J'avais vu des extraits de ce film en avant-programme sans savoir qu'il était dans la sélection du festival de Cannes. Pour les âmes sensibles, il vaut mieux s'abstenir. Pour tous ceux et celles qui vivent dans une atmosphère de gaité, de légéreté et d'optimisme béat, il vaut mieux ne pas dépenser 6,80 euros pour voir ce western hors-norme, "The Homesman", que Télérama a intitulé dans son long article, "Sur la piste des pionnières devenues folles" ou l'histoire d'un Far-West plus vrai que légendaire, plus authentique que touristique. La folie féminine dérange, perturbe, effraie et au final, tétanise le spectateur. Le réalisateur, Tommy Lee Jones, est aussi l'acteur principal, bougon, ronchon, dur et indiffèrent. On imagine mal une Amérique de l'Ouest aussi terrible qu'au milieu du XIXème siècle : les pionniers n'habitaient que des masures en bois, étaient éloignés les uns des autres, et vivaient sous la menace des hivers rudes, des Indiens pas gentils du tout, des épidémies, des maladies. Cette conquête d'un nouveau Eldorado ressemble plus à l'Enfer qu'au Paradis. Dans ces espaces illimités, Mary Bee Cuddy, une pionnière forte, déterminée, cultive ses terres et ne rêve qu'à se marier et fonder une famille. Mais ses tentatives de relation restent vaines malgré sa beauté. Elle fait peur aux hommes. La communauté religieuse lui demande de conduire trois femmes atteintes de folie, de dérèglement mental, pour les soigner. Elle rencontre un homme rustre qu'elle sauve de la pendaison et ils vont ainsi entreprendre un long voyage parsemé d'aventures dangereuses où ils vont rencontrer des Indiens inquiétants, des hommes violents, et surtout ils vont s'associer pour "contenir" la violence d'une des femmes malades. Ce film devient un périple moral et philosophique qui va transformer les personnages. George Briggs, le cynique, va éprouver de la pitié envers ces trois femmes en détresse, victimes de viols, de maltraitance conjugale. La vie qu'elles mènent les rend tout simplement "folles" : la perte de leurs enfants, morts de maladie, la solitude de ces terres, la rudesse du travail agricole, l'éloignement de leur famille, l'isolement des fermes. Mary Bee Cuddy représente la bonté, la générosité et quand cet homme lui refuse le mariage, alors qu'ils ont vécu une expérience qui pourrait les rapprocher, elle aussi, perd la tête. Elle se pend de désespoir à un arbre et laisse Briggs tout seul avec les trois malades. Comment va-il réagir ? Les abandonner ou les mener à la femme du pasteur qui va les prendre en charge ? Allez voir ce film parfois éprouvant mais tellement prenant : vous verrez une épopée tragique, un drame humain historique, un portrait de ces femmes dont le courage et l'abnégation en font des héroïnes "bibliques"... Un grand film épique dans un Far-West terrible, un beau film d'amour malgré tout.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mercredi 21 mai 2014
mardi 20 mai 2014
Atelier d'écriture
Mylène nous a proposé ce mardi 20 mai un atelier "cinéma" : elle nous a lu des extraits du livre de Jean-Gustave Le Clézio, "Ballaciné" édité chez Gallimard où l'écrivain parle de sa fascination du cinéma qu'il définit comme "l'art des visages". Mais la littérature reste son "chant de l'être", sa rêverie sur le langage, un envoûtement total. Il fallait travailler notre mémoire "filmique" et établir une liste de nos toiles préférées depuis la nuit des temps. Une fois cette liste composée, un film devait être choisi et décrit. On a pu ainsi découvrir des films aussi différents que "Tarzan", "Alexandre Nevski", "Le grand Bleu", "Le promeneur d'oiseau", etc. J'ai pensé à "Villa Amalia" tiré du roman de Pascal Quignard et voici mon texte : "La mer guérison"
Une femme musicienne découvre la trahison de son compagnon. Rupture totale, geste impardonable, retour à l'envoyeur, coupure radicale. Cette femme, Isabelle Huppert, ne compose pas avec les à peu-près du réel. Entière, passionnée, fidèle, elle refuse le postulat du "je t'aime mais j'en aime aussi une autre"... Elle se retrouve seule, blessée à mort, sur une île italienne dans une petite maison face à la mer. J'aime son extrême solitude, son isolement au milieu de la beauté maritime. Ressourcement, résilience, plénitude devant la mer. Le regard de la comédienne sur la mer et sur l'horizon raconte sa nouvelle sauvagerie et sa liberté retrouvée. Après la solitude, elle rencontre une femme, un homme et finit par renaître. J'aime les héroïnes de Quignard, leur amour de l'absolu et de la passion amoureuse. Des femmes seules, égarées, entières et radicales. Un film solaire et solitaire avec une femme fascinante. " Dans la deuxième partie de l'atelier, Mylène nous a lu un portrait de Jean Gabin écrit par Jacques Prévert et on devait choisir un acteur ou une actrice pour en faire le portrait à la manière du poète. Voici mon texte :
"Elle,
Discrète, distante, elle ne s'épanche pas en paroles inutiles,
elle ne se "la joue" pas comme on dit familièrement,
Droite, calme, intérieure, elle parle, pourtant,
Jeune, âgée, elle est la même et pas une autre, ne change pas,
le temps ne l'abîme pas,
D'une voix douce et claire,
son jeu d'actrice l'éloigne du spectacle,
elle est nue, Emmanuelle, avec pudeur et retenue,
ce n'est pas une actrice,
c'est une femme qui s'offre aux textes et aux images,
elle s'appelle Emmanuelle Riva. "
Merci à Mylène de nous lire à voix haute les textes d'écrivain, une source inépuisable d'imagination, de sensations et d'influences créatives...
"Elle,
Discrète, distante, elle ne s'épanche pas en paroles inutiles,
elle ne se "la joue" pas comme on dit familièrement,
Droite, calme, intérieure, elle parle, pourtant,
Jeune, âgée, elle est la même et pas une autre, ne change pas,
le temps ne l'abîme pas,
D'une voix douce et claire,
son jeu d'actrice l'éloigne du spectacle,
elle est nue, Emmanuelle, avec pudeur et retenue,
ce n'est pas une actrice,
c'est une femme qui s'offre aux textes et aux images,
elle s'appelle Emmanuelle Riva. "
Merci à Mylène de nous lire à voix haute les textes d'écrivain, une source inépuisable d'imagination, de sensations et d'influences créatives...
lundi 19 mai 2014
"Vivre à présent"
Nadine Gordimer, née en 1923, nous donne une sacrée leçon de vie et d'espoir en écrivant en 2012 (elle a donc 91 ans !) ce roman, "Vivre à présent", que l'on lit avec admiration tout au long des pages. Ses lecteurs(trices) la suivent depuis de longues années et cette grande dame des lettres africaines a reçu le prix Nobel en 1991. Militante des Droits de l'Homme, militante contre l'apartheid, elle n'a jamais quitté son pays pour fuir la réalité politique qui semble bien complexe aux yeux d'un lecteur(trice) européen(ne)... Son roman raconte l'histoire d'un couple mixte : Steve est blanc, mi-juif mi-chrétien et sa femme, Jabulile, est une noire zouloue. Ils ont milité au sein de l'ANC, ont vécu dans la clandestinité et ont même connu la prison. Ils se retrouvent dans un quartier embourgeoisé en acquérant une maison et fréquentent d'anciens camarades, militants comme eux. Ils essaient de comprendre et de s'intégrer dans cette nouvelle société post-apartheid, multiculturelle et égalitariste. Steve obtient un poste à l'université et mesure l'énorme fossé entre les étudiants noirs et les autres. Il met en place des cours de rattrapage et se bat pour améliorer la situation. Sa femme travaille au sein d'une association comme avocate et elle tente de venir en aide à toutes les victimes de l'apartheid. Leur couple est totalement accepté dans leur entourage familial, du côté du père de Jabulile, pasteur dans une communauté zoulou et du côté des parents de Steve, progressistes et tolérants. Ils ont deux enfants : la fille grandit sans problème, mais le garçon présente des troubles du comportement. Le sport et le soutien de son grand-père zoulou apaisent leur fils, qui vit son adolescence dans un tourbillon de vie quelque peu désordonné. Nadine Gordimer intègre dans son roman beaucoup de dialogues "politiques" sur la situation du pays. La corruption gangrène le milieu des responsables au sein même de l'Etat. Si on veut suivre les commentaires des protagonistes, il vaut mieux s'informer sur la situation de l'Afrique du Sud. On lit quand même avec intérêt les interrogations de la petite communauté de ce quartier multiculturel. Le couple Steve-Jabulile vit dans la hantise de la violence sociale (la description d'un épisode d'agression contre une parente zouloue symbolise l'insécurité du pays). Steve décide de se renseigner pour immigrer en Australie. Sa femme, pourtant réticente, finit par admettre qu'ils doivent partir et acceptent d'entreprendre les démarches pour concrétiser leur installation dans ce pays à priori moins violent, plus harmonieux, plus neuf. Ce projet bouleverse leur vie quotidienne et le sentiment de trahison, d'abandon de leur cause finit par fragiliser leur famille respective et leur couple. Je ne dévoilerai pas l'issue du roman pour vous donner envie de lire ce grand roman politique et historique qui résume la planète "Gordimer" : des destins individuels dans le devenir d'un pays encore englué dans les inégalités sociales, le nouvel apartheid, des questions raciales et multiculturelles, des interrogations philosophiques et des réponses tâtonnantes. Comment vivre dans ce pays ? Comment survivre dans un pays violent ? Nadine Gordimer, en bonne militante, semble nous dire que personne ne doit déserter...
vendredi 16 mai 2014
Rubrique cinéma
Temps moyen pour ce jeudi, direction le cinéma L'Astrée pour voir le film "D'une vie à l'autre" des réalisateurs allemands, Judith Kaufmann et Georg Mass. L'histoire se situe en Norvège en 1990 dans une famille qui semble vraiment à l'apogée du bonheur familial : le père est toujours amoureux de sa femme, leur fille, mère célibataire vit avec ses parents et la grand-mère s'occupe à merveille de ce petit monde. Mais les apparences sont trompeuses. La mère d'origine allemande fait partie des bébés norvégiens qui ont été enlevés à leurs mères, coupables de relations avec des soldats allemands. Dans le cadre d'une enquête diligentée par la Cour européenne des Droits de l'Homme, il est question de rendre justice à toutes ces victimes. Katrine se dérobe et refuse de témoigner. Elle part précipitamment en Allemagne pour effacer les traces d'un nom dans un orphelinat. On comprend qu'elle cache une identité secrète : elle appartient à la STASI, les services secrets de la RDA qui l'ont envoyé en Norvège pour espionner le pays. Comme le Mur de Berlin est tombé, le rôle des services secrets prend toute sa dimension dramatique dans la manipulation des êtres humains. Au fil du récit, la vérité prend forme et le malaise grandit dans la famille. Le jeune avocat va contraindre Katrine à témoigner pour rassurer sa famille. Mais, lors de l'entretien, elle oublie de mentionner la présence d'un policier, ce qui intrigue le jeune avocat. Et il faut attendre le dernier quart d'heure pour comprendre l'itinéraire de cette femme à la double vie... Ce film à la fois historique et politique montre l'ambiance glauque et trouble de la guerre froide entre le monde communiste et le monde libre dans les années de l'après-guerre. La mère de Katrine, jouée par la magnifique Liv Ullmann, voit sa vie s'effondrer en apprenant que sa fille n'est pas sa vraie fille. Le mari et la fille sont aussi anéantis par la vérité. Comment vivre sur un mensonge ? Je ne dévoilerai pas la fin pour vous donner envie d'aller le voir... Ce film vraiment original suscite l'émotion quand on songe au destin des êtres broyés par l'Histoire, et révèle une période de l'histoire européenne pas du tout glorieuse...
jeudi 15 mai 2014
Atelier de lectures, 2
La deuxième partie s'est avérée plus périlleuse concernant les ouvrages tirés au sort. J'avais choisi quelques romans policiers d'Actes Sud dans sa collection "Noirs" mais le bilan est fort mitigé, à part la série de Millenium (3 tomes) du suédois Stieg Larsson et les solides Camilla Lackberg (("La Princesse des glaces, etc.). L'avis des lectrices semble négatif pour les titres que j'avais trouvés sur les étagères de la médiathèque, les meilleurs de la collection étant certainement dehors chez les lecteurs... Donc, je n'ai pas enregistré des coups de cœur, côté Actes sud. J'avais proposé aussi quelques titres d'écrivains français que je qualifierai de classiques contemporains, en format de poche. Geneviève a présenté "La place", écrit en 1982, d'Annie Ernaux, un récit romancé d'une femme professeur qui relate les relations avec ses parents, épiciers dans un village normand. Le décalage culturel et intellectuel crée un malaise qu'elle ressent comme un sentiment de trahison. L'œuvre entière d'Annie Ernaux se rapproche de l'analyse sociologique dans une France en mutation. Elle vient d'écrire un ouvrage sur... l'hypermarché de sa ville "Regarde les lumières, mon amour", introduisant ainsi dans la littérature contemporaine le quotidien le plus concret et le plus prosaïque qui soit. Je recommande son livre que je trouve très important pour la vie des femmes, "Les années", sorti en Folio. Régine a lu le récit autobiographique de Simone de Beauvoir "Une mort très douce" où elle raconte la douloureuse agonie de sa mère et ce témoignage est un plaidoyer pour le droit de mourir dignement et contre l'acharnement thérapeutique. Un livre militant comme toute l'œuvre de Simone de Beauvoir. Régine toujours aussi motivée et volontaire a aussi lu "La vie mentie" de Michel Del Castillo, ou l'histoire de Salvador Portal, un ancien soixante-huitard à la recherche de la vérité sur un grand-père de légende, assassiné en 1936 pendant la guerre civile. Un univers littéraire à découvrir surtout si l'Espagne vous touche. Véronique a découvert "Livret de famille" de Patrick Modiano, un puzzle de quatorze récits où le réel vécu se mêle aux souvenirs imaginaires. Une lecture surprenante et un peu déconcertante pour Véronique. Danièle a terminé la deuxième partie de l'atelier en mentionnant l'ouvrage de Pierre Michon, "Vies minuscules". Elle a ressenti une difficulté pour entrer dans les pages de ce livre mais elle s'est laissée glisser dans les longues et belles phrases de Michon et le charme a opéré... Michon conte huit vies anodines, simples, "minuscules" dans une France rurale du début du XXème siècle. Un œuvre singulière à découvrir. Nous avons eu le temps d'évoquer le Festival du Premier Roman de Chambéry grâce à Régine, qui a lu une bonne trentaine de romans dont les 14 sélectionnés. Elle a présenté la liste pour nous donner envie de rencontrer les auteurs invités à Chambéry du 22 au 25 mai. Un rendez-vous à ne pas manquer.
mercredi 14 mai 2014
Atelier de lectures, 1
Nous étions un peu moins nombreuses ce mardi 13 mai, mois des ponts et des vacances courtes, mais la séance s'est révélée riche d'enseignements et d'informations pour les lectrices disponibles. Côté coups de cœur, Geneviève a démarré avec une relecture de John Steinbeck, le célèbre "Des souris et des hommes", adapté au cinéma et qui n'a rien perdu de sa force et de son humanité. Deux ouvriers journaliers rêvent d'une ferme dans une Amérique rurale des années 30 mais le rêve va tourner au cauchemar... Un grand, très grand classique à lire ou relire. Janelou a choisi un témoignage d'un père sur son fils schizophrène, "Le coupe-ongles" de Stéphane Alexandre aux éditions Les Arènes. Ce père n'a pas vu les signes de la maladie sur son fils, une maladie mentale qui fait peur et une fois son fils interné, il témoigne de l'univers psychiatrique et dénonce la situation d'exclusion des malades et de leurs familles. Une écriture au service d'une cause souvent incomprise, mise sous silence. Un document précieux pour tous ceux qui sont concernés (plus de 800 000 citoyens) par cette situation... Janelou a aussi proposé dans un autre registre, le roman d'André Brink, "Une saison blanche et sèche", publié en 1980. La vie de Ben Du Toit, professeur Afrikaner, bascule quand il se révolte contre le système de l'Apartheid après avoir compris que le fils du balayeur noir de l'école a été torturé par la police. Ce livre avait obtenu le Prix Médicis et l'écrivain a écrit un plaidoyer vibrant contre le racisme, l'intolérance et la ségrégation. Un livre-témoignage, incontournable pour appréhender l'Afrique du Sud d'hier à aujourd'hui. Régine a évoqué "Pietra viva" de Leonor de Recondo. Michel Ange quitte Rome pour s'installer à Carrare pour choisir le matériau d'une tombe papale. Il va vivre au rythme de la carrière et ce temps de solitude déclenche un retour dans son passé. J'avais écrit un billet sur son deuxième roman, "rêves oubliés" très réussi, dans ce blog et son univers sensible servi par une écriture "délicate", possède un charme certain. A découvrir. Nicole a présenté "Notre-Dame du Nil" de l'écrivaine Scholastique Mukasonga (Prix Renaudot 2012). Rescapée du massacre des Tutsi, l'écrivaine offre un roman poignant où des adolescentes tentent de survivre. Nicole qui aime beaucoup les "policiers" a aussi proposé "Les harmoniques" de Marcus Malte, un plaisir de lecture à travers deux personnages, un pianiste jazzy et un chauffeur de taxi qui recherchent la cause de la mort de Vera, brûlée vive. Il est question des Balkans et d'une guerre oubliée. Ce roman a obtenu le prix Mystère en 2012. Mylène a récidivé en évoquant un roman de Philippe Vilain adapté au cinéma, "Pas son genre" que l'on peut encore voir au cinéma L'Astrée. On s'est donc fait la promesse de voir le film et de lire le livre pour avoir les deux points de vue, celui de l'écrivain et celui du cinéaste. Un sujet intéressant sur les différences sociales et culturelles comme dans le film de Nicole Garcia "Un beau dimanche". Danièle a terminé la première partie de l'atelier en présentant "La grand-mère de Jade" de Frédérique Deghelt, paru au Livre de poche. C'est l'histoire d'une grand-mère que ses trois filles mettent dans une maison de retraite mais sa petite fille l'enlève et l'emmène chez elle. Elles vont partager un trésor commun : le goût de la lecture... Un roman familial un peu naïf selon Danièle mais fort sympathique. Demain, j'écrirai la suite...
mardi 13 mai 2014
"La caverne des idées"
Dès la première phrase du roman, José Carlos Somoza captive le lecteur(trice) : "Le cadavre reposait sur de fragiles brancards en bois de bouleau. Le torse et le ventre étaient couverts d'hématomes, les chairs déchirées maculées de sang coagulé et de terre séchée, mais la tête et les bras présentaient un meilleur aspect." Ce roman-thriller est édité dans la collection "Noirs" d'Actes Sud et demande parfois une attention concentrée et un effort pour mémoriser, ne serait-ce que, les noms grecs des personnages. L'écrivain espagnol (né à Cuba mais vivant à Madrid) joue sur deux registres : un texte grec d'un traducteur qui raconte l'histoire de crimes sur des éphèbes et la vie de traducteur dans les notes en bas de page. A partir de cette construction, l'histoire principale se déroule dans la Grèce antique après la guerre du Péloponnèse. Le corps mutilé, découvert sur le mont Lycabette, porte un nom : Tramaque, un élève de Diagoras, son tuteur à l'Académie de Platon. La rumeur publique évoque la morsure des loups mais son tuteur doute de cette interprétation. Il fait appel au "déchiffreur d'énigmes", Héraclès Pontor, (alias Hercule Poirot) chargé de mener l'enquête. Il se penche sur les relations de Tramaque pour rechercher les motifs de ce meurtre et il apprend qu'un de ses meilleurs amis est aussi assassiné dans des conditions mystérieuses. Il est alors question d'une secte qui célèbre une religion très particulière. Je ne dévoilerai pas le nœud de l'intrigue. Ce roman policier hautement antique plaira à tous les lecteurs(trices) qui aiment l'histoire ancienne sous la forme du thriller politique et religieux. On peut laisser de côté l'histoire secondaire du traducteur (écrit en trop petits caractères) sans nuire au récit principal. Rencontrer Platon au fil du récit, découvrir le rôle de la religion dans la société grecque, ressentir les émotions des personnages, revivre le quotidien de l'agora, connaître les secrets d'une secte plus que spéciale, méritent un certain effort de lecture. Un conseil à suivre : il faut franchir les trente premières pages sans se décourager et ensuite, la récompense arrive : un retour fulgurant dans un passé si proche et si lointain. Un roman vraiment original et comme je me suis mise à l'heure grecque, j'ai apprécié, bien évidemment, le contexte historique...
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