jeudi 25 avril 2013

"Le Mystérieux Mr Kidder"

Joyce Carol Oates a écrit un roman de 235 pages, seulement : une discrétion à noter. Ses lecteurs(trices) ont pris l'habitude d'en dévorer le double ! Le premier personnage se nomme Mr Kidder,  un vieux monsieur très riche, amateur d'art, mécène de sa ville. Il vit avec une gouvernante et un chauffeur dans une des plus belles maisons du New Jersey. Le deuxième personnage est une jeune fille de 16 ans, Katia Spivak. Elle s'occupe de deux enfants en logeant chez ses employés. L'intrigue démarre par la rencontre entre Mr Kidder et Katia. Il est fasciné par sa beauté et sa jeunesse et l'invite chez lui. Son extrême courtoisie et sa gentillesse séduisent peu à peu Katia, plus habituée aux mœurs dures et rugueuses de sa famille et de son milieu social. Le thème de l'argent domine aussi leur relation. Katia devient le modèle de Monsieur Kidder. Il veut retrouver le symbole de la beauté féminine dans sa toile, la dernière de sa vie. Katia se plie à son désir tout en redoutant un contact physique qu'il pourrait lui proposer. Le roman joue sur les registres psychologique et policier. Katia va finir par le dépouiller avec l'aide de son petit copain. Le vieil homme en fait ne porte pas plainte car il n'a qu'une idée en tête, une obsession, représentée par la beauté et la jeunesse de Katia. Mais, je ne dévoilerai pas la fin du roman. Cette écrivaine américaine a contracté dans les 235 pages tout son art d'écrire : des personnages forts et troublants, une intrigue tendue, la rôle de la violence dans les rapports sociaux, des sentiments ambigus, un beau portrait d'une adolescente rebelle et d'un vieux monsieur en quête de beauté.

mardi 23 avril 2013

Voyage à Bilbao

J'ai profité de mon séjour basque pour me rendre à Bilbao, à deux heures de Biarritz grâce à l'autoroute... (C'est quelquefois sympa, le progrès...) Dès que l'on franchit le centre ville, la vision d'une masse métallique grise argentée nous coupe le souffle : une architecture audacieuse, époustouflante, un monument contemporain unique au monde, symbole de la place de la culture et de l'art dans la société : le musée Guggenheim. Pour tous ceux et toutes celles qui aiment l'art contemporain, Bilbao vaut vraiment le détour. En écoutant le petit audioguide qui nous aide à comprendre les enjeux de l'art d'aujourd'hui, des œuvres souvent incompréhensibles de prime abord, s'éclairent à la lueur des mots d'explication et du regard renouvelé sur les tableaux, les sculptures et les objets. Une exposition sur "l'art en guerre. France 1938-1947" est proposée du 16 mars au 8 septembre. J'ai évidemment admiré quelques toiles de Picasso, Matisse, Bonnard, Magritte, et ma préférée d'entre tous ces artistes : Vieira da Silva avec sa composition extraordinaire sur "La guerre ou le désastre", aussi puissante que le Guernica de Picasso. Cette exposition était riche d'enseignements, d'informations historiques, de surprises même surtout quand j'ai regardé avec attention les derniers vestiges de création des artistes disparus dans les camps d'extermination nazie. Un bout de papier avec un dessin a autant de valeur qu'un tableau célèbre. La majorité des artistes a  résisté face à l'horreur du nazisme mais certains ont aussi collaboré avec l'ennemi. L'art ne fait pas toujours barrage à l'ignominie et à la lâcheté humaines... Le plus surprenant dans ce musée réside dans le portrait de la modernité du XXème siècle : du surréalisme à l'abstraction lyrique, de l'art dégénéré au cubisme, de l'art dans les hôpitaux psychiatriques à l'art dans les camps, l'art dans tous ses états... J'ai dit merci à Peggy Guggenheim, la mécène la plus généreuse du monde...

lundi 22 avril 2013

Le château enchanté

Je suis partie dans mon Pays basque natal la semaine dernière. J'ai remarqué que je négligeais les lieux touristiques mais j'avais vu un reportage à la télévision sur le Château d'Abbadia à Hendaye. Alors, j'ai joué à la "touriste de base". Le mois d'avril semble me convenir pour visiter les musées malgré un car de retraités du Nord sur le départ et quelques couples avec un guide à la main. Ce type d'espace ne permet pas la présence d'une foule compacte. J'ai donc eu le privilège de parcourir les différentes salles de ce château unique au monde. Je reprends des informations précieuses et précises  de Wikipédia. Ce monument historique domine l'Océan et a été construit dans un style néogothique dans les années 1870. Antoine d'Abbadie d'Arrast cumulait les métiers d'astronome et d'explorateur, mais aussi d'anthropologue et de linguiste. Il était aussi membre de l'Académie des Sciences à qui il a légué ce drôle de joyau. Sa passion des cultures orientales et africaines se lit dans les murs intérieurs avec des fresques colorées et des statues. Un charme saisit le visiteur (euse) dès le couloir d'entrée. Trois parties du château sont particulièrement surprenantes : la bibliothèque, la chapelle et l'observatoire. J'évoque cette visite pour montrer la place de l'écrit dans ce lieu original et situé sur la corniche du littoral basque heureusement préservé des ambitions immobilières. Des phrases en latin, en anglais, en arabe, en allemand, en amharique (!) et en basque circulent sur les poutres apparentes et sur les murs. Je vous cite quelques unes : "La vie passe comme la fumée", "Plus être que paraître", "Tout buisson fait de l'ombre", "Je me donne sans m'amoindrir", "Triple est la marche du temps. Hésitant, l'avenir vient vers nous. Rapide comme la flèche, le présent s'enfuit. Eternel et immuable, le passé demeure". En parcourant toutes ces salles, je m'imaginais aussi en compagnie de Montaigne dans sa "librairie-bibliothèque". Sur les murs extérieurs, des animaux sculptés dans la pierre donnent un frisson d'exotisme : serpent géant, grenouilles, crocodiles, félins, têtes d'éléphant, gargouilles. Un vrai château des merveilles... A visiter si vous passez à Hendaye, dans mon cher Pays basque.

dimanche 21 avril 2013

Un peu de philosophie

Je viens de terminer un essai, "L'effervescence du vide" de Nicolas Grimaldi, édité chez Grasset en 2012. J'ai réussi à le lire grâce à une prose "compréhensible", écrite dans un langage à la portée de tous les lecteurs(trices). Le récit se rapproche d'un journal autobiographique car Nicolas Grimaldi revient sur ses débuts de professeur de philosophie dans les années 70. Il est très sévère sur cet esprit de Mai 68 qui régnait dans le milieu universitaire à Paris et en province. Il raille le niveau intellectuel des jeunes révolutionnaires, leur intolérance politique. Nicolas Grimaldi décrit aussi la médiocrité des universitaires, la bassesse des relations professionnelles, la difficile intégration de tout enseignant "nouveau". Le portrait qu'il dresse de sa vie dans l'enseignement supérieur est loin d'être flatteur et positif. Quand il quitte l'université pour se consacrer entièrement à l'écriture de son œuvre philosophique, il se sent libre. Il n'oublie pas aussi d'attaquer l'art contemporain, une coquille vide pour lui, une "effervescence du vide". Cet essai mêle avec bonheur les réflexions philosophiques avec des instants de vie personnelle et il termine son livre en évoquant l'irruption de la maladie : il subit une crise d'angoisse. Cet incident l'éclaire sur le sens de la vie. Je cite un passage : "A cet instant où tout allait être perdu, je sentis soudain combien tout eût été différent si j'avais pu transfuser quelque chose de ma vie dans une autre. (...) La vie est à elle-même son propre sens. La vie vit de se répandre et de se communiquer". Cet essai abordable et très intéressant m'a donné envie de découvrir ses œuvres antérieures : "Traité des solitudes", "Métamorphoses de l'amour", "L'inhumain". Je sais que Nicolas Grimaldi vit à Socoa, sur la Côte basque face à l'océan, dans un phare... J'ai découvert cette information dans une revue de philosophie et je l'imagine comme un sage ermite assis à sa table de travail et levant son regard sur ce port d'une beauté rare.

jeudi 11 avril 2013

Atelier lecture, deuxième partie

La deuxième partie de l'atelier était consacrée aux livres tirés au sort en février. Que faut-il retenir de ces lectures ? Je vais commencer par les "flops" : Geneviève n'a pas été convaincue par Milan Kundera et son roman "L'identité", un peu compliqué, avec une intrigue amoureuse obscure. Sylvie-Anne  a lu par "devoir" le livre de Robert Lalonde, "Que vais-je devenir avant de mourir ?" , un sujet sur l'enfance de l'écrivain, dans un pensionnat sévère au Québec. Evelyne a lu "La valse oubliée" de l'irlandaise Anne Enright en se raccrochant au personnage d'une petite fille perturbée entre sa mère et sa belle-mère. Annette a un peu aimé "Colères" de Lionel Duroy, roman autofictif sur la relation père-fils. Sylvie a peu apprécié "Les vies privées de Pippa Lee" de R. Miller, trop loin de son univers personnel, car le roman évoque le milieu new-yorkais de l'édition avec un mode de vie très alcool, drogue et drague, bien sûr. Le seul livre qui a échappé à la liste des flops concerne un roman de Metin Arditi, "Le Turquetto". Line nous l'a présenté avec une conviction frôlant même l'enthousiasme. Ce livre entraîne le lecteur de Constantinople à Venise et raconte l'histoire d'un peintre, élève du Titien. Line nous a vraiment communiqué l'envie de découvrir ce roman historique. C'est le seul ouvrage que je peux inscrire dans le top de la liste. La lecture peut aussi provoquer la déception, la désillusion, le dépit... Mais, les livres ressemblent aux humains qui les écrivent : certains tiennent leurs promesses et nous émeuvent, d'autres nous ennuient et nous laissent de marbre... J'espère que le lot de mardi sur la littérature italienne contemporaine comportera des bonnes surprises ! 

mardi 9 avril 2013

Atelier lecture, première partie

Je préfère utiliser le mot atelier au lieu de club, pour la séance qui s'est tenue aujourd'hui entre 14h et 16h à la maison des associations (AQCV) de Chambéry. L'atelier est un terme plus approprié, plus simple, un lieu collectif où la notion de travail se confond avec la notion de loisir. Le club est un terme très "masculin", se réfèrant aux clubs anglais réservés aux hommes, seulement à ces messieurs qui sirotent du cognac en fumant un cigare (quand c'était permis). Je vois l'atelier comme un lieu féminin, un atelier de confection, de couture, de cuisine, et la lecture ressemble à des travaux d'aiguille, de broderie avec des moments de conversation sur tout et sur rien et surtout, des moments de partage dans une ambiance conviviale et détendue. Cet après-midi, nous étions une bonne dizaine pour parler de livres récents, éclectiques et surprenants. Le première partie de l'atelier concernait les coups de cœur. Sylvie-Anne a évoqué un écrivain peu connu, Paul Gadenne, et son livre "Baleine", un histoire d'un couple face à l'échouage d'une baleine, récit délicat, très bien écrit, une fable philosophique. Geneviève nous a communiqué son enthousiasme pour le dernier Quignard, "Les solidarités mystérieuses", un roman écrit avec une économie de mots, un style dépouillé, des descriptions de paysage, un portrait magnifique d'une femme éperdue d'amour. Régine nous a parlé d'un livre déjà mentionné dans l'atelier, "Les chaussures italiennes" de Mankell. Avec un résumé très précis et des extraits brefs de lecture à voix haute, Régine nous a donné envie de le lire ou relire ce très beau roman. Sylvie a vraiment aimé "Bon rétablissement" de Marie Sabine Roger, l'histoire d'un octogénaire, hospitalisé et racontant son séjour dans ce livre frais, humain, plein de réflexions sur le milieu des soignants et des malades. Annette a choisi un roman écrit en 1974 de Pascal Laîné, "La Dentellière", portrait d'une femme silencieuse, issue d'un milieu modeste, qui ne peut pas parler de ses émotions, de son vécu par défaut de langage. A relire pour la prose lumineuse de Pascal Laîné. Mylène nous a étonnées en citant "Le lion" de Joseph Kessel, un de ses livres préférés. Evelyne a beaucoup apprécié "Eux sur la photo" d'Hélène Gestern, histoire d'un secret de famille, très bien ficelé. Danièle a évoqué brièvement "Mondo" de Le Clezio et Line a terminé la première partie de l'atelier avec "Accabadora" de Michele Murgia. Des idées de lecture à foison ! Jeudi, je parlerai des livres "imposés" tirés au sort.

lundi 8 avril 2013

"Sauver Mozart"

Dans la liste des premiers romans sélectionnés par l'ensemble des comités de lecture du fameux festival de Chambéry, "Sauver Mozart" fait partie de la quinzaine de titres retenus. Quand Raphaël Jerusalmy, libraire à Jérusalem, intègre dans son œuvre l'univers musical classique, je n'hésite pas à découvrir son livre qui prend la forme d'un journal intime, écrit par un personnage, Otto J. Steiner, autrichien, juif non déclaré. Il est critique musical et participe à l'élaboration d'un programme festif à Salzbourg. Il est isolé dans un sanatorium pour soigner sa tuberculose incurable, par ailleurs. Il décrit l'atmosphère oppressante du nazisme dans cette partie de l'Autriche. Un événement historique, la rencontre entre Hitler et Mussolini, lui donne une chance de changer la face du monde. Il veut assassiner Hitler mais ce projet fou n'aboutira évidemment pas. Il va alors perpétrer un attentat d'une autre nature que je ne veux pas dévoiler dans ce billet. Ce premier roman mérite notre attention car le nazisme est et sera toujours d'actualité, vigilance oblige. Raphaël Jerusalmy utilise la fiction pour dénoncer la noirceur et l'horreur de cette période historique et son personnage, Otto J. Steiner, pourtant malade et victime de l'Histoire, ose défier, avec des armes musicales, un monde totalement inhumain...