachhaus est un musée municipal situé dans une vaste maison de style florentin, appartenant au peintre Franz von Lenbach, construite en 1887. J'ai donc découvert toutes les oeuvres des artistes du Cavalier bleu (Der Blaue Reiter) qui réunissait Kandinsky, Gabriele Munter, Franz Marc, August Macke, Paul Klee. Je suis restée un bon moment dans le jardin avec sa fontaine, ses sculptures, ses buis et ses bancs. Un jardin idylliqua, une oasis sereine. Rénovée pendant plus de trois ans, la maison toscane abrite aujourd'hui la généreuse donation de Gabriele Munter, peintre et partenaire de Vassily Kandinsky. La démarche artistique de ce mouvement annonce la peinture abstraite bien que beaucoup de toiles restent dans le domaine figuratif. Je reprends une définition de ce mouvement moderniste et passionnant : "La notion de vibration, de résonance intérieure, seule capable d'instaurer un authentique vocabulaire de correspondance entre couleurs, sons et mots, apparaît comme un thème majeur". Plusieurs tableaux de Kandinsky frappent les visiteurs par la symphonie des couleurs vives. J'aime aussi les tableaux de Gabriele Munter, dont l'un présente une femme assise écrivant une lettre. La pensée musicale se retrouve dans les peintures abstraites de Kandinsky qui estimait que la musique était supérieure à la peinture. Il faut voir dans ses toiles des sensations et des émotions. Ce mouvement d'avant-garde, malgré sa brièveté, a marqué l'histoire de l'art en revendiquant un renouveau "spirituel". Un très beau musée incontournable dans une visite de la ville. 

lundi 4 mai 2026

Escapade à Munich, une plongée dans l'archéologie, 2

 En face du musée archéologique, la Glyptothèque m'attendait et ce lieu si convoité dans mes projets d'escapade en Europe se présentait devant mes yeux, immuable, solennel et imposant. Ce nom d'origine grecque vient de gluptos, objet gravé, et de théké, boîte. Ce musée est consacré à l'art gréco-romain de la statuaire et de la sculpture antique. Inauguré en 1830, cet édifice, souhaité par Louis Ier, est surnommé l'Isar-Athènes. De style néo-classique, conçu comme un temple antique, ce bâtiment monumental a connu des heures sombres durant l'époque nazie quand des autodafés de livres bannis ont eu lieu devant le musée.Le parti nazi a exploité cette place royale pour sa propagande mortifère et totalitaire. Dès l'extérieur du bâtiment, dix-huit niches contiennent des oeuvres originales grecques et romaines. Le fronton au-dessus des colonnes porte aussi des statues de Johann Martin von Wagner, peintre et sculpeur du XIXe. Athéna, ma déesse préférée, protectrice des arts, se tient au centre. Treize salles voûtées, rectangulaires, carrées ou rondes sont reliées par une cour intérieure et la lumière extérieure inonde toutes les oeuvres exposées. J'étais ébahie de voir dans cet espace muséal déjà magnifique dans sa structure, une collection qui s'étend du VIe siècle av. J.-C. jusqu'au Ve siècle ap. J.-C.. Les personnages mythologiques côtoient les plus grands poètes, philosophes et empereurs, d'Homère à Platon, Alexandre le Grand à Marc Aurèle. J'ai remarqué des stèles funéraires émouvantes, des Kouroi, les figures du temple d'Egine, des mosaïques romaines. Une sculpture installée dans une salle spectaculaire en forme de dôme laisse filtrer un halo du lumière sur le Faune de Barberini qui a conservé tout son mystère. Je ne me trouvais plus à Munich mais à Athènes et à Rome ! Un voyage temporel et esthétique qui me fascine toujours autant.  Visiter ce musée archéologique réputé restera un des plus beaux souvenirs de mon séjour à Munich. 

vendredi 1 mai 2026

Escapade à Munich, une plongée dans l'archéologie, 1

 Cela fait quelques années que je voulais visiter Munich pour ses musées, en particulier, les deux musées archéologiques de la ville, d'une réputation internationale. La collection archéologique de l'Etat bavarois (Staatliche Antikensammlungen) est considérée comme l'une des plus importantes en Allemagne. Quand je suis arrivée dans ce quartier réputé, à la fois universitaire et muséal, j'avais l'impression d'être à Athènes. Sur la place Royale, la Konigsplatz, le musée forme avec la Glyptothèque un complexe architectural impressionnant avec des propylées pour établir la jonction entre les deux édifices construits au début du XIXe siècle. En forme de temple grec, le musée a été endommagé par les bombardements et restauré. Louis 1er de Bavière a légué toutes les oeuvres de cette collection prestigieuse : terres cuites, céramiques, bijoux, verres, casques, vaisselle, etc. Je ne savais plus où diriger mon regard rempli d'admiration devant des dizaines de vitrines contenant "mes" vases grecs", dignes du Louvre. Les objets antiques proviennent des fouilles de Vulci en Italie et des acquisitions réalisées auprès des successions de Lucien Bonaparte et d'autres monarques. A ma grande surprise, j'ai retrouvé des bronzes étrusques découverts à Pérouse et des terracotas grecques du Sud de l'Italie. Quand j'observais ces statuettes d'une grâce féminine incroyable, je comptais le nombre d'années qui me séparait de ces créatures de terre, (plus de 2 500 ans) et j'imaginais l'artiste qui façonnait avec amour ces objets votifs. Cet écart temporel me fascine toujours autant et c'est pour cette raison que j'aime l'art antique tellement ces hommes et ces femmes me sont proches et ont inventé la notion de l'art dans leur quotidien. J'ai découvert la "Coupe de Dionysos", un kylix (une coupe à boire) datant de 540 av J.-C.) et signé d'Exékias. L'image intérieure représente un voilier et au centre, Dionysos, Le décor de la coupe comporte des grappes de raisin et des dauphins, peut-être un hymne à la vie, au vin et à la mer... Je me souviendrai longtemps de cette visite dans l'un des plus beaux musées archéologiques de notre planète ! 

mercredi 29 avril 2026

Escapade à Munich, du Jardin anglais à la Residenz

  Après la visite de l'Alte Pinakothek, j'ai pris un bus pour l'Englischer Garten, un parc de plus de trois cents hectares, le poumon vert de Munich. Situé dans la partie nord-est du quartier de Schwabing, les guides touristiques le comparent à Central Park. Le jardin, ouvert au public en 1792, s'est inspiré des jardins anglais. J'ai pénétré le parc dans la partie sud et j'ai tout de suite remarqué les vastes pelouses vertes fréquentées par les Munichois et par les touristes. De nombreux ruisseaux parsèment la pelouse.  Des sentiers m'ont menée vers la Tour chinoise, construite en 1789, haute de 25 mètres, et servant de point de repère. J'ai contourné un petit lac où des oies et des cygnes se prélassaient sur les bords. J'ai déjeuné dans un Biergarten, une brasserie en plein air, une véritable institution à Munich. Je voulais vivre un moment munichois en partageant un repas bavarois sur une table et un banc en bois. J'ai choisi dans une cafétéria les celèbres saucisses accompagnées d'une salade de pommes de terre (kartoffelsalat) et en dessert, le fameux afpelstrudel. Ambiance conviviale garantie en toute simplicité et à un prix modeste. La météo du jour, un soleil estival, permettait cette escapade traditionnelle. Dans l'après-midi, j'ai repris le bus pour le centre ancien et j'ai visité l'église des Théatins (Theatinerkirche) sur la place de l'Odéon au coeur de la ville. De style baroque, elle a été construite au XVIIe siècle. Ses dômes surplombent le centre ancien et sa façade rococo d'un jaune à l'italienne attire le regard. Dans l'intérieur, le stuc blanc et brillant règne en maître et une des chapelles conserve les reliques de quelques rois et reines de Bavière. En face de l'église, se situe la Residenz, la résidence officielle des monarques bavarois entre 1385 et 1918. Ce palais gigantesque avec ses 130 salles et ses 10 cours ne se visite en quelques heures et des parcours divers sont proposés. J'ai choisi la découverte de l'Antiquarium, une vaste salle pour abriter une importante collection de sculptures. La voûte en berceau comporte 17 paires de fenêtres et assurent un éclairage latéral. Un lieu de rêve, une salle exceptionnelle qui restera dans ma mémoire comme un coup de foudre architectural ! 

mardi 28 avril 2026

Escapade à Munich, La Alte Pinakothek, un musée magnifique

 Dans la liste des musées de peinture à visiter en Europe, la Alte Pinakothek, l'Ancienne Pinacothèque, possède l'une des plus riches et des plus vastes collections d'oeuvres d'art du monde. La famille royale, la Maison de Wittelsbach, avait la passion de l'art européen du XIIIe au XVIIe siècle. Fondée au XVIe par le duc Guillaume IV de Bavière, le roi Louis Ier a fait construire le musée en 1826 qui a ouvert ses portes dix ans après. Ce très long bâtiment en briques offre une perspective remarquable, ponctué de grandes fenêtres pour les salles latérales et dans les grands espaces, des puits de lumière permettent de mieux apprécier les centaines de toiles. Ce bâtiment a servi de modèle muséal pour le continent européen. Quand je suis arrivée dès l'ouverture, je m'attendais à une file d'attente comme dans tous les grands musées européens, en particulier à Paris. J'étais très surprise de pénétrer dans ce temple de l'art sans attendre une minute. Le musée était très peu fréquenté et je me suis retrouvée dans les salles pratiquement seule. 19 salles et 47 cabinets exposent plus de 800 toiles Evidemment, la peinture alllemande est prédominante avec des artistes majeurs comme Dürer, Cranach, Holbein, pour les plus connus. La peinture hollandaise comprend des chefs-d'oeuvre de Bosch, Rembrandt, de Hals, de Rubens et d'autres moins connus. Mais, j'ai surtout retrouvé mes chéris italiens. Je veux citer deux Raphaël, Leonard de Vinci, Fra Angelico, Arcimboldo, Bellini et sa "Vierge à l'Enfant", Botticelli, Giotto, Titien. Dans une petite salle, j'ai découvert avec plaisir deux portraits de Giorgione. L'Italie me revenait en boomerang dans ce festival de toiles magnifiques. Une galerie digne du Louvre. Ce musée mérite amplement sa réputation et je savourais cette vitrine qui me racontait la fabuleuse histoire de l'art. Une visite heureuse, enrichissante sur le plan culturel et un moment délicieux au coeur d'une planète artistique protégée. Un sommet de la civilisation européenne. 

lundi 27 avril 2026

Escapade à Munich, premières impressions

 La semaine dernière, je suis partie à Munich pour visiter ses célèbres musées. Je connaissais un tout petit bout d'Allemagne à Berlin et j'en conservais un souvenir marquant. Evidemment, je suis surtout attirée par les pays du sud, de la Grèce, en passant par l'Italie, l'Espagne et le Portugal où je me sens dans un environnement amical et familier. Certains touristes se sentent mieux dans des pays lointains, très lointains mais, j'avoue que j'ai un caractère casanier. L'Europe me suffit amplement. L'Allemagne, au coeur de l'Europe, me semble incontournable. Dès que je suis arrivée à l'aéroport d'une dimension internationale, j'ai pris une navette de la Lufthansa pour atteindre le centre ville. J'ai traversé de larges avenues avec des immeubles cossus et j'ai remarqué la présence permanente d'espaces verts. Le soleil brillait sur ces paysages urbains, composés de voitures luxueuses aux marques reconnues comme BMW, Mercèdes et compagnie. Beaucoup de bus, de trams et de trains et surtout de vélos comme dans les pays scandinaves. Il faut vraiment surveiller les pistes cyclables avant de les franchir ! En fin d'après-midi, les musées ferment tous à 18 heures. J'ai donc visité le coeur de Munich, la Marienplatz, fondée en 1158. L'Hôtel de ville (Neues Rathaus) s'impose avec force dans cet espace pavé. Sa tour néogothique et son carillon attirent les touristes et j'ai assisté à la cérémonie traditionnelle quand les personnages animés représentent une joute de chevaliers et des tonneliers danseurs bavarois. Ces "Schäffler" donnaient le sourire à la population après une épidémie de peste. Une colonne, la Mariensaule, datant de 1638, célèbre la fin de l'occupation suédoise pendant la Guerre de Trente ans. Les dômes de la Cathédrale Notre-Dame, la Frauenkirche, dominent la place. Cet édifice gothique en briques rouges a été partiellement détruit pendant la Guerre comme la moitié de la ville.  J'ai fini la soirée dans une taverne bavaroise (la saucisse règne dans tous les plats) mais j'ai choisi des raviolis italiens. Je redoutais un peu un certain degré d'insécurité dans cette métropole de quelques millions d'habitants en comptant l'agglomération. Mais, je me baladais sans appréhension en remarquant la présence de beaucoup de jeunes gens car plus de cent mille étudiants fréquentent l'université de Munich. Peu de présence policière dans l'espace public et une ambiance bon enfant en ville. 

lundi 20 avril 2026

"La Disparition des choses", Olivia Elkaim

 J'éprouve un intérêt particulier pour Georges Perec (1936-1982) et quand j'ai appris qu'Olivia Elkaim consacrait un récit sur la mère de cet écrivain si singulier dans le panorama de la littérature contemporaine, j'ai vite acquis ce texte pour découvrir le destin tragique de cette femme.  Cécile Perec, née Cyrla Szulewicz, est arrivée à Paris dans les années 1920 et elle est morte à Auschwitz en 1943. Dans son fabuleux roman, "W ou le souvenir d'enfance", paru en 1975, il évoque sa mère "morte dans avoir compris" ce qui se passait quand elle a été déportée à Auschwitz. Le jeune Georges a connu sa mère jusqu'à l'âge de cinq ans et en 1941, elle l'a envoyé dans un convoi de la Croix-Rouge sous occupation nazie. Elle l'a miraculeusement sauvé de la Shoah. Olivia Elkaim se saisit de cette tragédie familiale en utilisant deux titres de l'oeuvre perecquienne : "La Disparition" en 1969 et "Les Choses" en 1965. Le roman biographique raconte la vie de Cécile, coiffeuse à Belleville, et amoureuse de son André, le père de Georges Perec, engagé dans la Légion étrangère. Sur le front, il va mourir en Juin 40. Evidemment, il reste peu de traces de l'existence de cette femme et l'écrivaine imagine "ses manières, un phrasé, des sentiments" dont elle ne sait rien. Elle ajoute dans un entretien dans le Monde : "Je comble de romanesque là où il n'y a que du vide". Olivia Elkaim invite aussi les amis de Perec, surtout Robert Bober qui se réunissaient autour de leur passion ludique pour les jeux littéraires de l'Oulipo. Elle établit un parallèle entre le passé des années 40 et l'antisémitisme actuel et dans un jeu de miroir, elle se confie sur sa maternité et sa judéité. Ce livre émouvant sur la mère de Georges Perec et sur le thème de la disparition est un bel hommage, d'une grande tendresse et d'une lucidité inquiétante. Pour ma part, en fermant les pages de ce livre, j'avais envie de relire "W ou le souvenir d'enfance" et d'autres titres comme "Les Revenentes" pour retrouver ce magnifique écrivain. 

jeudi 16 avril 2026

"Marcher, un art tranquille du bonheur", Le Breton

Quand j'ai pris ma retraite en 2010, j'ai découvert la marche, "un art tranquille du bonheur" comme le dit David Le Breton dans son ouvrage sur la marche, paru chez Métailié, en livre de poche. Anthropologue et professeur de sociologie à l'université de Strasbourg, il a déja proposé deux livres sur la marche et il revient sur ce thème pour apporter des preuves sur les "vertus thérapeutiques face aux fatigues de l'âme dans un monde technologique". Face à la sédentarité, provoquée par la présence permanente des écrans au travail ou chez soi, le sociologue prône évidemment le retour au corps pour éprouver le monde dans sa dimension physique. Faire corps avec le paysage, avec le ciel, avec le soleil ou avec la pluie. Marcher rime avec s'aventurer, rencontrer, se renouveler, suspendre les soucis du moment, rompre avec la routine. Dans ce livre érudit, l'auteur offre un évantail de grands marcheurs : du l'homme préhistorique à Thoreau, en passant par Jean-Jacques Rousseau, Jacques Lacarrière, Simone de Beauvoir, Sylvain Tesson, Jacqueline de Romilly et tant d'autres amoureux du plein air dans les sentiers et dans les chemins du monde ou près de chez soi. L'auteur évoque aussi les pélerinages surtout celui de Saint-Jacques de Compostelle. Il critique avec humour les machines à se déplacer comme les trottinettes, une invention infernale contre la marche. Ceux et celles qui pratiquent ce sport tranquille s'adonnent aussi à un bonheur simple sans appareil sophistiqué, gratuit (à part l'achat de bonnes chaussures) et bénéfique pour la santé physique et mentale. Arpenter un lieu signifie aussi une "renaissance au monde". David Le Breton évoque méme le sentiment de résistance à notre vie connectée et au "plaisir d'être soi". Marcher ressemble à une méditation libératrice : "La mise en mouvement du corps est une mise en mouvement d'une pensée qui se libère des impasses où elle se tenait". Cet essai revigorant donne envie de se lever et de marcher pour "savoir s'arrêter, regarder, prendre son temps"  ! La marche ressemble à la lecture dans sa dimension d'un temps pour soi, d'une déconnexion temporaire hors écran et d'un bonheur "tranquille" assuré. Un  essai très agréable à lire.