J'ai lu un dialogue très intéressant entre le grimpeur libertaire, Sylvain Tesson et le grognard républicain, Régis Debray, publié chez Gallimard/Equateurs. Tout les sépare sur plusieurs plans : l'âge, le passé, la politique, la conception de la vie mais ils se rejoignent pourtant dans une attitude d'amitié, de compréhension et de tolérance. Ils partagent aussi avec passion, la littérature avec un grand L. Régis Debray, l'ancien, est célèbre pour son engagement politique du côté des révolutionnaires cubains, de la gauche mitterrandienne. Un chantre des idées progressistes. Un Gaullien de gauche, comme il se définit. Mais, il a le courage d'avouer : "Le salut de nos semblables ? C'était voir un peu trop large. Mais heureusement, on rétrécit en vieillissant. Vous verres, on en rabat". Le jeune Tesson a choisi l'aventure, la liberté, la jouissance de la vie et de soi, la nature : "J'ai trouvé que la jouissance d'une nuit de bivouac, seul dans la forêt, valait mieux que la volonté de peser sur le destin de mes semblables. Je croyais à la poudre d'escampette. Vous, à la poudre de canon". Dans leur démarche intellectuelle, la question centrale revient sans cesse : "Faut-il changer le monde ou le contempler ?". Les deux hommes se rencontrent chez Régis Debray, discutent à bâtons rompus, s'écoutent, s'étrillent gentiment, se câlinent comme un père avec son fils. L'un aime l'Histoire, l'autre préfère la géographie. Le Temps et l'Espace. L'un représente l'idéal révolutionnaire, l'autre est réputé pour son conservantisme. L'un aime "la camaraderie, les groupes, les bandes", l'autre, le culte du moi, la solitude, l'aventure. L'ancien lance des formules percutantes : "Il y a les solidaires et les solitaires. La gauche est plutôt dans la première catégorie. Lui se détache, moi, je m'attache. Il aime la solitude, moi, j'aime le coude à coude". Il est assez rare de mettre en lumière deux intellectuels que tout oppose et leur dialogue brillant et complice ressemble à une joute verbale de très haute tenue. Ces deux hommes se retrouvent sur leur amour commun de la littérature, de la civilisation du livre. Régis Debray la définit ainsi : "La littérature, c'est échapper au temps superficiel. C'est une façon de quitter le monde et de quitter l'entre-soi pour se chercher en soi-même". Ces deux grands lecteurs partagent leur passion de la littératuee mais l'un pratique la lecture dans un fauteuil quand l'autre embarque les livres dans les sommets du monde. Une lecture apaisante et revigorante.
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