des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 9 mai 2013
"Simon Weber"
Jean Mattern a écrit un roman sensible sur un sujet délicat : la maladie d'un jeune homme, souffrant d'une tumeur au cerveau. Il est étudiant en médecine et il vit avec son père qui le surprotège. Sa mère anglaise est morte en tombant dans sa douche à New York. Il suit un traitement à l'hôpital et lors d'une période de rémission, Simon décide de partir en Israël chez un ami, Amir, qu'il a rencontré à Paris. A Jérusalem, Simon oublie son cancer et commence à assumer sa jeunesse. Il ose enfin vivre une aventure amoureuse avec une femme plus âgée que lui. Il renoue une relation plus "adulte" avec son père grâce à son ami Amir. Son amie d'enfance Clarice, partie en Australie, le rejoint aussi en Israël. Il découvre tout un champ de sentiments en lui : amoureux d'Amir sans désir, désirant Rivka sans amour, aimant en fait Clarice sans le savoir. Il apprend le passé de son père, ses origines judéo-hongroises. Ce qu'il faut retenir de ce roman, édité chez Sabine Wespieser, c'est la musique subtile d'une voix, celle du narrateur à la recherche de son identité que la maladie lui révèle. j'ai apprécié le style "coulé" de Jean Mattern, la présence d'un pays comme Israël, l'irruption de la maladie, la naissance d'un dialogue entre le père et le fils, les sentiments enfin vécus... Un écrivain à découvrir.
mercredi 8 mai 2013
Rubrique cinéma
"Mud, sur les rives du Mississipi" du réalisateur américain Jeff Nichols tient du thriller mais aussi du film d'aventures. Ellis et Neckbone (deux jeunes acteurs formidables), jeunes adolescents de 14 ans, aiment se réfugier sur un îlot du fleuve, repaire secret et sacré à leurs yeux de petits aventuriers en herbe. Ils ont remarqué, en haut d'un arbre, un bateau échoué certainement lors d'une crue du fleuve. Ils rêvent de le réparer. Mais, ils découvrent les traces d'un intrus près de leur barque. Ce quasi "clochard", marginal un peu effrayant, se nomme Mud... Et voilà l'histoire de ce trio démarre vraiment quand Mud leur apprend qu'il a tué un homme pour protéger la femme qu'il aime depuis toujours. Il veut fuir avec elle avec ce bateau haut perché. Les deux garçons vont retrouver la jeune femme dans un motel. Ils vont devenir le messager de Mud pour les contacts avec elle et pour les pièces du bateau. Le jeune Ellis vit au bord du fleuve avec des parents en instance de divorce. Il croit à l'amour même si son père lui dit le contraire. Lui-même tombe amoureux d'une fille de 17 ans. Son copain vit avec un oncle bohème. Quand la situation se complique avec l'arrivée d'un homme violent venu se venger en tuant Mud, le meurtrier de son frère, Ellis et son copain prennent des risques. Le drame s'accélère et le film se transforme en thriller haletant. Ellis tombe dans un trou d'eau infesté de serpents et Mud le conduit à l'hôpital de la ville. Cet événement précipite le dénouement et, évidemment, je ne dévoilerai pas la fin de ce beau film. Jeff Nichols nous offre un portrait délicat, sensible et émouvant de l'adolescence, ce moment si fragile de la vie, quand l'aventure, l'amour, la générosité font partie des croyances que le monde adulte n'a pas encore abîmées... Et la présence du Mississipi, de la nature et des maisons flottantes apportent un charme particulier à ce récit d'apprentissage.
lundi 6 mai 2013
Hommage à Viviane Forrester
Viviane Forrester, écrivaine, essayiste et critique littéraire s'est éteinte à l'âge de 87 ans à Paris. D'après la notice biographique de Wikipédia, elle est née dans une famille aisée. Elle est obligée de fuir la France en 1943 pour échapper aux rafles anti-juives. Sa carrière littéraire démarre en 1970 avec la publication de son premier roman, "Ainsi des exilés". Critique littéraire au quotidien Le Monde, au Nouvel Observateur et à la Quinzaine littéraire, elle se fait surtout connaître par un pamphlet sur l'ultralibéralisme en 1996, "L'horreur économique", tiré à plus de 350 000 exemplaires. En 2005, elle dresse un bilan de ses maîtres de vie fondateurs : Van Gogh, Proust, et surtout Virginia Woolf dans "Mes passions de toujours". En 2009, elle écrit un essai remarquable sur Virginia Woolf, et obtient le prix Goncourt de la biographie. Son journal intime sur la période 1966-1972, sorti en 2011, éclaire les lecteurs(trices) qui la suivent depuis de nombreuses années. Quand j'ai appris sa disparition, j'ai voulu lui rendre hommage car je me sentais proche de sa planète culturelle. On dit "affinités" pour ce partage des goûts et des passions littéraires. J'ai sa biographie de Virginia Woolf à lire, en attente dans ma bibliothèque et que je remettais à plus tard, passant de roman en roman sans m'arrêter un temps pour cette rencontre Forrester-Woolf. Viviane Forrester a rejoint le paradis des écrivains et elle doit peut-être discuter sérieusement avec Madame Woolf qui doit la remercier de lui avoir consacré ce magnifique témoignage...
vendredi 3 mai 2013
"L'angle mort"
Sélectionné par le Festival du Premier Roman de Chambéry, "L'angle mort" de Véronique Merlier, édité chez Arléa, se lit avec beaucoup d'intérêt. L'histoire de ce couple "parfait" avec enfant unique se délite subitement quand François révèle à Cécile, sa nature profonde et cachée. Il veut enfin vivre son homosexualité qu'il a combattue et niée depuis son adolescence. Le terme "angle mort" semble bien correspondre à cette découverte comme l'expression que l'on cite volontiers en ce moment "la part d'ombre" de tout individu, son secret non-dit et tabou... Cécile ne perd pas l'espoir de vivre avec son mari, malgré ses absences du soir et de la nuit. La survie de la famille passe par l'acceptation de cette situation nouvelle. L'enfant cimente le couple et empêche la séparation immédiate. Je cite un passage du roman : "Construire des remparts, des fortifications, c'est ce qui l'a occupé durant toutes ces années. Protéger les points vulnérables de la cuirasse. Les oublier même. Mener une vie normale, affublé de cette armure brinquebalante dont il sentait seul le poids". Véronique Merlier aborde la complexe question de l'identité sexuelle. François se ment à lui-même, s'anesthésie pour être "comme tout le monde", avec femme et enfant... Il comprend que sa vie est une véritable impasse. Choisira-t-il sa renaissance et sa vérité profonde ? Mais je ne veux pas vous donner le fin mot de l'histoire, il vaut mieux lire ce roman sensible, bien écrit et qui traite avec une certaine audace d'un sujet encore bien difficile à digérer par certains de nos contemporains...
jeudi 2 mai 2013
Le rôle des bibliothèques
Dans un article du Magazine du Monde du 20 avril, j'ai remarqué un bel hommage aux bibliothèques. L'écrivaine américaine, Karin Slaughter, déclare avoir dévoré dix livres par semaine grâce à la bibliothèque locale, "une passion qui l'a sauvée de la pauvreté". Elle a écrit de nombreux thrillers à succès dont "La mort aveugle" et "Broken". En 2008, quand la récession a touché son pays, les bibliothèques ont été les premières institutions à réduire leurs dépenses d'acquisitions et de personnel. Pour Karin Slaughter, ces restrictions financières menacent ce secteur qui lui semble prioritaire, surtout dans les contrées les plus rurales du pays. Elle a créé un mouvement de défense, "Save the libraries" et certains de ses confrères auteurs l'ont rejoint pour aider les bibliothèques en difficulté. La journaliste de l'article relate les nombreuses initiatives concernant ce phénomène de paupérisation du réseau. Les bibliothèques constituent, dit-elle, la "colonne vertébrale de la communauté". Si elle est devenu écrivaine, elle le doit en partie à la lecture publique. Je voulais montrer le rôle essentiel de ces lieux publics, trop discrets d'ailleurs dans le tissu urbain, et qui, pourtant, offrent des livres, de la musique, des films dans une quasi gratuité... La crise sévit partout et j'espère que nos chères bibliothèques publiques seront épargnées tellement elles rendent service aux bébés lecteurs, enfants, adolescents, adultes... Un lieu de culture et d'éducation à la portée de tous les citoyens. Si j'apprends que des restrictions graves menacent le réseau de ma ville, je ferais comme Karine Slaughter, je les défendrais en créant un comité de soutien... Je me mets donc en mode "surveillance" !
mercredi 1 mai 2013
Rubrique cinéma
Le film de Margarethe Von Trotta, "Hannah Arendt" s'apparente plus à un film documentaire et pose une question essentielle sur le mal. Si on ne connaît pas l'itinéraire philosophique d'Hannah Arendt, le spectateur-(trice) aura des difficultés pour suivre le déroulement dramatique. Hannah Arendt a publié un livre majeur, "Les origines du totalitarisme" en 1951. Elle a fui l'Allemagne nazie en 1933, dès la montée d'Hitler. Elle sera internée en France à Gurs en 1940. Elle rejoint les Etats-Unis en 1941. Elle devient professeur de philosophie politique dans plusieurs grandes universités américaines. En 1958, elle rédige la "Condition de l'homme moderne". En 1961, le journal le New Yorker lui demande de couvrir le procès du nazi Eichman à Jérusalem. Le film relate cette période précise et montre le cheminement de la pensée philosophique d'Hannah Arendt sur le nazisme et la Shoah. En 1963, les articles de la philosophe sont publiés et attirent de nombreuses polémiques sur la notion de la "banalité du mal". Les images sur Eichman sont tirées des archives et voir ce nazi "bureaucrate" et "inhumain" raconter sa logistique pour organiser la Shoah nous plonge dans une certaine sidération de dégoût. Comment des êtres humains "cultivés et civilisés" comme était le peuple allemand sont-ils devenus des nazis ? Hannah Arendt répond par le concept de "non-pensée" pour qualifier l'attitude de Eichman et de ses acolytes. C'étaient des bureaucrates technicisés qui ne pensaient pas, qui exécutaient les ordres d'Hitler sans état d'âme et sans remords. Margarethe Von Trotta film à merveille le moment-clé de cette intuition philosophique. Hannah Arendt avait aussi relevé la lâcheté des responsables juifs qui n'ont pas assez résisté face à l'extermination de leur peuple. Cette question taboue a aussi provoqué un tollé dans les milieux concernés. Ce film nous apprend beaucoup sur cette période de notre Histoire et Margarethe Von Trotta rend un hommage "sororal" à une femme extraordinaire, philosophe (rare pour l'époque), libre et audacieuse (encore plus rare pour l'époque)...
lundi 29 avril 2013
"Bleus horizons"
Jérôme Garcin s'est lancé dans les romans historiques de vies brisées. Après les portraits du révolutionnaire Hérault de Séchelles ("C'était tous les jours tempête") et du capitaine Beudant ("L'écuyer mirobolant"), il nous livre la biographie romancée du poète Jean de La Ville de Mirmont relatée par un narrateur, Louis Gémon. Cette belle histoire d'amitié totale entre les deux hommes domine le récit. Jean reçoit avec enthousiasme sa feuille de route en septembre 14 pour rejoindre son régiment d'infanterie dans la zone des tranchées. Jérôme Garcin évoque avec une précision historique l'atmosphère étouffante, effrayante et horrible de cette époque. Le poète meurt debout foudroyé dans une tranchée et après cette mort sauvage et injuste, son ami et compagnon va poursuivre un objectif salutaire : que Jean survive à travers son œuvre littéraire, un recueil de poèmes et un roman. Cette quête de reconnaissance pour Jean se transforme en obsession dévorante pour Louis Gémon qui va, lui-même, oublier de vivre pour rester fidèle à son ami. Les survivants des tranchées ont tous vécu ce sentiment de culpabilité. Pourquoi ont-ils échappé à la mort ? Il faut se souvenir du million de morts de la Première Guerre Mondiale. Jérôme Garcin dresse aussi un tableau attachant de la vie littéraire de l'époque. Le narrateur rencontre Bernard Grasset, François Mauriac, Gabriel Fauré pour faire éditer Jean. Ce beau roman d'une écriture classique et limpide se lit avec beaucoup d'intérêt. La littérature joue ce rôle de révélateur de l'atrocité de certaines périodes de notre histoire nationale. Les deux destins relatés dans ce roman montrent le gâchis des vies broyées par la guerre. Je ne dévoile pas la fin du roman concernant Louis Gémon : une surprise attend le lecteur(trice)...
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