Philip Roth raconte en fait une histoire tragique avec l'irruption brutale du malheur dans la vie de cette famille si banalement heureuse. Dans ce drame, le père se sent désemparé, désarmé : comment sa chère petite fille a basculé dans le crime ? Il a vécu l'enfance de Merry comme une parenthèse enchantée. Mais elle souffrait de bégaiement et dès qu'elle a franchi le cap de l'adolescence, le sentiment de l'injustice l'a envahie jusqu'au geste final de l'attentat. La jeune fille s'est laissée piégée par cette époque politique aux Etats-Unis où la radicalité du terrorrisme pouvait provoquer des ravages eomme en Europe avec les Brigades rouges italiennes. Au fond, les parents ont partagé un aveuglement sur le comportement asocial de leur fille rebelle. Celle-ci disparaît après l'attentat, cachée et protégée dans le milieu des marginaux. Seymour la retrouve cinq ans plus tard et la discussion s'avère un échec total car Merry s'est transformée en bloc de haine envers la société. Philip Roth relate aussi le destin de ce père fantôme, un anti-héros pathétique car il va divorcer, se remarier et aura trois garçons. Sa fille Merry va mourir jeune. "La pastorale américaine", une vie qui promet la plénitude et l'innocence, a disparu sans retour possible pour les parents de cette jeune femme terrorriste. Ce roman "épique" raconte aussi l'Amérique du XXe siècle à travers la ville de Newark avec la guerre du Vietnam, le Watergate, les mouvements contestataires, les classes sociales, les rêves de réussite et d'assimilation, le travail, la famille et tant d'autres aspects de la vie américaine. Ce roman miroir, ce roman puzzle possède de multiples facettes aussi bien tragiques que comiques, avec un humour corrosif et sans illusions sur la "nature humaine". Quelles leçons faut-il extraire de ce grand roman baroque ? Tout est fragile dans chaque destin et le malheur peut frapper à tous moments. Philip Roth ne se voilait pas la face et posait sans cesse la question : "la vie a-t-elle un sens ?". Attention, ce roman peut secouer fort avec une vision de la vie penchant du côté sombre ! Mais aussi quelle vitalité dans cette prose volcanique et quel oeil d'aigle pour décrire les mensonges et surtout, la bêtise humaine dans ses clichés et ses dogmatismes. Le roman a reçu le Prix Pulitzer en 1998 et la revue Time l'a selectionné dans une liste des 100 plus grands romans de tous les temps ! A lire ou à relire.