jeudi 4 juin 2026

Atelier Littérature. Les coups de coeur, 2

 Annette a évoqué deux coups de coeur : "Les chemins de l'estive" de Charles Wright, paru dans la collection J'ai lu en 2022.  L'auteur se présente comme "un aventurier de la France cantonale, un explorateur de sous-préfectures". Il parcourt les déserts du Massif central, d'Aubusson à Saint-Flour, au total, 700 kilomètres à pied. Ce voyageur écrit une ode à la liberté et à l'aventure spirituelle. Il parle de Rimbaud, de Charles de Foucauld mais aussi des gens rencontrés au fil de la marche. Son deuxième coup de coeur concerne un premier roman, "Nourrices" de Séverine Cressan, publié chez Dalva. Cet ouvrage raconte l'histoire des nourrices, "ces mères invisibles sur lesquelles a reposé toute une industrie pendant plusieurs siècles". Sylvaine accueille un bébé de la ville pour lui donner du lait maternel. Elle a aussi un petit garçon. Un jour, elle découvre un bébé abandonné dans une clairière et elle le sauve. Mais, la petite de la ville meurt dans son sommeil et pour cacher aux parents cette perte, elle l'échange avec le bébé retrouvé. Ce roman social sur la condition des femmes dans le monde rural rend hommage à toutes celles qui ont donné leur lait aux enfants pour survivre. L'autrice a été invitée à Chambéry dans le cadre du Festival du Premier Roman. Régine a terminé la séance "coups de coeur" avec un roman italien, "Celle qui est revenue" de Donatella Di Pietrantonio, paru au Livre de Poche en 2022. A 13 ans, la narratrice apprend qu'elle n'est pas la fille "naturelle" de ses parents. Elle a été adoptée, choyée dans cette famille mais elle doit quitter la ville pour être rendue à sa famille biologique. Dans sa nouvelle vie, elle doit s'adapter à la pauvreté, à la violence et au dialecte parlé dans le village. Elle ne sait plus qui elle est et se pose la question "De qui est-on l'enfant ?". Les parents adoptifs l'ont abandonnée. Quelles sont les raisons de cet abandon ? Régine a beaucoup apprécié ce roman servi par une écriture "charnelle", selon les critiques. Elle a cité aussi le roman d'Irène Frain, "L'Or de la nuit", paru en 2025. Un hommage aux "Mille et Une nuits", ouvrage collecté au XVIIIe siècle par un voyageur et orientaliste français, Antoine Galland. Un roman historique remarquable à découvrir. Rendez-vous le jeudi 18 juin pour le dernier Atelier de la saison avec le thème des nouvelles. 

mercredi 3 juin 2026

Atelier Littérature. Les coups de coeur, 1

 Mylène a démarré la séquence "coups de coeur du mois" avec "L'Epouse" d'Anne-Sophie Subilia, publié chez l'éditeur suisse Zoé. En janvier 1974, une anglaise s'installe avec son mari, délégué humanitaire à Gaza. Elle partage la vie des humanitaires au Beach Club entre bains de mer et rencontres. Mais, elle ne se sent pas à l'unisson avec ses compatriotes et elle remarque les présences militaires, les regards des habitants, l'atmosphère oppressante du lieu. Son couple s'effiloche aussi et elle se ressource avec un vieux jardinier, Hadj et une psychiatre palestienne, avec laquelle elle devient amie. Un roman sensible et un beau portrait de femme. Mylène nous a lu un passage pour montrer le style limpide de cette écrivaine suisse. Janelou a beaucoup apprécié le dernier roman de Bernhard Schlink, "Ce qui reste", paru chez Gallimard en mars 2026. A 76 ans, Martin apprend qu'il n'a que quelques mois à vivre à cause d'un cancer foudroyant. Il veut mettre sa vie en "ordre" avant de partir. Son épouse de trente ans sa cadette et son jeune fils de sept ans l'entourent d'affection. Mais, comment préparer sa mort, aller à l'essentiel, profiter des derniers momenrs en famille ? Sa femme entretient une autre relation amoureuse et son fils ne réalise pas la finitude de son père. Ce roman crépusculaire et bouleversant interroge la transmission, l'amour, le pardon. Un grand Schlinck à découvrir. Geneviève a lu la biographie de Jean Renoir, le cinéaste, sur son père, "Pierre-Auguste Renoir", dans la collection Folio, paru en 1999. Un fils parle de son père qu'il connaît bien. Bourré d'anecdotes sur cette époque, le biographe s'attache à décrire un homme doué pour l'art et luttant contre des rhumatismes invalidants. Ce livre documenté se lit avec plaisir. (La suite, demain)

mardi 2 juin 2026

Atelier Littérature. La Mer, 2

Marie-Christine a choisi un roman hors de ma liste, "Pêcheur d'Islande" de Pierre Loti, publié en 1886. Ce livre sur la mer raconte l'histoire des marins qui partaient pendant des mois vers l'Islande. Ils affrontaient le froid, les tempêtes, le danger et la mort par noyade. Les femmes restaient à terre dans une attente angoissante. Une histoire d'amour entre la fille d'un commerçant de Paimpol et d'un pêcheur apporte une touche romanesque au récit. Le style de Pierre Loti, imprégné de poésie, se lit encore avec plaisir. Agnès a beaucoup aimé "Cézembre" d'Hélène Gestern, publié en Folio en 2025. Ce roman évoque la ville de Saint-Malo, son histoire par l'intermédiaire de Yann, professeur d'histoire à Paris, récemment divorcé et retournant dans sa ville natale. Il est un héritier de la famille des Kérambrun, propriétaires d'une compagnie maritime florissante. Yann, mène une enquête en fouillant les archives familiales. Son père, dur et autoritaire, imposait sa loi. Dans ces archives, il découvre des secrets de famille. Ce beau texte sent bon l'air iodé et le goût salé de la mer. Annette a eu la bonne idée de relire "20 000 lieux sous la mer" du génial Jules Verne. Je consacrerai un billet sur ce livre "mythique". Notre amie a retrouvé la dimension encyclopédique de l'écrivain avec des descriptions scientifiques sur le monde marin. L'histoire raconte l'aventure du capitaine Nemo et de son équipage dans le Nautilus. Un retour à l'enfance, une escapade fantastique dans le monde marin. Danièle a présenté le roman d'un écrivain norvégien, Roy Jacobsen, "Mer Blanche". Ingrid, le personnage central, recueille un homme gravement blessé dont elle ne sait rien. Elle vit dans une île du Nord de la Norvège et elle comprend vite qu'un bateau allemand a sombré avec des prisonniers russes. En soignant cet homme, elle va tomber amoureuse de lui. Ils vont donc s'aimer pendant de longs mois d'hiver tout en ne se comprenant pas. Mais, la guerre finira par les rattraper. Un grand écrivain à lire et à suivre dans les confins de la Norvège. Geneviève et Odile ont lu "Magellan" de Stefan Zweig. Odile, bien qu'absente, a écrit dans son mél que ce livre "se lit comme un roman d'aventures et quel personnage que Magellan". Elle ajoute que l'écrivain autrichien, toujours aussi passionnant à lire, a réalisé un travail d'historien, une reconstitution historique très documentée et réaliste. Pour s'évader loin de notre monde contemporain complexe, Magellan vous embarquera loin, très loin de notre Europe. Le thème de la mer a donc intéressé nos lectrices de l'Atelier. Je regrette que le livre d'Hermann Melville, "Moby Dick" n'a pas obtenu gain de cause. Mais, il est au programme de mes lectures d'été et j'en parlerai dans ce blog... 

lundi 1 juin 2026

Atelier Littérature. La Mer, 1

L'Atelier Littérature s'est tenu dans le bar, Jetez l'ancre" ce jeudi 28 mai malgré une météo caniculaire. Les lectrices quasi au complet ont eu le courage de se déplacer et cette fidélité m'a vraiment mis du baume au coeur. Dans les journaux, je lis régulièrement des rubriques sur l'abandon des livres et de la littérature surtout de la part de notre jeunesse. Mais, à Chambéry, quelques lectrices font de la résistance en participant à cet atelier où la lecture est reine. Merci à toutes de montrer autant d'intérêt pour parler de romans, de poésie, de littérature. J'avais choisi le thème de la mer dans les romans et Janelou a démarré la séance avec Joseph Conrad, "La Ligne d'ombre". J'ai consacré un billet sur cette fable philosophique, une allégorie de la vie et de la mort dans ce vaisseau fantôme où les hommes essayent de survivre dans un chaos marin fantasmé et fantastique. Mais, Janelou n'a pas été sensible à ce type de roman, au fond, très masculin car dans ce bateau maudit, aucune femme n'est présente. Ce roman moins connu que "Lord Jim" et "Au coeur des ténèbres" mérite pourtant une lecture attentive. Le capitaine vit dans une solitude absolue avec tous ses hommes malades et la mer le captive : "Pendant un long, très long moment, j'affrontai un monde vide, baigné dans un infini de silence, à travers lequel le soleil se déversait et s'écoulait dans quelque dessein mystérieux". Un grand écrivain à découvrir. Trois lectrices ont eu un grand coup de coeur : Régine, Geneviève et Véronique pour "L'Ile" de Sigridur Hagalin Björnsdottir, paru chez Actes Sud en 2024. Ce roman dystopique, venu d'Islande, raconte un monde sans Internet. Que se passerait-il dans un pays isolé des nouvelles technologies ? Quelles réactions du gouvernement, des médias, de la population ? Comment apprendre à vivre en autarcie ? Régine a très bien résumé ce roman en nous donnant envie de le lire au plus vite. Ce futur effrayant pourrait advenir avec tous les problèmes géopolitiques actuels. Un très bon livre qui donne des frissons anticipés. (La suite, demain)

mercredi 27 mai 2026

"Le grimpeur et le grognard", Régis Debray et Sylvain Tesson

 J'ai lu un dialogue très intéressant entre le grimpeur libertaire, Sylvain Tesson et le grognard républicain, Régis Debray, publié chez Gallimard/Equateurs. Tout les sépare sur plusieurs plans : l'âge, le passé, la politique, la conception de la vie mais ils se rejoignent pourtant dans une attitude d'amitié, de compréhension et de tolérance. Ils partagent aussi avec passion, la littérature avec un grand L. Régis Debray, l'ancien, est célèbre pour son engagement politique du côté des révolutionnaires cubains, de la gauche mitterrandienne. Un chantre des idées progressistes. Un Gaullien de gauche, comme il se définit. Mais, il a le courage d'avouer : "Le salut de nos semblables ? C'était voir un peu trop large. Mais heureusement, on rétrécit en vieillissant. Vous verrez, on en rabat". Le jeune Tesson a choisi l'aventure, la liberté, la jouissance de la vie et de soi, la nature : "J'ai trouvé que la jouissance d'une nuit de bivouac, seul dans la forêt, valait mieux que la volonté de peser sur le destin de mes semblables. Je croyais à la poudre d'escampette. Vous, à la poudre de canon". Dans leur démarche intellectuelle, la question centrale revient sans cesse : "Faut-il changer le monde ou le contempler ?". Les deux hommes se rencontrent chez Régis Debray, discutent à bâtons rompus, s'écoutent, s'étrillent gentiment, se câlinent comme un père avec son fils. L'un aime l'Histoire, l'autre préfère la géographie. Le Temps et l'Espace. L'un représente l'idéal révolutionnaire, l'autre est réputé pour son conservatisme. L'un aime "la camaraderie, les groupes, les bandes", l'autre, le culte du moi, la solitude, l'aventure. L'ancien lance des formules percutantes : "Il y a les solidaires et les solitaires. La gauche est plutôt dans la première catégorie. Lui se détache, moi, je m'attache. Il aime la solitude, moi, j'aime le coude à coude". Il est assez rare de mettre en lumière deux intellectuels que tout oppose et leur dialogue brillant et complice ressemble à une joute verbale de très haute tenue. Ces deux hommes se retrouvent sur leur amour commun de la littérature, de la civilisation du livre. Régis Debray la définit ainsi : "La littérature, c'est échapper au temps superficiel. C'est une façon de quitter le monde et de quitter l'entre-soi pour se chercher en soi-même". Ces deux grands lecteurs partagent leur passion de la littérature mais l'un pratique la lecture dans un fauteuil quand l'autre embarque les livres dans les sommets du monde. Une lecture apaisante et revigorante. 

mardi 26 mai 2026

"Les Buddenbrook", Thomas Mann, 2

 Dans ce roman-fleuve passionnant, les relations familiales demeurent l'axe central et chaque personnage se débat souvent en vain pour atteindre la sérénité heureuse. Dans la troisième génération, la plus intéressante à mes yeux de lectrice, Thomas éprouve un amour passionnel pour sa femme, Gerda, musicienne quasi professionnelle. Mais, son mari ne ressent pas la musique comme elle. Une différence entre eux irréconciliable, une fêlure dans leur couple. Ce tourment obsède cet homme plus sombre que jamais. Il avait renoncé dans sa jeunesse, par convenance bourgeoise et par ambition sociale, au mariage avec une petite fleuriste, peut-être le seul amour de sa vie.  La soeur de Thomas, Tony, le personnage féminin le plus important du roman, a cru à l'amour à deux reprises mais chaque mariage contracté s'est révélé désastreux. Ses maris successifs ne songeaient qu'à sa dot et à la richesse de la famille Buddenbrook. Sa propre fille, Elizabeth, connaîtra le même naufrage dans son mariage. Thomas, en frère aîné de la fratrie, prendra soin de sa soeur Tony, qui malgré ses déboires conjugaux, conserve une énergie de vivre à toutes épreuves. Je garde le fil sur Thomas, un personnage intense, profond et d'une rigueur toute "germanique". Ses relations avec son frère Christian ne reflètent en aucun cas une harmonie fraternelle. D'un tempérament velléitaire, ce frère bohème ne s'investit pas dans le commerce comme Thomas. Ils parviennent à se supporter mais la haine les habite. Thomas Mann décrit avec une certaine ironie que les relations familiales peuvent générer des malentendus et des incompréhensions jusqu'à la rupture complète. L'écrivain allemand porte un regard lucide et critique sur cette classe bourgeoise corsetée, conformiste et trop traditionnelle. L'amour, thème majeur dans le roman accompagne aussi la mort, présente et redoutée à tout moment : "La mort était un retour au pays au terme d'une longue et très pénible errance, la correction d'une lourde faute, l'affranchissement des liens les plus vils, une immense levée d'écrou". Pensée inspirée de Schopenhauer. Quel roman intense à découvrir cet été quand le temps s'allonge pendant les vacances. Le lire m'a rappelé "Les Thibault" de Roger Martin du Gard que j'avais vraiment apprécié dans ma jeunesse. La littérature classique conserve tout son charme et toute sa magie ! 

lundi 25 mai 2026

"Les Buddenbrook", Thomas Mann, 1

 Enfin, j'ai découvert le grand roman de Thomas Mann, "Les Buddenbrook", grâce à Danièle qui l'avait présenté en mars comme un "immense coup de coeur". Comme je suis aussi partie à Munich, j'avais décidé de l'embarquer dans ma valise car je lis toujours un roman sur le pays que je visite. Le lieu choisi par Thomas Mann se nomme Lübeck, sa ville natale, port historique de la Hanse au Nord de l'Allemagne. Ce premier roman, écrit à l'âge de 26 ans et publié en 1901, le fit connaître au public. J'ai tout de suite été captée par ce texte dans la tradition romanesque des écrivains du XIXe, de Balzac à Tolstoï, de Flaubert à Zola. Chronique familiale et sociale, fresque historique, ce roman a été adapté au cinéma en 2008 et diffusé en 2025 sur Arte. L'histoire débute en 1835 et se termine en 1877. L'écrivain allemand a divisé son texte en onze parties et chaque personnage principal joue un rôle déterminant dans les destinées des membres de la famille. Le fondateur de la maison de commerce, Johann Buddenbrook, est un entrepreneur talentueux et sa piété le caractérise. Devenu veuf avec un jeune fils, Gotthold, il se marie avec Antoinette, une jeune femme d'origine aristocratique de Hambourg, dont il a un second fils, Jean. Jean prendra la suite de l'entreprise et aura lui-même deux garçons, Thomas et Christian, et deux filles, Tony et Clara. Cette troisième génération constitue le coeur du roman. Thomas, homme cultivé et apprécié, hérite de l'entreprise familiale très prospère. Il s'est marié avec Gerda, une jeune femme d'Amsterdam, très belle et musicienne de son état. Ils auront un fils, Hanno. A la trentaine, cet homme ressent déjà une perte d'énergie et même s'il est engagé politiquement dans la municipalité, il se met à douter et à se mettre en question sous l'influence du philosophe pessimiste, Arthur Schopenhauer, très en vogue à cette époque. Ce personnage central symbolise une certaine rupture dans la génération de ses ancêtres. Il va tomber malade et sera obligé de liquider l'entreprise familiale. Hanno, son fils de santé fragile, sera emporté par la typhoïde à l'âge de seize ans. (La suite, demain)

mardi 19 mai 2026

Rubrique Cinéma, "L' Abandon", hommage à Samuel Paty

 16 Octobre 2020 : Samuel Paty est assassiné, décapité par un terroriste islamiste devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine. Six ans après ce drame horrible, le réalisateur, Vincent Garenq, signe un film juste, sobre, salutaire. L'histoire de ce professeur d'histoire et de géographie démarre onze jours avant sa mort atroce. Mickaëlle Paty, la soeur du professeur, a participé au scénario du film. Ce professeur doit faire comprendre à sa classe la notion de laïcité, de tolérance dans son programme : le droit de croire ou de ne pas croire, le droit du blasphème, la liberté d'expression. Pour ne pas blesser les élèves musulmans, il leur accorde de quitter la salle. A partir de ce geste, le professeur va vivre un cauchemar provoqué par ce malentendu. L'engrenage administratif s'engage avec le proviseur pourtant efficace et les diverses instances du Ministère de l'Education Nationale. Comment protéger ce professeur ? Les agents de l'Etat n'évaluent pas le danger des réactions délèteres du père et de son immam radical au nom de l'islamophobie. Premier aveuglement. Les collègues du professeur semblent bien timides dans leurs réactions. Deuxième aveuglement. En fait, le film montre avec justesse tous ces abandons successifs : la hiérarchie administrative débordée, la police débordée, la cellule anti-terrorriste débordée, le référent laïcité, etc. Et cet abandon, le réalisateur le démontre à tous ces niveaux. J'ai vu ce film avec beaucoup d'émotion car mon fils est professeur d'histoire et de géographie dans un collège plus que problématique. J'avoue que j'avais les larmes aux yeux quand la scène finale montre l'assassinat de Samuel Paty. Il faut absolument aller voir ce film sérieux, rigoureux, servi par un comédien émouvant, Antoine Reinartz. Ce film courageux, très courageux doit être soutenu sans conditions pour la liberté d'espression, pour la liberté de penser, pour la Liberté tout court. Je pense aussi à Dominique Bernard, professeur de français, assassiné par un terrorriste islamiste le 13 octobre 2023. Funeste mois d'octobre pour les enseignants, nos hussards de la République, en première ligne face au totalitarisme islamiste. Si j'étais un Président, j'associerai les deux professeurs pour le Panthéon et je déclarerai une journée commémorative annuelle le 16 octobre pour la sauvegarde des valeurs républicaines, un trésor démocratique à préserver à tout prix.  

lundi 18 mai 2026

"Le Menteur", Henry James

 Je ne passe jamais un an sans mettre dans mon programme de lectures, une nouvelle ou un roman d'Henry James. Je viens de découvrir avec plaisir, "Le Menteur", publié en 1888 et disponible en Folio. Le personnage principal, Oliver Lyon, un peintre connu, doit faire le portrait d'une cliente, une femme très belle qu'il a connue dans son passé. Cette femme, Everina, dont il était amoureux, avait refusé sa demande en mariage. Dans un manoir où il est invité, il retrouve Everina, mariée au colonel Capadose, un bel homme. Mais, ce militaire possède un vilain défaut : il se vante souvent de faux exploits et s'adonne donc aux mensonges. Sa réputation de menteur notoire ne l'empêche pas de briller dans la haute société anglaise. Oliver décide de parler à Everina pour lui faire comprendre que son mari trompe tout le monde. Mais, elle avoue qu'elle l'aime et le trouve parfait. L'artiste ne comprend pas la naïveté de son amie retrouvée et propose alors de peindre leur fille, puis son mari, tableau qui révélerait sa vraie nature de menteur. Les séances avec le colonel s'effectuent sans la présence d'Everina. Le colonel ne se doute pas du projet d'Oliver. Le couple Capadose se présente en l'absence du peintre pour voir le tableau. Mais, le peintre revient chez lui et observe en cachette leurs réactions. L'épouse comprend le message du tableau : "Ce qu'il a fait de toi - ce que tu sais ! Lui aussi, le sait - Il l'a vu". Le colonel se met en colère et saccage la toile à coups de couteau. Le peintre se tait et quand il leur rend visite, il leur annonce que le tableau est détruit. Le colonel ment pour cacher son acte et sa femme le soutient entièrement. Le peintre comprend alors qu'Everina se révèle complice de son menteur d'époux. Oliver, dépité, ne reconnaît plus la femme aimée, pervertie par son mari. Il décide alors qu'il ne les verra plus. Une nouvelle étonnante, subtile, profonde sur les relations humaines, souvent teintées d'ambiguité et de mystère. Henry James, un écrivain intemporel et un vrai plaisir de lecture dans un monde qui n'est pas si loin de nous. 

vendredi 15 mai 2026

Rubrique Cinéma : "Vivaldi et moi"

Je vais très peu au cinéma mais je n'ai pas hésité une seconde pour aller voir le film, "Vivaldi et moi" du réalisateur italien, Damiano Michieletto. Ce film est inspiré d'un excellent roman de Tiziano Scarpa, "Stabat mater". L'histoire se déroule à Venise en 1716 dans l'orphelinat de "l'Ospedale della Pieta". Cécilia, une jeune orpheline, intègre l'orchestre des jeunes filles de l'hôpital en tant que violoniste. Douée pour la musique, elle apprécie beaucoup moins la discipline stricte de l'institution. Cet orchestre doué joue masqué dans une tribune de l'église pour un public de nobles vénitiens. Cécilia se lève la nuit pour écrire des lettres à sa mère qu'elle n'a pas connue. L'institution destine certaines d'entre elles au mariage forcé avec des nobles. Cecilia est promise au comte de Sanfermo, qu'elle doit épouser dès son retour d'une guerre contre les Turcs. L'orphelinat "vend" donc ces jeunes filles et Cecilia refuse ce mariage arrangé. Alors, apparaît le génial Vivaldi, prêtre, de santé fragile, recruté pour attirer un public plus large. Il remarque le talent de Cecilia pour la musique. Une relation de confiance lie ces deux êtres sensibles et passionnés. Le succès des concerts se confirme avec les compositions du musicien. Mais, le comte revient chercher sa proie et tout ne se passe pas comme prévu. Cecilia choisira la liberté en s'échappant de l'orphelinat. Il faut aller voir ce film pour trois raisons : Vivaldi, sa musique rayonnante, Venise, sa beauté architecturale, Cecilia, son esprit rebelle. Evidemment, au XVIIIe, il ne fallait pas naître pauvre dans une ville très riche. Les abandons d'enfants étaient monnaie courante. Le roman me semble bien supérieur au film mais, j'ai passé un bon moment, entourée de musique et de belles images dans une Venise de rêve.  

jeudi 14 mai 2026

"La Ligne d'ombre", Joseph Conrad

 J'ai choisi le thème de la mer dans le cadre de l'Atelier Littérature pour le jeudi 28 mai. Evidemment, j'ai voulu me faire plaisir en proposant ce sujet que j'ai intitulé, "Prendre le large". Avec cette météo très médiocre du mois de mai, réver de soleil, de bord de mer et de vagues ne peut que provoquer de bons moments que la lecture procure. J'ai donc lu quelques titres de ma liste bibliographique en commençant par le roman de Joseph Conrad, "La Ligne d'ombre". J'ai souvent songé à cet écrivain anglais très réputé dans le monde anglo-saxon. Le roman ("The Shadow-Line) est un récit maritime largement autobiographique, sous-titré "Une confession", paru en 1917. L'écrivain avait dédié son livre à son fils, Borys, parti pour la guerre et à tous les autres qui "ont franchi dans leur prime jeunesse la ligne d'ombre". Dans un port d'Extrème-Orient, le narrateur, un marin, veut rentrer chez lui. Il démissionne de son poste de second sur un bateau à vapeur. Mais, il renonce à son projet de départ et, par ambition, il accepte le commandement d'un trois-mâts en partance pour Singapour.  Il est mal accueilli par son second qui tombe malade en pleine mer. Cet homme s'avère hanté par le souvenir de son ancien capitaine, mort dans sa cabine d'une façon mystérieuse. Son corps a été jeté dans la mer. A partir de cet incident de mauvais augure, le bateau s'immobilise, faute de vent. Sous un soleil de plomb, l'équipage perd pied, attrape une fièvre tropicale et sombre dans le désespoir. Le narrateur et le cuisinier montrent un courage surhumain et forment le seul équipage, épargné par la maladie en luttant contre ce mauvais sort. Joseph Conrad écrit : "On s'en va. Et le temps, lui aussi, s'en va... Jusqu'au jour où l'on aperçoit droit devant une ligne d'ombre vous avertissant que les parages de la prime jeunesse, eux aussi, doivent être laissés en arrière". Je ne dévoilerai pas la fin de ce roman fascinant pour conserver l'intérêt de l'intrigue. Je comprends mieux, après avoir lu ce récit, le génie littéraire de Joseph Conrad. Il pose des questions philosophiques sur le destin, les actes irréfléchis, le courage, la lutte contre les éléments, les valeurs morales, le Mal, la folie et tant d'autres thèmes à découvrir. Quand je me suis embarquée dans ce trois-mâts, j'avais l'impression de ressentir l'effroi des marins dans ce monde des ténèbres où seuls, le capitaine et le cuisinier symbolisaient le Bien et la Raison. Une trés belle fable sur la condition humaine. 

mardi 12 mai 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur

 Après le thème du bonheur, nous avons évoqué les coups de coeur. Régine a présenté deux coups de coeur avec "Les enfants uniques" de Gabrielle de Tournemire et "La forme et la couleur des sons" de Ben Shattuck. Le premier cité, paru chez Flammarion, traite le thème de l'handicap. Hector et Luz forment un couple particulier car ils sont handicapés. Redoutée par leurs familles respectives, empêchée par la société, leur relation amoureuse rencontre des obstacles et pose des questions délicates. Le rôle des parents et d'un éducateur les aident à construire leur couple. Régine a beaucoup apprécié ce premier roman tout en délicatesse et a précisé que l'écrivaine est invitée en fin mai au festival du Premier Roman. Le second coup de coeur au titre étonnant est un recueil de nouvelles. La première raconte l'histoire de deux jeunes hommes en 1919, liés par un amour sous le signe de la musique. Ils recueillent des chansons traditionnelles dans le Maine. Mais, l'un deux disparaît brusquement. Des années plus tard, une femme retrouve les cylindres dans une maison qu'elle vient d'emménager. La particularité du recueil repose sur une forme musicale et poétique du "hook-and-chain", popularisée au XVIIIe siècle en Nouvelle-Angleterre. Ces nouvelles sont donc réliées entre elles par ce chaînon du passé qui resurgit par hasard. Un écrivain nouveau à découvrir. Annette a évoqué son coup de coeur, "La vie en fuite" de l'écrivain irlandais, John Boyne. En 1946, une mère et sa fille quittent la Pologne pour Paris. En 2022, à Londres, Gretel Fernsby revient sur son passé secret quand elle est confrontée à de nouveaux voisins. Un très bon roman. Danièle nous a signalé la parution d'un deuxième roman d'une écrivaine qu'elle connaît personnellement. Il s'agit de Marielle Hubert et de son roman, "Selon toi". On en reparlera dans l'Atelier de mai. Peu de coups de coeur en avril et donc, un grand merci à Régine, à Annette et à Danièle. 

lundi 11 mai 2026

Atelier Littérature, le bonheur, 2

 Véronique a bien apprécié "Toutes les familles sont heureuses" d'Hervé Le Tellier, paru en Poche en 2021. Le titre de cette autofiction semble bien ironique pour le narrateur qui raconte une famille "dysfonctionnelle". Il avoue dans ce texte : "Je n'ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j'ai compris que quelque chose n'allait pas, très tôt, j'ai voulu partir, et d'ailleurs très tôt je suis parti". Hervé Le Tellier ne manifeste aucune rancune dans ce texte malgré cette famille bancale. Il a choisi la fuite : "Les enfants n'ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d'aimer plus encore la vie". Une autobiographie, teintée d'humour et d'une résilience étonnante. Régine a choisi le roman de Catherine Cusset, "La Définition du bonheur", paru chez Gallimard en 2021. Elle a été déçue par ce livre qui, pourtant, se lit avec plaisir mais sa critique porte sur les clichés sociétaux. Tout y passe : le viol, le covid, les bobos parisiens, etc. L'histoire de deux amies, Clarisse et Eve, se déroule à partir des années 80  à Paris et à New York : "Pour Clarisse, le bonheur n'existait pas dans la durée et la continuité (cela c'était le mien), mais dans le fragment, sous forme de pépite qui brilllait d'un éclat singulier, même si cet éclat précédait la chute". Entre Clarisse, la grande amoureuse passionnée et Eve, la raisonnable, quelle est la bonne voie pour atteindre le bonheur ? Catherine Cusset brosse le portrait de notre époque et de la condition féminine en évoquant le rapport au corps, au désir, à la maternité et aux années qui passent. Un avis mitigé de Régine que je partage mais qui n'empêche pas d'aller rencontrer ces deux héroïnes des temps modernes. Odile a beaucoup aimé le roman d'Erri De Luca, "Un jour avant le bonheur", publié en Folio en 2012. Naples après la Guerre, un jeune orphelin, un concierge, don Gaetano, une transmission. Erri De Luca raconte une belle histoire d'éducation entre un homme généreux et un petit garçon, avide d'apprendre à vivre. Mais, ce concierge possède un don : il lit dans la pensée des gens. Il sait que son protégé est amoureux d'une jeune fille. Un roman magistral, un roman initiatique à découvrir et le charme fou et incommensurable de l'Italie. 

vendredi 8 mai 2026

Atelier Littérature, le bonheur, 1

 Le jeudi 30 avril, nous étions presque au complet dans le salon de "Jetez l'ancre" pour évoquer le thème du bonheur dans la littérature. J'avais demandé des citations sur le bonheur pour démarrer la séance et je compte les livrer dans ce blog quand les lectrices amies me les enverront en mél. Odile et Janelou ont lu "La Joie de vivre" d'Emile Zola. Elles ont beaucoup apprécié ce roman centré sur le personnage de Pauline, une optimiste née alors qu'elle traverse sans cesse des malheurs. Publié en 1884, Emile Zola a écrit ce douzième tome des Rougon-Macquart pour en faire "un roman intime, à peu de personnages, avec une grande simplicité de style". Dans un petit village du bord de la Manche, la petite Pauline, une orpheline assez fortunée, est recueillie chez un oncle, son tuteur. En fait, Pauline sera victime de sa bonté naturelle car elle accepte de donner son argent pour financer les opérations hasardeuses de son cousin, un homme sans cesse déprimé et velléitaire. Elle va même se sacrifier pour Lazare, ce cousin si soumis à sa mère avec lequel elle devait se marier, en proposant une amie qui le convoitait. Pauline ou la bonté incarnée. Les autres personnages symbolisent l'avidité, la méchanceté, et l'hypocrisie.  Un roman passionnant, un classique intemporel. Danièle a choisi "Que ma joie demeure" de Jean Giono. Ce roman pastoral raconte l'histoire d'une communauté paysanne de la Provence, chère à l'écrivain. Malgré quelques descriptions un peu longues sur des scènes villageoises, Danièle a beaucoup aimé le style de Giono, son amour de la terre et des paysans, ses idées utopiques sur le partage. Un roman virgilien à découvrir et surtout un hommage vibrant à la nature. Marie-Christine a lu avec plaisir "Marcher la vie, un art tranquille du bonheur" de David Le Breton. Une histoire documentée et érudite de la marche dans tous ses aspects : physique, moral, religieux, historique, philosophique. Un documentaire vraiment agréable à lire. (La suite, lundi)

jeudi 7 mai 2026

Escapade à Munich, la dolce vita à l'allemande

 J'ai eu quelques petis ennuis avec la compagnie Lufthansa car mon vol de retour a été annulé. Un grand mouvement social concernant les salaires des navigants a mobilisé les avions sur le tarmac. Mais, avec ce mouvement, la compagnie allemande m'a offert une nuit d'hôtel supplémentaire et j'ai donc profité de cette journée de samedi pour retourner dans le centre de la ville. J'ai visité un dernier musée, la Sammlung Schack, présentant la peinture allemande du XIXe siècle. Dans ce quartier, j'ai voulu revoir le Jardin Anglais et j'ai assisté à un spectacle surprenant : des surfeurs téméraires domptaient une vague fluviale de la rivière Eisbach. C'était vraiment une surprise car, je connais bien la culture surf de Biarritz et me retrouver devant ces jeunes cavaliers de cette vague unique en centre ville m'a beaucoup amusée. J'ai repris le chemin en bus pour me rendre au centre de Munich pour revoir la Marienplatz et j'ai consacré mon après-midi aux églises les plus belles de Munich : la Peterkirche, la Heiliggeiskirche et la Michaelkirche. Dans la dernière église citée, j'ai vu le tombeau de Louis II de Bavière, le roi "fou", personnage central d'un film de Visconti. En me baladant dans le centre ville, j'ai constaté une ambiance bon enfant, sereine et décontractée. Une impression de dolce vita avec la présence de nombreux restaurants italiens, du spritz dans les bars,  et de tout le baroque des églises munichoises. En cette fin du mois d'avril, j'ai toujours déjeûné en terrasse sous un soleil chaleureux. Dans le métro, dans le bus, j'ai rencontré des Munichois sympathiques et certains, surtout le samedi, portaient leur costume bavarois avec leur chope de bière (vide, heureusement). Ce séjour munichois m'a donc réservé de très bons moments dans les parcs et jardins, dans le centre historique et surtout dans ses très beaux musées. Je n'ai pas appris, hélàs, l'allemand, une langue difficile, mais j'ai compris un aspect de la vie allemande à Munich avec ses milliers d'étudiants, ses urbains branchés, ses vélos et ses pistes cyclables, son architecture flamboyante, ses brasseries et ses monuments. Après Venise, une destination de rêve, Munich méritait bien un détour, surtout pour ses musées...   

mercredi 6 mai 2026

Escapade à Munich, l'art moderne et contemporain, 2

Je n'ai pas manqué la Pinakothek der Moderne, dans le beau quartier de Maxvorstadt, ouvert depuis 2002.  Ce gigantesque édifice de 22 000 m2 réunit quatre collections : la peinture, l'architecture, le graphisme et le design. Dès que je suis rentrée, j'ai remarqué un lieu remarquable avec une rotonde de verre et son toit en dents de scie. Cette "cathédrale de verre" contient 35 salles et complète l'offre artistique de Munich. J'avoue que je préfère la peinture des siècles précédents, mais quelques peintres ont retenu mon attention dans cette visite : Matisse, Picasso, Miro, Magritte, Dali, Juan Gris pour citer les plus connus. J'ai retrouvé quelques oeuvres du groupe Le Cavalier bleu et d'autres artistes expressionnistes allemands. Mais, quand j'ai poursuivi ma déambulation vers l'art contemporain, j'ai commencé à me poser des questions sur la présence de quelques oeuvres, qui, à mes yeux, me laissent de glace. De Warhol à Twombly, de Rauschenberg à Fontana, je n'accroche guère. J'ai même vu des oeuvres incroyablement bizarres comme une planche en bois sur un oreiller blanc... Ces artistes contemporains dont je n'ai même pas retenu les noms me semblent incompréhensibles. Ces espaces muséaux ressemblent à des coquilles vides. Où se cache la beauté dans ces objets usuels ? Une artiste a mis en scène des cadies pleins de vaisselle. J'ai compris le message ultra féministe d'une révolte antipatriarcale mais, tous ces concepts intellectuels et idéologiques, contenus par des "performances" scéniques, n'attirent pas grand monde dans ces espaces souvent désertés, même à Munich. Un troisième musée m'a aussi étonnée : le Branhorst, ouvert en 2009. Le bâtiment est recouvert de 36 000 lamelles en céramique de couleurs différentes qui donnent un aspect de tableau abstrait. Il utilise l'énergie solaire, ce qui est assez rare pour un musée. Au fond, j'ai préféré l'extérieur avec sa façade multicolore originale que les oeuvres contemporaines exposées. Décidément, je suis plus convaincue par la culture du passé que du présent. Un signe de mon âge, peut-être...

mardi 5 mai 2026

Escapade à Munich, l'art moderne et contemporain, 1

 Après la peinture européenne et l'art antique, j'ai poursuivi mes visites dans trois autres musées consacrés à l'art moderne et contemporain. Le Lenbachhaus est un musée municipal situé dans une vaste maison de style florentin, appartenant au peintre Franz von Lenbach, construite en 1887. J'ai donc découvert toutes les oeuvres des artistes du Cavalier bleu (Der Blaue Reiter) qui réunissait Kandinsky, Gabriele Munter, Franz Marc, August Macke, Paul Klee. Je suis restée un bon moment dans le jardin avec sa fontaine, ses sculptures, ses buis et ses bancs. Un jardin idylliqua, une oasis sereine. Rénovée pendant plus de trois ans, la maison toscane abrite aujourd'hui la généreuse donation de Gabriele Munter, peintre et partenaire de Vassily Kandinsky. La démarche artistique de ce mouvement annonce la peinture abstraite bien que beaucoup de toiles restent dans le domaine figuratif. Je reprends une définition de ce mouvement moderniste et passionnant : "La notion de vibration, de résonance intérieure, seule capable d'instaurer un authentique vocabulaire de correspondance entre couleurs, sons et mots, apparaît comme un thème majeur". Plusieurs tableaux de Kandinsky frappent les visiteurs par la symphonie des couleurs vives. J'aime aussi les tableaux de Gabriele Munter, dont l'un présente une femme assise écrivant une lettre. La pensée musicale se retrouve dans les peintures abstraites de Kandinsky qui estimait que la musique était supérieure à la peinture. Il faut voir dans ses toiles des sensations et des émotions. Ce mouvement d'avant-garde, malgré sa brièveté, a marqué l'histoire de l'art en revendiquant un renouveau "spirituel". Un très beau musée incontournable dans une visite de la ville. 

lundi 4 mai 2026

Escapade à Munich, une plongée dans l'archéologie, 2

 En face du musée archéologique, la Glyptothèque m'attendait et ce lieu si convoité dans mes projets d'escapade en Europe se présentait devant mes yeux, immuable, solennel et imposant. Ce nom d'origine grecque vient de gluptos, objet gravé, et de théké, boîte. Ce musée est consacré à l'art gréco-romain de la statuaire et de la sculpture antique. Inauguré en 1830, cet édifice, souhaité par Louis Ier, est surnommé l'Isar-Athènes. De style néo-classique, conçu comme un temple antique, ce bâtiment monumental a connu des heures sombres durant l'époque nazie quand des autodafés de livres bannis ont eu lieu devant le musée.Le parti nazi a exploité cette place royale pour sa propagande mortifère et totalitaire. Dès l'extérieur du bâtiment, dix-huit niches contiennent des oeuvres originales grecques et romaines. Le fronton au-dessus des colonnes porte aussi des statues de Johann Martin von Wagner, peintre et sculpeur du XIXe. Athéna, ma déesse préférée, protectrice des arts, se tient au centre. Treize salles voûtées, rectangulaires, carrées ou rondes sont reliées par une cour intérieure et la lumière extérieure inonde toutes les oeuvres exposées. J'étais ébahie de voir dans cet espace muséal déjà magnifique dans sa structure, une collection qui s'étend du VIe siècle av. J.-C. jusqu'au Ve siècle ap. J.-C.. Les personnages mythologiques côtoient les plus grands poètes, philosophes et empereurs, d'Homère à Platon, Alexandre le Grand à Marc Aurèle. J'ai remarqué des stèles funéraires émouvantes, des Kouroi, les figures du temple d'Egine, des mosaïques romaines. Une sculpture installée dans une salle spectaculaire en forme de dôme laisse filtrer un halo du lumière sur le Faune de Barberini qui a conservé tout son mystère. Je ne me trouvais plus à Munich mais à Athènes et à Rome ! Un voyage temporel et esthétique qui me fascine toujours autant.  Visiter ce musée archéologique réputé restera un des plus beaux souvenirs de mon séjour à Munich. 

vendredi 1 mai 2026

Escapade à Munich, une plongée dans l'archéologie, 1

 Cela fait quelques années que je voulais visiter Munich pour ses musées, en particulier, les deux musées archéologiques de la ville, d'une réputation internationale. La collection archéologique de l'Etat bavarois (Staatliche Antikensammlungen) est considérée comme l'une des plus importantes en Allemagne. Quand je suis arrivée dans ce quartier réputé, à la fois universitaire et muséal, j'avais l'impression d'être à Athènes. Sur la place Royale, la Konigsplatz, le musée forme avec la Glyptothèque un complexe architectural impressionnant avec des propylées pour établir la jonction entre les deux édifices construits au début du XIXe siècle. En forme de temple grec, le musée a été endommagé par les bombardements et restauré. Louis 1er de Bavière a légué toutes les oeuvres de cette collection prestigieuse : terres cuites, céramiques, bijoux, verres, casques, vaisselle, etc. Je ne savais plus où diriger mon regard rempli d'admiration devant des dizaines de vitrines contenant "mes" vases grecs", dignes du Louvre. Les objets antiques proviennent des fouilles de Vulci en Italie et des acquisitions réalisées auprès des successions de Lucien Bonaparte et d'autres monarques. A ma grande surprise, j'ai retrouvé des bronzes étrusques découverts à Pérouse et des terracotas grecques du Sud de l'Italie. Quand j'observais ces statuettes d'une grâce féminine incroyable, je comptais le nombre d'années qui me séparait de ces créatures de terre, (plus de 2 500 ans) et j'imaginais l'artiste qui façonnait avec amour ces objets votifs. Cet écart temporel me fascine toujours autant et c'est pour cette raison que j'aime l'art antique tellement ces hommes et ces femmes me sont proches et ont inventé la notion de l'art dans leur quotidien. J'ai découvert la "Coupe de Dionysos", un kylix (une coupe à boire) datant de 540 av J.-C.) et signé d'Exékias. L'image intérieure représente un voilier et au centre, Dionysos, Le décor de la coupe comporte des grappes de raisin et des dauphins, peut-être un hymne à la vie, au vin et à la mer... Je me souviendrai longtemps de cette visite dans l'un des plus beaux musées archéologiques de notre planète ! 

mercredi 29 avril 2026

Escapade à Munich, du Jardin anglais à la Residenz

  Après la visite de l'Alte Pinakothek, j'ai pris un bus pour l'Englischer Garten, un parc de plus de trois cents hectares, le poumon vert de Munich. Situé dans la partie nord-est du quartier de Schwabing, les guides touristiques le comparent à Central Park. Le jardin, ouvert au public en 1792, s'est inspiré des jardins anglais. J'ai pénétré le parc dans la partie sud et j'ai tout de suite remarqué les vastes pelouses vertes fréquentées par les Munichois et par les touristes. De nombreux ruisseaux parsèment la pelouse.  Des sentiers m'ont menée vers la Tour chinoise, construite en 1789, haute de 25 mètres, et servant de point de repère. J'ai contourné un petit lac où des oies et des cygnes se prélassaient sur les bords. J'ai déjeuné dans un Biergarten, une brasserie en plein air, une véritable institution à Munich. Je voulais vivre un moment munichois en partageant un repas bavarois sur une table et un banc en bois. J'ai choisi dans une cafétéria les celèbres saucisses accompagnées d'une salade de pommes de terre (kartoffelsalat) et en dessert, le fameux afpelstrudel. Ambiance conviviale garantie en toute simplicité et à un prix modeste. La météo du jour, un soleil estival, permettait cette escapade traditionnelle. Dans l'après-midi, j'ai repris le bus pour le centre ancien et j'ai visité l'église des Théatins (Theatinerkirche) sur la place de l'Odéon au coeur de la ville. De style baroque, elle a été construite au XVIIe siècle. Ses dômes surplombent le centre ancien et sa façade rococo d'un jaune à l'italienne attire le regard. Dans l'intérieur, le stuc blanc et brillant règne en maître et une des chapelles conserve les reliques de quelques rois et reines de Bavière. En face de l'église, se situe la Residenz, la résidence officielle des monarques bavarois entre 1385 et 1918. Ce palais gigantesque avec ses 130 salles et ses 10 cours ne se visite en quelques heures et des parcours divers sont proposés. J'ai choisi la découverte de l'Antiquarium, une vaste salle pour abriter une importante collection de sculptures. La voûte en berceau comporte 17 paires de fenêtres et assurent un éclairage latéral. Un lieu de rêve, une salle exceptionnelle qui restera dans ma mémoire comme un coup de foudre architectural ! 

mardi 28 avril 2026

Escapade à Munich, La Alte Pinakothek, un musée magnifique

 Dans la liste des musées de peinture à visiter en Europe, la Alte Pinakothek, l'Ancienne Pinacothèque, possède l'une des plus riches et des plus vastes collections d'oeuvres d'art du monde. La famille royale, la Maison de Wittelsbach, avait la passion de l'art européen du XIIIe au XVIIe siècle. Fondée au XVIe par le duc Guillaume IV de Bavière, le roi Louis Ier a fait construire le musée en 1826 qui a ouvert ses portes dix ans après. Ce très long bâtiment en briques offre une perspective remarquable, ponctué de grandes fenêtres pour les salles latérales et dans les grands espaces, des puits de lumière permettent de mieux apprécier les centaines de toiles. Ce bâtiment a servi de modèle muséal pour le continent européen. Quand je suis arrivée dès l'ouverture, je m'attendais à une file d'attente comme dans tous les grands musées européens, en particulier à Paris. J'étais très surprise de pénétrer dans ce temple de l'art sans attendre une minute. Le musée était très peu fréquenté et je me suis retrouvée dans les salles pratiquement seule. 19 salles et 47 cabinets exposent plus de 800 toiles Evidemment, la peinture alllemande est prédominante avec des artistes majeurs comme Dürer, Cranach, Holbein, pour les plus connus. La peinture hollandaise comprend des chefs-d'oeuvre de Bosch, Rembrandt, de Hals, de Rubens et d'autres moins connus. Mais, j'ai surtout retrouvé mes chéris italiens. Je veux citer deux Raphaël, Leonard de Vinci, Fra Angelico, Arcimboldo, Bellini et sa "Vierge à l'Enfant", Botticelli, Giotto, Titien. Dans une petite salle, j'ai découvert avec plaisir deux portraits de Giorgione. L'Italie me revenait en boomerang dans ce festival de toiles magnifiques. Une galerie digne du Louvre. Ce musée mérite amplement sa réputation et je savourais cette vitrine qui me racontait la fabuleuse histoire de l'art. Une visite heureuse, enrichissante sur le plan culturel et un moment délicieux au coeur d'une planète artistique protégée. Un sommet de la civilisation européenne. 

lundi 27 avril 2026

Escapade à Munich, premières impressions

 La semaine dernière, je suis partie à Munich pour visiter ses célèbres musées. Je connaissais un tout petit bout d'Allemagne à Berlin et j'en conservais un souvenir marquant. Evidemment, je suis surtout attirée par les pays du sud, de la Grèce, en passant par l'Italie, l'Espagne et le Portugal où je me sens dans un environnement amical et familier. Certains touristes se sentent mieux dans des pays lointains, très lointains mais, j'avoue que j'ai un caractère casanier. L'Europe me suffit amplement. L'Allemagne, au coeur de l'Europe, me semble incontournable. Dès que je suis arrivée à l'aéroport d'une dimension internationale, j'ai pris une navette de la Lufthansa pour atteindre le centre ville. J'ai traversé de larges avenues avec des immeubles cossus et j'ai remarqué la présence permanente d'espaces verts. Le soleil brillait sur ces paysages urbains, composés de voitures luxueuses aux marques reconnues comme BMW, Mercèdes et compagnie. Beaucoup de bus, de trams et de trains et surtout de vélos comme dans les pays scandinaves. Il faut vraiment surveiller les pistes cyclables avant de les franchir ! En fin d'après-midi, les musées ferment tous à 18 heures. J'ai donc visité le coeur de Munich, la Marienplatz, fondée en 1158. L'Hôtel de ville (Neues Rathaus) s'impose avec force dans cet espace pavé. Sa tour néogothique et son carillon attirent les touristes et j'ai assisté à la cérémonie traditionnelle quand les personnages animés représentent une joute de chevaliers et des tonneliers danseurs bavarois. Ces "Schäffler" donnaient le sourire à la population après une épidémie de peste. Une colonne, la Mariensaule, datant de 1638, célèbre la fin de l'occupation suédoise pendant la Guerre de Trente ans. Les dômes de la Cathédrale Notre-Dame, la Frauenkirche, dominent la place. Cet édifice gothique en briques rouges a été partiellement détruit pendant la Guerre comme la moitié de la ville.  J'ai fini la soirée dans une taverne bavaroise (la saucisse règne dans tous les plats) mais j'ai choisi des raviolis italiens. Je redoutais un peu un certain degré d'insécurité dans cette métropole de quelques millions d'habitants en comptant l'agglomération. Mais, je me baladais sans appréhension en remarquant la présence de beaucoup de jeunes gens car plus de cent mille étudiants fréquentent l'université de Munich. Peu de présence policière dans l'espace public et une ambiance bon enfant en ville. 

lundi 20 avril 2026

"La Disparition des choses", Olivia Elkaim

 J'éprouve un intérêt particulier pour Georges Perec (1936-1982) et quand j'ai appris qu'Olivia Elkaim consacrait un récit sur la mère de cet écrivain si singulier dans le panorama de la littérature contemporaine, j'ai vite acquis ce texte pour découvrir le destin tragique de cette femme.  Cécile Perec, née Cyrla Szulewicz, est arrivée à Paris dans les années 1920 et elle est morte à Auschwitz en 1943. Dans son fabuleux roman, "W ou le souvenir d'enfance", paru en 1975, il évoque sa mère "morte dans avoir compris" ce qui se passait quand elle a été déportée à Auschwitz. Le jeune Georges a connu sa mère jusqu'à l'âge de cinq ans et en 1941, elle l'a envoyé dans un convoi de la Croix-Rouge sous occupation nazie. Elle l'a miraculeusement sauvé de la Shoah. Olivia Elkaim se saisit de cette tragédie familiale en utilisant deux titres de l'oeuvre perecquienne : "La Disparition" en 1969 et "Les Choses" en 1965. Le roman biographique raconte la vie de Cécile, coiffeuse à Belleville, et amoureuse de son André, le père de Georges Perec, engagé dans la Légion étrangère. Sur le front, il va mourir en Juin 40. Evidemment, il reste peu de traces de l'existence de cette femme et l'écrivaine imagine "ses manières, un phrasé, des sentiments" dont elle ne sait rien. Elle ajoute dans un entretien dans le Monde : "Je comble de romanesque là où il n'y a que du vide". Olivia Elkaim invite aussi les amis de Perec, surtout Robert Bober qui se réunissaient autour de leur passion ludique pour les jeux littéraires de l'Oulipo. Elle établit un parallèle entre le passé des années 40 et l'antisémitisme actuel et dans un jeu de miroir, elle se confie sur sa maternité et sa judéité. Ce livre émouvant sur la mère de Georges Perec et sur le thème de la disparition est un bel hommage, d'une grande tendresse et d'une lucidité inquiétante. Pour ma part, en fermant les pages de ce livre, j'avais envie de relire "W ou le souvenir d'enfance" et d'autres titres comme "Les Revenentes" pour retrouver ce magnifique écrivain. 

jeudi 16 avril 2026

"Marcher, un art tranquille du bonheur", Le Breton

Quand j'ai pris ma retraite en 2010, j'ai découvert la marche, "un art tranquille du bonheur" comme le dit David Le Breton dans son ouvrage sur la marche, paru chez Métailié, en livre de poche. Anthropologue et professeur de sociologie à l'université de Strasbourg, il a déja proposé deux livres sur la marche et il revient sur ce thème pour apporter des preuves sur les "vertus thérapeutiques face aux fatigues de l'âme dans un monde technologique". Face à la sédentarité, provoquée par la présence permanente des écrans au travail ou chez soi, le sociologue prône évidemment le retour au corps pour éprouver le monde dans sa dimension physique. Faire corps avec le paysage, avec le ciel, avec le soleil ou avec la pluie. Marcher rime avec s'aventurer, rencontrer, se renouveler, suspendre les soucis du moment, rompre avec la routine. Dans ce livre érudit, l'auteur offre un évantail de grands marcheurs : du l'homme préhistorique à Thoreau, en passant par Jean-Jacques Rousseau, Jacques Lacarrière, Simone de Beauvoir, Sylvain Tesson, Jacqueline de Romilly et tant d'autres amoureux du plein air dans les sentiers et dans les chemins du monde ou près de chez soi. L'auteur évoque aussi les pélerinages surtout celui de Saint-Jacques de Compostelle. Il critique avec humour les machines à se déplacer comme les trottinettes, une invention infernale contre la marche. Ceux et celles qui pratiquent ce sport tranquille s'adonnent aussi à un bonheur simple sans appareil sophistiqué, gratuit (à part l'achat de bonnes chaussures) et bénéfique pour la santé physique et mentale. Arpenter un lieu signifie aussi une "renaissance au monde". David Le Breton évoque méme le sentiment de résistance à notre vie connectée et au "plaisir d'être soi". Marcher ressemble à une méditation libératrice : "La mise en mouvement du corps est une mise en mouvement d'une pensée qui se libère des impasses où elle se tenait". Cet essai revigorant donne envie de se lever et de marcher pour "savoir s'arrêter, regarder, prendre son temps"  ! La marche ressemble à la lecture dans sa dimension d'un temps pour soi, d'une déconnexion temporaire hors écran et d'un bonheur "tranquille" assuré. Un  essai très agréable à lire. 

mercredi 15 avril 2026

"Un coeur noir", Silvia Avallone

Comme j'aime fortement l'Italie, je lis des romans pour me rapprocher de ce pays si exceptionnel à mes yeux. J'ai terminé récemment "Un coeur noir" de Silvia Avallone, publié chez Liana Levi en 2025. Le personnage central du livre se nomme Emilia, une jeune femme de trente ans aux cheveux roux et bouclés, à la taille fine et vêtue d'une veste verte fluo. Elle se rend dans un tout petit village de montagne, Sassaia, déserté par ses habitants. Bruno, un des seuls résidents, maître d'école, observe cette arrivée d'une "étrangère" au pays. Quand ils se rencontrent enfin, il aperçoit dans les yeux d'Emilia "dénués de lumière comme deux étoiles mortes", la même détresse qu'il ressent aussi dans ce bout du monde. Leur solitude respective les rapproche. Ils ont subi des drames dans leur vie que l'écrivaine révèle au fil du texte. Bruno a perdu ses parents dans un accident de téléphérique et il ne s'est jamais remis de cette tragédie. Et Emilia ? Il apprend vite qu'elle sort de prison sans savoir le crime qu'elle a commis. Il n'ose pas lui demander la raison de ses années de prison. Pendant quelques mois, ils vont s'aimer et Emilia va même trouver un travail pour rénover une fresque dans l'église du hameau. Un jour, Bruno reçoit une lettre anonyme qui lui révèle le crime d'Emilia. Il se renseigne et découvre son sombre passé. Il met fin à son histoire d'amour et Emilia fuit le village pour rejoindre sa meilleure amie à Milan. Je ne raconterai pas la fin de l'histoire. Silvia Avallone raconte les destins de personnages infiniment fragiles, rongés par la culpabilité et par le remords. Elle pose la question de la rédemption après la "faute". du salut et de la renaissance. Dans ses vies brisées, le rôle de la famille solidaire et aimante semble essentiel.  Un roman profond et singulier d'une écrivaine, née en 1984 à Biella dans les Alpes italiennes. Depuis la publication de son premier roman en 2011, "D'acier", elle connaît un succès permanent et elle est considérée comme une des voix les plus puissantes de l'Italie. 

mardi 14 avril 2026

"Que ma joie demeure", Jean Giono, bis

 J'ai choisi un thème particulier pour l'Atelier Littérature du jeudi 30 avril : le bonheur. Mais, j'ai ajouté dans le titre un point d'interrogation. Comment être heureux dans un monde malheureux ? Albert Camus, doué pour cet état permanent, écrivait : "Il n'y a pas de honte à être heureux". J'ai donc relu quarante ans après, le roman de Jean Giono, "Que ma joie demeure", publié en 1935. Sur le plateau de Haute Provence, le plateau Crémone, au début du XXe, Jourdan, le paysan du coin, découvre la joie grâce à l'irruption d'un "vagabond poétique", Bobi, acrobate itinérant. Ce personnage va initier Jourdan et la communauté, à l'art de l'inutile : "La jeunesse, dit l'homme, c'est la joie. Et la jeunesse, ce n'est ni la force, ni la souplesse, ni même la jeunesse comme tu disais : c'est la passion pour l'inutile". Bobi enseigne la beauté de la nature environnante, le ciel étoilé, les fleurs et les animaux. Il incite les villageois à la solidarité. Des scènes bucoliques se succèdent dans ce roman-poème d'inspiration virgilienne : la culture du blé en commun, les repas champêtres, la venue d'un cerf apprivoisé, la vie dans les fermes, les amours, les amitiés sans oublier les drames. Ce roman prophétique n'a pas convaincu la critique littéraire car certains ont vu le retour à la terre dans un projet communiste car Bobi prône le partage des richesses et des biens. L'acrobate est-il le double de Giono ? Evidemment, surtout que Jean Giono s'est engagé dans un pacifisme radical et réunissait ses amis au Contadour pour vivre une utopie avant-gardiste qui sera reprise par les écologistes. Acrobate prophète, acrobate du style, l'écrivain distille dans son texte une vision cosmique de la nature et d'une humanité à son service et non l'inverse : "Les hommes, au fond, ça n'a pas été fait pour s'engraisser à l'auge, mais pour maigrir dans les chemins, traverser des arbres et des arbres, sans jamais revoir les mêmes, s'en aller dans sa curiosité, connaître". Bobi meurt foudroyé comme si son existence ne pouvait se maintenir dans cette utopie paysanne de partage. Ce roman se lit à petites doses, comme un long poème lyrique, même si Giono en fait trop dans ses descriptions. Mais, quel souffle, unique dans la littérature française. Et quel style... 

lundi 13 avril 2026

"Ce qui reste", Bernhard Schlink

 J'ai lu le dernier roman de Bernhard Schlink, "Ce qui reste", paru chez Gallimard. L'écrivain allemand propose l'histoire d'un professeur de droit, un septuagénaire, confronté à la maladie, un cancer. Malgré ce sujet quelque peu sombre, le roman se lit avec beaucoup d'intérêt pour sa dimension humaine. Martin apprend que sa vie va s'interrompre dans les six mois qui suivent le verdict du médecin : il a un cancer incurable du pancréas. Comment supporter cette date fatidique alors qu'il vit un vrai bonheur familial entre une épouse, Ulla, son ancienne étudiante et un petit garçon de six ans, David ? Evidemment, il subit sa finitude avec angoisse et avec nostalgie. Sa femme est beaucoup plus jeune que lui et souvent, à l'école, on le considère comme le grand-père de son propre fils. Très vite, il se pose la question fatidique de sa disparition : que va-t-il rester de lui aux yeux de son enfant ? Sa femme lui conseille d'enregistrer des messages en vidéo pour David afin de laisser une trace quand il sera devenu un adulte. Martin s'aperçoit qu'Ulla, bien que prévenante avec lui, semble plus détachée et s'investit dans une autre relation amoureuse. En fait, elle le trompe avec un architecte mais, au lieu d'être jaloux, il comprend sa jeune femme et va même rencontrer cet homme pour lui confier sa famille. Il se demande si David se souviendra de lui : "pourquoi David devrait-il se souvenir de lui ? Etait-ce par vanité qu'il ne supporterait pas de pouvoir être oublié ? D'être effacé d'abord de la vie, puis de la mémoire ?".  Le père prend la décision d'écrire des lettres à son fils pendant son sursis et il prend soin de l'enfant en organisant une randonnée en montagne et d'autres loisirs inhabituels. Au fil du récit, la maladie s'intensifie sur son corps affaibli et il se sent "emmailloté de fatigue de la tête aux pieds". Ils partent en bord de mer devant la Baltique et Martin récapitule ses lectures, son goût pour la musique, ses plus beaux souvenirs. Une grande douceur l'envahit au seuil de sa mort. Il ressent "le moment où la poussière du sol prend l'odeur de l'enfance". Ce très beau roman écrit avec une pudeur remarquable a été traduit par Bernard Lortholary qui vient de disparaître. J'ai refermé ce livre avec une émotion certaine. Bernhard Schlink tente de nous éclairer avec l'aide précieuse et essentielle de la littérature comme une consolation ultime. Une lecture délicate et lumineuse.  

vendredi 10 avril 2026

"Femmes sur fond d'azur", Chantal Thomas

 Chantal Thomas, écrivaine "libertaire" et académicienne, vient de publier un recueil de textes, parus dans le Monde pendant l'été 2024, "Femmes sur fond d'azur", édité au Seuil. Le point commun de ces portraits concerne la Côte d'azur, terre enchantée et ensoleillée que l'écrivaine ne cesse de vanter dans ses livres. A un moment de leur vie, chacune des six protagonistes choisies a déposé ses valises dans cette région privilégiée. Dans un journal, elle évoque son ouvrage : "Ce qui m'intéresse, c'est de tisser des liens, jouer sur les correspondances, les regards échangés entre les différentes femmes que j'évoque". Ces lieux, "des enclaves délicieuses de douceur", se nomment Menton, Nice, Cimiez et le Cap-Martin. Et ces femmes ? Qui sont-elles ? Il s'agit de la cantatrice, Sophie Cruvelli, vicomtesse Vigier, la reine Victoria, la chanteuse et peintre Marie Bashkirtseff, les écrivaines Katherine Mansfield et Colette. Chantal Thomas ajoute à sa liste de portraits, Jackie, sa mère qui était déjà au centre de son beau récit autobiographique, "Souvenirs de la marée basse". La Russe Marie Bashkirtseff et l'écrivaine Néo-Zélandaise, Katherine Mansfield sont mortes jeunes et elles tenaient un journal intime qui leur a permis, dit Chantal Thomas, "De ne pas partir en lambeaux. C'est le langage, la confession qui les tient. Et l'azur méditérranéen, sa lumière paradisiaque, leur permet de garder cet élan, moment privilégié d'une conversation avec soi-même". Vivre en Côte d'azur dans ce "pays de grande lumière", c'est surtout revivre pour les héroïnes du récit, se réinventer, se ressourcer, surmonter les épreuves de la vie. La beauté des lienx, les fleurs, le ciel bleu, la mer scintillante présentent des atouts majeurs pour conquérir une santé physique, morale et intellectuelle. Chantal Thomas ne cache pas son immense amitié envers ses femmes créatrices mais elle réserve son admiration éblouie à Colette, qui découvre ce midi mythique et apprend à se "désenvoûter de toute relation duelle, du vertige des duos d'amour". Un beau recueil au goût du soleil et aux saveurs impalpables de la Côte d'azur au début du XXe siècle. Et des femmes magnifiques à découvrir. 

jeudi 9 avril 2026

Escapade à Venise, Fascinant Giorgione

 Pour connaître le génie de la peinture italienne, il suffit de visiter la Galerie de l'Académie, une institution culturelle incontournable à Venise. A chacun de mes séjours vénitiens, je ne manque jamais l'Académie et il m'est même arrivée d'y aller deux fois dans le même séjour tellement j'aime ce musée à taille humaine qui récèle des trésors. Dès le matin, à l'ouverture, j'ai pris mon temps pour parcourir la vingtaine de salles en me concentrant sur les Bellini, les Véronèse, les Tintoret, les Lotto, etc. Mais un peintre a retenu mon extrême attention : Giorgio Barbarelli dit Giorgione, né en 1477 à Castelfranco et mort à Venise en 1510. Mort à 32 ans, un destin foudroyé. J'admire depuis des années son chef d'oeuvre absolu, "La Tempête". Pendant mon séjour, je lisais les "Mémoires de Giorgione" de Claude Chevreuil, publié en Livre de Poche. Dans cette biographie romancée, le peintre raconte sa courte vie à son élève préféré : son enfance solitaire dans la ferme de ses parents, sa passion du dessin, son apprentissage dans l'atelier de Bellini, son goût de la musique, des livres et de l'amour. Le peintre croise Dürer, Léonard de Vinci, Titien. Dans ce roman, Venise fascine par ses splendeurs, ses nobles, son peuple, ses courtisanes. Une lecture parfaite pour découvrir l'univers pictural de Giorgione. J'étais devant le tableau, "La Tempête", quand un professeur d'histoire est venu commenter le chef d'oeuvre à des lycéens de Strasbourg. Ils ne se rendaient pas compte, ces jeunes ados, de la chance qu'ils vivaient de visiter si tôt un des plus beaux musées du monde ! Le professeur s'est lancé dans une explication un peu trop classique du tableau. Je comprenais aussi que ce n'était pas facile pour lui de commenter "La Tempête" devant des jeunes, plus préoccupés par leur vie que par celle de Giorgione... Les spécialistes de la peinture lui attribuent seulement 24 tableaux à l'huile sur bois ou sur toile. Le Louvre n'en possède qu'un, "Le Concert champêtre". Venise me rejouit toujours autant et je ne me lasserai jamais de sa beauté profonde, teintée de mélancolie comme un vieux monde qui doit disparaître en 2100 ! Je ne peux pas croire cette prédiction, semble-t-il, scientifique. Le monde sans Venise, inimaginable... Venise est éternelle ! 

mardi 7 avril 2026

Escapade à Venise, la vie aquatique

 Dans le quartier du Dorsudoro, près de la Dogana, j'ai croisé des Vénitiens et des Vénitiennes, des "vrais habitants" et comme je les enviais ! A côté de ma résidence, je voyais entrer et sortir des bambins de maternelle et ils se déplaçaient avec des trottinettes à leur taille, toutes rangées contre la façade de l'école et évidemment, à Venise, personne n'oserait s'emparer de ces petits outils de déplacement. Les parents sortaient du vaporetto avec des poussettes et tout le monde facilitait le transfert entre le quai et le bateau. J'ai aussi fait des petites courses dans un supermarché de la marque Conad et ces magasins sont dissimulés pour ne pas enlaidir l'environnement fantastique du canal de la Guidecca. Le matin, des péniches recueillent le tri des déchets. Mon regard était souvent capté par la valse continuelle des bateaux dans les canaux : des bateaux ambulances (pour charger un brancard, cela ne doit pas être facile), des bateaux de police, des bateaux taxis, des bateaux de livraison, etc. Les gondoles défilent dans les canaux avec l'élégance légendaire de leurs gondoliers. Ces barques plates et noires ont été inventées pour glisser sur l'eau car la lagune n'a que deux mètres de profondeur. Dans les temps anciens, plus de dix milles gondoles sillonnaient la ville er servaient à tous les transports nécessaires. Il en reste aujourd'hui quelques centaines et elles sont devenues des embarcations mythiques, symboles de l'amour romantique. Dans le quartier du Dorsoduro, où j'aime beaucoup me balader, j'observe avec intérêt les réparations des gondoles dans le square de San Traverso, le dernier atelier de Venise encore en activité. Pour vivre à Venise, il faut s'adapter à tout moment et s'organiser d'une façon différente pour aller au travail, à l'école, au marché. Sans voitures tonitruantes, sans motos bruyantes et sans vélos, Venise offre un spectacle permanent. Quand je traversais des ruelles et des places, je n'avais pas besoin de me retourner ou de m'écarter sans cesse pour éviter les vélos et les trottinettes, de véritables dangers pour les piétons. Vivre sur l'eau, avec l'eau, une vie quotidienne unique au monde... 

lundi 6 avril 2026

Escapade à Venise, Burano et Murano

 Je me souviendrai longtemps de cette journée ensoleillée où, grâce au vaporetto, j'ai visité les trois îles les plus emblématiques de la lagune. Burano, à sept kilomètres de Venise, rassemble des enfilades de maisonnettes toutes en couleurs les unes après les autres et longeant un canal. L'île est réputée pour sa légendaire dentelle. Des boutiques proposent, évidemment, les articles de cet artisanat local. Les dentelles très raffinées s'exportaient dans toutes les cours princières et chez les riches bourgeois en Europe. Ce faubourg de Venise était un ancien village de pêcheurs à l'époque romaine. Après guerre, les pêcheurs avaient reçu des peintures, issues de la surproduction de l'industrie chimique. Ils ont aussi utilisé ces couleurs pour leurs bateaux. Ces maisons colorées de poupée donnent une image vivante et joyeuse de l'île. J'ai appris aussi qu'un grand musicien italien, Baldassare Galuppi, est né à Burano. Une île inspiratrice. J'ai repris le vaporetto pour Murano à dix minutes de Venise, où j'avais rendez-vous avec une toile de Giovanni Bellini dans l'église Saint-Pierre-Martyr (San Pietro Martire), un édifice gothique du XIVe. D'impressionnants lustres en verre rappelent la vocation première de l'île : l'art du verre. En me promenant sur cette Venise en miniature, j'ai pensé au roman de Tracy Chevalier, "La Fileuse de verre" et je voyais les personnages de ce livre dans les rues de Murano. Car le verre d'art se niche partout dans les boutiques de luxe, dans les restaurants et même les églises. Un musée du verre expose les plus belles pièces de cet artisanat d'art. L'ambiance bon enfant et sereine de l'île rejoint celles de Burano et de Torcello. Cette journée îlienne m'a donc apporté un regain d'énergie et une provision de belles images dans ma tête. Dans ce monde troublé par les guerres, par les drames divers, ces lieux protégés ressemblent à des petits paradis, où la paix et la sérénité règnent en maître. Une parenthèse enchantée que m'a offert Venise et sa lagune. Un journée de rêve.

vendredi 3 avril 2026

Escapade à Venise, Bellini, le peintre de la lumière

 Les églises à Venise, des musées à visiter pour rencontrer l'art de la Renaissance italienne. Un peintre me ravit par la beauté de ses toiles : Giovanni Bellini. Comme dans un labyrinthe, j'ai tiré le fil d'Ariane en parcourant les églises qui présentent des oeuvres de ce peintre, né à Venise en 1435. Il a fait son apprentissage au côté de son frère, Gentile, dans l'atelier de leur père, Jacobo. Son art, d'après les critiques, est un mélange d'influence gothique et de réminiscences byzantines avec des "gestes codifiés, fonds d'or, frontalité, abside ornée de mosaïques". Dans mes balades vénitiennes, j'éprouve une tendresse particulière pour les Vierge à l'enfant, d'une bonté toute chrétienne. Dans chacune de mes escapades à Venise, j'effectue mon "pélerinage profane" devant la Madone de San Zaccaria, peinte en 1505, où l'on contemple la Vierge qu'Henry James a décrite dans "Les Heures italiennes" : "Elle est si douce et sereine, et présentée de manière si grandiose". Et dans ce tableau si beau, je remarque toujours le petit ange musicien jouant de la viole. Ma deuxième visite était consacrée au tryptique, "Vierge à l'Enfant",  dans la Basilique Santa Maria Gloriosa dei Frari. Dans ce tableau, deux petits anges, les putti, offrent une image réjouissante. Des Bellini dans les églises mais aussi à la galerie de l'Académie. J'y suis allée un matin le plus tôt possible et j'ai vite accédé à sa salle où j'étais seule à admirer ses tableaux. L'une de ses plus grandes oeuvres, "Le Rétable de Saint Job", était présentée dans le musée dans un espace de rénovation et je pouvais voir le restaurateur au travail. Le directeur du musée se félicite de cette expostion : "Restaurer ce rétable devant le public, c'est non seulement prendre soin de l'un des chefs-d'oeuvre absolus de notre collection, mais aussi montrer comment le savoir scientifique, la responsabilité en matière de conservation et le dialogue avec les visiteurs font partie intégrante de l'expérience muséale". J'ai évidemment parcouru pendant deux heures toutes les salles et en partant, je suis revenue voir une Annonciation de Bellini, un dyptique flamboyant d'une beauté digne de Léonard de Vinci. Pour moi, Venise rime avec Bellini, un peintre de génie, novateur à son époque. Né dans une famille d'artistes, il restera toute sa vie à Venise, le centre du monde à ses yeux... 

jeudi 2 avril 2026

Escapade à Venise, l'île de Torcello

 Venise ne se visite pas en un jour, mais, en quelques jours pour s'imprégner de son atmosphère si étrange, si fascinante. Les milliards de photographies du Palais des Doges, du Campanile, de la Basilique San Marco et du Rialto ne résument pas la cité et son "esprit du lieu". J'aime m'installer dans un appartement ou une chambre d'hôte pour savourer mon séjour. Dans ma semaine, j'ai pris le temps de découvrir les îles voisines : Murano, Burano et Torcello. Pour atteindre ces îles, il suffit de prendre un vaporetto et de filer sur Murano, premier arrêt, puis Burano et enfin Torcello. J'ai préféré commencer par Torcello et en mars, c'est un vrai délice tant les touristes désertent cette destination. Quand je suis arrivée, j'ai été frappée par la simplicité de l'île et par sa tranquillité légendaire. J'arpentais le sol qui a connu les premiers habitants de la lagune, les Vénètes, au VIe siècle. Elle compte aujourd'hui une dizaine d'habitants alors qu'au Xe siècle, ils êtaient quelques milliers. Mais la malaria et l'envasement des canaux ont provoqué leur installation à Venise et à Murano. A la sortie du bateau, il faut marcher sur le quai d'un canal et déjà le charme opère. En cheminant, j'ai observé le Pont du Diable, un souvenir des Romains. Sur la place herbeuse, j'ai visité un édifice remarquable, la cathédrale Santa Maria Assunta. Batie en 639, elle récèle un trésor des XIIe et XIIIe siècles: une immense et extraordinaire mosaïque, représentant le Jugement dernier. Je n'en croyais pas mes yeux ! Tout près de cette cathédrale, je suis entrée dans l'église Santa Fosca, en croix grecque qui, selon les historiens, serait un "martyrium", un sanctuaire abritant les restes des martyrs. Un troisième édifice sur cette place modeste s'imposait d'emblée à ma grande surprise : le musée archéologique ! J'ai retrouvé mes Etrusques avec leur artisanat métallurgique (vaisselle, miroirs, fibules) et quelques vases trouvés dans la campagne de l'Altino. La section médiévale est aussi présentée dans ce petit musée provincial incroyable. En me promenant dans ce bout d'île, je pensais au roman de Claudie Gallay, "Dans les jardins de Torcello", avec son ambiance très particulière de silence et de nature. Une très belle découverte incontournable à une heure de bateau de Venise. 

mercredi 1 avril 2026

Escapade à Venise, l'impressionnisme incarné

 J'ai donc réservé ma première escapade de l'année à Venise, une de mes villes préférées en Italie. Comment éviter les clichés liés à cette cité si fréquentée même l'hiver ? Il faut éviter deux lieux majeurs qui perdent presque leur charme, tellement le tourisme consumériste de masse altère leur splendeur d'origine : la piazza San Marco et le pont du Rialto. Evidemment, j'ai traversé ces deux endroits sans m'attarder car pour atteindre telle ou telle église, ces deux pôles d'intérêt sont incontournables. J'ai respecté la tradition en prenant le bateau à l'aéroport car j'aime arriver à Venise à travers les balises en bois, des "bricole", qui tracent la route de navigation et sur lesquelles nichent les mouettes. Dès mon arrivée dans la chambre d'hôte, la Ca'Santo Spirito, sur les Zattere, j'ai vite posé la valise et j'ai pris la ligne 1 du vaporetto pour revoir les palais les plus prestigieux : le palazzo Salviati, le palazzo Gustinian, la Ca'Dorio, la Ca Pesaro, la Ca Rezzonico, le palazzo Barbaro, etc. Les Champs Elysées aquatiques de Venise. Je reviens toujours à la littérature en pensant à Henry James qui a écrit son roman, "Les papiers d'Aspern" dans le Palais Barbaro. Se balader dans le vaporetto, surtout dans les espaces extérieurs du bateau, se transforme en rêve éveillé devant tant de beauté architecturale. Je n'oublie pas la présence des mouettes sur les "palines", ces pieux en bois souvent aux couleurs des propriétaires des palais. Tout est thêatral à Venise surtout avec les gondoles et les bateaux taxis qui côtoient les vaporetti. Le premier soir, j'ai vécu un phénomène de coucher de soleil sur le Canal Grande avec les reflets d'un soleil orangé sur l'eau, un tableau de Monet en perspective qui a, lui-même peint une trentaine de tableaux en 1908. Voir ce coucher de soleil sur le Grand Canal reste pour moi une expérience esthétique que je ne vis qu'à Venise. Le canal de la Guidecca à deux pas de ma résidence conserve son charme puissant sur les bords des Zattere où j'ai terminé ma soirée avec un plat succulent de "spaghetti à la vongole" dans un restaurant-terrasse en plein air. Les mouettes me frôlaient et la chiesa des Gesuiti avec son imposante façade baroque attirait irrésistiblement mon regard. Je vivais dans une bulle intemporelle. Rien n'avait changé depuis mon précédent séjour en 2024. Parfois, cela fait du bien de retrouver un monde qui ne change pas à toute allure. Dans cette ville si ancienne, le temps se ralentit, s'allonge, se prélasse et enfin, libère l'énergie en soi. Des retrouvailles heureuses. 

mardi 31 mars 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur, 2

 Régine a présenté son grand coup de coeur, "Nous sommes faits d'orage" de Marie Charrel, publié en 2025. A la mort de sa mère en Islande, Sarah hérite d'une maison en Albanie. "Trouve Elora", lui dit sa mère. Ignorante de ses origines, elle part donc dans ce pays où elle découvre un village oublié, niché dans une montagne sauvage. Les habitants lui annoncent qu'Elora est morte depuis longtemps, lors d'un régime communiste despotique. Le peuple albanais obéit à un code d'honneur, le "Kanun" où il est écrit qu'une "femme est la propriété de la famille et n'a aucun droit". Sarah est éco-acousticienne, une chasseuse de sons pour écouter les milieux naturels à sauvegarder. La narratrice part à la recherche de cette ancêtre si rebelle... Régine nous a lu un beau passage : "Les mots sont comme les cailloux que nous ramassions sur les sentiers. (...) Toujours, tu devras choisir et chérir les mots, à la manière des cailloux de ton enfance". Ce roman original à l'écriture flamboyante a vraiment conquis Régine qui nous a communiqué l'énvie de le lire. Geneviève a trouvé dans une cabane à livres, le roman classique de Blaise Cendrars; "L'or ou La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter", son premier roman publié en 1925. Ce roman biographique évoque l'aventurier suisse qui a fait fortune dans l'agriculture en Californie dans la première moitié du XIXe siècle. Mais, alors qu'il allait devenir l'homme le plus riche du monde, il fut ruiné par la découverte de l'or sur ses terres en 1848. Des milliers d'hommes se sont installés sur ses terres et se procuraient des faux titres de propriété. Le général sombra dans une mélancolie profonde à cause de cette injustice et, même en se défendant, il fut dépassé et devint fou. Ce roman centenaire a conservé tout son intérêt et sa fraîcheur romanesque. A redécouvrir. Voilà pour les coups de coeur de mars... Bonnes lectures à toutes et rendez-vous le jeudi 30 avril pour parler du bonheur et de la joie de vivre ! 

lundi 30 mars 2026

Atelier Littérature, les coups de coeur, 1

Danièle a présenté son "immense" coup de coeur pour le roman de Thomas Mann, "Les Buddenbrook", publié en 1901 et disponible chez Gallimard avec une nouvelle traduction d'Olivier Le Lay. Ces 880 pages forment une saga familiale à Lübeck dans le Nord de l'Allemagne. La maison de commerce des Buddenbrook a été fondée en 1768 et elle est transmise de père en fils pour la faire fructifier. Thomas Mann décrit cette famille d'entrepreneurs avec ses jalousies entre frères, ses mariages malheureux sans oublier les problèmes de santé et les perturbations diverses dans toute existence humaine. Danièle nous a donné envie de lire ce chef d'oeuvre de la littérature mondiale, composé par un jeune écrivain de 26 ans qui recevra le prix Nobel de Littérature en 1929. Une prochaine lecture estivale !  Mylène a évoqué un récit de voyage de François-Henri Désérable, "L'usure d'un monde : une traversée de l'Iran", paru en Folio en 2024. Une lecture nécessaire pour comprendre le peuple iranien dont la peur est la compagne de chaque instant. L'auteur passe quarante jours dans ce pays, de Téhéran aux confins du Baloutchistan. Il relate la répression dans le sang après la mort de Masha Amini, une héroîne pour le peuple. Mais, les Gardiens de la révolution obligent l'auteur à quitter l'Iran. A découvrir sans tarder. Odile Ba a dévouvert un écrivain espagnol, Antonio Munoz Molina avec son dernier livre, "Je ne te verrai pas mourir", publié au Seuil en 2025. Gabriel, professeur aux Etats-Unis, veut retrouver l'amour de sa vie, Adriana. Elle vit à Madrid et accepte de le revoir, cinquante ans après leur première rencontre. Mais, le temps les a profondèment changés. Adriana est très malade. Leur confrontation va leur permettre d'établir un bilan sur leur séparation et sur les motivations de leur rupture. Existe-t-il une deuxième chance ? Antonio Munoz Molina avec son écriture musicale, évoque la nostalgie de la jeunesse, la perte de l'amour fou, la lâcheté et la fuite. Un roman passionnant d'un grand écrivain espagnol. (La suite, demain)

vendredi 20 mars 2026

Atelier Littérature, Venise, 2

 Danièle et Odile Ba ont découvert avec plaisir le roman crépusculaire de Thomas Mann, "La Mort à Venise", publié en 1912. Un écrivain quinquagénaire, un peu déprimé, un peu las de sa vie à Munich, retrouve la passion dans un hôtel du Lido en observant la beauté d'un jeune adolescent, Tadzio. Cette fascination amoureuse pourrait heurter mais Thomas Mann évoque la beauté comme un idéal platonicien du "Beau" tant le livre récèle de réferences littéraires de la Grèce antique. Il faut se souvenir de l'amour de l'empereur Hadrien pour le jeune éphèbe, Antinous. Ce texte philosophique peut se lire comme une histoire d'amour interdit qui entraîne la "déchéance" morale et physique de l'écrivain dans un dernier soupir sur une plage du Lido. Et Venise offre un décor théâtral et tragique à cet homme en fin de vie. Et si ce jeune homme incarnait tout simplement la vie, l'amour de la vie dans sa beauté la plus pure ? Il faut lire et relire ce chef d'oeuvre de la littérature allemande. Un diamant noir fascinant. Odile Ba a lu aussi le premier roman de Donna Leon, "Mort à la Fenice", le premier de la série Brunetti. Un maestro a été assassiné dans sa loge et dans les coulisses du théâtre, le commissaire découvre l'envers du décor. il faut découvrir ce roman policier pour se balader avec plaisir dans la cité vénitienne. Au lieu de parcourir un guide touristique, prenez quelques Donna Leon dans la valise ! Régine et Geneviève ont lu et apprécié "Le Grand feu" de Leonor de Recondo, publié en 2023 chez Grasset. En 1699, Ilaria, née dans une famille modeste de marchands, est placée par sa mère dans un orphelinat particulier car on y enseigne la musique au plus haut niveau. Les Vénitiens adorent assister aux concerts organisés mais les jeunes filles se cachent derrière des grilles ouvragées. Ilaria apprend le violon et devient copiste d'un musicien, le maestro Vivaldi ! Une amie, Prudenzia, va l'initier au monde extérieur en l'invitant chez elle et elle rencontrera l'amour. Ce roman lumineux évoque la passion de la musique et la beauté de la ville. Nietzsche a écrit : "Lorsque je cherche un autre mot pour exprimer le terme musique, je ne trouve jamais que le mot Venise". Voilà pour les lectures sur Venise en ce mois de mars. Certains textes n'ont pas été présentés comme celui de Jean-Paul Kauffmann, "Venise à double tour", un excellent récit sur les sublimes églises de la cité. Evidemment, pour ma part, je ne quitte pas Venise car je voguerai sur le Canal Grande dès dimanche...

jeudi 19 mars 2026

Atelier Littérature, Venise, 1

 Ce jeudi 19 mars, dans le salon-bar, "Jetez l'ancre", nous nous sommes retrouvées à Venise grâce aux livres et à la littérature. Odile Bo a démarré la séance avec le roman de Claudie Gallay, "Seule Venise", publié chez Actes en 2004. Notre amie lectrice a beaucoup aimé ce texte avec sa galerie de personnages attachants dont un prince russe, un couple de danseurs, un hôtelier et un libraire. La narratrice s'est réfugiée à Venise pour oublier un chagrin d'amour. Loin d'une Venise envahie par le tourisme de masse, l'écrivaine raconte une renaissance intime que la ville va lui offrir. Cette déambulation amoureuse dans une Venise hivernale se lit avec un grand plaisir. Odile Bo avait lu aussi et apprécié, "Les Jardins de Torcello", son excellent dernier roman paru en 2024. Evidemment, il faut mettre Claudie Gallay dans ses bagages pour la Sérénissime, car, avec son écriture à la Duras, elle sait décrire l'atmosphère vénitienne si magique en toutes saisons. Marie-Christine a beaucoup aimé le livre de Tracy Chevalier, "La Fileuse de verre", un roman historique, familial, patrimonial. Orsola, le personnage principal, notre fileuse de verre, traverse les siècles depuis le XVe jusqu'au XXIe et ce fil conducteur donne un charme particulier au texte. L'artisanat du verre est à l'honneur, surtout la production des perles, seulement réalisée par les femmes qui n'avaient pas le droit de souffler le verre pour créer des objets plus nobles. L'écrivaine évoque l'épisode de la peste, le monde des verriers, le commerce vénitien et l'histoire de la famille Rosso à Murano. Un très bon roman pour connaître Venise et ses environs pendant quelques siècles. Plus agréable à lire qu'un essai historique parfois un peu trop austère à lire. Véronique a aussi apprécié le roman d'Isabelle Autissier, "Le Naufrage de Venise", paru en 2024. Une vague gigantesque a englouti la cité. Avant cette catastrophe, la famille Malegatti s'est déchirée face à ce désastre naturel. Le père ne pense qu'au développement économique touristique tandis que sa femme rêve de sa permanence historique. Léa, leur fille, a compris la menace du changement climatique et elle milite pour la cause écologique. Isabelle Autissier s'insurge dans ce texte contre le déni et l'irresponsabilité des politiques. (La suite, demain)

mercredi 18 mars 2026

"Septembre noir", Sandro Veronesi

 Le nouveau roman de Sandro Veronesi, "Septembre noir", démarre ainsi : "Pour vous raconter cette histoire, je dois commencer par évoquer mes parents. Ils étaient à cette époque les dépositaires de ma sérénité, c'est donc qu'ils étaient de bons parents. J'avais douze ans et rien dans ma vie n'aurait pu, même de loin, rivaliser en importance avec eux". Le narrateur, Luigi Bellandi, professeur et traducteur, plonge dans son passé, surtout dans l'été 1972 au bord de la mer. Sa famille loue tous les ans une maison dans une station balnéaire toscane. Son père, avocat de métier, apprécie la voile et son fils, Gigio, l'accompagne souvent. Sa soeur est atteinte d'une maladie de la peau et elle reste le plus souvent avec sa mère, d'origine irlandaise, ne fréquentant la plage que le matin ou le soir. Que fait-on l'été à la plage ? Se baigner, rencontrer des copains, jouer au ballon, suivre le Tour de France. Gigio remarque une jeune fille, Astel Raimondi, la fille d'un homme riche. Cet industriel est marié avec une femme, originaire de l'Ethiopie. Les deux adolescents vont se fréquenter et se lier en partageant le goût des chansons de rock que le garçon traduit car il parle anglais grâce à sa mère. Ce sera le premier amour du narrateur. Astel l'invite dans sa belle maison bourgeoise. L'été se passe dans cette ambiance de bonheur jusqu'au dénouement final. Le titre du roman rappelle la tragédie des Jeux olympiques à Munich où des athlètes israéliens ont été tués par des terroristes palestiniens. Le père du narrateur s'absente souvent du foyer et celui d'Astel est assassiné. Le narrateur analyse cette rupture entre l'enfance innocente et une adolescence bousculée par la "férocité du monde". La famille heureuse se décompose à la fin de l'été. Sa mère quitte son mari et part dans son Irlande natale avec les deux enfants.L'adolescent a été trahi par ses parents et par la perte d'Astel. L'insouciance du narrateur se heurte à la réalité cruelle que les adultes introduisent dans sa jeune existence. Mais sur ces "ruines", le narrateur se reconstruit grâce à l'écriture. La fin du roman évoque les destins des quatre membres de la famille. Un roman intense, dense, profond à découvrir. Un portrait attachant du passage délicat entre l'enfance et l'adolescence. Et le charme italien en prime...

"Mort à Venise", Thomas Mann

 Dans le cadre de l'Atelier Littérature de mars, j'ai choisi le thème de Venise. J'ai donc lu pour la troisième fois le roman de Thomas Mann, "Mort à Venise", publié en 1912. L'écrivain allemand a découvert la cité un an avant l'écriture de son récit largement autobiographique. Gustav von Aschenbach, un quinquagénaire, est un auteur munichois reconnu, même annobli pour l'ensemble de ses oeuvres. Il décide de voyager seul et aboutit à Venise dans le Grand Hôtel des Bains au Lido. En observant les pensionnaires de l'hôtel, il remarque un jeune adolescent polonais d'une beauté stupéfiante. Ce garçon appartient à une grande famille et il est très entouré par ses soeurs et leur nurse. La fascination de l'écrivain pour ce jeune adolescent d'une beauté grecque le paralyse et il n'ose pas l'aborder tout en le suivant dans le labyrinthe vénitien. Il apprend que le choléra sévit sur la ville et il décide de rester dans son hôtel pour admirer son jeune Adonis. Il meurt sur la plage en contemplant Tadzio. Visconti a tiré un film magnifique de cette longue nouvelle en 1971. Dans un entretien, Thomas Mann déclare qu'il a désiré écrire une histoire d'amour interdit en pensant au dernier amour de Goethe pour une jeune fille. La passion du narrateur pour ce garçon provoque en lui le chaos intime et la dégradation morale. Et Venise dans ce roman crépusculaire ? La cité semble accablée par la chaleur, la puanteur et le choléra. A travers ce portrait peu flatteur de Venise, l'écrivain compare l'âme mélancolique de von Aschenbach à la ville, figée dans sa beauté de pierre et d'eau. L'écrivain au bout de ses forces rencontre l'Ange ou le Démon, incarné par le jeune éphèbe. Pour lui, ce sera sa dernière folie, sa dernière passion, son dernier souffle de vie. En le redécouvrant pour la troisième fois, j'ai encore mieux apprécié ce roman si viscontien avec la magie sulfureuse de la cité lacustre, vouée au déclin et à la disparition. J'ai retenu cette citation : "De la solitude nait l'originalité, la beauté en ce qu'elle a d'osé et d'étrange, le poème. Et de la solitude aussi, les choses à rebours, désordonnées, absurdes, coupables". Un récit envoûtant que l'on peut interpréter de différents points de vue ! 

lundi 16 mars 2026

"Ma vie avec Orwell", Isabelle Jarry

 J'ai lu "Ma vie avec Orwell", d'Isabelle Jarry, paru chez Gallimard. L'année dernière, j'avais découvert "Ma vie avec Proust" de Catherine Cusset et "Ma vie avec Colette". Cette idée de collection me semble très intéressante. Si j'étais devenue une écrivaine et que l'éditeur me proposait un portrait d'écrivain, quel aurait été mon choix ? Sans hésiter, Marguerite Yourcenar et je suis étonnée qu'elle ne soit pas encore intégrée dans la collection où l'on trouve Gérard de Nerval, Apollinaire, Mauriac, Joseph Conrad, etc. La vie personnelle du narrateur se mêle à celle de l'écrivain biographé. Isabelle Jarry relate les éléments importants dans l'existence d'Orwell : sa période de journaliste décrivant la misère sociale à Paris et à Londres, son engagement politique dans la Guerre d'Espagne auprès des républicains, sa santé fragile, son exil dans une île écossaise et sa mort prématurée. Les livres de l'écrivain anglais, "Dans la dèche à Paris et à Londres", "Le quai de Wigan" et "Hommage à la Catalogne" n'ont pas rencontré un grand succès auprès du public avant la parution de son grand roman iconique, "1984", publié en 1949. Il meurt l'année suivante de la tuberculose. Isabelle Jarry apprécie cet écrivain qui a fait de la "littérature un outil de lutte contre toute forme de dictature". Elle définit la dictature comme une distorsion du réel avec une langue nouvelle, une manipulation de l'information, et l'installation d'une pensée unique. Du totalitarisme impitoyable que le XXe siècle a malheureusement produit comme le stalinisme, le nazisme et l'islamisme aujourd'hui. il faudrait un nouveau Orwell au XXIe siècle pour évoquer notre monde actuel avec la toute puissance des réseaux et de l'internet sans oublier la montée irresistible des radicalités inquiétantes politiques et religieuses. Heureusement, la narratrice salue un ouvrage sur George Orwell, "L'autre vie de Georges Orwell" de Jean-Pierre Martin que j'avais beaucoup apprécié pour sa finesse littéraire. Avant de lire ou de relire ce chef d'oeuvre, "1984', il vaut mieux connaître la vie de Georges Orwell, un homme attachant, généreux, mais d'un pessimisme clairvoyant extraordinaire. 

vendredi 13 mars 2026

"Philip et moi", Colombe Schneck

 Dans les nouveautés de la Médiathèque, j'ai remarqué le roman de Colombe Schneck au titre évocateur, "Philip et moi", publié chez Stock. Le personnage principal, Esther, jeune française, trouve une place de jeune fille au pair pendant l'été 1991 chez Francine du Plessix, une journaliste américaine du New Yorker. Cette femme connue est obsédée par son voisin, l'écrivain célèbre, Philip Roth. Esther raconte son séjour dans ce milieu littéraire qui ressemble plus à un nid de vipères qu'à un paradis bienveillant. On se croirait dans le cercle des Verdurin avec des jalousies permanentes, des diffamations, des relations mondaines, des expériences sexuelles et des tromperies. Philip Roth n'est pas épargné dans ce monde frelaté et frivole. Quarante après, Esther retourne aux Etats-Unis et retrouve des témoins de son séjour. Mais, Philip Roth et Francine sont morts. Elle apprend alors le rôle néfaste de son hôtesse auprès du grand écrivain. Ils étaient amis et plus tard, les pires ennemis. En accusant Philip Roth de misogynie, cette femme aurait empêché son obtention du Prix Nobel de Littérature. Le portrait de l'écrivain devient repoussant au fil du récit. Obsédé par le sexe, par les femmes, il avait des relations volcaniques avec sa femme actrice, Claire, d'origine anglaise. J'ai lu ce recit romanesque par curiosité et puis, je me suis demandée pourquoi Colombe Schneck a consacré son livre sur ce couple antagoniste, Philip et Francine en se demandant souvent : ont-ils couché ensemble ? La lecture de ce texte procure un malaise certain car, même si l'on sait que Philip Roth était loin d'être un ange, il ne mérite pas que l'on fouille dans son passé d'homme à femmes. La vie sexuelle consentie entre adultes ne regarde pas les lecteurs et lectrices. Il vaut mieux lire les romans de Philip Roth et se faire une opinion personnelle sans engager un procès moral sur un homme qui a évoqué sa vie dans ses oeuvres autofictionelles. C'est rare que, dans ce blog, je critique un roman. Philip Roth demeure à mes yeux un des plus grands écrivains du XXe siècle et même si cet homme n'a pas eu une vie amoureuse banale, personne ne m'empêchera d'admirer ses prouesses littéraires. L'art d'égratigner la réputation d'un écrivain me semble quelque peu agaçant...   

mardi 10 mars 2026

"La Fileuse de verre", Tracy Chevalier

 Tracy Chevalier, écrivaine anglo-américaine, a composé des romans historiques très plaisants à lire en particulier "La jeune fille à la perle" et "Prodigieuses créatures". En 2024, elle publie "La Fileuse de verre", disponible dans la collection Folio. J'ai choisi ce roman dans le cadre de l'Atelier Littérature de mars sur Venise. L'histoire de notre fileuse démarre en 1486 en pleine Renaissance italienne et se termine à l'époque actuelle avec les mêmes personnages, une famille sur l'île de Murano. Cette entorse au temps est une originalité dans cette fresque historique de grande ampleur. Le milieu décrit évoque évidemment le monde des maîtres verriers qui, tout au long des siècles, ont préservé leurs secrets de fabrication. Souffler le verre reste le domaine des hommes. Mais, Orsola Rosso, l'héroïne du roman, transgresse cette tradition séculaire en trouvant une idée géniale : créer des perles de verre, un artisanat "toléré" par les hommes. Ce travail pourtant peu rémunéré va sauver sa famille pendant l'épidémie de la peste qui tuera plus de 40 000 vénitiens. Murano s'est toujours livré au commerce du verre et cette famille Rosso symbolise à elle seule la production ancestrale de cet artisanat noble qui dure encore aujourd'hui. La famille, solidaire et soudée, traverse les époques avec les drames et les bonheurs : la mort du patriarche, l'exil de la mère pendant la peste, les naissances, les mariages, les décès. Orsola comme les siens se méfie de la terraferma et ausi de Venise, la commerçante par excellence. La lagune devient le milieu essentiel du roman avec les bateaux, les gondoliers, les marchands. Orsola tombe amoureuse d'un pêcheur, Antonio, qui veut devenir maître verrier mais ce petit monde n'accepte pas facilement les "étrangers" à leur monde propre. Il s'exilera à Prague pour lancer le commerce du verre. Tous les ans, il fera parvenir à Orsola un petit dauphin en verre pour lui prouver son amour. Orsola se marie avec un verrier pour consolider l'entreprise familiale. Puis, arrive le déclin de Venise, les troupes de Napoléon et des Autrichiens, l'arrivée des vaporetti, de la foule touristique. Cette saga vénitienne se lit avec plaisir en rêvant de la lagune et de Murano, des verriers et des gondoliers, de Venise, la belle Sérénissime, figée dans un décor des siècles passés jusqu'au futur naufrage final. Ce roman très bien documenté sur l'artisanat du verre m'a appris le dur labeur des verriers de Murano et dans quelques jours, je visitera le musée du verre pour acquérir quelques perles d'Orsola... 

lundi 9 mars 2026

Rubrique Nostalgie, "L' Amour des livres"

 J'ai conservé dans ma bibliothèque des livres que je n'ai pas ouverts depuis des années. Mais, ils demeurent sur les étagères, ils m'attendent sagement que je les sorte de l'oubli. En balayant du regard mes bibliothèques, j'ai saisi un petit opuscule avec un titre alléchant, "L'Amour des livres", publié aux éditions "Le Temps qu'il fait". Je me suis demandée si cette maison artisanale, née en 1981, existait toujours et grâce à internet, j'ai appris que cette petite maison d'édition survivait encore et sur leur site, elle prône l'indépendance d'esprit, et "leur passion pour la langue" tout en poursuivant leur travail scrupuleux pour publier des ouvrages de qualité. Malgré la raréfaction des grands lecteurs, le coût réel de la diffusion, "Le Temps qu'il fait" propose toujours un catalogue de sept cents références. Le livre en question, "L'Amour des livres", est un recueil de textes pour fêter leur cinquième anniversaire dont le siège se trouve dans la région bordelaise. Les écrivains et les poètes publiés ne sont pas des "grosses pointures" parisiennes mais, bien au contraire, des hommes et des femmes discrets, intimistes, trop provinciaux peut-être. Je peux citer Jean-Pierre Abraham, Jean-Loup Trassard, Henri Thomas, Christian Bobin, etc. Le premier texte est signé de Baptiste-Marrey et il relate son apprentissage à l'âge de 17 ans chez un imprimeur à Paris. Jacques Laurans a écrit le quatrième texte et je ne résiste pas à citer ce passage : "Des livres attendent d'être lus, séjournant parfois plusieurs années avant qu'on les saisisse. Telle est l'amitié et la patience des livres. Ils demeurent droit, immobiles et silencieux, sachant que leur tour viendra au hasard d'une circonstance imprévisible. Pendant ce temps, une fine poussière se dépose sur la tranche des feuillets, tels ces minces fils argentés qui sillonnent discrètement nos tempes de lecteur". Quand je suis entrée dans "la religion des livres" tellement cet objet magique me passionnait, je collectionnais quelques ouvrages pour mieux connaître ce monde de l'imprimé. Je les ai précieusement conservés dans ma bibliothèque par fidélité et par "amour des livres" pour me souvenir de mes années passées dans ma librairie à Bayonne et dans les bibliothèques municipales. J'étais le capitaine de ces navires de livres, ancrés dans les territoires d'Eybens à Tarare, de Grenoble à La Tour du Pin pour terminer en Savoie,  à la bibliothèque universitaire de Chambéry. Quand je songe à mon passé professionnel, je me dis que j'avais quand mème une chance inouïe de vivre dans ce milieu culturel, délicieusement civilisé. L'amour des livres, l'amour de la connaissance, de la curiosité et de la vie !  

vendredi 6 mars 2026

"Seule Venise", Claudie Gallay

 Dans le cadre de l'Atelier Littérature de mars, j'ai choisi Venise. L'année dernière, Paris était à l'honneur et à chaque saison, je changerai d'horizon. Pourquoi pas Londres, Berlin, Vienne, Amsterdam et tant d'autres capitales européennes ? Pour ma part, je resterai bien en Italie mais quand même, je deviens trop chauvine. Dans ma liste bibliographique, je voulais intégrer "Les Jardins de Torcello" de Claudie Gallay mais il n'est pas encore disponible en livre de poche. J'ai donc opté pour "Seule Venise" de la même écrivaine. Ce roman, publié en 2004, chez Actes Sud, reprend le thème du son dernier roman, une déambulation d'une femme seule dans la ville magique. La narratrice dans "Seule Venise" a vidé son compte bancaire, a pris le train et s'est retrouvée à Venise en plein hiver pour oublier son amoureux qui l'a quittée. Sa maladie d'amour correspond bien à l'ambiance feutrée de Venise dans ses brumes et dans ses pluies. Dans une modeste pension, tenue par Luigi, elle a loué une chambre. Les pensionnaires forment une communauté empathique : un vieux prince russe, une jeune danseuse avec son fiancé, l'hôtelier si prévenant. Le vrai personnage du roman se nomme Venise, un lieu enchanté où l'esprit reste constamment aux aguets tellement le regard se promène dans un espace singulier. La jeune quadragénaire va se laisser guider par son intuition rêveuse dans le labyrinthe des ruelles et des canaux. Elle rencontre un libraire, un vrai, amoureux de la littérature. La librairie devient son hâvre de paix et d'espoir. Une relation amicale et peut-être amoureuse s'installe entre eux. Elle évoque aussi la présence de Zoran Music, un peintre de la Shoah, ce qui m'a beaucoup intéressée car j'avais vu à Venise une exposition de ses toiles tragiques au palais Fortuny. Le vieux prince russe a vécu un amour inoubliable dans sa jeunesse et la narratrice va retrouver cette femme cinquante ans après dans un couvent vénitien. Son séjour à Venise lui donne un nouveau souffle, un nouveau départ, de nouveaux désirs. Venise produit des miracles. Un roman promenade bien agréable à lire pour savourer le charme incommensurable de cette cité plus que millénaire.