vendredi 30 mai 2025

Escapade en Toscane, Fiosole

 Après Montepulciano, j'ai dormi dans un hôtel d'agriturismo, Le Vigne, près de Montevarchi. Le domaine produit des vins fins du Chianti et j'ai savouré un bon repas du soir avec quatre plats trop copieux ! Le lendemain matin, j'ai pris la direction de Florence et avant de rendre la voiture de location à l'aéroport, j'ai visité la petite ville de Fiesole, à quelques kilomètres de la cité des Médicis. J'avais la curiosité de découvrir cette petite ville au sommet d'une colline. Dans le guide du Routard, j'ai lu une anecdote concernant Marcel Proust rêvant du printemps qui "couvrait déjà de lys et d'anémones les champs de Fiosole et éblouissait Florence de fonds d'or pareils à ceux de l'Angélico". L'aire archéologique et son musée civique méritent amplement le détour. Les Etrusques ont occupé ce lieu magnifique et les Romains ont fait la conquête de Fiosole car l'air était plus salubre qu'à Florence. Les vestiges témoignent de leur présence et sont restés en très bon état. Le théâtre romain d'un diamètre de 34 mètres pouvait accueillir 3 000 personnes et les gradins du bas sont intacts. J'ai arpenté avec plaisir le théâtre en m'imaginant la foule des spectateurs écoutant avec dévotion les pièces de théâtre de l'époque. Plus loin, des thermes ont été découverts en 1891 dans le fond du site du théâtre et un portique à trois ouvertures a été reconstitué. La piscine rectangulaire à deux vasques de profondeurs différentes se dessine sur le sol. De nombreuses amphores destinées à filtrer l'eau furent découvertes sur ce site. Un troisième bâtiment surgit dans ce décor magique, les fondations d'un temple étrusque date des IVe et IIe siècles av. J.-C., constituant la zone sacrée. J'ai terminé ma visite dans le musée civique intégré dans l'aire archéologique. Ce beau musée présente des collections étrusque et romaine : morceaux de poteries, lampes à huile, monnaies, sarcophages, statuettes votives en bronze, flacons à parfum, vases, objets du quotidien. Visiter un site archéologique aussi vaste et assez bien conservé demeure pour moi une démarche "poétique et philosophique". Souvent, mon imagination me permet de retourner dans le passé profond de ces hommes et de ces femmes, de ressentir la même appartenance à la communauté humaine. Réflexion sur le vertige du temps, méditation sur nos anciens, très anciens ancêtres, ces premiers européens. Je pense à Hannah Arendt et à sa conception de la "continuité du monde". Fiosole, une belle étape dans mon escapade toscane. 

jeudi 29 mai 2025

Escapade en Toscane, de Montepulciano à Cortone

J'ai choisi l'étape de Montepulciano pour deux raisons : un modèle idéal d'une petite cité toscane avec son architecture typique et sa vie culturelle avec un musée civique important. En effet, j'ai donc visité le musée-pinacothèque Crociani, installé dans le palais Neri Orselli depuis 1954. Le sous-sol et le rez de chaussée présentent des collections archéologiques étrusques où j'ai retrouvé les urnes funéraires trouvées dans les environs de la cité ainsi que des blasons épigraphiques qui racontent l'histoire de Montepulciano. La pinacothèque sur  deux étages montrent des oeuvres des primitifs italiens avec des représentations de la Vierge Marie. J'aime voir dans ces tableaux des anges musiciens, espiègles et joyeux, apportant une notion de joie dans la peinture de la Renaissance. Quelle époque sublime, la Renaissance italienne dans toutes les formes de l'art :  peinture, sculpture, littérature. Je ne m'en lasserai jamais. Les historiens évoquent souvent le miracle grec dans l'Antiquité mais je nommerai cette période de la Renaissance comme le miracle italien des XVIe au XVIe siècles. Après Montepulciano, j'ai pris la direction de Cortone, dans la province d'Arezzo, une petite ville de 22 000 habitants. Côté art, de grands peintres sont nés dans cette cité étrusque comme le délicieux Signorelli et le moderne Gino Severini. Parfois, je sélectionne une étape pour un seul tableau que je veux absolument voir et je n'ai pas été déçue quand je me suis retrouvée devant l'extraordinaire "Annonciation" de Fra Angelico. installée dans le musée diocésien. Un tableau unique, lumineux, d'une beauté émouvante. Dans une autre salle, Luca Signorelli, l'enfant du pays, a conquis mon admiration totale surtout pour son oeuvre "Lamentation sur le corps du Christ". Un deuxième musée, plus important, a capté mon intérêt : le MAEC ou le musée dell'Accademia etrusca et della cita di Cortona. La partie archéologique sur les Etrusques réunissait des pièces innombrables exposées dans des vitrines anciennes. Le côté vintage du musée conservant son identité première est une rareté dans le monde muséal. Une pièce étrusque a attiré mon attention : un lustre, un superbe plafonnier en bronze, pièce unique au monde. J'ai aussi contemplé des oeuvres de Signorelli dont "l'adoration des bergers". Le dernier étage était consacré au peintre fururiste Gino Severini, un ami de Picasso et de Braque, très intéressant. Je n'ai pas regretté cette étape malgré quelques escalades pour parvenir au centre historique. La beauté se mérite surtout dans tous ces lieux perchés qui diffusent une magie certaine quand on les découvre de loin ou de près. 

lundi 26 mai 2025

Escapade en Toscane, Grosseto et Montepulciano

 Traverser la Toscane en voiture permet tout de même de voir défiler de magnifiques paysages. Ces cyprès plantés sur les collines avec des pins maritimes et des enfilades de vignes sur un fond de ciel bleu, perlé de nuages blancs, formaient des tableaux de peinture que l'on trouve dans la Renaissance italienne. Ma mémoire enregistre avec bonheur ces images d'une nature préservée. Je m'arrêtais pour photographier ces panoramas remarquables, protégés miraculeusement d'une ultramodernité agressive et d'une laideur à pleurer comme tous ces espaces commerciaux qui cernent toutes les métropoles. A Grosseto, j'ai visité le centre ancien avec son Duomo incontournable car les églises en Italie ressemblent plus à des musées qu'à des édifices religieux. Quand j'ai préparé mon escapade, un musée de cette ville m'avait intéressée : le Musée archéologique et d'art de la Maremme, consacré largement aux Etrusques. J'ai retrouvé les urnes funéraires provenant de Volterra et de Chiusi et une section était dédiée à Roselle, une cité étrusque proche de la ville. Statuettes votives en bronze, beaux vases grecs, objets familiers du quotidien, bas-reliefs, vaisselle, tous ces vestiges montrent le degré sophistiqué et raffiné de la civilisation étrusque. En sortant du musée, j'ai découvert un nouveau musée, le Musée collection Gianfranci-Luzzeti ouvert en 2019 et le guide du Routard ne l'a pas mentionné. Situé dans l'ancien couvent des Clarisses, la collection présentée provient d'un don d'un antiquaire, Gianfranco Luzzeti. Les peintures datent des périodes Renaissance et Baroque. J'ai eu la surprise de me retrouver devant un Botticelli, "La Madonna et su bambino", d'une beauté à couper le souffle, et surtout un Bellini, ce peintre vénitien que j'aime beaucoup. Apres l'étape à Grosseto, je suis partie à Montepulciano, un petite ville de 15 000 habitants, haut perchée à 600 mètres d'altitude, connue pour son "vino Nobile" (à consommer modérément). Dans un décor Renaissance, j'ai arpenté les rues pentues et étroites dans cet écrin de la Toscane. Entourée de remparts et de fortification, cette cité est l'oeuvre d'Antonio da Sangallo, architecte, au service de Cosme Ier de Médicis. La Piazza Grande est un bijou architectural mais malheureusement, le Duomo était fermé pour travaux. Plus tard, j'ai été reçue par Roberto, un hôte charmant et d'une volubilité toute italienne qui proposait des chambres d'hôte des années 80 ! Peu de touristes dans cette petite ville, un archétype de l'urbanisation médiévale en Italie. Je me sentais au coeur de la Toscane !

jeudi 22 mai 2025

Escapade en Toscane, Populonia et Piombino

 Ces deux petites villes, Populonia et Piombino, ne connaissent pas l'affluence touristique. Mais, j'aime bien débusquer dans les guides des lieux épargnés par une foule invasive. Populonia se situe sur un des promontoires du golfe de Baratti et conserve des fortifications du XVe. Seule cité étrusque au bord de la mer, elle était devenue le plus important centre métallurgique d'Etrurie, riche en métaux divers comme le fer, le cuivre, le plomb, l'argent. Il faut imaginer le commerce de ses mines à travers la Méditérranée en particulier avec la Grèce. L'île d'Elbe se profile à l'horizon et le golfe miroitait au soleil. Virgile a cité Populonia en évoquant le recrutement de 600 guerriers par Enée. J'ai donc visité la partie basse du parc archéologique de Populonia, la Nécropole de San Cerbone. Les tombes sont restées enfouies sous plusieurs mètres de scories de fer et ont été découvertes au début du XXe siècle. Ces tombes monumentales à tumulus appartenaient à des familles aristocratiques ou à des princes guerriers. Certaines mesurent plus de vingt mètres de diamètre. Tous les objets trouvés dans ces tombes ont souvent été pillés mais, heureusement, des milliers d'entre eux reposent dans les murs des musées archéologiques, gardiens précieux et inestimables du passé de l'humanité. J'ai remarqué l'une d'entre elles, dit tombe à édicule sous la forme d'un petit temple avec des statues décoratives. D'autres tombes à caisson ou à sarcophage parsèment le terrain. Ces traces matérielles d'une civilisation qui a duré six siècles me paraissent toujours émouvantes. Un petit musée privé de la famille Gasparri surplombe le golfe de Baratti. La collection provient de la nécropole ainsi que des objets trouvés en mer. Les vestiges sont présentés dans des vitrines : poteries, récipients en bronze, céramiques, sarcophages, amphores, etc. Après cette visite instructive et culturelle, j'ai terminé la journée dans un hôtel face à la mer tyrrhénienne où j'apercevais les lignes de l'île d'Elbe, un décor de rêve qui me rappelait la Grèce. Piombino conserve sa vocation industrielle, ce qui n'encourage guère le tourisme. Cette ville moyenne est le principal port d'embarquement pour l'île d'Elbe. Mais, je n'ai pas eu le temps de visiter l'île. J'étais sous le charme de la mer d'un bleu parfait avec des mouettes qui passaient devant mes yeux. Ah, la mer, un espace de tous les temps, inchangée, persévérante, magique et sublime. Comment ne pas admirer ce bleu mouvant, ce bleu profond ? Je pensaits à Rimbaud et à son poème : "Elle est retrouvée. Quoi ? L'Eternité, c'est la mer allée avec le soleil". 

mercredi 21 mai 2025

Escapade en Toscane, Volterra

 Mon escapade toscane a démarré à Volterra, une petite ville de 10 000 habitants que j'avais déjà visitée il y a quelques années. J'étais heureuse de retrouver cette impression de "magie du lieu". Perchée sur sa colline d'une altitude de 500 mètres, c'est l'une des plus anciennes cités de la grande fédération étrusque jusqu'à l'arrivée de Scipion en 298 av. J.-C. et elle tomba sous la tutelle de Florence vers 1360. Baptisée "la cité du vent", d'un aspect un peu sévère, Visconti a tourné un de ses films, "Sandra" dans ses murs. La piazza dei Priori, l'une des plus belles places médiévales d'Italie, concentre à elle seule, cette beauté architecturale si exceptionnelle en Italie. Comme j'étais à la recherche des Etrusques, j'ai visité le très beau musée Guarnacci, fondé en 1761 (l'un des plus anciens d'Europe) par un abbé qui a fait don à sa ville natale de sa passion archéologique. Un palazzo accueille des objets allant de la période préhistorique à la période étrusque. Les 600 urnes conservées au musée frappent l'imagination des visiteurs car les bas-reliefs étonnent par leurs motifs ornementaux avec des rosaces, des animaux, des personnages mythologiques comme Ulysse, Thésée, les Amazones, etc. Une urne émouvante, présentée dans une salle, représente deux époux agés lors d'un banquet, unis dans la vie comme dans l'au-delà, et révèle la place importante des femmes dans la civilisation étrusque. Un symbole du musée a influencé le sculpteur Giacometti. Il s'agit du bronze votif, baptisé "L'ombra della sera" ou "L'ombre du soir", un jeune homme à la forme allongée ressemblant à une ombre humaine dans "la lumière du coucher du soleil". Ce chef d'oeuvre de la sculpture étrusque date du IIIe siècle av. J.-C. et attire à lui seul les amateurs d'archéologie. J'ai arpenté avec un grand plaisir culturel ce musée très peu fréquenté par les touristes peu nombreux car ils vont tous à Florence, le nombril de la Toscane. Et Volterra mérite vraiment le détour. J'ai terminé ma journée à la pinacothèque, un musée communal, avec de beaux tableaux de peintres toscans dont une Annonciation magnifique de Luca Signorelli que j'ai admirée longuement. J'ai fini ma soirée dans un couvent hôtel, à l'architecture monastique remarquable. J'ai ressenti un sentiment de sérénité dans un lieu si sacré, transformé en hôtel respectueux de son passé,  simple et soigné. La première étape de mon escapade m'a plongée dans un passé d'une richesse inouie et ce n'était que le début... 

mardi 13 mai 2025

"Discours pour le prix de la paix des libraires et éditeurs allemands", Boualem Sansal

 Les éditions Gallimard proposent une collection originale de textes courts, baptisée "Tracts". Dans cette série d'une centaine de titres, la diversité culturelle et le pluralisme politique se mêlent sans polémique stérile. J'ai donc lu le discours de Boualem Sansal lors de la remise pour le Prix de la Paix des libraires et éditeurs allemands en 2011. Des lauréats prestigieux ont obtenu cette récompense comme Jorge Semprun, Salman Rushdie, Claudio Magris, et tant d'autres intellectuels importants. Boualem Sansal déclare : "L'absence de liberté est une douleur qui rend fou à la longue. Elle réduit l'homme à son ombre et ses rêves à ses cauchemars". L''enfermement injuste et arbitraire de l'écrivain franco-algérien résonne tout au long de ce tract qui, une fois acheté, permettra de soutenir la société internationale qui milite pour sa libération. Le contexte politique des années 2010 du "Printemps arabe" pouvait donner un espoir à l'écrivain. Il évoque Assia Djebar, une écrivaine algérienne, académicienne qui a oeuvré pour la liberté des femmes : "Que, sans femmes en pleine possession de leur liberté, il n'y a de monde juste nulle part, il y a un monde malade, ridicule et hargneux". Il rappelle la décennie noire dans son pays dans les années 90 en parlant des "hordes islamistes" voulant imposer une dictature théocratique. Dans ce texte, il rend hommage à son épouse, Nahiza, en s'adressant ainsi : "Merci pour tout, pour ton amour,  ton amitié, ta patience et ce courage tranquille dont tu as fait montre toutes ces années". Il évoque sa stupéfaction d'avoir été choisi, lui, un "écrivain modeste, un militant d'occasion, un scribouillard comme on dit de moi à Alger dans les milieux autorisés".  En tant qu'algérien, l'écrivain n'a connu que la guerre, des guerres entre Arabes et Berbères, entre les religieux et les laïcs, entre le pouvoir dictarorial et le peuple otage. Pour Boualem Sansal, tout est à reconstruire : "Le plus dur reste à faire, se libérer et se reconstruire dans un état démocratique ouvert, accueillant, qui donne une place à chacun et n'impose rien à personne". Un beau programme utopique que les politiques devraient appliquer dans toutes les pays du monde. Et Boualem Sansal est toujours en prison. Un scandale d'état. Quand va-t-il retrouver la liberté et la paix ? Personne ne le sait sauf ses géoliers institutionnels de l'autre côté de la Méditerranée. 

lundi 12 mai 2025

Sur les traces des Etrusques

 Bientôt, je vais partir vers un horizon étrusque du côté de la Toscane, de Florence à Volterra, de Piombino à Grosseto, de Montepulciano à Cortone. J'ai découvert cette merveilleuse région italienne dans les années 80 et je conserve précieusement dans ma mémoire les paysages toscans avec ses collines, ponctuées de cyprès, de vignes et d'oliviers sans oublier les villages perchés. La terre toscane, une terre de rêve humaniste, se caractérise par une nature exceptionnellement belle et aussi par une culture patrimoniale d'une richesse inouie. J'ai relu tous mes guides traditionnels, du Routard au guide Hachette, sans oublier la consultation des sites spécialisés sur le net.  Comme j'aime l'Antiquité et l'archéologie, je vais retrouver avec un grand bonheur la civilisation étrusque, ces "Italiens" des origines, en visitant les musées archéologiques et des sites antiques comme Populonia, Vetulonia, Roselle, Fiesole. J'ai repris mes livres d'histoire sur ce peuple mystérieux qui me fascine. L'ouvrage érudit, "La vie quotidienne des Etrusques" de Jacques Heurgon, publié en 1989 chez Hachette, révèle un peuple, "propagateurs fervents des modes grecques" et "éducateurs de Rome". J'aime savoir comment ils vivaient, du matin au soir, leurs rites funéraires, leurs croyances, leur ordre social. Cet ouvrage, une mine essentielle d'informations pour comprendre la civilisation étrusque. J'ai aussi lu un essai de H. D. Lawrence, "Promenades étrusques", publié en 1932. Cet écrivain anglais, connu pour son roman culte, "L'amant de Lady Chatterley", part en 1927 sur les terres étrusques pour visiter les sites les plus importants : Cerveteri, Volterra, Tarquinia, la côte de la Maremme. Lawrence développe dans ce texte une vision vitaliste, hédoniste, lumineuse de ce peuple premier avec leurs danses, leur musique, le culte des morts, le sens de la fête dans les banquets. Les tombes de Tarquinia que j'avais visitées montraient à travers leurs fresques des scènes festives et libertines. Je ne rentrerai pas dans les querelles entre historiens mais, j'avoue que l'ouvrage de Lawrence m'a fait bien sourire car à son époque, il fallait qu'il aille chercher des paysans du coin pour visiter les tombes qui avaient été pillées mais, heureusement, il restait les peintures sur les murs. L'écrivain a voulu donner une vision paradisiaque de ce monde de marchands et de navigateurs dont la langue est restée longtemps obscure. Je vais donc retourner sur ce terroir béni des dieux. Un voyage de trois mille ans, des Etrusques aux Romains, en passant par la Renaissance et l'Italie contemporaine. Ah, l'Italie, mon pays adoptif car si je devais quitter la France, je vivrais en Italie !