mercredi 22 juillet 2026

"Le système de l'argent", Daniel Rondeau, 2

Ce roman mondialiste et au parfum balzacien révèle des vérités incommodantes sur la rapacité des uns et sur la générosité des autres. La société fonctionne toujours ainsi depuis des millénaires et ce phénomène ne cessera jamais. Sigmund Freud dans son "Malaise dans la civilisation" démontrait que l'humain était doté d'une agressivité native et que, seule, la civilisation permet de juguler. Quand Daniel Rondeau dénonce avec finesse les dégâts des prédateurs financiers, il évoque aussi dans ce roman-fleuve, la faiblesse des Etats, les trafics de drogue, la caste des privilégiés, la perte de l'identité européenne face aux blocs impérialistes. Une glissade entropique, subie par nos sociétés occidentales. Le projet de ce Christian Alexander Smith, un leader de la Silicon Valley, un "techno fasciste", ressemble à un hold-up d'un territoire qui lutte pour conserver sa culture et son patrimoine. Il songe aussi à acquérir des terrains en Lybie. Le roman prend de l'ampleur quand la machine infernale se délite grâce à la résistance de la population locale. L'écrivain établit un bilan noir de notre présent avec l'échec de la globalisation quand les citoyens sont interchangeables, déracinés, identiques et forment une armée de consommateurs sans idéal. Luc Desanges, notre révolutionnaire reconverti au "système de l'argent" orchestre cette comédie humaine affligeante : "J'étais devenu le commentateur de l'Evangile. L'Evangile de la vision globale, de l'audace, de l'intelligence suprême du "big business", Evangile de la multiplication de l'argent qui rentre". Ce personnage d'un cynisme redoutable sera quand même ébranlé par l'amour pour une jeune femme de vingt ans, mais, qui finira par le quitter. Daniel Rondeau offre aux lecteurs un roman-monde où se mêlent l'Histoire et des destins individuels dans une "vigoureuse trame romanesque, porté par de solides personnages". Une question surgit à la fin de cette lecture : "Dans quel monde vivons-nous ?".

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