jeudi 5 février 2026

"Avec les grands livres, actualité des classiques", Emmanuel Godo, 1

Quand je regarde toutes mes pléiades dans ma bibliothèque, je ressens la nostalgie de ma jeunesse où l'on peut se dire qu'on a tout le temps devant soi pour lire les classiques de la littérature. Et comme le temps passe, trop vite à mon goût, j'ai enfin décidé de lire ou de relire quelques classiques, surtout ceux qui m'ont enchantée quand je suivais mes chères études littéraires à l'université de Pau dans les années 70. Mes métiers successifs, libraire et bibliothécaire, m'obligeaient à découvrir les nouveautés et m'ont  éloignée de ce patrimoine culturel. Je vais rattraper ce retard car j'ai l'impression que cette démarche de retrouvailles avec les "grands livres" devient urgente. J'ai donc découvert un charmant ouvrage, "Avec les grands livres, actualité des classiques", d'Emmanuel Godo, publié en 2025 chez l'Observateur. L'auteur et critique littéraire très érudit enseigne la littérature au lycée Henri IV de Paris. La grande théorie de son essai repose sur le postulat suivant : dans un monde ultramoderne où les sollicitations des écrans diminuent la concentration silencieuse, la lecture se transforme en acte militant pour une belle et bonne cause, la lecture. Les "grands livres" permettent de "s'arracher au vacarme ambiant", incitent à la vie intérieure pour se mettre en retrait de la folie du monde. Les livres nous "grandissent", nous délivrent de l'ennui et nous donnent des "forces spoirituelles" surtout pour un athée. L'auteur relate de nombreuses citations sur la vie intense procurée par la lecture. Ulysse dit à ses compagnons :"Vous ne fûtes pas faits pour vivre comme des bêtes brutes, mais pour conquérir vertu et connaissance". Emmanuel Godo écrit joliment : "On revient aux classiques, comme on retrouve, au gré de la vie, une maison de famille". Cette maison de famille livresque, je l'ai construite depuis l'âge de dix ans quand je suis tombée dans le monde du papier. Et les classiques, de Balzac à Flaubert, de Stendhal à Nerval, je les ai savourés très jeune, trop jeune. Ils m'attendent désormais avec impatience. L'auteur reprend la citation connue de Montaigne : "Il se faut réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude". S'il conseille les classiques, nourritures spirituelles nécessaires, il déplore "la malbouffe livresque", une pléthore de livres inutiles. Kafka, lui aussi, déclarait qu'un "livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous". (La suite, demain)