Pendant l'été, j'aime revenir vers les classiques qui nous ont formé l'esprit et enrichi notre culture depuis notre adolescence. Comment ne pas apprécier le conte de Gustave Flaubert, "Un coeur simple" ? Ecrite en 1876, cette longue nouvelle est inspirée de "Mademoiselle Julie", la servante de ses parents qui, pendant cinquante ans, s'est mis ensuite à son service jusqu'à sa mort. Félicité, orpheline, a eu une enfance misérable et a été placée dans une ferme normande. Elle rencontre un jeune homme dans un bal qui la demande en mariage. Mais, ce projet ne se réalisera pas car il se marie avec une femme riche pour payer un "homme" qui le remplace dans la conscription. Adieu le mariage pour Félicité. Ensuite, elle quitte la ferme et elle est employée par Madame Aubain, une jeune veuve avec ses deux enfants, Paul et Virginie (d'après le roman de Bernardin de Saint Pierre) : "Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèle à sa maîtresse qui n'était pas une personne agréable". Félicité s'attache à ses deux enfants mais le temps passe et devenus adultes, ils quittent leur foyer. Un neveu de la servante effectue quelques visites et, comme il s'engage dans la marine marchande, il meurt à Cuba des suites de la fièvre jaune. Plus tard, Virginie meurt d'une affection pulmonaire. La servante, figée dans ses pertes successives, s'occupe toujours de Madame Aubin par fidélité et par loyauté. Un jour, un sous-préfet nommé à Pont-l'Evêque, est invité chez elle et un domestique l'accompagne avec un perroquet. Félicité est fascinée par le volatile d'Amérique. En fait, elle hérite de l'oiseau qu'elle nomme Loulou et elle lui offre tout l'amour qu'elle a en elle. Cet oiseau exotique comble sa solitude. Mais, son destin de malheur se confirme avec la mort de son Loulou. Et comble de l'ironie, Flaubert invente sa "sacralisation" car Félicité le fait empailler. Sa croyance chrétienne se transforme en mystique. Pour Flaubert, cette femme du peuple atteint une sorte de sainteté. (La suite, demain)