mardi 17 juin 2014

Ateliers lecture et écriture au Forezan

Nous étions une bonne quinzaine à nous retrouver dans ce joli parc de Cognin autour d'une table dans une quiétude très agréable et sous un soleil discret mais bienveillant. Chacune avait porté une entrée salée et un dessert. Nous avons goûté toutes les spécialités : taboulé inca, salades de pommes de terre aux anchois, salade espagnole, cakes aux olives, foie gras du Sud-Ouest, et pour les desserts, un festival de saveurs avec des tartes aux fruits, des biscuits faits maison, une marmelade cassis-pomme, et mon touron d'Espagne... Un buffet délicieusement champêtre et convivial dans une ambiance estivale. Après ces agapes, nous avons partagé nos derniers coups de cœur de juin et nous avons lu nos textes préférés des ateliers d'écriture. Janelou a présenté l'ouvrage de Svetlana Alexievitch, prix Médicis étranger 2013, choisi aussi comme le meilleur livre de l'année par la revue Lire. L'auteur interroge des milliers d'anonymes de ce pays qui a connu l'enfer sous Staline, et  relate ses rencontres pour tenter de répondre à la question lancinante : pourquoi ce malheur russe ? Un plongée vertigineuse dans l'identité de ce vaste empire qui bouge toujours... Christiane aime beaucoup les romans policiers depuis qu'elle a découvert la série Millénium. Elle a conseillé des auteurs scandinaves comme Judi Adler-Olsen avec ses titres évocateurs, "Miséricorde", "Profanation", "Délivrance". Des polars efficaces et solides. Isabelle a dévoré tous les Coben et a aussi apprécié "N'oublier jamais" de Michel Bussi, cité aussi par Dany avec les "Nymphéas noirs". Geneviève a reparlé du "Le quatrième mur" de Sorj Chalandon, ou l'histoire d'une pièce de théâtre sur Antigone à Beyrouth en 1982, trêve de paix dans un monde en guerre. Elle a cité "Paradis trompeur" de Mankell, "Expo 58" de Jonathan Coe, et un beau roman d'Astrid Rosenfeld  "Le legs d'Adam" paru chez Gallimard. Evelyne a évoqué ses futures lectures : "Exception" de Audur Ava Olafsdottir, une romancière islandaise qui a connu le succès avec "Rosa Candida" et "Le viking qui voulait épouser la fille de soie" de la suédoise Katarina Mazetti. Janine se nourrit de littérature italienne dans la langue originale (quelle chance !) et lit en ce moment "Les chaussures italiennes" de Mankell (L'Italie la poursuit...) . Danièle a choisi "L'île des chasseurs d'oiseaux" de Peter May, un écrivain écossais très intéressant. Nicole a mentionné "En remontant la Marne" de Jean-Paul Kaufmann, une promenade littéraire et historique dans un lieu un peu délaissé. Dany a terminé la séance "coups de cœur" avec "Canada" de Richard Ford, un roman vraiment passionnant sur une famille éclatée après le hold-up des parents dans une banque. J'ai essayé de retranscrire les quelques notes prises rapidement et dans le fil des paroles... et pour vous donner encore et toujours la "furieuse envie de lire" !
 

lundi 16 juin 2014

Atelier d'écriture

Demain, nous allons nous retrouver une bonne quinzaine de lectrices et "d'écrivantes" dans un parc de Cognin. On va parler de lectures, de nos textes écrits dans l'année et ces retrouvailles vont clore une année riche en découvertes et en surprises. Il faut absolument cultiver les "fleurs de l'esprit", et nous sommes de sacrées jardinières, bien modestes évidemment à notre façon mais réunir ainsi une petite communauté (composée de femmes... où sont les hommes dans ce monde de la lecture et de l'écriture ? ) constitue un pari réussi, tellement l'envie de lire et le besoin d'écrire demeurent en nous comme une nécessité nourrissante. On avait un exercice pour ce mardi : relater une scène vécue dans un supermarché après avoir lu l'ouvrage d'Annie Ernaux, "Regarde les lumières, mon amour" et voici mon texte : "Fait divers
Un samedi après-midi, j'avais encore quelques petits achats à faire dans une supérette du quartier. "Quelle corvée, ces courses perpétuelles !" Je choisissais un peu au hasard, en marmonnant "attention aux dates de fraîcheur, zut, ils n'ont plus la marque de mes fromages blancs, c'est un peu cher, et si je changeais d'habitude pour les bouteilles d'eau, ah le chocolat, non, ma ligne à surveiller de près avec l'âge, on prend facilement du poids, je craque pour un sorbet à la mangue et ce rosé de Provence, adieu la charcuterie et vive les pommes à croquer". Mes pensées défilaient dans ma tête à une vitesse juvénile. Il faut se rendre compte de l'immense responsabilité des femmes qui font leurs "emplettes" chaque jour de l'année pour nourrir leur famille, car je vois souvent plus de femmes que d'hommes dans ces espaces alimentaires... Je me dirigeais vers la sortie pour régler. Un jeune homme déposait un carton de bières et des chips sur le plateau noir de la caisse (une soirée de foot à la télé ?), une dame très âgée attendait patiemment et laissait passer les clients (c'était ces seuls moments de contact avec les humains dans sa journée de solitude), un mère épuisée avec une poussette et un bébé déballait ses produits avec lenteur et fatalisme (elle est loin l'image de la maman éblouie par la maternité...). Je commençais à montrer moi aussi mon choix de vie alimentaire quand un jeune homme surgit, se pencha vers la caisse et en cinq secondes, saisit les quelques billets du tiroir et s'enfuit en courant. Nous étions tétanisés et le responsable du magasin comprenant cet incident, aussi rapide qu'un éclair, se mit à le poursuivre, sans succès... C'était un samedi après-midi de juin, un peu trop calme dans une petite supérette de quartier... Il s'en passe des "choses" dans un espace aussi simple et banal... J'espère que ce jeune homme a fait ses courses dans une autre épicerie !"

vendredi 13 juin 2014

"Voyages et autres voyages"

Dès que j'ai aperçu sur la table des nouveautés de la librairie Garin, l'ouvrage, "Voyages et autres voyages" d'Antonio Tabucchi, je l'ai tout de suite saisi dans mes mains pour le feuilleter et je l'ai évidemment acheté. J'ai une admiration sans fin pour cet écrivain italien, né à Pise en 1943 et mort à Lisbonne en 2012. J'ai évoqué son œuvre littéraire dans ce blog et je recommande en particulier le formidable "Pereira prétend" édité chez Bourgois. On connaît sa passion fondatrice pour le génie lisboète, Fernando Pessoa et sa vie littéraire se confond avec sa vie réelle. Cet intellectuel antifasciste, (lire "Au pas de l'oie : chroniques de nos temps obscurs), cet écrivain raffiné, merveilleux, devrait entrer dans la Pléiade (son œuvre est publié chez Gallimard)... De son vivant, je lui aurais décerné le prix Nobel de littérature... Quelle injustice pour lui et pour l'Italie... Il n'avait pas besoin de ces récompenses, au fond, futiles à ses yeux et il incarnait un amour inconditionnel pour la littérature, une littérature exigeante, fondamentale, profonde et fascinante. Je le classe dans les très grands écrivains contemporains à lire sans cesse et sans tarder. Son opus posthume, "Voyages et autres voyages" concerne sa vision de ses déplacements, une vision originale, critique mais aussi amplement émerveillée de la magie des lieux. La carte du monde s'étale devant nos yeux : Paris, Sète, la Provence, Barcelone, la Crète, Lisbonne, la Grèce et l'Inde, et l'Amérique, et même un coin de Mongolie et bien d'autres pays de la planète. Ce livre de sensations littéraires complète à merveille tous les guides pratiques du voyage et certains textes m'ont particulièrement touchée. Il évoque les sculptures de Chillida, la ville de San Sébastian, la culture basque et ses "fascinantes et mystérieuses origines (amulettes magiques, étranges pierres tombales, instruments musicaux)  ; une culture magnifique que le fanatisme assassin de l'ETA risque de rendre odieuse." Quand il conte la magie de Lisbonne et de Pessoa, j'ai revécu ce voyage que j'avais fait dans cette ville si romanesque, une des plus belles capitales européennes. J'ai retenu aussi le concept de "syndrome de Stendhal" où la beauté peut rendre "malade". Je cite ce passage : "Chaque jour, la laideur du monde nous poursuit, elle est chez nous dans l'écran de télévision, et nous nous y sommes habitués. Alors que la beauté, elle, peut rendre malade". Voyager, c'est guetter et percevoir la beauté du monde... Avant de partir, il faut lire ce recueil de textes pour apprendre à mieux voyager à la manière "tabucchienne", si j'ose m'exprimer ainsi...

jeudi 12 juin 2014

"Quatre murs"

En tant qu'ancienne bibliothécaire, la notion d'éditeur pouvait déterminer mes choix dans les acquisitions annuelles. Tous les lecteurs(trices) connaissent l'éblouissant catalogue de Gallimard, ainsi que les excellentes et réputées maisons comme Actes Sud, Grasset, Flammarion, Le Seuil,  Bourgois, Stock, L'Olivier, Plon, pour citer les plus importantes. Et à côté de ces grands, il existe des petits éditeurs (petits par le nombre de publications) tout à fait remarquables par leur originalité et leur audace. Cela fait longtemps que j'ai envie de parler de ces hommes et de ces femmes qui travaillent dans ce milieu du livre et il faut dire que sans leur passion du métier, les lecteurs(trices) ne connaîtraient pas les écrivains. Ces "passeurs" de textes prennent très souvent des risques économiques et n'ont pas toujours les retours attendus. J'aime donc débusquer ces aventuriers de l'édition et j'ai remarqué une femme-éditeur, Sabine Wespieser, qui sort des sentiers battus. J'ai fini de lire cet après-midi un roman de Kéthévane Davrichewy, "Quatre murs",  édité en 2014 dans cette belle maison. Cette éditrice commence à posséder un beau catalogue avec une "écurie" d'auteurs tout à fait estimable. J'ai parlé dans ce blog de Michèle Lesbre et de sa musique  subtile et envoûtante, de Nuala O'Faolain et de son Irlande sauvage, de Léonor de Redondo et de son écriture sensible, de Claire Keegan, etc. Il faut absolument découvrir son catalogue... Revenons à ce roman, "Quatre murs", une histoire de famille d'origine grecque que j'ai lue avec plaisir. Une mère convoque ses quatre enfants, devenus adultes, pour déménager la maison de famille après la mort du patriarche. A tour de rôle, chaque membre de la fratrie va prendre la parole pour se raconter. Les deux aînés protègent les deux cadets qui sont jumeaux. L'écrivaine établit un portrait nuancé des rancœurs accumulées, des regrets de leur enfance, de la nostalgie de leur cocon familial, des accidents de la vie, des amours ratés, des couples formés au détriment de l'entente familiale. Un secret bien gardé se révèlera au fil du récit. Le frère aîné les invite sur une île des Cyclades pour des retrouvailles possibles... Vont-ils à nouveau se retrouver pour tout simplement se parler et s'écouter ? Un bon roman pour cet été...

mardi 10 juin 2014

"Regarde les lumières, mon amour"

Annie Ernaux a choisi cette phrase emblématique qu'une mère adresse à son enfant quand elle pénètre dans l'hypermarché du coin :"Regarde les lumières, mon amour". Ce petit livre, édité dans la collection "Raconter la vie" au Seuil, remplit une mission de décryptage social : à quoi ressemble cet espace pluriel, dédié à la consommation de masse où tous les citoyens se retrouvent souvent et régulièrement. En sociologue avertie et initiée, doublée d'une acuité littéraire absolue, Annie Ernaux nous invite à découvrir un monde si proche, si trivial que l'on finit par ne plus le voir. Cette expérience quotidienne (faire ses courses dans une grande surface) ne faisait pas partie des sujets dits littéraires. Ce livre devient un témoignage vraiment passionnant sur cette pratique partagée par tous et pourtant absente des textes contemporains. En parcourant ces pages, j'ai murmuré plusieurs fois mon assentiment quant aux observations sur l'attente stressante aux caisses, le gigantisme des rayonnages en se demandant si tous ces produits seraient consommés, la déambulation des familles en quête de loisirs, la solitude des personnes âgées, la valse insolente des adolescents, les différences sociales, la pauvreté, la société diversifiée, et surtout le sentiment d'une perte de repères, de sens, de la part des consommateurs nullement révoltés par l'abondance des biens, et soumis à la loi du commerce avec ses vagues de promotions festives (Noël, les soldes, les fêtes religieuses, etc.). Annie Ernaux écrit à la page 11 : "L'hypermarché est pour tout le monde un espace familier dont la pratique est incorporée à l'existence, mais dont on ne mesure pas l'importance sur notre relation aux autres, notre façon de "faire société" avec nos contemporains du XXIème siècle. Or, quand on y songe, il n'y a pas d'espace, public ou privé, où évoluent et se côtoient autant d'individus différents : par l'âge, les revenus, la culture, l'origine géographique et ethnique, le look. (...) Les hommes et les femmes politiques, les journalistes, les experts, tous ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans un hypermarché ne connaissent pas la réalité sociale de la France d'aujourd'hui".  Ce journal intime rappelle ses ouvrages précédents, "Journal du dehors" et "La vie extérieure". J'apprécie beaucoup sa démarche sociale, politique et littéraire d'une réalité aussi commune, un commerce. Et en tant qu'écrivain, elle apporte à ce monde là (souvent déprimant pour moi) un regard tout à fait décapant et original. Dès que je franchirai les portes d'un hypermarché, je vais certainement avoir une pensée pour Annie Ernaux...

lundi 9 juin 2014

"Le jour avant le bonheur"

Je poursuis ma connaissance de l'œuvre d'Erri De Luca en ayant terminé un de ses romans parus en 2010 chez Gallimard. Je possède cette manie, ce "toc", qui consiste à m'imprégner de tous les titres d'un écrivain que je considère "majeur" et Erri De Luca appartient à ma planète littéraire. "Le jour avant le bonheur" raconte l'histoire d'une jeune garçon, orphelin, et narrateur de ce livre. Il vit dans un réduit au sein d'un immeuble à Naples dans l'immédiat après-guerre. Mais, il saisit sa chance en se liant avec un personnage très influent dans le quartier, Don Gaetano, concierge de l'immeuble, et surtout grand initiateur pour le jeune garçon. Le concierge le protège, le nourrit et lui offre  l'éducation que ses parents disparus ne lui ont pas donnée. La relation père-fils, une relation choisie et non-subie, entre cet homme surprenant et le jeune garçon attachant constitue le sujet central du roman. La lecture joue un rôle essentiel dans la découverte de la vie, intérieure et extérieure. Je cite ce beau passage : "Les  livres gardent l'empreinte d'une personne, plus que les vêtements et les chaussures. Les héritiers s'en défont par exorcisme, pour se libérer du fantôme. Le prétexte est qu'on a besoin de place, qu'on étouffe sous les livres. Mais que mettent-ils alors contre les murs où se dessinent leurs contours ?" le jeune garçon se forme et s'éduque grâce à Don Gaetano, conteur d'histoires de la guerre, passeur de mémoire, conseiller d'amour, joueur de cartes (la scopa ?),  médiateur du quartier, visionnaire social, un maître de vie. Le jeune garçon est fasciné par une jeune fille assez mystérieuse qui consent à le rencontrer bien qu'elle soit fiancée. Ce récit n'élude pas la violence entre les hommes, la jalousie, la trahison et même la difficulté de vivre. Le jeune garçon est contraint de s'enfuir après une bagarre homérique et ce départ précipité signe la fin de sa jeunesse à Naples.  Un très beau roman, plein de charme à l'italienne, dans un Naples populaire et enchanté, un récit d'initiation et de formation, un des meilleurs livres de l'écrivain pour sombrer avec plaisir dans son monde de mots...  

vendredi 6 juin 2014

Revue de presse

En ce mois de juin, les revues évoquent les lectures estivales, un temps de lire, enfin, les pavés sentimentaux sans sentiment de culpabilité, les polars faciles et souvent mal écrits (ou traduits à la va vite), les revues pour les mots croisés et jeux divers, les livres de poche pour voyager léger... Le farniente est permis à tous les niveaux.  Je comprends cette mise en parenthèse car le sérieux, le lourd, l'ennuyeux ne riment pas avec le lumineux, le léger et le superficiel... De toutes façons, que ce soit l'été, l'hiver, le printemps ou l'automne, l'important, c'est de lire, lire des romans, des récits, des essais, des BD, des poèmes, des articles, des mots écrits pour nous, lecteurs passionnés ! La revue Lire propose un "spécial Livres de poche", une sélection de 40 titres à moins de dix euros. On découvre un grand entretien avec l'anthropologue Maurice Godelier et les rubriques habituelles sur les nouveautés. Le Magazine Littéraire a choisi dans son dossier central les "Fictions de la psychanalyse" avec des articles sur Freud, sur Perec, Bauchau, Leiris, et se pose la question des écrivains qui se méfient des analystes. Dans cette nouvelle maquette, je ne retrouve plus l'esprit du Magazine qui me semble plus éclectique, plus brouillon, plus "zapping", certainement pour faire "moderne"... La revue offre aussi un spécial poches pour l'été et des articles sur Garcia Marquez, Charles Juliet, etc. Je vais faire un effort pour m'adapter à cette nouvelle mouture du Magazine mais la nostalgie est encore trop forte. Transfuge du mois de mai met à l'honneur Catherine Millet, Dominique Fernandez, Virgile et toutes les rubriques cinéma toujours très intéressantes. Page, la revue des libraires, que l'on ne peut acheter qu'en librairie, met l'accent sur les romans français et étrangers qui sortent en ce moment. A noter dans Page, les amateurs de BD et de livres pour la jeunesse trouveront un vaste choix de conseils de lecture.