J'ai découvert un roman attachant, traduit de l'allemand, "Quelque part en mer", de l'écrivaine Dörte Hansen. Quelque part entre Zélande, Frise et Jutland, au large de la péninsule danoise, un homme avec sa barbe de pirate et un petit anneau à l'oreille, largue les amarres de son bateau. Sa mère l'attend dans sa voiture sur le port. Cet homme, Ryckmer Sander, a perdu sa licence de capitaine à cause de son alcoolisme. Il s'amuse à plaire aux touristes avec son apparence de loup de mer. Sa mère le ramène chez elle en traversant la ville avec ses restaurants en cabines de bateau. Le tourisme a triomphé dans cette île qui ressemble à une île bretonne dans le Morbihan. Comment concilier la vie authentique de l'île avec l'afflux permanent de touristes ? Hanne Sander accueillait les continentaux dans sa maison transformée en chambres d'hôtes. Ce travail la rendait heureuse. La famille Sander se compose aussi de la fille, Eske, infirmière rebelle, qui aime les couchers de soleil et qui déteste les touristes envahisseurs. Henrik, le benjamin, n'a jamais quitté l'île et se consacre à créer des oeuvres d'art à partir de bois flotté, d'os d'oiseaux, de filets de pêche et d'autres éléments échoués sur les plages. Le père a choisi de vivre dans une cabane de pêcheurs et il se consacre à la naturalisation des oiseaux. Hanne s'occupe du musée ethnographique de la ville. L'écrivaine s'attache aussi à la vie du pasteur de l'île, doutant de son sacerdoce et étant separé de sa femme et de ses filles. Un événement va bousculer tous ces personnages : l'échouage d'une baleine sur une plage de l'île. Une métaphore de la vie des îliens. Ces habitants sont attachés à leur île malgré une vie souvent difficile. Dans ce roman, la mer magnifiquement décrite, berce leurs espoirs et aussi leurs angoisses. Ces habitants souvent taiseux se battent pour leur survie dans cet espace si convoité par les urbains et par les touristes de passage. Comme j'ai passé quelques jours sur la merveilleuse île d'Arz en juin dernier, cette lecture a revivifié mes souvenirs car j'imaginais la vie de ces hommes et de ces femmes, leurs liens familiaux, leurs relations sociales assez limitées, leur travail. Dans ce livre, j'avais l'impression de pénétrer dans ces petites maisons parfois cachées, entourées de rangées d'hortensias. Une immersion rafraîchissante, balayée par l'écume marine et l'odeur salée de la mer. Avec ce livre, j'ai prolongé mon été dans cette île de la Mer du Nord.