J'ai lu le dernier roman de Bernhard Schlink, "Ce qui reste", paru chez Gallimard. L'écrivain allemand propose l'histoire d'un professeur de droit, un septuagénaire, confronté à la maladie, un cancer. Malgré ce sujet quelque peu sombre, le roman se lit avec beaucoup d'intérêt pour sa dimension humaine. Martin apprend que sa vie va s'interrompre dans les six mois qui suivent le verdict du médecin : il a un cancer incurable du pancréas. Comment supporter cette date fatidique alors qu'il vit un vrai bonheur familial entre une épouse, Ulla, son ancienne étudiante et un petit garçon de six ans, David ? Evidemment, il subit sa finitude avec angoisse et avec nostalgie. Sa femme est beaucoup plus jeune que lui et souvent, à l'école, on le considère comme le grand-père de son propre fils. Très vite, il se pose la question fatidique de sa disparition : que va-t-il rester de lui aux yeux de son enfant ? Sa femme lui conseille d'enregistrer des messages en vidéo pour David afin de laisser une trace quand il sera devenu un adulte. Martin s'aperçoit qu'Ulla, bien que prévenante avec lui, semble plus détachée et s'investit dans une autre relation amoureuse. En fait, elle le trompe avec un architecte mais, au lieu d'être jaloux, il comprend sa jeune femme et va même rencontrer cet homme pour lui confier sa famille. Il se demande si David se souviendra de lui : "pourquoi David devrait-il se souvenir de lui ? Etait-ce par vanité qu'il ne supporterait pas de pouvoir être oublié ? D'être effacé d'abord de la vie, puis de la mémoire ?". Le père prend la décision d'écrire des lettres à son fils pendant son sursis et il prend soin de l'enfant en organisant une randonnée en montagne et d'autres loisirs inhabituels. Au fil du récit, la maladie s'intensifie sur son corps affaibli et il se sent "emmailloté de fatigue de la tête aux pieds". Ils partent en bord de mer devant la Baltique et Martin récapitule ses lectures, son goût pour la musique, ses plus beaux souvenirs. Une grande douceur l'envahit au seuil de sa mort. Il ressent "le moment où la poussière du sol prend l'odeur de l'enfance". Ce très beau roman écrit avec une pudeur remarquable a été traduit par Bernard Lortholary qui vient de disparaître. J'ai refermé ce livre avec une émotion certaine. Bernhard Schlink tente de nous éclairer avec l'aide précieuse et essentielle de la littérature comme une consolation ultime. Une lecture délicate et lumineuse.
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