jeudi 16 avril 2026

"Marcher, un art tranquille du bonheur", Le Breton

Quand j'ai pris ma retraite en 2010, j'ai découvert la marche, "un art tranquille du bonheur" comme le dit David Le Breton dans son ouvrage sur la marche, paru chez Métailié, en livre de poche. Anthropologue et professeur de sociologie à l'université de Strasbourg, il a déja proposé deux livres sur la marche et il revient sur ce thème pour apporter des preuves sur les "vertus thérapeutiques face aux fatigues de l'âme dans un monde technologique". Face à la sédentarité, provoquée par la présence permanente des écrans au travail ou chez soi, le sociologue prône évidemment le retour au corps pour éprouver le monde dans sa dimension physique. Faire corps avec le paysage, avec le ciel, avec le soleil ou avec la pluie. Marcher rime avec s'aventurer, rencontrer, se renouveler, suspendre les soucis du moment, rompre avec la routine. Dans ce livre érudit, l'auteur offre un évantail de grands marcheurs : du l'homme préhistorique à Thoreau, en passant par Jean-Jacques Rousseau, Jacques Lacarrière, Simone de Beauvoir, Sylvain Tesson, Jacqueline de Romilly et tant d'autres amoureux du plein air dans les sentiers et dans les chemins du monde ou près de chez soi. L'auteur évoque aussi les pélerinages surtout celui de Saint-Jacques de Compostelle. Il critique avec humour les machines à se déplacer comme les trottinettes, une invention infernale contre la marche. Ceux et celles qui pratiquent ce sport tranquille s'adonnent aussi à un bonheur simple sans appareil sophistiqué, gratuit (à part l'achat de bonnes chaussures) et bénéfique pour la santé physique et mentale. Arpenter un lieu signifie aussi une "renaissance au monde". David Le Breton évoque méme le sentiment de résistance à notre vie connectée et au "plaisir d'être soi". Marcher ressemble à une méditation libératrice : "La mise en mouvement du corps est une mise en mouvement d'une pensée qui se libère des impasses où elle se tenait". Cet essai revigorant donne envie de se lever et de marcher pour "savoir s'arrêter, regarder, prendre son temps"  ! La marche ressemble à la lecture dans sa dimension d'un temps pour soi, d'une déconnexion temporaire hors écran et d'un bonheur "tranquille" assuré. Un  essai très agréable à lire. 

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