mardi 4 juin 2013

Revue de presse

Le Magazine littéraire de juin a la très, très bonne idée de nous proposer un dossier central sur les romancières américaines : Toni Morrison, Joyce Carol Oates, Anaïs Nin, Gertrude Stein, Edith Wharton, Flannery O'Connor, Joan Didion, Eudora Welty, Carson McCullers, Louise Erdrich, etc. Je ne cite que les "phares" les plus importants de cette littérature et je suis ravie que la revue se penche sur ces femmes écrivains que je lis fidèlement depuis des dizaines d'années. Elles n'ont pas pris une seule ride et il faut les découvrir au plus vite si vous ne les connaissez pas. Le public littéraire connaît davantage Hemingway, Fitzgerald, Dos Passos, Roth, etc. Pour une fois que la littérature se conjugue au féminin... Un grand plaisir de lectures en perspective. La revue propose aussi un long entretien avec Paul Auster à l'occasion de son dernier livre "Chronique d'hiver". La revue Lire s'est penchée sur Oscar Wilde, un classique anglais d'une modernité provoquante. François Busnel rappelle dans son édito les raisons de son choix. Il aime les "œuvres qui mordent et qui piquent", et cite une belle phrase de Wilde : "Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d'entre nous regardent les étoiles". Lire rend aussi un hommage au livre de poche dont on célèbre ses 60 ans en proposant des titres pour cet été. On retrouve les critiques habituelles des nouveautés et un entretien avec Robert Littell. Je veux signaler l'excellente revue "Page", les livres par les libraires. Le numéro 159 d'avril-mai donne d'excellentes idées de lecture sur le "Polar" avec de nombreux articles sur les tendances actuelles et des entretiens avec des auteurs culte de ce genre littéraire. La belle iconographie et la mise en page originale différencient cette revue des traditionnelles et quand les libraires se mettent à l'écriture et recommandent un ouvrage, c'est une initiative judicieuse et justifiée...

lundi 3 juin 2013

Rubrique cinéma

Je ne vais pas souvent voir des comédies, souvent trop légères à mon goût et toujours d'un optimisme bêtifiant... J'ai pourtant apprécié le film franco-portugais, "La cage dorée" de Ruben Alves qui a attiré plus d'un million de spectateurs. Ce film évoque la diaspora portugaise à Paris. Depuis trente ans, Maria et José Ribeiro font partie de cette communauté solidaire et traditionnelle. Maria s'occupe d'un immeuble bourgeois et bénéficie d'une petite loge, décorée avec amour. Les occupants de l'immeuble exigent beaucoup et Maria ne compte ni ses heures, ni son temps de repos : corvéable et docile. José, son mari, est chef de chantier et lui aussi, travaille sans relâche pour un patron débordé et au bord de la faillite. Un jour, notre couple d'immigrés portugais reçoit une lettre d'un notaire leur signifiant un héritage d'un frère qui leur a laissé un domaine viticole du côté de Porto à la seule condition qu'ils y vivent. La comédie démarre vraiment quand une sœur de Maria découvre le secret et diffuse la nouvelle à tout l'entourage. Nos deux travailleurs exemplaires vont découvrir l'hypocrisie sociale quand tous leurs employeurs s'affolent à la pensée de les perdre. Se greffe aussi l'histoire d'amour de leur fille avec le fils de l'entrepreneur. Le grand dilemme surgit dans leur vie de labeur : avec cet héritage, vont-ils enfin rentrer au pays, retrouver leurs racines ?  Vont-ils enfin reconquérir leur liberté et abandonner cette cage dorée de concierge  ? Le réalisateur aborde tout en finesse et avec humour les thèmes du déracinement, de la nostalgie du pays quitté, de l'intégration réussie pour les enfants qui, eux, se sentent avant tout français. Les scènes sont parfois traitées avec un ton juste et un respect total pour toutes ces générations de Portugais, contraints à l'exil pour travailler en rêvant d'un retour dans leur pays à l'âge de la retraite. Je ne révèlerai pas la fin du film car si vous avez envie de vous détendre, ce film vous apportera un souffle d'optimisme et de nostalgie, aussi, saudade oblige... Comme tous les petits-enfants d'immigrés, (mes grands-parents paternels au début du XXème siècle ont quitté leur région d'Aragon en Espagne pour travailler au Boucau près de Bayonne), je ressens un sentiment de solidarité et d'empathie pour les Portugais, Espagnols, Italiens, immigrés souvent méprisés sur le plan social qui ont eu le courage de quitter un pays qu'ils adoraient pour vivre une vie meilleure...

vendredi 31 mai 2013

"Une famille heureuse"

J'avais lu une bonne critique dans la revue Transfuge sur ce roman américain, écrit par Elizabeth Crane, "Une famille heureuse", édité chez Phébus et je confirme la bonne appréciation de la revue. Le roman raconte l'histoire décapante de la famille Copeland : Gordon, le père vaniteux , Jean, la mère courageuse, Priscilla, la fille aînée superficielle, et le cadet Otis, rêveur invétéré. Il ne faut pas oublier d'ajouter à la liste un grand-père Théodore et sa mère Vivian. Ils vivent tous sous le même toit et se frôlent sans vraiment se connaître. Les personnages racontent chacun à leur tour leurs points de vue sur les autres membres de la famille. Le père trouve toujours des explications à tout ce qui peut lui arriver. Sa suffisance, son égoïsme et sa fausse culture agacent son entourage. Pour passer le temps, il se met à peindre dans son garage. Jean, la mère, rencontre un ami-amant dans un club de lecture mais cette relation se termine par le suicide de cet homme fragile et malade. Elle cherche en vain les raisons de cet acte de désespoir. Priscilla ne rêve que de télé-réalité et de vêtements, mais ce talent va finir par aboutir à un projet. Otis, le petit garçon, élabore des mots croisés à longueur de journée et veut une petite copine. Les anciens de la maison sont aussi "déjantés" que leurs enfants... Elizabeth Crane décrit une famille aussi désunie que possible et qui joue la comédie du bonheur. Le talent narratif, un style tonique, la description des liens familiaux, la réalité de la société américaine, les attentes et les déceptions de chaque protagoniste, tous ces éléments composent un texte haut en couleurs, décapant, ironique et explosif. Chacun poursuit son objectif propre sans le faire partager aux autres. Le sentiment de solitude saisit chaque membre de cette famille si particulière et si banale à la fois... Un très bon roman à emporter dans vos bagages et à déguster sous le soleil (s'il revient...).

jeudi 30 mai 2013

Atelier d'écriture

Mardi, Marie-Christine a proposé un exercice sur le thème de la maison. Elle avait choisi un poème de Prévert, "Pour faire le portrait d'un oiseau" et la chanson célèbre de Le Forestier "La maison bleue". Il fallait décrire une maison imaginaire ou réelle. Voici mon texte :
La maison de famille
Imaginez le bord de mer
vraiment le bord de mer
avec, à l'horizon, une petite île rocheuse et rouge.
Sur la falaise, en ce temps-là,
des murs ocre s'élèvent dans un jardin d'oliviers
et de pins maritimes.
La mer lèche la roche rouge, le soleil chauffe l'air bleu.
La grande maison prend forme, s'orne de volets jaunes
et de grandes terrasses pour admirer les flots, pour humer la mer.
Un petit port privé accueille des barques pour la pêche, la nage.
L'été se prélasse dans l'insouciance ensoleillée.
Les parents, les enfants, les anciens se retrouvent.
Le temps passe.
La maison observe les passages familiers.
Les générations se succèdent, puis se délitent.
La maison se divise en lots, les héritiers se dispersent.
Rêveuses familles...
La maison aux murs ocre et aux volets jaunes se souvient
de son enfance heureuse.
Dans le salon-bibliothèque, une artiste de la famille a peint
une fresque de la falaise avec, au centre,
ce rêve de maison, une maison de rêve...

mardi 28 mai 2013

"Indigo"

Catherine Cusset vient d'écrire un très bon roman, "Indigo", qui ne laissera pas les lecteurs(trices) indifférents. Le cadre géographique, l'Inde, devient l'élément déclencheur pour quatre personnages, deux hommes et deux femmes, invités à un festival culturel dans le Sud du pays. Charlotte Greene, une cinéaste quelque peu confidentielle, va évoquer la personnalité troublante de sa meilleure amie Deb qui a mis fin à ses jours. Roland Weinberg, écrivain essayiste, part en Inde accompagné de sa belle et jeune italienne Renata. Raphaël Eleuthère, écrivain contestataire façon Houellebecq, bougon et silencieux, rumine sa vie. Et enfin Géraldine Legac, responsable de l'antenne de l'Alliance française, est mariée avec un Indien dont elle a un enfant. Elle reçoit donc cette délégation française avec beaucoup de compétence et de disponibilité. Elle devine que Raphaël Eleuthère n'est autre que son ancien voisin, un certain Jean-Michel, dont elle est tombée passionnément amoureuse quand elle avait quinze ans. Géraldine va-t-elle enfin vivre cet amour de jeunesse malgré sa situation de femme mariée ? Roland, l'intellectuel apprend la grossesse de Renata et refuse cette paternité avec véhémence. Quel est l'avenir de leur relation ? Charlotte recherche en vain des traces du séjour de son amie Deb dans un village proche du lieu où a lieu le séminaire. Cette semaine à l'heure indienne va bouleverser leur existence et leur "départ" ne sera pas seulement un "retour" dans leur vie d'avant... Le roman de Catherine Cusset captive intégralement le lecteur(trice) par une belle écriture classique, une intrigue multiple, des personnages tourmentés, un pays chatoyant et inquiétant, des crises existentielles, des interrogations, peu de solutions et même un zeste appréciable d'ironie. Une planète littéraire à découvrir si vous n'avez pas lu Catherine Cusset, éditée chez Gallimard.

lundi 27 mai 2013

Festival du Premier Roman

Du 23 mai au 26 mai, Chambéry a fêté la 26e édition du Festival du Premier roman. Je n'évoquerai pas les nombreux écrivains invités pendant ces quatre journées, mais je veux rendre compte des trois rencontres au cours de ces jours froides de mai. Jeudi, j'ai vu Jeanne Benameur et Hervé Bel dans une rencontre intitulée "L'avenir est un long passé". J'ai glané quelques expressions et formules. De Jeanne Benameur : "Le grand âge, c'est l'âge de la liberté", "Il faut quitter la peur d'avoir peur", "Ne pas faire son deuil, il faut vivre avec", "Chaque jour est un univers à explorer", "Chacun de nous est ombre et lumière", "Aimer de loin, aimer de près". Le roman de Jeanne Benameur, "Profanes" avait conquis tout le public présent dans la salle. Aucune contradiction n'a été exprimée dans les questions posées à la fin de la présentation. Jeanne Benameur a montré une belle empathie pour ses lectrices (peu d'hommes dans l'assemblée...) On a aussi écouté Hervé Bel mais comme je n'ai pas lu son roman "Les choix secrets", je ne peux mentionner les éléments de la discussion.  Je n'ai pas résisté à poser la question sur leurs préférences littéraires. Jeanne Benameur a parlé de Virginia Woolf comme sa référence absolue (évidemment) et Hervé Bel, de Proust et de Flaubert (avis partagé)... Vendredi, j'ai assisté à la rencontre de Jeanne Benameur (encore elle) et Elisabeth Laureau-Daull sur le thème de la vieillesse "Fin de partie". Le débat était un peu "décalé" car les deux romans n'évoluent pas dans la même galaxie littéraire. "Le syndrome de glissement" d'Elisabeth Laureau-Daull ressemble à un roman documentaire "sympathique" sur les maltraitances dans les maisons de retraite où on oublie trop souvent que nos anciens restent des adultes dignes de considération et de respect. Son roman "militant" dans le bon sens du terme se lit d'une traite. Son personnage de vieille dame de 85 ans entre en résistance contre les maltraitances verbales et physiques de son institution. Vendredi, j'ai assisté à ma troisième rencontre avec Véronique Merlier et son roman "Angle mort" (j'ai déjà écrit un billet bienveillant à son sujet). Elle a lu des extraits de son livre et elle a parlé surtout du séisme dans un couple quand on apprend la véritable identité de son conjoint que l'on ne connaissait pas vraiment. En l'occurrence, son personnage se libère de son carcan familial hétérosexuel pour vivre enfin sa vraie vie. Le débat n'a pas eu lieu après la présentation du livre, peut-être que le sujet est encore bien tabou dans la société française, pas si tolérante et si ouverte qu'on veut bien le croire... Voilà pour ce Festival de Chambéry, bien organisé et bien rodé, mais j'avoue que je préfère y assister à  doses homéopathiques à l'inverse de certaines lectrices motivées fréquentant les séances de signature et les rencontres comme des marathoniennes infatigables... Il faut souhaiter que ce festival littéraire soit maintenu malgré la crise et j'éprouve une certaine gratitude envers les organisateurs et les "donateurs" (mairie, etc.) pour ces moments de qualité dans ces quatre jours dédiés à la rencontre d'écrivains, confirmés ou débutants, qui donnent envie de lire, d'écrire et d'aimer la littérature !

jeudi 23 mai 2013

Rubrique cinéma

Dès sa sortie, mercredi dernier, je suis allée voir le "Gatsby", The Great Gatsby du réalisateur australien Buz Luhrmann avec Léonardo Dicaprio, Carey Mulligan et Tobey Maguire, d'après le roman de Francis Scott Fitzgerald. Comme je n'avais pas vu le film avec Robert Redford en 1974, ni les autres d'ailleurs, je n'ai pas établi de comparaison entre toutes les versions. Je me suis installée dans le fauteuil et j'ai regardé pendant deux heures vingt trois minutes un grand spectacle cinématographique. Les images, les couleurs, les musiques, les personnages et l'intrigue forment un ensemble qui vous emporte dans une Amérique mythique des années 20, endiablée et musicalement folle, avec ses fêtes grandioses alcoolisées, ses conduites à la marge et ses amours contrariées. Le narrateur du film, le personnage-écrivain, raconte le destin de Gastby, milliardaire boursier et trafiquant, lié à la mafia, qui n'a qu'un objectif : reconquérir Daisy, la cousine du narrateur. Cette femme l'a quitté pour se marier avec un homme issu de la noblesse, mais infidèle et goujat. L'histoire d'amour  entre ce roturier richissime, truand élégant, fou d'amour pour une femme inaccessible s'avère impossible à vivre. Pourtant, ce cinéma particulièrement spectaculaire avec des voitures de sport, des soirées fiévreuses dans un décor extravagant et excessif finit par captiver le spectateur(trice). L'amour insensé de Gatsby pour une femme plus fantasmée que réelle provoquera sa perte.  J'ai regardé défiler toutes ces images à un rythme infernal avec intérêt mais il manque peut-être une dimension que je n'ai pas trouvé : l'émotion... A voir quand même pour la reconstitution historique, la musique et l'hommage à Francis Scott Fitzgerald, écrivain américain cultissime.