Jane décide alors de se dévouer pour Maudie, nonagénaire, pour compenser son manque d'empathie. Cette quinquagénaire un peu frivole va plonger dans le monde âpre de la vieillesse. Elle rend visite quasi quotidiennement à cette femme qui se montre souvent revêche, colérique et parfois méchante. Dans le sous-sol insalubre où vit Maudie, Jane constate le désordre, la saleté, l'encombrement des objets, ce que l'on nomme le syndrome de Diogène. Cet environnement doit être rangé, nettoyé, ordonné. Peu à peu, leur relation va s'améliorer et elles vont même s'adopter en devenant complices. Jane joue un rôle filial en s'occupant de cette femme esseulée, sans famille, et refusant toute aide d'un service social et de son médecin. De nombreuses scènes montrent les soins prodigués par Jane : la toilette, les courses alimentaires, le ménage, la lessive, etc. Maudie, de son côté, se sent humiliée de perdre son autonomie physique car elle a conservé sa dignité et sa fierté. Souvent Jane se sent prisonnière de Maudie qui en demande trop dans sa prise en charge. La vieille dame raconte sa vie d'ancienne modiste, son mariage raté, sa solitude farouche. Elle a un sacré caractère, Maudie ! Et Jane montre une patience infinie ! Dans ce roman sur la vieillesse, Doris Lessing raconte la solidarité générationnelle entre deux femmes très différentes et l'une comme l'autre apprennent à s'apprivoiser en douceur malgré des éclats fréquents. Dans l'entourage de Jane, personne ne comprend son investissement auprès de Maudie, même sa meilleure amie et collègue. Evidemment, l'inéluctable arrive. La vieille dame souffre d'un cancer et elle est hospitalisée jusqu'à sa mort. Doris Lessing ne revendique pas un féminisme radical en évoquant le rôle des femmes dans la société mais tout simplement une réalité inéluctable : "Ces femmes sur qui tout repose, qui permettent le bon déroulement des grands événements du monde par des activités diverses tellement humbles que lorsqu'en fin de journée, on leur demande ce qu'elles ont fait, elles peuvent répondre, et c'est souvent ce qu'elles disent : Oh, pas grand chose". Doris Lessing ne manque jamais d'ironie mordante et d'esprit caustique dans ses oeuvres. Un roman sans concession et sans pathos sur une des expériences les plus profondes de la condition humaine : vieillir.