lundi 19 juin 2017

Ma bibliothèque dévoilée

Cet été, je vais créer dans mon blog,  une rubrique "Ma bibliothèque dévoilée". J'avais apprécié une initiative de ce type dans le blog professionnel, Le Tiers Livre,  de François Bon qui racontait l'histoire de sa bibliothèque et je m'étais rendue compte que nous faisions partie de la même génération dans nos goûts littéraires. J'ai donc envie de reprendre cette idée et je commencerai aujourd'hui par un livre de références : "La Bibliothèque idéale", de la revue Lire dont le rédacteur en chef se nommait Bernard Pivot. Je consulte cet ouvrage original depuis 1988 (déjà)... Il a été publié chez Albin Michel, puis repris dans le Livre de poche, dans la collection "Encyclopédies d'aujourd'hui". Dans la préface, Pierre Boncenne, critique littéraire de la revue Lire, explique ce projet colossal : offrir aux lecteurs une "utopie de deux mille quatre cent un livres". Les lecteurs se demandent souvent, "devant la profusion des livres : quoi lire ? Que choisir ? Par où commencer ? Quel écrivain ? Quel titre ?". La Bibliothèque idéale répond à toutes ces questions. Il suffit de découvrir les quarante neuf meilleurs livres des littératures européennes, asiatiques, américaines, africaines avec un classement amusant à trois niveaux : en 10 livres, en 25 livres, en 49 livres et le comité de la revue demande au lecteur de choisir son cinquantième. Les littératures de tous les pays du monde sont évoquées, mais une thématique très judicieuse permet une connaissance approfondie dans les domaines hors littérature : mémoires et autobiographies, les correspondances, arts de tous les temps, de la photographie au cinéma, la musique, l'Antiquité et nous, la guerre, la politique, la philosophie, etc. Même si les références n'ont pas été actualisées depuis trente ans, on retrouve les plus grands classiques, les romans les plus emblématiques d'un genre littéraire (le roman d'amour, policier, fantastique, d'aventures, historique). Dans les annexes, tous les prix littéraires sont déclinés depuis leurs origines ainsi que les vingt meilleurs livres de l'année selon Lire de 1977 à 1991. Une postface, écrite par Alain Jaubert, évoque l'histoire du mot bibliothèque qui est à la fois un meuble, un lieu, une collection et une institution. Je partage sa fascination pour le mythe de la bibliothèque idéale et quand je pratiquais mon métier de bibliothécaire, la constitution des collections me ravissait et m'obligeait à choisir tel ouvrage au détriment d'un autre (pour des raisons budgétaires). Mais, j'avais l'obsession de composer un ensemble diversifié en littérature, et cohérent sur le plan encyclopédique. Cette Bible des livres m'a souvent aidée à composer un fonds équilibré (jeunesse et adulte, fiction et documentation).  Je n'ai jamais abandonné cet ouvrage, feuilleté des centaines de fois,  qui me rappelle mes années professionnelles. Livre de souvenirs, livre de ressources, livre de chevet, livre de connaissances, il m'arrive encore de trouver une pépite littéraire que je n'avais pas encore remarquée...

jeudi 15 juin 2017

"Une bobine de fil bleu"

J'ai retrouvé avec un très grand plaisir la romancière américaine, Anne Tyler. Elle vient d'écrire son vingtième roman, "Une bobine de fil bleu", chez Phébus. L'histoire se passe à Baltimore en 1994. Les Whitshank habitent depuis deux générations une belle maison d'un quartier chic. Abby, la mère, assistante sociale, et Red, le père, chef d'entreprise, vivent au rythme des réunions familiales heureuses. Cette tribu formidable " semblait ignorer les déceptions. C’était une autre de leurs singularités : ils avaient le don de faire comme si tout allait bien. Ou peut-être cela n’avait-il rien de singulier, justement. C’était peut-être la preuve supplémentaire que les Whitshank étaient une famille comme les autres ». Cette culture de l'optimisme et de la convivialité cache bien des contrariétés douloureuses. Leur fils, Denny, se comporte "bizarrement" avec eux. Il ne supporte aucune réflexion et aucun conseil de ses parents et n'en fait qu'à sa tête. Il quitte Baltimore et se rend à New York. Il ne donne pas de nouvelles et un jour, il apprend à ses parents son mariage et la naissance de sa fille. Le rapprochement est de courte durée. Lors d'une visite, son père (qui s'inquiète de son avenir professionnel)  lui demande s'il va reprendre ses études, son fils rompt toutes relations pendant trois ans... Abby vit très mal ce problème avec ce fils difficile et tente souvent l'impossible pour renouer un lien avec lui. Mais les parents vieillissent dans cette grande maison, et Abby commence à souffrir de la maladie d'Alzheimer. Stem et sa femme avec leurs trois garçons décident de vivre avec eux pour les aider. Quand Denny apprend que son frère (adoptif) prend possession de la maison, il décide de rejoindre Baltimore et s'installe chez ses parents. Anne Tyler tisse une toile complexe, quasi freudienne entre tous les membres de la famille : jalousies, rancœurs,  colères, non-dits, mensonges, secrets. La maison de famille acquise malhonnêtement par le père de Red constitue un personnage central dans le livre. La dernière partie du livre concerne la vie de cet aïeul, qui, au fond, a réparé une erreur de jeunesse en se mariant sans amour. Anne Tyler dénonce le conformisme ambiant d'une Amérique trop figée dans ses certitudes. Abby est elle-même victime de ce carcan et elle commence à douter :  "A bien des égards, elle avait aujourd’hui moins de certitudes que lorsqu’elle était jeune. Et souvent, quand elle s’entendait parler, elle était consternée par le ton niais qu’elle prenait – elle paraissait écervelée et superficielle, comme si, d’une certaine manière, elle avait endossé le rôle de la mère dans une sitcom stupide". Chaque personnage possède une zone d'ombre et quand Abby meurt dans un accident de la route, la famille affronte une crise ultime... La romancière américaine capte notre attention de la première page à la dernière et cette saga "généalogiste" nous raconte  les crises que vivent beaucoup de familles...

mercredi 14 juin 2017

Des Classiques pour l'été

Souvent, les lecteurs(trices) motivé(e)s prennent des résolutions devant le temps disponible de l'été. Je dis disponible, sauf pour les ardents arpenteurs des montagnes savoyardes, les téméraires surfeurs des vagues océaniques, les grands-parents volontaires accaparés par leurs petits-enfants et tous les salariés de la terre qui ne sont pas en vacances... Pour moi, l'été représente une pause-lecture même si j'ai prévu de partir de temps en temps au bord de l'océan dans mon pays natal, la Côte basque. J'ai évoqué hier la collection Folio Sagesses pour le groupe de lecture. J'ai aussi établi une liste de classiques pour nourrir les séances de l'année à partir d'octobre. Il suffira qu'une lectrice redécouvre un de ses titres pour donner envie aux autres de le lire. J'ai donc hésité pour choisir dix œuvres emblématiques de l'esprit XIXe siècle. En définitive, j'ai retenu des souvenirs de lectures quand j'étais lycéenne et étudiante en lettres modernes où je dévorais les classiques. J'ai choisi Victor Hugo (Les Travailleurs de la mer), Honoré de Balzac (Le Père Goriot), Gustave Flaubert (Salammbô), George Sand (Un hiver à Majorque), Chateaubriand (Mémoires d'Outre-Tombe), Madame de La Fayette (La Princesse de Clèves), Stendhal (Chroniques italiennes), Guy de Maupassant (Fort comme la Mort), Emile Zola (Nana), Gérard de Nerval (Les Filles de Feu). Programme ambitieux, très ambitieux mais cette liste peut changer au fil des mois et chaque participante peut proposer un classique différent en restant dans le XIXe siècle. Je n'ai pas relu toutes ces œuvres depuis des années... Certains titres vont peut-être m'ennuyer, me décevoir, me tomber des mains, etc. Mais, aussi, la relecture va me permettre de dépoussiérer ces textes, de les ressentir très différemment. Mes années de lectrice ont engrangé dans ma mémoire, des couches géologiques de mots et je me sens comme une archéologue qui va fouiller dans la terre pour remettre au jour les œuvres enfouies par le temps... Je vais commencer cet été par Nerval, un poète-écrivain romantique très attachant. "Les Filles du Feu" m'avait laissé un souvenir merveilleux... Ensuite, je lirai "Salammbô" pour la prose de Flaubert... La presse littéraire abandonne souvent notre patrimoine immatériel. Il est temps de le visiter ou le revisiter...

mardi 13 juin 2017

Des Sagesses en Folio

En 2015, la maison Gallimard, d'une richesse littéraire incomparable, a eu la bonne idée de lancer une collection, Folio Sagesses,  d'un prix plus qu'abordable (3,50 euros). Cette initiative heureuse prend en considération "le souci de soi, la recherche de la sérénité et du bien-être"  et "propose de découvrir, grâce à de brefs volumes un choix de textes accessibles". Les trente-neuf titres représentent toutes les sagesses : l'Antiquité, la pensée chrétienne, la philosophie orientale, la philosophie occidentale. Le lecteur curieux et intéressé par les "grands penseurs" peut choisir Marc Aurèle, Cicéron, Sénèque, Epictète, Pascal, Bossuet, Montaigne, Voltaire, Thoreau, Gandhi, Lao-Tseu, Cioran, Alain, etc. J'avais envie depuis longtemps de diversifier le programme des lectures à mes "jeudis des livres". Nous évoquons en majorité la littérature romanesque, la poésie parfois. La fiction passionne, la philosophie fait peur... Il fallait donc que je trouve une "astuce" pour intégrer ce domaine, réputé trop sérieux et même compliqué à comprendre. J'ai établi une petite liste de neuf  titres, car j'ai la manie des listes en tous genres : livres à lire, à emprunter, courses, voyages à faire, idées pour ce blog, etc. J'ai choisi "mes" philosophes antiques, Marc Aurèle, Epictète et Sénèque, Pascal, Alain, La Rochefoucauld, Chamfort et Thoreau. J'ai envoyé "ce devoir de lecture" à chaque lectrice du groupe en leur demandant d'en lire au minimum un dans la liste indicative pendant l'été. Ce pari sur les textes philosophiques (j'ai bien mis Pascal) sera peut-être suivi par d'autres projets de lecture. Je rêve d'arpenter les chemins escarpés de quelques classiques français... Mon envie d'un retour aux grands auteurs du XIXe siècle sera-t-elle partagée ? J'ai encore sévi en leur proposant quelques titres emblématiques. J'en reparlerai dans ce blog... J'ai souvent l'impression que, seuls les lycéens et les étudiants, se penchent sur quelques textes classiques. J'avoue que je les abandonnais pendant des décennies pour lire des contemporains. Il est temps que je me baigne à nouveau dans les grandes eaux textuelles des siècles passés.

lundi 12 juin 2017

"S'émerveiller"

Belinda Cannone a publié sept romans et plusieurs essais dont "L'écriture du désir", "Le sentiment d'imposture", "La bêtise s'améliore" et "La tentation de Pénélope". Les titres de ces ouvrages ont attiré mon attention (on ne se rend pas compte de l'importance capitale d'un titre...). Dans ce dernier opus, l'écrivaine a choisi d'évoquer un sentiment passé de mode, parfois raillé, parfois moqué et appartenant à la catégorie des sentiments  de béatitude heureuse, une insulte pour les malchanceux, les grincheux, les fâcheux, les aigris et ma liste pourrait s'allonger sans cesse. Le verbe "s'émerveiller" peut se conjuguer à tous les temps et révèle un état d'esprit, une ouverture au monde, à l'instant présent, à une "délocalisation" de soi-même. Rien de spectaculaire dans la description de ces fulgurances exceptionnelles : il suffit de regarder autour de soi. Belinda Cannone écrit : "Souvent, c'est un état intérieur favorable qui nous permet de percevoir une dimension secrète et poétique du monde. Soudain, on vit pleinement, ici et maintenant, dans le pur présent". Elle raconte simplement ses émerveillements :  le chêne séculaire devant sa maison de campagne, un essaim d'étourneaux, le grain d'une peau, un haïku, un lied de Schubert (comme je la comprends...).  J'ai retrouvé dans un chapitre la référence du "sentiment océanique" de Romain Rolland dans une lettre qu'il adresse à Freud qu'elle qualifie de "summum" de l'émerveillement. Malgré le risque "d'enténèbrement" qui frappe notre époque (attentats, société fracturée, chômage de masse), il est pourtant salutaire de se sentir en vie, de ressentir ces éblouissements passagers et provisoires, souvent provoqués par des rencontres anodines ou rares. Cet ouvrage ouvre des horizons pour ceux qui aiment la lenteur, une certaine solitude, l'attention au monde qui nous entoure. L'essai propose en fin de chapitre une photo d'amateur que Belinda Cannone commente poétiquement. L'émerveillement doit se cultiver, s'apprivoiser et l'écrivaine propose un mode d'emploi pour "éprouver partout, devant toutes sortes de spectacles, un mystérieux ajustement entre l'univers et nous". Ce livre fait du Bien, dit le Beau et donne envie de voir notre quotidien, souvent trop prosaïque, d'un œil nouveau. Elle confie son secret de vie : "se défamiliariser", décaler son regard, s'étonner, bref, ouvrir son esprit et être surpris. Ce livre fourmille d'anecdotes, de références littéraires, de confidences intimes : un bonheur de lecture...

vendredi 9 juin 2017

"La nature exposée"

Erri De Luca vient d'écrire "La nature exposée", édité chez Gallimard. Tous ses lecteurs connaissent son engagement politique en faveur des migrants et de l'écologie. Sa lecture quotidienne de la Bible influence son oeuvre. Son dernier opus, un conte contemporain, résume à merveille son monde poétique et religieux. Le personnage principal vit dans un petit village de montagne. Il organise des passages périlleux à travers les cols pour faire passer les réfugiés de l'Italie à l'Autriche. Mais, il ne demande rien à ces infortunés. Ce geste généreux le marginalise et l'oblige à quitter son village. Comme il est artisan sculpteur, il part chercher du travail sur la côte. Un curé lui confie une mission étrange : restaurer un Christ en marbre dont le pagne a été rajouté pour cause de décence. L'artiste qui a signé cette œuvre est mort dans la montagne et n'aurait pas supporter cette censure.  Faut-il réparer cet affront ? L'artisan demande de l'aide à un rabbin qui lui explique les Evangiles. Il reçoit d'un ouvrier musulman un bloc de marbre pour rénover la statue. Il rencontre une femme athée avec laquelle il noue une relation amoureuse. Erri de Luca utilise une histoire forte et simple pour parler de la place de la religion dans la société. Les trois religions monothéistes sont représentées sous une forme de dialogue ouvert établissant des passerelles fraternelles. Cet idéal de réconciliation entre religions et athéisme traverse le roman de la première page à la dernière. Le Christ crucifié va retrouver sa nudité naturelle. Mais, dans un roman de Erri de Luca, certaines phrases claquent comme des paroles philosophiques. Je citerai celle-ci : "J'entends le bruit amplifié de la vague qui passe et repasse sur le gravier. C'est le plus vieux bruit du monde, il est là depuis les premiers âges de la Terre. Il y était quand personne ne pouvait l'entendre. Il a mis des millions d'années avant de se glisser dans une ouïe. Ce sont des pensées qui montent de mes pieds nus sur le gravier de frontière entre la terre et la mer". Et un deuxième passage concernant les livres du rabbin quand le sculpteur en renverse quelques uns : "Ils ne sont pas fragiles, ils se laissent maltraiter. Ils résistent mieux que nous à l'usure, au gel, aux exils et aux naufrages. Leur prodige est de savoir prendre le temps de celui qui lit. On ouvre Homère et on le trouve à côté de soi. On le referme et il s'en retourne dans ses siècles". Simplicité, bonté, "confraternité", compassion,  Erri De Luca semble unique dans le monde de la littérature mondiale...

mercredi 7 juin 2017

Lire dans mon jardin

Il existe une relation intime entre la lecture et le jardin. Je passe souvent mes après-midi sur un transat dans mon jardin, un petit jardin de curé qui entoure ma maison, elle aussi, modeste par sa taille... Quel plaisir de lire à l'abri de mon olivier ! J'ai souvent l'impression que les branches se penchent vers moi pour partager mes bonheurs de lecture. J'aime particulièrement les oliviers et quand je me demande d'où me vient ce goût extravagant pour ces arbres méditerranéens, je trouve une réponse dans mes origines espagnoles (même aragonaises) du côté de mon père. Mes racines familiales et mes escapades dans l'Europe du Sud où poussent ces arbres tordus et passionnés expliquent cette attirance irrésistible. Je vis dans une région, la Savoie, encore froide l'hiver (malgré le réchauffement climatique)... Pourtant, j'ai planté trois oliviers, trois cyprès, un palmier et des massifs d'hortensias. La simplicité et l'harmonie me conviennent mieux que des jardins luxuriants, trop fleuris et qui demandent une main d'œuvre exigeante. Mon "olivier lecteur" est né en Andalousie et comme il ne devait pas donner assez d'olives à cause de son grand âge, plus de deux cents ans, il a été déplanté et mis en pot. Je l'ai acheté à Chambéry dans un jardin des plantes. Depuis cinq ans, il s'est accommodé du climat savoyard même si je le nourris avec des engrais au printemps. Quand je lis, j'éprouve le besoin de lever mes yeux vers le ciel, vers mon olivier et ce moment suspendu me permet de m'arrêter et de ressasser les pensées de l'écrivain. Il arrive parfois que les premières pages d'un livre trouvent un écho parfait dans ce moment béni de la lecture. J'ai commencé cet après-midi l'ouvrage de Belinda Cannone, "S'émerveiller", et elle évoque le chêne qu'elle voit de sa fenêtre dans "sa maison des champs". Ce chêne du texte rejoignait mon petit olivier andalou dans une ronde fraternelle... La littérature et le réel se sont épousés dans cette belle journée de juin et demain, je poursuivrai ma balade dans ce livre qui a déjà conquis mon attention alors que je n'ai lu que les premières pages. Lire dans son jardin avec le ciel au dessus de sa tête et avec mes arbres comme compagnons fidèles,  un plaisir apaisant et reposant...