Il semblerait que Constance Debré soit devenue la nouvelle coqueluche de la revue littéraire, "Transfuge". J'ai éprouvé la curiosité de découvrir cette nouvelle voix de la littérature française et j'ai donc lu "Love me tender", un récit autofictionnel, publié en janvier chez Flammarion. Les premières phrases se veulent déjà radicales, risquées, dérangeantes : "Je ne vois pas pourquoi l'amour entre une mère et un fils ne serait pas exactement comme les autres amours. Pourquoi on ne pourrait pas cesser de s'aimer. Pourquoi on ne pourrait pas rompre.". Le ton percutant de la jeune écrivaine heurte la culture familiale traditionnelle. Elle ose mettre en question une relation réputée indestructible, même si ce lien pose souvent des problèmes. Constance Debré évoque son malaise : "Je regarde les autres et je ne vois que des mensonges et je ne vois que des fous." La narratrice a vécu vingt ans avec son mari et elle le quitte pour vivre son homosexualité. Elle se décrit comme une femme libre aux cheveux courts, tatouée, sans entraves, minimaliste et marginale. Elle quitte une vie bourgeoise (sa famille concerne les Debré dont Michel, son grand-père) et se retrouve dans un petit studio sans meubles, sans vaisselle, sans livres, sans rien. Son métier d'avocate ne l'intéresse plus. Elle veut fuir toutes les attaches habituelles matérielles et familiales. S'alléger, se retrouver, retrouver son corps. Mais le seul lien qu'elle ne peut pas rompre concerne son fils de huit ans, Paul. Pour punir son ex-femme de l'avoir abandonné, son ex-mari la prive du droit de visite. Devant le juge, le mari délaissé dénonce les lectures "toxiques" de son ex-femme : Hervé Guibert, Bataille, etc. Il l'accuse d'inceste pour se venger d'elle. La juge lui accorde une heure tous les quinze jours lors de son divorce. Mais, elle fait appel et comme la justice est lente, elle ne voit plus son fils. Dans ce récit, elle raconte ses conquêtes féminines avec une crudité audacieuse, sans aucune pudeur, se conduisant comme un Don Juan au féminin. La narratrice nage beaucoup pour oublier son chagrin de mère mais, elle ne renonce en aucun cas à sa façon de vivre : "Je ne reviendrai pas en arrière. Je ne reprendrai pas ma peau d'avant". Elle résume elle-même sa nouvelle existence : "Nager, lire, écrire et voir des filles, comme une ascèse". Elle écrit une lettre à Paul en lui déclarant : "Je suis ta mère, c'est quelque chose qui ne cesse jamais". Deux ans sans voir Paul… Et un jour, elle peut enfin le revoir. Mais, ces retrouvailles ne se passent pas comme prévu. Il faut lire ce texte furieux, original, radical mais d'une sincérité totale. Constance Debré lance un brûlot contre la tradition, les clichés, le conformisme, la normalité… Femme libérée, libre de son ancienne vie, pour devenir ce qu'elle est vraiment : une écrivaine.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
lundi 3 février 2020
jeudi 30 janvier 2020
"Le Consentement", 2
Cette histoire amoureuse hors-norme va se déliter quand la jeune Vanessa va enfin ouvrir les yeux sur son prédateur pervers. Elle commence à comprendre que son cher G.M. entretient des relations épistolaires avec d'autres jeunes filles. Elle constate "sa frénésie sexuelle" même s'il lui déclare qu'elle est la seule qu'il aime. Très fin stratège, l'écrivain raconte qu'il nourrit son œuvre avec toutes ses expériences, "ses conquêtes collégiennes". Vanessa devient sa muse et aussi un personnage de fiction. La Brigade des Mœurs le convoque pour des renseignements mais cette entrevue ne provoque aucune suite, ni une visite chez lui. L'écrivain peut mener la vie qu'il veut, se sentant protégé par les pouvoirs en place, en particulier l'ancien président François Mitterrand… Vanessa Springora accompagne le "Grand Ecrivain" dans une émission littéraire et elle écrit : "Et personne ne se montrera choqué, ni même embarrassé par le contraste entre le G. et mes joues pleines de gamine, sans fard ni accidents de l'âge". La narratrice raconte enfin "La déprise" quand elle tombe sur un paragraphe d'un ouvrage où G.M. se met en quête de petits garçons de onze ans à Manille. Elle se sent "avilie et plus seule que jamais". Cet homme "n'était pas bon. Il était bien ce que l'on apprend à redouter dès l'enfance : un ogre". Cette découverte dissipe "le sortilège amoureux". Le fatidique et grotesque Prince Charmant s'est transformé en pitoyable citrouille. Sentant que la jeune Vanessa s'éloigne, le quinquagénaire odieux la retient dans son emprise. Mais, Vanessa a enfin compris qu'elle se fourvoyait. Elle renoue des relations avec des jeunes de son âge. Elle met fin à cette relation en lui envoyant une lettre de rupture. Un certain Youri a permis ce dévoilement et commence pour la jeune fille une reconstruction de son être. Au fil des années, elle constatera que G.M. évoque cet amour dans ses ouvrages. Elle se sent instrumentalisée comme une proie, cet homme étant un vampire. Après une psychanalyse salvatrice, elle décidera d'écrire "Le Consentement" pour dénoncer l'exploitation de son image. Son témoignage provient d'une réaction quand elle a appris que cet écrivain avait obtenu un prix littéraire assez réputé dans les années 2010. Sa réputation littéraire pourtant très confidentielle (petits tirages de ses œuvres) avait donc mérité cette récompense. Invraisemblable, selon la narratrice et elle termine son récit en racontant son geste : elle déchire et découpe les livres de G.M. en "grand carnaval de confettis". Cette libération cathartique permet à Vanessa d'écrire ce très beau récit autobiographique sans haine, ni ressentiment. La littérature peut être souvent amorale mais, il ne faut pas oublier qu'elle n'est pas au dessus des lois, n'en déplaise à certains défenseurs de cet immonde imposteur…
mardi 28 janvier 2020
"Le Consentement", 1
Vanessa Springora vient d'écrire sa vérité, une vérité qui surgit trente ans après son "consentement" auprès d'un écrivain, Gabriel Matzneff, impuni jusqu'ici malgré ses comportements pédophiles. Ce comportement criminel, puni par la loi, n'a pas alerté le milieu littéraire. Bernard Pivot l'a souvent reçu dans Apostrophes et seule, une écrivaine, Denise Bombardier, s'était indignée. La société fermait les yeux et une pétition, initiée par Gabriel Matzneff, stipulait l'impunité des relations sexuelles entre adultes et mineurs. Elle a été signée par de grands intellectuels (Sartre, Beauvoir, Barthes). L'époque libérale de l'Après 68, prônait la liberté où chacun pouvait se livrer à sa vie amoureuse comme il le sentait. Il ne fallait pas contrarier les pulsions sexuelles… Le libertinage d'un prédateur comme cet écrivain était accepté sans aucune règle morale. Il faut bien du courage à l'écrivaine et nouvelle directrice des Editions Julliard, pour raconter avec un calme distant, apaisé, l'histoire de ce drôle de couple improbable. Vanessa Springora vit à Paris avec sa mère qui travaille dans le monde de l'édition. Le père est absent, très occupé et le couple en crise se sépare. La jeune adolescente accompagne sa mère dans un dîner et elle s'ennuie au milieu des adultes. Un homme l'observe, la regarde, la fixe avec ses yeux bleus redoutables. Cet homme possède une réputation flatteuse de lettré et connaît beaucoup de gens importants. Elle va rencontrer dans cette soirée, son ogre… La narratrice comprend quelques années plus tard ce moment fatidique où toutes les conditions sont réunies : "Un père aux abonnés absents qui a laissé dans mon existence un vide insondable. Un goût prononcé de la lecture. Une certaine précocité sexuelle. Et, surtout, un immense besoin d'être regardée". La fascination envers ce "grand écrivain" se transforme vite en passion amoureuse, exaltée et lyrique. Elle a 14 ans et lui 50 ans… Il commence ses contacts par une relation épistolaire intense. Elle accepte de le voir et ils se retrouvent dans son studio. Leur relation démarre et quand sa mère apprend qu'elle est la maîtresse de ce homme âgé, elle lui révèle que ce G. M. a une réputation de pédophile. Elle ne croit pas cette mère en colère. Comme beaucoup d'adolescentes en révolte, elle défie l'autorité des adultes et se jette dans les bras de cet homme pervers. Vanessa Springola relate avec une parfaite maîtrise cette relation anormale, son initiation sexuelle, un nouveau continent pour cette jeune fille timide. Elle écrit : "Je suis amoureuse, me sens aimée comme jamais auparavant". Leur rencontre est un miracle, lui dit-il. Il l'emmène dans les musées, au cinéma, lui conseille des lectures, l'attend à la sortie du collège. Leur amour doit rester secret. Sous emprise de cet homme qu'elle admire pour sa culture et son intelligence, la jeune fille impose son amant quinquagénaire à sa mère qui finit par adouber cette relation exceptionnelle. (La suite, demain)
lundi 27 janvier 2020
En me promenant
J'ai l'habitude de marcher au bord du lac deux à trois fois par semaine quand la météo le permet. Trois itinéraires me plaisent particulièrement : l'esplanade d'Aix Les Bains jusqu'au port, les Mottets jusqu'au Lido, et le port du Bourget du Lac jusqu'à Bourdeau. Trois balades de six à huit kilomètres pour marcher, prendre l'air, observer le lac, les nuages, les arbres, les mouettes et les cygnes. Cette semaine, j'ai découvert au Bourget, dans la petite maison aux livres, un ouvrage de Gaston Bachelard, "La poétique de l'espace" que je voulais acheter après avoir découvert un ouvrage de la sociologue, Mona Chollet, "Chez soi", qui analyse l'importance primordiale de l'habitation, de sa maison ou de son appartement. Ce livre a été déposé pour moi et c'est mon ange gardien qui a pensé à Bachelard… J'ai aussi retiré deux "Folio" de Philip Roth et un de Sylvain Tesson, "Dans les forêts de Sibérie". C'est quand même rare de trouver dans ces dépôts des romans de qualité ou des ouvrages de philosophie. Les livres me poursuivent partout ! Tant mieux et j'en ai même rencontré dans le tout petit village de la Thuile dans une cabine téléphonique transformée en bibliothèque gratuite. En me promenant, j'écoute France Culture sauf quand je me retrouve dans un espace silencieux comme les Mottets au Viviers du Lac. Deux émissions en podcasts ont particulièrement retenus mon attention accrue. Il s'agit des "Chemins de la Philosophie" animés par Adèle Van Reth. Cette journaliste très cultivée propose tous les jours un thème et le vendredi, un portrait de philosophe. J'ai écouté ainsi des commentaires sur Marc Aurèle, sur Jankélévitch, sur Bergson, sur Cynthia Fleury, sur Nietzsche, etc. Des sujets sont abordés sous le regard de la philosophie : "l'attente, le pouvoir de la parole, sous le soleil, le rêve, le père", etc. Toutes ces émissions se trouvent sous la rubrique des Idées. Comme j'assiste deux fois par semaine à un atelier philo d'une richesse inouïe grâce à Agnès, professeur de philosophie à la retraite, ces informations complémentaires m'apportent des éclairages d'une clarté formidable et à la portée de tous. Mon esprit balance ainsi entre les Idées et la Littérature. France Culture est une magnifique radio nationale qui rend tous ces auditeurs plus intelligents… J'écoute aussi "La Compagnie des Œuvres" où le journaliste raconte les écrivains. De très beaux portraits s'écoutent avec plaisir. J'ai revisité Julien Gracq, Claude Simon, Toni Morrison, Milan Kundera, etc. Je marche en admirant le lac et je me cultive tout en me promenant. Mes jambes fonctionnent et mon esprit jubile… Le corps et l'esprit, un couple essentiel...
mercredi 22 janvier 2020
Atelier Lectures, 3
J'avais proposé dans l'atelier de décembre un choix d'ouvrages dans la collection des "Petits éloges" car je voulais des textes courts et festifs. Je sais que les périodes des vacances d'hiver ne sont pas favorables à une lecture sérieuse et longue… Danièle a démarré avec "Petit éloge de la mémoire" de Boualem Sansal et elle n'est pas rentrée dans le livre. La rencontre n'a pas eu lieu alors qu'Annette a beaucoup aimé cet ouvrage. L'auteur présente l'épopée des peuples qui ont façonné l'Afrique du Nord depuis quatre mille ans. Je cite cette phrase de ce grand écrivain algérien : "La nostalgie est comme la spéléologie, une démarche risquée, on entre en soi, on avance pas à pas dans les profondeurs de son âme, de sa mémoire, de son histoire, avec toujours, l'espoir d'atteindre le fond et de pouvoir retrouver le chemin du retour". Annette a aussi présenté le "Petit éloge de la joie" de Mathieu Terence qui l'a un peu désarçonnée. Elle avait choisi ce sujet avec joie et s'est retrouvée sans trop éprouver cette étincelle vibrante quand on découvre un texte avec gourmandise. Certains passages étaient intéressants et malgré une petite déception, elle le conseille quand même. Il est question de l'histoire de la joie à travers les arts, la littérature, la peinture et la musique. Grâce à des aphorismes et des réflexions plus personnelles, l'écrivain montre à ses lecteurs comment reconnaître la joie en toute chose, dans la nature, dans sa vie quotidienne. Un petit manuel indispensable pour saisir le concept de la joie. Régine n'a pas apprécié le "Petit éloge de la rupture" de Brina Svit mais a préféré le "Petit éloge de l'ironie" de Vincent Delacroix. Arme préférée de Socrate, l'ironie est présentée en trois tableaux : des fragments, un dialogue entre Moi, l'ironiste et Lui, le détracteur et un conte parisien sur le thème de l'ironie du sort. Un texte un peu difficile d'accès mais à découvrir avec un petit effort... Janine a bien aimé le 'Petit éloge des brumes" de Corinne Atlan. Des brumes météorologiques aux brumes métaphoriques, de Giverny à Kyoto, l'écrivaine et spécialiste de la littérature japonaise nous enrobe dans ces brumes de mots aux accents poétiques. Une citation pour goûter cette prose délicate : "Nos lectures et nos songes guident nos existences plus sûrement que toute certitude. Tout commence dans la brume du rêve et de l'incréé". Odile a lu le "Petit éloge de la vie de tous les jours" de Franz Bartelt. Un ouvrage, teinté de nostalgie, d'humour et d'ironie. Cette petite collection originale de la maison Gallimard, des Folio à deux euros, est marquée par l'éclectisme des sujets et des auteurs. Je n'énoncerai pas la liste mais la lecture de certains titres commentés peut stimuler notre curiosité…
lundi 20 janvier 2020
"Miss Islande"
De l'Islande, on connaît ses volcans aux noms imprononçables, sa population de 350 000 habitants, son hiver rigoureux et glacial, ses paysages originels et Audur Ava Olafsdottir ! L'écrivaine s'est fait connaître en France pour son roman "Rosa Candida", publié chez Zulma en 2010. Cet automne, "Miss Islande" a obtenu le Prix Médicis étranger. En 1963, Hekla, vingt et un ans, quitte son village, la ferme de ses parents, sa terre de pêcheurs de la "Saga des gens du Val-au-Saumon" et prend le car pour la capitale, Reykjavik. Dès la première page, la jeune fille annonce son amour de la littérature en lisant le fameux et incompréhensible "Ulysse" de Joyce qu'elle a d'ailleurs un peu de mal à décrypter. Dans ses bagages, elle emporte une machine à écrire et trois manuscrits. Sa vocation ne se démentira pas : elle sera écrivain. Son voisin de car, un homme d'affaires, lui propose de briguer l'élection de Miss Islande, un but à l'époque pour une jolie jeune fille, d'après ce goujat patriarcal, traditionnellement préoccupé par la beauté féminine. Evidemment, Hekla décline cet offre méprisable. Elle rejoint son amie, Isey, mariée et mère d'un bébé avec qui elle partage son secret de devenir écrivain : "Tu te souviens, quand on avait six ans et que tu as noté dans un cahier, de ton écriture enfantine, que la rivière avançait comme le temps ?". Hekla retrouve aussi son meilleur ami, John John, son confident, homosexuel caché et amoureux de la mode. Il travaille dans les bateaux de pêche et accueille son amie chez lui. Il l'emmène un jour dans un café littéraire. Elle rencontre un jeune poète avec qui elle va partager sa vie. Il lui déclame ses poésies creuses sans se rendre compte que sa "muse" écrit elle-même tout en lui cachant sa machine à écrire. Hekla va finir par le quitter. Ses textes sont enfin publiés et elle réalisera son rêve. Isey, son amie, se résignera à jouer le rôle de mère pour ne pas heurter son mari pêcheur. John John part à l'étranger pour vivre sa différence sexuelle. Chacun poursuit son chemin entre renoncement et épanouissement. Ce roman délicat et féministe se lit avec un plaisir certain. On ne se souvient plus de ces années du siècle dernier où les femmes se soumettaient à l'ordre patriarcal (et aujourd'hui encore, hélas !), où les homosexuels étaient moqués et rejetés. Hekla possède en elle la force d'un volcan islandais, la passion de l'écriture et elle trace sa route littéraire avec une volonté hors du commun. Un très bon roman.
jeudi 16 janvier 2020
"Le dernier hiver du Cid
Les jeunes d'aujourd'hui n'ont jamais entendu parler de Gérard Philippe. Je l'ai constaté en interrogeant mes nièces trentenaires… (Oh, le choc culturel des générations !). Je me suis étonnée devant elles car je leur ai parlé du livre de Jérôme Garcin, "Le dernier hiver du Cid", consacré aux derniers moments du comédien, mort en novembre 1959. Il est mort d'un cancer incurable à l'âge de 36 ans. Sa disparition, en pleine célébrité, a frappé et endeuillé les Français qui adoraient cet homme incarnant la beauté, l'intelligence, l'appétit de vivre. Dans les années 50, il avait réussi à reconcilier la haute culture avec le peuple sous l'égide d'un Jean Vilar, créateur du Festival d'Avignon. Il a incarné le Rodrigue du Cid, Fanfan la Tulipe, le Prince de Hombourg, Julien Sorel dans "le Rouge et le Noir". Jérôme Garcin est lié à Gérard Philippe car il vit avec sa fille, Anne Marie, et cette proximité familiale lui impose ce devoir de mémoire. Il évoque les six derniers mois du comédien entre Ramatuelle et Paris. Son dernier été s'est donc passé dans sa résidence de vacances au milieu des vignes et des pins, entouré de sa femme Anne et de ses deux enfants, Anne Marie, (4 ans) et Olivier (3 ans). Il revient du Mexique où il a joué dans un film de Buñuel et il ressent une fatigue éprouvante. Cet homme impatient vivait dans un tourbillon avec ses films, son théâtre, ses engagements politiques à gauche (PC), ses voyages et sa famille. Il dort très mal, se plaint de maux de ventre, de démangeaisons. Sa femme commence à s'inquiéter et son entourage aussi. Les médecins constatent lors d'une intervention que son cancer hépatique est inopérable. Mais, le comédien n'en saura rien. Anne ne lui révèle pas l'issue fatale : quelques semaines de répit. Mais, il meurt deux semaines plus tard. Jusqu'à sa mort, Gérard Philippe annotait des tragédies grecques, voulait incarner Hamlet au théâtre et se préparait à interpréter Edmond Dantès, comte de Monte-Cristo. Ce récit rappelle le témoignage poignant d'Anne Philippe, dans "Le temps d'un soupir", paru en 1963 chez Gallimard. Cet éternel jeune homme, lumineux et charismatique, a laissé une trace indélébile dans la mémoire du pays. Cet ouvrage rallume à bon escient le souvenir de cette France des années 50 où Gérard Philippe représentait une culture d'excellence à la portée de tous. Un récit émouvant de Jérôme Garcin.
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