Je remarque que je lis autant de récits que de romans, comme si le réel me semble plus riche que la fiction. Je mettrai en tête de mes découvertes le "Journal" de Sandor Marai, un écrivain hongrois particulièrement intéressant à lire. J'aime beaucoup les journaux d'écrivain mais celui-ci surpasse ceux de nombreux confrères, à par celui de Virginia Woolf que je place au sommet de la littérature. Les trois tomes de ses écrits couvrent les années 43 jusqu'en 1989. Il évoque les événements historiques de son pays, mais aussi, sa vie d'écrivain et son quotidien familial. Il note ses lectures toujours passionnantes et son amour de la littérature traverse toute cette oeuvre autobiographique. Fuyant le totalitarisme communiste, il s'exile aux Etats-Unis. Il a perdu sa bibliothèque et il écrivait : "Cette pièce avec des livres, c'est ma patrie". Cet amoureux de livres er de la littératue ne pouvait que me plaire. J'ai ensuite bien aimé le livre de Jean-Paul Enthoven, "Je me retournerai souvent", un livre patchwork de souvenirs, de réves, de portraits d'écrivains, des êtres aimés, de la Toscane, des rendez-vous manqués. Un beau récit cultivé, mélancolique qui raconte un pan de la vie intellectuelle française. Cette année, j'ai lu avec une certaine émotion l'ouvrage d'hommage à Milan Kundera, un de mes écrivains préférés que je lis très régulièrement. Dans cet opuscule, paru chez Gallimard, éditeurs, traducteurs et amis de l'écrivain rappellent l'importance capitale de son oeuvre au XXe siècle. Cette citation de Kundera ressemble à une vérité d'une lucidité clairvoyante : "La seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu'on appelle la vie est d'essayer de la comprendre. C'est la raison d'être de l'art du roman". Dans la catégorie des biographies romancées, j'ai remarqué celle d'Angela Buba, "Elsa", sur Elsa Morante. J'ai lu dans ma jeunesse "La Storia", "L'île d'Arturo", et d'autres titres et ces lectures m'avaient enchantée. Je songe à relire ses oeuvres surtout après la découverte de ce portrait bien documenté sur l'écrivaine italienne hors pair. Evoquer Elsa Morante, c'est aussi voyager dans l'Italie intellectuelle du XXe siècle sur fond de lois raciales et de combats pour la justice sociale. Une femme attachante et une écrivaine d'exception.