lundi 5 juin 2017

"Rendez-vous à Positano"

J'avais lu avec bonheur le roman-culte de Goliarda Sapienza (1924-1996), "L'art de la joie", paru en 1998 et traduit en France en 2005 chez Viviane Hamy. Ce grand livre raconte le destin de Modesta, une jeune sicilienne, née en 1900. Dans ces pages inspirées, l'écrivaine italienne cultivait l'art du foisonnement :  les personnages, les sentiments, les sens, les actions sont orchestrés d'une façon magistrale dans une Sicile ombre et soleil. J'en ai gardé un souvenir ensoleillé et je le relirai un jour prochain. J'ai donc ouvert  "Rendez-vous à Positano" et j'ai retrouvé le monde lumineux de Goliarda Sapienza dans ce petit village près de Naples et à une époque bénie des dieux quand les touristes n'avaient pas envahi et abimé  tous les plus beaux endroits du monde. Dans cet Eden amalfitain magique, la narratrice raconte l'histoire émouvante d'une amitié exceptionnelle entre elle et Erica, une femme "sublime" de la noblesse désargentée du pays. Dans les années 50, l'écrivaine découvre ce lieu secret alors qu'elle vit et travaille à Rome dans le milieu du cinéma. Ce petit village devait servir de décor pour un film. Quand elle rencontre Erica, elle éprouve un coup de foudre amical. Cette comtesse solitaire et un peu sauvage s'entiche aussi de Goliarda. Entre les balades en bateau, les baignades dans les criques et les plages, leur amitié exclusive se développe au rythme des repas pris en commun et des confidences denses. Mais, Erica n'est pas la femme solaire que l'on imagine : elle cache des secrets et des angoisses. Sa vie de famille ne présente pas une harmonie solide : sa sœur s'est suicidée, son mariage tangue fortement. Le seul événement heureux de sa vie se niche dans cette relation amicale avec l'écrivaine. Ce livre-confidence possède un charme envoûtant avec  la présence du soleil, de la mer et malgré ce lieu magnifique, Goliarda Sapienza écrit "Toutes les choses les plus belles contiennent une douleur secrète". Je ne dirai pas comment leur amitié se termine car lire ce roman d'amitié, c'est rencontrer deux femmes amoureuses d'un lieu, amoureuses de la vie malgré les douleurs qui surgissent parfois...

vendredi 2 juin 2017

Revues littéraires de Juin

J'aime bien ce moment du mois quand je reçois mes deux revues littéraires. Je les lis depuis de nombreuses années et si elles cessaient de paraître, je serais en "manque". Ce rite me rassure et comble ma curiosité quasi "maladive" pour les nouveautés du monde éditorial. Certains aficionados du sport lisent "L'Equipe" pour se tenir sans cesse informés de tous leurs gladiateurs des temps modernes... Mon Zidane à moi ressemble plus à Pascal Quignard qui a sorti ce mois-ci deux nouveautés que j'ai déjà acquis en librairie... La lecture des revues m'est indispensable pour découvrir tous les talents nouveaux, les écrivains plus que confirmés et mes stars des lettres à moi... Le Magazine littéraire de juin a eu la bonne idée de mettre la Méditerranée à l'honneur : trente écrivains témoignent de leur amour de cette mer intérieure, berceau de notre civilisation. De Sète à La Ciotat, de Beyrouth à l'Algérie, de Naples à Portopalo, les articles donnent un aperçu panoramique superbe de la Grande Bleue. La revue évoque Cannes, lieu mythique où 70 romans ont donné naissance à 70 grands films ou comment la littérature nourrit le cinéma. On retrouve les rubriques habituelles sur les romans et sur les essais du moment. Un bon numéro qui sent déjà la période estivale. La revue Lire propose un dossier très intéressant sur "Ce que la littérature doit aux femmes : de Jane Austen à Elena Ferrante. Un spécial Poche sera bien utile pour l'été avec un choix de 50 livres dans ce format si pratique et si économique. Les rubriques nouveautés complètent bien celles du Magazine littéraire. Et ce mois-ci, j'ai eu la surprise de lire un grand entretien avec Pascal Quignard qui dévoile un peu "Ses vies secrètes". Je cite ce passage : "J'avais la chance d'avoir, grâce à mes grands-parents, une bibliothèque fabuleuse, que je pillais naturellement. J'avais un besoin de découverte et j'ai compris que les livres étaient un rempart, une digue, une montagne, une spéculation. Le mot "spéculation" vient d'ailleurs de là : c'est un phare sur lequel on monte pour pouvoir guetter, pouvoir spéculer au-dessus de l'océan." Encore une fois, cet écrivain somptueux et profond me parle vraiment et je l'écoute toujours avec une attention "océanique"...

jeudi 1 juin 2017

"Croire au merveilleux"

J'avais lu en 2013, le roman de Christophe Ono-dit-Biot, "Plonger", avec délectation. Le personnage féminin, Paz, était l'amour fou du narrateur. Cette femme-sirène, solaire et libertaire,  pratiquait la plongée et l'art comme une recherche de l'absolu. "Plonger" raconte l'histoire passionnelle de leur amour impossible.  Ils donnent naissance à un garçon que l'on retrouve dans la suite, "Croire au merveilleux".  La jeune femme est retrouvée morte sur une plage et laisse son compagnon anéanti. César perd le goût de vivre et songe à se suicider malgré la présence du petit garçon. "J'ai longtemps cru que j'y arriverais. Cru tout ce qu'on m'a raconté : l'apaisement qui suit l'acceptation de la mort de l'être aimé, suivi de sa renaissance sublimée sous forme de souvenirs. Tu parles. (...) La nuit, on tend les bras et il n'y a plus personne, plus rien." Alors qu'il préparait son départ pour le néant, il entend sonner à sa porte. Une jeune femme se présente comme sa nouvelle voisine. Etudiante en architecture, grecque, elle va peu à peu s'immiscer dans la vie de César tout en conservant son mystère. Elle semble attirée par la bibliothèque de son voisin désespéré. La jeune femme emprunte quelques classiques grecs édités dans la légendaire maison d'édition Budé. César diffère son projet mortifère et se laisse guider par cette jeune "déesse" grecque. La lecture du roman peut se lire comme une nouvelle Odyssée : César-Ulysse après une terrible épreuve rencontre une déesse et la vie recommence, son cœur se remet à battre pour son fils qui n'attend qu'un père aimant. Dans un article du bulletin Gallimard, Christophe Ono-dit-Biot confie sa passion de la Grèce antique, de la mythologie comme le fil conducteur du roman. Il écrit : "César se vit comme l'un des derniers représentants d'une civilisation humaniste, branchée sur l'Antiquité, dont notre époque nous dit qu'elle aurait fait son temps. (...) Le merveilleux est aussi un instrument de connaissance qui doit être transmis". Ce roman "merveilleux" ressemble à un conte antique d'une modernité éternelle. A lire sous le soleil et sous la protection des dieux grecs...

mardi 30 mai 2017

Notre nouvelle ministre de la Culture

Françoise Nyssen, quel choix judicieux et subtil ! Quand j'ai entendu la composition de la nouvelle équipe gouvernementale, je connaissais les personnalités politiques, les Nicolas Hulot et compagnie, mais le nom de Françoise Nyssen pour le ministère de la culture m'a vraiment "épatée"... Je me suis demandée si ce choix inhabituel et original répondait à une attente citoyenne. Je n'aurais jamais imaginé que cette éditrice plus que talentueuse obtienne ce poste hautement politique et même acrobatique car le monde de la culture ne se gère pas comme une armée obéissante. En 2013, j'ai croisé Françoise Nyssen dans sa librairie à Arles où j'avais fait quasiment un pèlerinage "livresque", teinté d'admiration et de respect pour cette maison d'édition qui a tant marqué et bouleversé le monde éditorial français. Quand les éditions Actes Sud sont nées, le fondateur, Hubert Nyssen, éditeur et écrivain, n'a eu que des idées géniales : le choix d'auteurs surtout étrangers (Auster, Berberova, Lindgren), le goût des voix fortes de la littérature française (Laurent Gaudé, Nancy Huston), la tradition d'un artisanat éditorial pour la qualité du papier, le format, le graphisme classe, l'audace d'un enjeu territorial dans le midi, hors de la sphère impérialiste de Paris et aussi un souci permanent de l'excellence littéraire de leurs publications. Et le miracle a eu lieu : les livres d'Actes Sud ont trouvé place dans les librairies, les bibliothèques, les intérieurs des amoureux de la littérature. Françoise Nyssen a repris le flambeau quand le "patriarche" a pris sa retraite. La petite maison d'édition arlésienne a grandi, s'est développée en incluant d'autres éditeurs, a diversifié ses collections (dont une collection jeunesse formidable), a obtenu un prix Nobel avec Kertész, des Prix Goncourt et d'autres consécrations. Maintenant, François Nyssen, a certainement pris conscience de la mission qu'elle va remplir pour la culture, l'art, le théâtre, la musique, la politique du livre et la défense de la langue française. Elle a ouvert une école pour des adolescents en échec scolaire et elle sait que sans la culture, nos vies seraient bien ternes et bien monotones... Je lui souhaite un quinquennat efficace, lumineux et même si la lumière d'Arles va lui manquer, elle prendra des initiatives certainement passionnantes qui ressembleront à l'aventure magnifique des Editions Actes Sud...

vendredi 26 mai 2017

Mardi des livres, 2

La séquence "coups de cœur" se poursuit avec Régine qui participe activement à un groupe de lecture du Festival du Premier Roman. Elle a évoqué deux titres qui l'ont particulièrement marquée cette année : "Désorientale" de Negar Djavadi  et "Fils du feu" de Guy Boley. Le premier roman retrace l'itinéraire d'une femme iranienne à la conquête de sa liberté et le second, l'histoire d'une famille dans les années 50 et 60 où le narrateur-auteur reconstruit un passé douloureux. Geneviève a présenté "L'exception" de l'Islandaise Audur Ava Olafsdottir. Ce roman intéressant aborde un domaine amoureux actuel et inhabituel car le mari quitte sa femme pour un homme... Danièle a choisi deux ouvrages : "Colette et les siennes" de Dominique Bona et "La porte" de Magda Szabo. La biographe de Colette décrit sa vie amicale pendant la Première Guerre mondiale. Colette cultivait ce sentiment et son cénacle féminin durera toute sa vie. Magda Szabo, écrivaine hongroise, avait obtenu le prix Femina en 2004. Ce huis-clos, entre une maîtresse et sa domestique, vire au drame à cause de leur relation intense et inversée malgré de nombreux non-dits. Dans la deuxième partie de la rencontre, nous avons évoqué Romain Gary. Evelyne et Véronique ont lu avec plaisir "Les cerfs-volants", un roman attachant sur un jeune garçon, amoureux d'une petite fille polonaise dans les années 30. Geneviève a beaucoup aimé "La promesse de l'aube" et apprécie la fantaisie, l'empathie de Romain Gary pour ses personnages. Janelou a lu ""La vie devant soi" dont elle a aimé l'humour cocasse de l'auteur. Mais, l'écrivain à la vie hautement romanesque, n'a pas convaincu Régine qui remarquait le manque de profondeur psychologique dans "Clair de femme". J'avais ressenti la même impression en lisant Gary. Sa notoriété reste intacte depuis les années 80 et malgré un style un peu vieilli, il conserve de très nombreux fans, au sens inconditionnels de son univers loufoque, de sa recherche éperdue de l'amour des femmes car il avait un amour fou pour la sienne... La critique littéraire l'a longtemps considéré comme un écrivain "populaire" alors qu'il est devenu aujourd'hui un classique comme Albert Cohen, Jean d'Ormesson, Le Clézio, etc. Il lui reste maintenant l'étape majeure de la Pléiade pour entrer dans le panthéon de la littérature...

mercredi 24 mai 2017

Mardi des livres, 1

Mardi après-midi, nous étions presque toutes présentes à ce mardi des livres (et non plus le jeudi...). J'ai informé "mes" lectrices amies que je poursuivrai ce rendez-vous "littéraire" un mardi par mois à partir du mois d'octobre. Nous allons aussi nous retrouver le vendredi 23 juin pour terminer la saison. Pour la dernière séance de l'année, nous devons lire deux romans : celui de Michel Houllebecq, "Soumission" et celui de Philip Roth, "Némésis". Ces deux oeuvres susciteront certainement des commentaires contradictoires qui vont nourrir notre future rencontre. Pour le mois d'octobre, j'ai proposé une sélection d'ouvrages philosophiques de la collection "Folio Sagesses" et l'œuvre indispensable de Milan Kundera. Les lectrices amies disposent de trois mois pour découvrir ces livres que je considère comme des "gentils devoirs de vacances", souvenirs émouvants qui nous rajeunissent à merveille. Dans mes projets, j'avais préparé un programme encore plus solide pour l'été en choisissant dix romans classiques du XIXe et à ma grande satisfaction, elles m'ont demandé de leur envoyer la bibliographie toute prête. Nous aurons ensuite toute l'année pour évoquer ces dix romans emblématiques d'une prose française somptueuse... Ces lectures futures confortent mon désir de partager ma passion des livres et de la littérature. Nous avons démarré la partie "coups de cœur" avec Janelou qui s'est enthousiasmée pour le roman d'Andreï Makine, "L'archipel d'une autre vie". L'écrivain (de l'Académie française) nous entraine sur les terres hostiles et glaciales de la Sibérie où des soldats de Staline pourchassent un homme qui s'est évadé d'un camp de prisonniers. A travers la Taïga, la chasse à l'homme impitoyable finira par transformer un des soldats.  Un roman puissant et certainement très bien écrit... Evelyne a choisi un roman noir de Pierre Lemaître, "Trois jours et une vie". Une lecture un peu difficile sur un meurtre accidentel entre deux enfants. Mylène et Régine ont apprécié le même roman, ce qui est rare comme coïncidence... Mais, quand elles ont révélé le titre de Zeruya Shalev, "Douleur", cela ne m'a pas du tout étonnée. Ce roman, fort et inouï, brasse les passions humaines, les relations parents-enfants, le couple, l'amour, les regrets, l'infidélité. Je l'avais lu avec jubilation et ce portrait d'une femme, épouse déçue et mère amère,  rejoint toutes les héroïnes de Zeruya Shalev. Si l'on veut résumer le sujet central du livre, j'utiliserai le mot "crise" en mi-parcours d'une vie : l'usure du temps dans le couple, les relations fragiles et complexes entre mère et grands adolescents, la vie professionnelle trop prenante, un pays sensible, le retour du passé, l'amour retrouvé, puis perdu. Ce roman, "Douleur" se situe dans la lignée des précédents dont l'inoubliable "Ce qu'il reste de nos vies". Et la douleur, les douleurs peuvent aussi se calmer, s'atténuer et s'éteindre...  

lundi 22 mai 2017

Des trésors, des livres

Vendredi après-midi, j'ai pris la direction de la librairie Decître où j'aime bien repérer les nouveautés dans les secteurs littérature et sciences humaines. Je note des titres à retenir et je feuillette quelques ouvrages, une habitude que je conserve depuis toujours. Rien ne remplace ce contact charnel, sensuel, gourmand quand on regarde, quand on saisit un livre dans ses mains. Internet sera toujours un espace virtuel, dénué d'odeurs et du toucher. Les livres, objets vivants à mes yeux, réclament toute mon attention et je les imaginais la nuit dans leur vie secrète quand ils se retrouvent sans les humains. Ils se racontent plein d'anecdotes sur les lecteurs pressés et efficaces ou rêveurs et hésitants. J'ai demandé l'emplacement d'un essai et comme l'employé de librairie m'a gentiment tendu le livre, je suis repartie de ma visite avec Belinda Canonne et son "S'émerveiller"... Plus tard, je me suis dirigée vers la Chapelle Vaugelas où se tenait le rendez-vous annuel de la bouquinerie d'Amnesty International. Je suis bien restée une bonne heure car j'ai  farfouillé avec méthode, les bacs des livres d'art, les tables chargées de romans brochés ou en format de poche. Au fur et à mesure, mon sac se remplissait de mes découvertes. Pour une somme plus que modique, j'ai donc trouvé quelques ouvrages qui m'ont rappelé de très bons souvenirs de lectrice. Les livres vont et viennent dans une vie déjà bien avancée. On a tendance à se défaire de certains titres que l'on regrette plus tard d'avoir abandonnés... Et surprise, ils réapparaissent par hasard. J'ai donc eu la bonne surprise de rencontrer Pierre Dumayet, un des passeurs magnifiques de littérature à la télévision dans les années 70. Il avait écrit son "autobiographie d'un lecteur", paru en 2002 chez Pauvert. Son amour total de la littérature m'enchante encore. Des volumes sur Epidaure, Corinthe et Athènes complèteront ma collection sur la Grèce antique. Un ouvrage d'art sur la Grèce m'a conquise pour son iconographie. J'ai aussi acheté un livre culte de ma période féministe, "Du côté des petites filles" d'Elena Gianini Belotti, un essai de W.G. Sebald, "Les Anneaux de Saturne", le théâtre de Sophocle dans une belle édition et un essai d'un inconnu, J.-P. Martin, "Le piano d'Epictète" aux éditions Corti. Tous ces livres vont donc prendre leur place sur mes étagères "à lire" et je suis toujours prête à les accueillir, donnés par des lecteurs et repris par d'autres.... Livres nomades, livres sédentaires, il faut que chacun d'entre eux trouve sa place dans le monde des lecteurs... Et chez moi, ils font leur nid....