mercredi 29 avril 2026

Escapade à Munich, du Jardin anglais à la Residenz

  Après la visite de l'Alte Pinakothek, j'ai pris un bus pour l'Englischer Garten, un parc de plus de trois cents hectares, le poumon vert de Munich. Situé dans la partie nord-est du quartier de Schwabing, les guides touristiques le comparent à Central Park. Le jardin, ouvert au public en 1792, s'est inspiré des jardins anglais. J'ai pénétré le parc dans la partie sud et j'ai tout de suite remarqué les vastes pelouses vertes fréquentées par les Munichois et par les touristes. De nombreux ruisseaux parsèment la pelouse.  Des sentiers m'ont menée vers la Tour chinoise, construite en 1789, haute de 25 mètres, et servant de point de repère. J'ai contourné un petit lac où des oies et des cygnes se prélassaient sur les bords. J'ai déjeuné dans un Biergarten, une brasserie en plein air, une véritable institution à Munich. Je voulais vivre un moment munichois en partageant un repas bavarois sur une table et un banc en bois. J'ai choisi dans une cafétéria les celèbres saucisses accompagnées d'une salade de pommes de terre (kartoffelsalat) et en dessert, le fameux afpelstrudel. Ambiance conviviale garantie en toute simplicité et à un prix modeste. La météo du jour, un soleil estival, permettait cette escapade traditionnelle. Dans l'après-midi, j'ai repris le bus pour le centre ancien et j'ai visité l'église des Théatins (Theatinerkirche) sur la place de l'Odéon au coeur de la ville. De style baroque, elle a été construite au XVIIe siècle. Ses dômes surplombent le centre ancien et sa façade rococo d'un jaune à l'italienne attire le regard. Dans l'intérieur, le stuc blanc et brillant règne en maître et une des chapelles conserve les reliques de quelques rois et reines de Bavière. En face de l'église, se situe la Residenz, la résidence officielle des monarques bavarois entre 1385 et 1918. Ce palais gigantesque avec ses 130 salles et ses 10 cours ne se visite en quelques heures et des parcours divers sont proposés. J'ai choisi la découverte de l'Antiquarium, une vaste salle pour abriter une importante collection de sculptures. La voûte en berceau comporte 17 paires de fenêtres et assurent un éclairage latéral. Un lieu de rêve, une salle exceptionnelle qui restera dans ma mémoire comme un coup de foudre architectural ! 

mardi 28 avril 2026

Escapade à Munich, La Alte Pinakothek, un musée magnifique

 Dans la liste des musées de peinture à visiter en Europe, la Alte Pinakothek, l'Ancienne Pinacothèque, possède l'une des plus riches et des plus vastes collections d'oeuvres d'art du monde. La famille royale, la Maison de Wittelsbach, avait la passion de l'art européen du XIIIe au XVIIe siècle. Fondée au XVIe par le duc Guillaume IV de Bavière, le roi Louis Ier a fait construire le musée en 1826 qui a ouvert ses portes dix ans après. Ce très long bâtiment en briques offre une perspective remarquable, ponctué de grandes fenêtres pour les salles latérales et dans les grands espaces, des puits de lumière permettent de mieux apprécier les centaines de toiles. Ce bâtiment a servi de modèle muséal pour le continent européen. Quand je suis arrivée dès l'ouverture, je m'attendais à une file d'attente comme dans tous les grands musées européens, en particulier à Paris. J'étais très surprise de pénétrer dans ce temple de l'art sans attendre une minute. Le musée était très peu fréquenté et je me suis retrouvée dans les salles pratiquement seule. 19 salles et 47 cabinets exposent plus de 800 toiles Evidemment, la peinture alllemande est prédominante avec des artistes majeurs comme Dürer, Cranach, Holbein, pour les plus connus. La peinture hollandaise comprend des chefs-d'oeuvre de Bosch, Rembrandt, de Hals, de Rubens et d'autres moins connus. Mais, j'ai surtout retrouvé mes chéris italiens. Je veux citer deux Raphaël, Leonard de Vinci, Fra Angelico, Arcimboldo, Bellini et sa "Vierge à l'Enfant", Botticelli, Giotto, Titien. Dans une petite salle, j'ai découvert avec plaisir deux portraits de Giorgione. L'Italie me revenait en boomerang dans ce festival de toiles magnifiques. Une galerie digne du Louvre. Ce musée mérite amplement sa réputation et je savourais cette vitrine qui me racontait la fabuleuse histoire de l'art. Une visite heureuse, enrichissante sur le plan culturel et un moment délicieux au coeur d'une planète artistique protégée. Un sommet de la civilisation européenne. 

lundi 27 avril 2026

Escapade à Munich, premières impressions

 La semaine dernière, je suis partie à Munich pour visiter ses célèbres musées. Je connaissais un tout petit bout d'Allemagne à Berlin et j'en conservais un souvenir marquant. Evidemment, je suis surtout attirée par les pays du sud, de la Grèce, en passant par l'Italie, l'Espagne et le Portugal où je me sens dans un environnement amical et familier. Certains touristes se sentent mieux dans des pays lointains, très lointains mais, j'avoue que j'ai un caractère casanier. L'Europe me suffit amplement. L'Allemagne, au coeur de l'Europe, me semble incontournable. Dès que je suis arrivée à l'aéroport d'une dimension internationale, j'ai pris une navette de la Lufthansa pour atteindre le centre ville. J'ai traversé de larges avenues avec des immeubles cossus et j'ai remarqué la présence permanente d'espaces verts. Le soleil brillait sur ces paysages urbains, composés de voitures luxueuses aux marques reconnues comme BMW, Mercèdes et compagnie. Beaucoup de bus, de trams et de trains et surtout de vélos comme dans les pays scandinaves. Il faut vraiment surveiller les pistes cyclables avant de les franchir ! En fin d'après-midi, les musées ferment tous à 18 heures. J'ai donc visité le coeur de Munich, la Marienplatz, fondée en 1158. L'Hôtel de ville (Neues Rathaus) s'impose avec force dans cet espace pavé. Sa tour néogothique et son carillon attirent les touristes et j'ai assisté à la cérémonie traditionnelle quand les personnages animés représentent une joute de chevaliers et des tonneliers danseurs bavarois. Ces "Schäffler" donnaient le sourire à la population après une épidémie de peste. Une colonne, la Mariensaule, datant de 1638, célèbre la fin de l'occupation suédoise pendant la Guerre de Trente ans. Les dômes de la Cathédrale Notre-Dame, la Frauenkirche, dominent la place. Cet édifice gothique en briques rouges a été partiellement détruit pendant la Guerre comme la moitié de la ville.  J'ai fini la soirée dans une taverne bavaroise (la saucisse règne dans tous les plats) mais j'ai choisi des raviolis italiens. Je redoutais un peu un certain degré d'insécurité dans cette métropole de quelques millions d'habitants en comptant l'agglomération. Mais, je me baladais sans appréhension en remarquant la présence de beaucoup de jeunes gens car plus de cent mille étudiants fréquentent l'université de Munich. Peu de présence policière dans l'espace public et une ambiance bon enfant en ville. 

lundi 20 avril 2026

"La Disparition des choses", Olivia Elkaim

 J'éprouve un intérêt particulier pour Georges Perec (1936-1982) et quand j'ai appris qu'Olivia Elkaim consacrait un récit sur la mère de cet écrivain si singulier dans le panorama de la littérature contemporaine, j'ai vite acquis ce texte pour découvrir le destin tragique de cette femme.  Cécile Perec, née Cyrla Szulewicz, est arrivée à Paris dans les années 1920 et elle est morte à Auschwitz en 1943. Dans son fabuleux roman, "W ou le souvenir d'enfance", paru en 1975, il évoque sa mère "morte dans avoir compris" ce qui se passait quand elle a été déportée à Auschwitz. Le jeune Georges a connu sa mère jusqu'à l'âge de cinq ans et en 1941, elle l'a envoyé dans un convoi de la Croix-Rouge sous occupation nazie. Elle l'a miraculeusement sauvé de la Shoah. Olivia Elkaim se saisit de cette tragédie familiale en utilisant deux titres de l'oeuvre perecquienne : "La Disparition" en 1969 et "Les Choses" en 1965. Le roman biographique raconte la vie de Cécile, coiffeuse à Belleville, et amoureuse de son André, le père de Georges Perec, engagé dans la Légion étrangère. Sur le front, il va mourir en Juin 40. Evidemment, il reste peu de traces de l'existence de cette femme et l'écrivaine imagine "ses manières, un phrasé, des sentiments" dont elle ne sait rien. Elle ajoute dans un entretien dans le Monde : "Je comble de romanesque là où il n'y a que du vide". Olivia Elkaim invite aussi les amis de Perec, surtout Robert Bober qui se réunissaient autour de leur passion ludique pour les jeux littéraires de l'Oulipo. Elle établit un parallèle entre le passé des années 40 et l'antisémitisme actuel et dans un jeu de miroir, elle se confie sur sa maternité et sa judéité. Ce livre émouvant sur la mère de Georges Perec et sur le thème de la disparition est un bel hommage, d'une grande tendresse et d'une lucidité inquiétante. Pour ma part, en fermant les pages de ce livre, j'avais envie de relire "W ou le souvenir d'enfance" et d'autres titres comme "Les Revenentes" pour retrouver ce magnifique écrivain. 

jeudi 16 avril 2026

"Marcher, un art tranquille du bonheur", Le Breton

Quand j'ai pris ma retraite en 2010, j'ai découvert la marche, "un art tranquille du bonheur" comme le dit David Le Breton dans son ouvrage sur la marche, paru chez Métailié, en livre de poche. Anthropologue et professeur de sociologie à l'université de Strasbourg, il a déja proposé deux livres sur la marche et il revient sur ce thème pour apporter des preuves sur les "vertus thérapeutiques face aux fatigues de l'âme dans un monde technologique". Face à la sédentarité, provoquée par la présence permanente des écrans au travail ou chez soi, le sociologue prône évidemment le retour au corps pour éprouver le monde dans sa dimension physique. Faire corps avec le paysage, avec le ciel, avec le soleil ou avec la pluie. Marcher rime avec s'aventurer, rencontrer, se renouveler, suspendre les soucis du moment, rompre avec la routine. Dans ce livre érudit, l'auteur offre un évantail de grands marcheurs : du l'homme préhistorique à Thoreau, en passant par Jean-Jacques Rousseau, Jacques Lacarrière, Simone de Beauvoir, Sylvain Tesson, Jacqueline de Romilly et tant d'autres amoureux du plein air dans les sentiers et dans les chemins du monde ou près de chez soi. L'auteur évoque aussi les pélerinages surtout celui de Saint-Jacques de Compostelle. Il critique avec humour les machines à se déplacer comme les trottinettes, une invention infernale contre la marche. Ceux et celles qui pratiquent ce sport tranquille s'adonnent aussi à un bonheur simple sans appareil sophistiqué, gratuit (à part l'achat de bonnes chaussures) et bénéfique pour la santé physique et mentale. Arpenter un lieu signifie aussi une "renaissance au monde". David Le Breton évoque méme le sentiment de résistance à notre vie connectée et au "plaisir d'être soi". Marcher ressemble à une méditation libératrice : "La mise en mouvement du corps est une mise en mouvement d'une pensée qui se libère des impasses où elle se tenait". Cet essai revigorant donne envie de se lever et de marcher pour "savoir s'arrêter, regarder, prendre son temps"  ! La marche ressemble à la lecture dans sa dimension d'un temps pour soi, d'une déconnexion temporaire hors écran et d'un bonheur "tranquille" assuré. Un  essai très agréable à lire. 

mercredi 15 avril 2026

"Un coeur noir", Silvia Avallone

Comme j'aime fortement l'Italie, je lis des romans pour me rapprocher de ce pays si exceptionnel à mes yeux. J'ai terminé récemment "Un coeur noir" de Silvia Avallone, publié chez Liana Levi en 2025. Le personnage central du livre se nomme Emilia, une jeune femme de trente ans aux cheveux roux et bouclés, à la taille fine et vêtue d'une veste verte fluo. Elle se rend dans un tout petit village de montagne, Sassaia, déserté par ses habitants. Bruno, un des seuls résidents, maître d'école, observe cette arrivée d'une "étrangère" au pays. Quand ils se rencontrent enfin, il aperçoit dans les yeux d'Emilia "dénués de lumière comme deux étoiles mortes", la même détresse qu'il ressent aussi dans ce bout du monde. Leur solitude respective les rapproche. Ils ont subi des drames dans leur vie que l'écrivaine révèle au fil du texte. Bruno a perdu ses parents dans un accident de téléphérique et il ne s'est jamais remis de cette tragédie. Et Emilia ? Il apprend vite qu'elle sort de prison sans savoir le crime qu'elle a commis. Il n'ose pas lui demander la raison de ses années de prison. Pendant quelques mois, ils vont s'aimer et Emilia va même trouver un travail pour rénover une fresque dans l'église du hameau. Un jour, Bruno reçoit une lettre anonyme qui lui révèle le crime d'Emilia. Il se renseigne et découvre son sombre passé. Il met fin à son histoire d'amour et Emilia fuit le village pour rejoindre sa meilleure amie à Milan. Je ne raconterai pas la fin de l'histoire. Silvia Avallone raconte les destins de personnages infiniment fragiles, rongés par la culpabilité et par le remords. Elle pose la question de la rédemption après la "faute". du salut et de la renaissance. Dans ses vies brisées, le rôle de la famille solidaire et aimante semble essentiel.  Un roman profond et singulier d'une écrivaine, née en 1984 à Biella dans les Alpes italiennes. Depuis la publication de son premier roman en 2011, "D'acier", elle connaît un succès permanent et elle est considérée comme une des voix les plus puissantes de l'Italie. 

mardi 14 avril 2026

"Que ma joie demeure", Jean Giono, bis

 J'ai choisi un thème particulier pour l'Atelier Littérature du jeudi 30 avril : le bonheur. Mais, j'ai ajouté dans le titre un point d'interrogation. Comment être heureux dans un monde malheureux ? Albert Camus, doué pour cet état permanent, écrivait : "Il n'y a pas de honte à être heureux". J'ai donc relu quarante ans après, le roman de Jean Giono, "Que ma joie demeure", publié en 1935. Sur le plateau de Haute Provence, le plateau Crémone, au début du XXe, Jourdan, le paysan du coin, découvre la joie grâce à l'irruption d'un "vagabond poétique", Bobi, acrobate itinérant. Ce personnage va initier Jourdan et la communauté, à l'art de l'inutile : "La jeunesse, dit l'homme, c'est la joie. Et la jeunesse, ce n'est ni la force, ni la souplesse, ni même la jeunesse comme tu disais : c'est la passion pour l'inutile". Bobi enseigne la beauté de la nature environnante, le ciel étoilé, les fleurs et les animaux. Il incite les villageois à la solidarité. Des scènes bucoliques se succèdent dans ce roman-poème d'inspiration virgilienne : la culture du blé en commun, les repas champêtres, la venue d'un cerf apprivoisé, la vie dans les fermes, les amours, les amitiés sans oublier les drames. Ce roman prophétique n'a pas convaincu la critique littéraire car certains ont vu le retour à la terre dans un projet communiste car Bobi prône le partage des richesses et des biens. L'acrobate est-il le double de Giono ? Evidemment, surtout que Jean Giono s'est engagé dans un pacifisme radical et réunissait ses amis au Contadour pour vivre une utopie avant-gardiste qui sera reprise par les écologistes. Acrobate prophète, acrobate du style, l'écrivain distille dans son texte une vision cosmique de la nature et d'une humanité à son service et non l'inverse : "Les hommes, au fond, ça n'a pas été fait pour s'engraisser à l'auge, mais pour maigrir dans les chemins, traverser des arbres et des arbres, sans jamais revoir les mêmes, s'en aller dans sa curiosité, connaître". Bobi meurt foudroyé comme si son existence ne pouvait se maintenir dans cette utopie paysanne de partage. Ce roman se lit à petites doses, comme un long poème lyrique, même si Giono en fait trop dans ses descriptions. Mais, quel souffle, unique dans la littérature française. Et quel style... 

lundi 13 avril 2026

"Ce qui reste", Bernhard Schlink

 J'ai lu le dernier roman de Bernhard Schlink, "Ce qui reste", paru chez Gallimard. L'écrivain allemand propose l'histoire d'un professeur de droit, un septuagénaire, confronté à la maladie, un cancer. Malgré ce sujet quelque peu sombre, le roman se lit avec beaucoup d'intérêt pour sa dimension humaine. Martin apprend que sa vie va s'interrompre dans les six mois qui suivent le verdict du médecin : il a un cancer incurable du pancréas. Comment supporter cette date fatidique alors qu'il vit un vrai bonheur familial entre une épouse, Ulla, son ancienne étudiante et un petit garçon de six ans, David ? Evidemment, il subit sa finitude avec angoisse et avec nostalgie. Sa femme est beaucoup plus jeune que lui et souvent, à l'école, on le considère comme le grand-père de son propre fils. Très vite, il se pose la question fatidique de sa disparition : que va-t-il rester de lui aux yeux de son enfant ? Sa femme lui conseille d'enregistrer des messages en vidéo pour David afin de laisser une trace quand il sera devenu un adulte. Martin s'aperçoit qu'Ulla, bien que prévenante avec lui, semble plus détachée et s'investit dans une autre relation amoureuse. En fait, elle le trompe avec un architecte mais, au lieu d'être jaloux, il comprend sa jeune femme et va même rencontrer cet homme pour lui confier sa famille. Il se demande si David se souviendra de lui : "pourquoi David devrait-il se souvenir de lui ? Etait-ce par vanité qu'il ne supporterait pas de pouvoir être oublié ? D'être effacé d'abord de la vie, puis de la mémoire ?".  Le père prend la décision d'écrire des lettres à son fils pendant son sursis et il prend soin de l'enfant en organisant une randonnée en montagne et d'autres loisirs inhabituels. Au fil du récit, la maladie s'intensifie sur son corps affaibli et il se sent "emmailloté de fatigue de la tête aux pieds". Ils partent en bord de mer devant la Baltique et Martin récapitule ses lectures, son goût pour la musique, ses plus beaux souvenirs. Une grande douceur l'envahit au seuil de sa mort. Il ressent "le moment où la poussière du sol prend l'odeur de l'enfance". Ce très beau roman écrit avec une pudeur remarquable a été traduit par Bernard Lortholary qui vient de disparaître. J'ai refermé ce livre avec une émotion certaine. Bernhard Schlink tente de nous éclairer avec l'aide précieuse et essentielle de la littérature comme une consolation ultime. Une lecture délicate et lumineuse.  

vendredi 10 avril 2026

"Femmes sur fond d'azur", Chantal Thomas

 Chantal Thomas, écrivaine "libertaire" et académicienne, vient de publier un recueil de textes, parus dans le Monde pendant l'été 2024, "Femmes sur fond d'azur", édité au Seuil. Le point commun de ces portraits concerne la Côte d'azur, terre enchantée et ensoleillée que l'écrivaine ne cesse de vanter dans ses livres. A un moment de leur vie, chacune des six protagonistes choisies a déposé ses valises dans cette région privilégiée. Dans un journal, elle évoque son ouvrage : "Ce qui m'intéresse, c'est de tisser des liens, jouer sur les correspondances, les regards échangés entre les différentes femmes que j'évoque". Ces lieux, "des enclaves délicieuses de douceur", se nomment Menton, Nice, Cimiez et le Cap-Martin. Et ces femmes ? Qui sont-elles ? Il s'agit de la cantatrice, Sophie Cruvelli, vicomtesse Vigier, la reine Victoria, la chanteuse et peintre Marie Bashkirtseff, les écrivaines Katherine Mansfield et Colette. Chantal Thomas ajoute à sa liste de portraits, Jackie, sa mère qui était déjà au centre de son beau récit autobiographique, "Souvenirs de la marée basse". La Russe Marie Bashkirtseff et l'écrivaine Néo-Zélandaise, Katherine Mansfield sont mortes jeunes et elles tenaient un journal intime qui leur a permis, dit Chantal Thomas, "De ne pas partir en lambeaux. C'est le langage, la confession qui les tient. Et l'azur méditérranéen, sa lumière paradisiaque, leur permet de garder cet élan, moment privilégié d'une conversation avec soi-même". Vivre en Côte d'azur dans ce "pays de grande lumière", c'est surtout revivre pour les héroïnes du récit, se réinventer, se ressourcer, surmonter les épreuves de la vie. La beauté des lienx, les fleurs, le ciel bleu, la mer scintillante présentent des atouts majeurs pour conquérir une santé physique, morale et intellectuelle. Chantal Thomas ne cache pas son immense amitié envers ses femmes créatrices mais elle réserve son admiration éblouie à Colette, qui découvre ce midi mythique et apprend à se "désenvoûter de toute relation duelle, du vertige des duos d'amour". Un beau recueil au goût du soleil et aux saveurs impalpables de la Côte d'azur au début du XXe siècle. Et des femmes magnifiques à découvrir. 

jeudi 9 avril 2026

Escapade à Venise, Fascinant Giorgione

 Pour connaître le génie de la peinture italienne, il suffit de visiter la Galerie de l'Académie, une institution culturelle incontournable à Venise. A chacun de mes séjours vénitiens, je ne manque jamais l'Académie et il m'est même arrivée d'y aller deux fois dans le même séjour tellement j'aime ce musée à taille humaine qui récèle des trésors. Dès le matin, à l'ouverture, j'ai pris mon temps pour parcourir la vingtaine de salles en me concentrant sur les Bellini, les Véronèse, les Tintoret, les Lotto, etc. Mais un peintre a retenu mon extrême attention : Giorgio Barbarelli dit Giorgione, né en 1477 à Castelfranco et mort à Venise en 1510. Mort à 32 ans, un destin foudroyé. J'admire depuis des années son chef d'oeuvre absolu, "La Tempête". Pendant mon séjour, je lisais les "Mémoires de Giorgione" de Claude Chevreuil, publié en Livre de Poche. Dans cette biographie romancée, le peintre raconte sa courte vie à son élève préféré : son enfance solitaire dans la ferme de ses parents, sa passion du dessin, son apprentissage dans l'atelier de Bellini, son goût de la musique, des livres et de l'amour. Le peintre croise Dürer, Léonard de Vinci, Titien. Dans ce roman, Venise fascine par ses splendeurs, ses nobles, son peuple, ses courtisanes. Une lecture parfaite pour découvrir l'univers pictural de Giorgione. J'étais devant le tableau, "La Tempête", quand un professeur d'histoire est venu commenter le chef d'oeuvre à des lycéens de Strasbourg. Ils ne se rendaient pas compte, ces jeunes ados, de la chance qu'ils vivaient de visiter si tôt un des plus beaux musées du monde ! Le professeur s'est lancé dans une explication un peu trop classique du tableau. Je comprenais aussi que ce n'était pas facile pour lui de commenter "La Tempête" devant des jeunes, plus préoccupés par leur vie que par celle de Giorgione... Les spécialistes de la peinture lui attribuent seulement 24 tableaux à l'huile sur bois ou sur toile. Le Louvre n'en possède qu'un, "Le Concert champêtre". Venise me rejouit toujours autant et je ne me lasserai jamais de sa beauté profonde, teintée de mélancolie comme un vieux monde qui doit disparaître en 2100 ! Je ne peux pas croire cette prédiction, semble-t-il, scientifique. Le monde sans Venise, inimaginable... Venise est éternelle ! 

mardi 7 avril 2026

Escapade à Venise, la vie aquatique

 Dans le quartier du Dorsudoro, près de la Dogana, j'ai croisé des Vénitiens et des Vénitiennes, des "vrais habitants" et comme je les enviais ! A côté de ma résidence, je voyais entrer et sortir des bambins de maternelle et ils se déplaçaient avec des trottinettes à leur taille, toutes rangées contre la façade de l'école et évidemment, à Venise, personne n'oserait s'emparer de ces petits outils de déplacement. Les parents sortaient du vaporetto avec des poussettes et tout le monde facilitait le transfert entre le quai et le bateau. J'ai aussi fait des petites courses dans un supermarché de la marque Conad et ces magasins sont dissimulés pour ne pas enlaidir l'environnement fantastique du canal de la Guidecca. Le matin, des péniches recueillent le tri des déchets. Mon regard était souvent capté par la valse continuelle des bateaux dans les canaux : des bateaux ambulances (pour charger un brancard, cela ne doit pas être facile), des bateaux de police, des bateaux taxis, des bateaux de livraison, etc. Les gondoles défilent dans les canaux avec l'élégance légendaire de leurs gondoliers. Ces barques plates et noires ont été inventées pour glisser sur l'eau car la lagune n'a que deux mètres de profondeur. Dans les temps anciens, plus de dix milles gondoles sillonnaient la ville er servaient à tous les transports nécessaires. Il en reste aujourd'hui quelques centaines et elles sont devenues des embarcations mythiques, symboles de l'amour romantique. Dans le quartier du Dorsoduro, où j'aime beaucoup me balader, j'observe avec intérêt les réparations des gondoles dans le square de San Traverso, le dernier atelier de Venise encore en activité. Pour vivre à Venise, il faut s'adapter à tout moment et s'organiser d'une façon différente pour aller au travail, à l'école, au marché. Sans voitures tonitruantes, sans motos bruyantes et sans vélos, Venise offre un spectacle permanent. Quand je traversais des ruelles et des places, je n'avais pas besoin de me retourner ou de m'écarter sans cesse pour éviter les vélos et les trottinettes, de véritables dangers pour les piétons. Vivre sur l'eau, avec l'eau, une vie quotidienne unique au monde... 

lundi 6 avril 2026

Escapade à Venise, Burano et Murano

 Je me souviendrai longtemps de cette journée ensoleillée où, grâce au vaporetto, j'ai visité les trois îles les plus emblématiques de la lagune. Burano, à sept kilomètres de Venise, rassemble des enfilades de maisonnettes toutes en couleurs les unes après les autres et longeant un canal. L'île est réputée pour sa légendaire dentelle. Des boutiques proposent, évidemment, les articles de cet artisanat local. Les dentelles très raffinées s'exportaient dans toutes les cours princières et chez les riches bourgeois en Europe. Ce faubourg de Venise était un ancien village de pêcheurs à l'époque romaine. Après guerre, les pêcheurs avaient reçu des peintures, issues de la surproduction de l'industrie chimique. Ils ont aussi utilisé ces couleurs pour leurs bateaux. Ces maisons colorées de poupée donnent une image vivante et joyeuse de l'île. J'ai appris aussi qu'un grand musicien italien, Baldassare Galuppi, est né à Burano. Une île inspiratrice. J'ai repris le vaporetto pour Murano à dix minutes de Venise, où j'avais rendez-vous avec une toile de Giovanni Bellini dans l'église Saint-Pierre-Martyr (San Pietro Martire), un édifice gothique du XIVe. D'impressionnants lustres en verre rappelent la vocation première de l'île : l'art du verre. En me promenant sur cette Venise en miniature, j'ai pensé au roman de Tracy Chevalier, "La Fileuse de verre" et je voyais les personnages de ce livre dans les rues de Murano. Car le verre d'art se niche partout dans les boutiques de luxe, dans les restaurants et même les églises. Un musée du verre expose les plus belles pièces de cet artisanat d'art. L'ambiance bon enfant et sereine de l'île rejoint celles de Burano et de Torcello. Cette journée îlienne m'a donc apporté un regain d'énergie et une provision de belles images dans ma tête. Dans ce monde troublé par les guerres, par les drames divers, ces lieux protégés ressemblent à des petits paradis, où la paix et la sérénité règnent en maître. Une parenthèse enchantée que m'a offert Venise et sa lagune. Un journée de rêve.

vendredi 3 avril 2026

Escapade à Venise, Bellini, le peintre de la lumière

 Les églises à Venise, des musées à visiter pour rencontrer l'art de la Renaissance italienne. Un peintre me ravit par la beauté de ses toiles : Giovanni Bellini. Comme dans un labyrinthe, j'ai tiré le fil d'Ariane en parcourant les églises qui présentent des oeuvres de ce peintre, né à Venise en 1435. Il a fait son apprentissage au côté de son frère, Gentile, dans l'atelier de leur père, Jacobo. Son art, d'après les critiques, est un mélange d'influence gothique et de réminiscences byzantines avec des "gestes codifiés, fonds d'or, frontalité, abside ornée de mosaïques". Dans mes balades vénitiennes, j'éprouve une tendresse particulière pour les Vierge à l'enfant, d'une bonté toute chrétienne. Dans chacune de mes escapades à Venise, j'effectue mon "pélerinage profane" devant la Madone de San Zaccaria, peinte en 1505, où l'on contemple la Vierge qu'Henry James a décrite dans "Les Heures italiennes" : "Elle est si douce et sereine, et présentée de manière si grandiose". Et dans ce tableau si beau, je remarque toujours le petit ange musicien jouant de la viole. Ma deuxième visite était consacrée au tryptique, "Vierge à l'Enfant",  dans la Basilique Santa Maria Gloriosa dei Frari. Dans ce tableau, deux petits anges, les putti, offrent une image réjouissante. Des Bellini dans les églises mais aussi à la galerie de l'Académie. J'y suis allée un matin le plus tôt possible et j'ai vite accédé à sa salle où j'étais seule à admirer ses tableaux. L'une de ses plus grandes oeuvres, "Le Rétable de Saint Job", était présentée dans le musée dans un espace de rénovation et je pouvais voir le restaurateur au travail. Le directeur du musée se félicite de cette expostion : "Restaurer ce rétable devant le public, c'est non seulement prendre soin de l'un des chefs-d'oeuvre absolus de notre collection, mais aussi montrer comment le savoir scientifique, la responsabilité en matière de conservation et le dialogue avec les visiteurs font partie intégrante de l'expérience muséale". J'ai évidemment parcouru pendant deux heures toutes les salles et en partant, je suis revenue voir une Annonciation de Bellini, un dyptique flamboyant d'une beauté digne de Léonard de Vinci. Pour moi, Venise rime avec Bellini, un peintre de génie, novateur à son époque. Né dans une famille d'artistes, il restera toute sa vie à Venise, le centre du monde à ses yeux... 

jeudi 2 avril 2026

Escapade à Venise, l'île de Torcello

 Venise ne se visite pas en un jour, mais, en quelques jours pour s'imprégner de son atmosphère si étrange, si fascinante. Les milliards de photographies du Palais des Doges, du Campanile, de la Basilique San Marco et du Rialto ne résument pas la cité et son "esprit du lieu". J'aime m'installer dans un appartement ou une chambre d'hôte pour savourer mon séjour. Dans ma semaine, j'ai pris le temps de découvrir les îles voisines : Murano, Burano et Torcello. Pour atteindre ces îles, il suffit de prendre un vaporetto et de filer sur Murano, premier arrêt, puis Burano et enfin Torcello. J'ai préféré commencer par Torcello et en mars, c'est un vrai délice tant les touristes désertent cette destination. Quand je suis arrivée, j'ai été frappée par la simplicité de l'île et par sa tranquillité légendaire. J'arpentais le sol qui a connu les premiers habitants de la lagune, les Vénètes, au VIe siècle. Elle compte aujourd'hui une dizaine d'habitants alors qu'au Xe siècle, ils êtaient quelques milliers. Mais la malaria et l'envasement des canaux ont provoqué leur installation à Venise et à Murano. A la sortie du bateau, il faut marcher sur le quai d'un canal et déjà le charme opère. En cheminant, j'ai observé le Pont du Diable, un souvenir des Romains. Sur la place herbeuse, j'ai visité un édifice remarquable, la cathédrale Santa Maria Assunta. Batie en 639, elle récèle un trésor des XIIe et XIIIe siècles: une immense et extraordinaire mosaïque, représentant le Jugement dernier. Je n'en croyais pas mes yeux ! Tout près de cette cathédrale, je suis entrée dans l'église Santa Fosca, en croix grecque qui, selon les historiens, serait un "martyrium", un sanctuaire abritant les restes des martyrs. Un troisième édifice sur cette place modeste s'imposait d'emblée à ma grande surprise : le musée archéologique ! J'ai retrouvé mes Etrusques avec leur artisanat métallurgique (vaisselle, miroirs, fibules) et quelques vases trouvés dans la campagne de l'Altino. La section médiévale est aussi présentée dans ce petit musée provincial incroyable. En me promenant dans ce bout d'île, je pensais au roman de Claudie Gallay, "Dans les jardins de Torcello", avec son ambiance très particulière de silence et de nature. Une très belle découverte incontournable à une heure de bateau de Venise. 

mercredi 1 avril 2026

Escapade à Venise, l'impressionnisme incarné

 J'ai donc réservé ma première escapade de l'année à Venise, une de mes villes préférées en Italie. Comment éviter les clichés liés à cette cité si fréquentée même l'hiver ? Il faut éviter deux lieux majeurs qui perdent presque leur charme, tellement le tourisme consumériste de masse altère leur splendeur d'origine : la piazza San Marco et le pont du Rialto. Evidemment, j'ai traversé ces deux endroits sans m'attarder car pour atteindre telle ou telle église, ces deux pôles d'intérêt sont incontournables. J'ai respecté la tradition en prenant le bateau à l'aéroport car j'aime arriver à Venise à travers les balises en bois, des "bricole", qui tracent la route de navigation et sur lesquelles nichent les mouettes. Dès mon arrivée dans la chambre d'hôte, la Ca'Santo Spirito, sur les Zattere, j'ai vite posé la valise et j'ai pris la ligne 1 du vaporetto pour revoir les palais les plus prestigieux : le palazzo Salviati, le palazzo Gustinian, la Ca'Dorio, la Ca Pesaro, la Ca Rezzonico, le palazzo Barbaro, etc. Les Champs Elysées aquatiques de Venise. Je reviens toujours à la littérature en pensant à Henry James qui a écrit son roman, "Les papiers d'Aspern" dans le Palais Barbaro. Se balader dans le vaporetto, surtout dans les espaces extérieurs du bateau, se transforme en rêve éveillé devant tant de beauté architecturale. Je n'oublie pas la présence des mouettes sur les "palines", ces pieux en bois souvent aux couleurs des propriétaires des palais. Tout est thêatral à Venise surtout avec les gondoles et les bateaux taxis qui côtoient les vaporetti. Le premier soir, j'ai vécu un phénomène de coucher de soleil sur le Canal Grande avec les reflets d'un soleil orangé sur l'eau, un tableau de Monet en perspective qui a, lui-même peint une trentaine de tableaux en 1908. Voir ce coucher de soleil sur le Grand Canal reste pour moi une expérience esthétique que je ne vis qu'à Venise. Le canal de la Guidecca à deux pas de ma résidence conserve son charme puissant sur les bords des Zattere où j'ai terminé ma soirée avec un plat succulent de "spaghetti à la vongole" dans un restaurant-terrasse en plein air. Les mouettes me frôlaient et la chiesa des Gesuiti avec son imposante façade baroque attirait irrésistiblement mon regard. Je vivais dans une bulle intemporelle. Rien n'avait changé depuis mon précédent séjour en 2024. Parfois, cela fait du bien de retrouver un monde qui ne change pas à toute allure. Dans cette ville si ancienne, le temps se ralentit, s'allonge, se prélasse et enfin, libère l'énergie en soi. Des retrouvailles heureuses.