Le dernier Atelier Littérature 2024 s'est tenu à la Base ce jeudi 19 décembre et malgré quelques absentes, nous étions heureuses de nous retrouver autour d'une table pour partager notre amour de la lecture. Justement, la lecture, cet acte si simple d'aspect, se révèle bien plus complexe en vérité. J'avais proposé une liste d'ouvrages sur ce thème en décembre. J'ai présenté la bibliographie de janvier sur notre si belle capitale, Paris, qui appartient à nous tous et toutes et pas seulement aux Parisiens et Parisiennes. La cité si décriée parfois mais aussi célébrée par sa beauté architecturale méritait un atelier surtout après l'ouverture de la grandiose cathédrale, Notre-Dame-de-Paris. Entre décembre et janvier, ces lectures nous transporteront sur les bords de la Seine. Agnès a démarré la séance avec "Le Liseur" de Bernhard Schlink, paru en 1995 chez Gallimard. Notre amie lectrice a découvert ce roman avec intérêt même si ce n'est pas une lecture facile. L'histoire d'amour de ce jeune adolescent de quinze ans pour une trentenaire peut déjà déranger d'autant plus que le personnage d'Hanna est une ancienne gardienne d'un camp de concentration... La lecture demeure un leit-motiv tout au long du récit car l'amante du garçon vit dans la honte de son analphabétisme, plus grave à ses yeux que son engagement auprès des nazis. L'écrivain allemand pose le problème de la culpabilité des générations impliquées dans le nazisme. Hanna finira par se suicider en prison avant sa libération. Véronique et Danièle ont choisi "Les Chats éraflés" de Camille Goudeau, publié en Folio en 2023. Nos deux amies lectrices ont bien aimé ce premier roman. Soizic, vingt-deux ans, quitte sa Touraine et ses grands-parents alcooliques. Elle s'installe à Paris et son cousin lui propose de devenir bouquiniste sur les quais de la Seine. Entre les livres, les passants et les "égarés", sa vie va changer, surtout en recherchant sa mère à Paris, une mère qui avait abandonné Soizic. Un excellent premier roman et attendons son deuxième ouvrage pour confirmer son talent. Odile a présenté "Dehors la tempête" de Clémentine Mélois, paru en livre de poche en 2022. L'écrivaine raconte ses lectures passionnelles et car, pour elle, "Tout commence par la lecture". Odile a beaucoup aimé cet éloge des livres, de la littérature et de la lecture. Un livre plaisant, enthousiaste qui donne envie de comparer sa propre bibliothèque à celle de Clémentine Mélois.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
vendredi 20 décembre 2024
mercredi 18 décembre 2024
"Le Liseur", Bernhard Schlink, 2
Bernhard Schlink justifie le sujet délicat de son roman ainsi : "J'ai écrit un livre sur ma génération, sur le rapport qu'elle entretient avec la génération de ses parents et la façon dont elle appréhende les actes de ces derniers". Tout au long du texte, une tension permanente persiste entre l'histoire personnelle du narrateur et celle de cette femme-bourreau, analphabète honteuse, mais qui semble toujours nier la réalité de ses actes atroces dans le camp de concentration. Hannah Arendt dénonçait cette attitude dans l'expression, "banalité du mal", en suivant le procès d'Eichmann, un "banal fonctionnaire" parmi des milliers d'autres, obéissant aveuglèment aux ordres supérieurs des nazis. L'obsession du jeune Michael pour sauver cette femme par la lecture à voix haute est une "mission" qui la sortirait de son trou noir, de son aveuglement sur le mal absolu que représente le totalitarisme nazi, une idéologie barbare. Pourtant, la puissance du savoir et de la culture n'a pas évité cette grande catastrophe du XXe siècle. Le personnage féminin semble glacial et inaccessible et dans une scène du roman, elle peut aussi avoir des gestes violents envers son jeune amant. Seuls les moments de lecture lui apportent une atmosphère paisible. Grâce à ce "liseur" généreux et compatissant, elle pourrait accéder à une ouverture au monde et surtout retrouver la dignité. Le geste ultime d'Hanna, son suicide par pendaison, peut s'interpréter comme une prise de conscience d'un passé trop lourd à supporter. Les livres ont peut-être déclencher en elle des remords de son adhésion aveugle à la pire période de son pays. Ce roman a été adapté au cinéma par Stephen Daldry en 2008. Hanna était interprété par Kate Winslet. La notion de culpabilité demeure le sujet central du roman : Hanna, coupable de sa banalité et de son vide existentiel, Michael, coupable par sa fascination sexuelle pour une femme étrange, la société, coupable de ne pas éduquer ses citoyens. Le narrateur écrit : "La souffrance que me causait mon amour pour Hanna était d'une certaine façon le destin de ma génération, le destin allemand auquel je pouvais me soustraire plus difficilement". Un roman allemand important à découvrir ou à relire qui n'a rien perdu de son actualité trente ans après sa parution.
mardi 17 décembre 2024
"Le liseur", Bernhard Schlink, 1
Ce roman de Bernhard Schlink, "Le Liseur", paru en 1995 chez Gallimard dans la collection "Du Monde entier", n'a pas perdu sa force et sa densité. Je l'ai relu récemment pour l'Atelier Littérature du 19 décembre. Et à ma deuxième lecture, j'ai été plus intéressée par la thématique de la Shoah et comment cette tragédie a marqué les générations postérieures à l'événement en Allemagne. Un adolescent, Michael Berg, rencontre par hasard une femme plus âgée que lui. Hanna Schmitz a trente cinq ans et travaille comme conductrice de tramway dans une ville allemande. Il est attiré par cette femme mystérieuse et discrète qui l'initie à la sexualité. La lecture à voix haute tient une place importante dans leur liaison clandestine. Elle lui demande de lui lire des textes et Michael se prête volontiers à ce jeu. Imprévisible et indifférente, elle disparait de la vie du jeune Michael, six mois après le début de leur relation amoureuse. Sept ans après, le jeune homme, étudiant en droit, retrouve Hanna sur les bancs d'un tribunal. Ce séisme le bouleverse. Son ancienne amante est accusée d'un crime lors de l'évacuation du camp d'Auschwitz. En fait, cette femme secrète a toujours gardé le silence sur son passé horrible où elle était gardienne du camp nazi. Ses collègues nazies lui imputent le crime et Hanna ne se défend pas. Michael comprend alors son mutisme d'antan et prend conscience de son analphabétisme. Dans le camp, elle choisissait des prisonnières pour qu'elles lui lisent des livres. Hanna part en prison et Michael, loyal envers elle, lui envoie des cassettes qui contiennent des textes qu'il enregistre. Hannah enprunte les livres à la bibliothèque et peu à peu, elle apprend enfin à lire. Dix-huit ans passent ainsi dans cette prison. Michael se marie, a un enfant et divorce, mais il garde un lien même ténu avec cette femme dont il a certainement pitié. La directrice de prison appelle Michael pour lui annoncer sa libération et il accepte de s'occuper d'elle en lui trouvant un logement. Mais, quand il vient la chercher, il apprend son suicide et elle a légué quelques milliers de marks à la personne à une prisonnière du camp, une survivante qui a témoigné lors de son procès. Cet héritage est refusé par cette femme qui donne l'argent à une association juive. (La suite, demain)
lundi 16 décembre 2024
"La Lectrice disparue", Sigridur Hagalin Björnsdottir
Sigridur Hagalin Björnsdottir, écrivaine islandaise, est journaliste et dirige le service des informations de la télévision publique dans son pays. Dans son roman, "La Lectrice disparue", paru en 2024 dans la collection Babel chez Actes Sud, une jeune bloguese, Edda, s'enfuit de chez elle sans donner aucune explication. Elle abandonne son mari et son bébé de trois jours. La police mène une enquête et découvre sa présence à New York. Einar, son frère fusionnel, ne comprend pas l'attitude de sa soeur et il accepte de partir à sa recherche. Ce frère, pêcheur, fou amoureux de la nature immense islandaise, va découvrir une cité américaine aux antipodes de son pays natal. Pourquoi cette fratrie est-elle aussi unie ? Leurs mères respectives vivent ensemble pour les élever car les enfants ont le même père, un père cinéaste la plupart du temps absent de leurs vies. Cet homme fantasque et original a séduit Julia, la mère d'Edda et il a trompé Julia avec Ragneidur, enceinte d'Einar. Les deux femmes se rencontrent et décident de partager leur appartement pour élever leurs progénitures. Les deux enfants sont profondément différents. Le garçon est dysléxique et la fille dévore les livres. Elle lui lit beaucoup d'histoires et possède une mémoire exceptionnelle. La lecture l'isole des autres et son frère au contraire entretient des rapports aux autres. Ils semblent former la même personne et trouvent ensemble un équilibre. Le roman se présente sous plusieurs points de vue : celui des deux mères, d'Einar à New-York, de sa soeur. L'autrice aborde plusieurs sujets : la crainte du numérique, la perte de l'écrit, des mots, des légendes, des contes, la complexité des relations familiales, les réseaux sociaux. Le frère finira par retrouver sa soeur et il lui avouera des secrets du passé. Il faut lire ce roman original et dense pour comprendre la fuite d'Eddar aux Etats-Unis. Entre l'Islande des années 90 et le New-York d'aujourd'hui, ce roman-thriller aborde le problème majeur de l'influence de la lecture sur l'éducation tout au long de la vie et sur son éventuelle disparition dans un monde connecté.
jeudi 12 décembre 2024
"La Bella estate", film italien de Laura Luchetti
J'ai vu récemment un film de Laura Luchetti, "La Bella estate", tiré d'un roman de Cesare Pavese. Je m'intéresse à cet écrivain italien que j'ai redécouvert grâce au délicat roman de Pierre Adrian, "Hôtel Roma", publié en septembre 2024. La cinéaste choisit d'adapter le roman de cet écrivain "qu'elle adore, qui parle si bien de la jeunesse, de cet âge où tout est possible et où tout est efffrayant". L'histoire se déroule dans l'Italie fasciste de Mussolini à Turin en 1938. Ginia, une jeune fille timide et timorée, travaille dans une maison de la haute couture. Elle vit avec son frère, Severino, étudiant en droit qui, lui aussi, effectue des petits travaux pour survivre. Tous les deux se retrouvent avec des amis à la campagne quand Ginia rencontre une jeune femme qui plonge d'une barque pour les rejoindre sur la plage. Amelia représente aux yeux de Ginia la femme libre, audacieuse, moderne d'une classe sociale différente. Elle est la muse des peintres de Turin et elle introduit sa jeune amie dans le milieu bohème turinois. Dans cette société conformiste, Ginia découvre, grâce à sa nouvelle amie, la liberté : elle rencontre un peintre avec lequel elle entame une relation amoureuse. Sa fascination pour Amélia, qui défie sans cesse les normes, s'amplifie au fil de leurs rencontres amicales. La réalisatrice dépeint avec finesse et délicatesse l'éveil d'une jeune femme à l'amitié amoureuse, sentiment interdit à cette époque corsetée par une morale rigide. En fait, Amalia, malgré son esprit de révolte, ressent un malaise d'être et se sent attirée par la simplicité et par l'innocence candide de Giana. Ce jeu de miroir dans ce duo féminin révèle la difficulté d'aimer et de vivre. Cesare Pavese met en scène dans son oeuvre l'ambiguïté des sentiments et des comportements. Le film semble fidèle au monde pavesien. La scène finale d'un bal où elles osent danser ensemble révèle leur attirance réciproque. Ce film sensible et d'une facture classique sans fioritures raconte une époque trouble en Italie et malgré la tragédie historique du fascisme, les jeunes gens tentaient de vivre et d'aimer, une façon de résister !
mardi 10 décembre 2024
"La librairie sur la colline", Alba Donati
Pour marquer la fin de l'année 2024, j'ai proposé à l'Atelier Littéraire le thème de la lecture dans les romans. J'ai choisi sur les huit titres, "La librairie sur la colline" d'Alba Donati, publié en 2022 aux éditions du Globe. En 2019, Alba Donati, la cinquantaine, poétesse et critique littéraire, veut retrouver son village natal en Toscane. Elle quitte Florence et ouvre une librairie à Lucignana, un tout petit village toscan avec ses 180 habitants. Ce projet fou et irréel se concrétise quand elle installe sa boutique de livres dans sa maison de famille. Sous forme de journal de bord, la narratrice raconte son aventure de libraire : "Le fait est que, pour moi, cet endroit perdu est le centre du monde parce que je le regarde avec les yeux d'une fillette qui a gravi des marches branlantes et vécu dans des maisons glaciales, par des hivers glaciaux ; une fillette qui a réparé les choses cassées avec les moyens dont elle disposait". Cette librairie devient le centre du village, un lieu de vie, un cercle de rencontres. Pourtant, la libraire si sympathique et si motivée affronte des événements indésirables : l'empêchement de l'ouverture avec la Covid, un début d'incendie, l'éloignement de son commerce, loin des villes. Alba décrit son quotidien, ses expériences, ses soucis comme ses bonheurs. Ellle décore sa librairie, intègre un café dans ses murs, aménage un jardin où rêver avec un livre. Le succès arrive et les citadins affluent dans ce village si serein dans la belle campagne toscane. Entraide, solidarité, amitié autour des livres, cette librairie ne vend pas que des ouvrages en papier. Elle propose des confitures d'écrivains, des collants littéraires, des objets divers qui célèbrent la littérature. Pourquoi ouvrir cette librairie dans un coin perdu ? Alba Donati répond : "Parce que j'avais besoin de respirer, parce que j'étais une fillette malheureuse, parce que j'étais une fillette curieuse, (...) parce que j'ai eu des institutrices et des professeurs extraordinaires, parce que je me suis sauvée". A la fin de chaque chapitre, elle énumère les titres de livres commandés par ses clients et j'ai remarqué ses goûts certainement pour certains auteurs comme Colette, Virginia Woolf, Jane Austen sans oublier les écrivains italiens cités de nombreuses fois. Son havre de paix, baptisé "Sopra la Penna", dédié à la littérature, ressemble au jardin anglais de Monk's House, la maison de campagne de Virginia Woolf. Ce récit autobiographique se lit avec un grand plaisir et comme j'ai vécu aussi l'expérience passionnante d'avoir créé ma propre librairie à Bayonne dans les années 70, j'ai retrouvé mes souvenirs en lisant "La librairie sur la colline" et cerise sur le gâteau, la Toscane, une région que j'apprécie tout particulièrement !
lundi 9 décembre 2024
Atelier Littérature, coups de coeur, 2
Odile a présenté "Agrafe" de Maryline Desbiolles, publié en 2024. La jeune Emma, une jeune fille vive et rebelle, adore courir dans les collines. Sa vie bascule quand elle se fait mordre par un chien énorme qui lui lacère la jambe lors d'une rencontre avec un ami. Le péroné ou l'agrafe est abîmé et elle est obligée de suivre de nombreuses séances de rééducation à l'hôpital. Elle sait bien qu'elle ne pourra plus détaler dans la nature. Elle se souvient d'avoir entendu cette phrase quand le chien l'a attaquée : "Mon chien n'aime pas les Arabes". Maryline Desbiolles introduit alors dans son roman les blessures de la guerre d'Algérie, toujours aussi douloureuses. Même boiteuse, elle vivra avec sa cicatrice comme un trophée, ne cessant jamais d'aller de l'avant. Une écrivaine à suivre. Danièle a montré "13 à table", un recueil de nouvelles au profit des Restos du coeur. Quatorze auteurs ont illustré la solidarité qui est le socle de la générosité. Danièle a bien aimé la nouvelle de Sandrine Collette. Un livre acheté à six euros permet d'offrir cinq repas. Une bonne action à la veille de Noël. Geneviève a présenté un écrivain "coup de coeur" en la personne d'Emile Zola qu'elle relit depuis quelques semaines. J'étais contente que notre lectrice amie évoque la saga des Rougon-Macquart, un ensemble de vingt romans, publiés entre 1870 et 1893. Le sous-titre parle de lui-même : "Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire". Inspiré de la Comédie humaine de Balzac, l'écrivain naturaliste voulait étudier "l'influence du milieu et les tares héréditaires d'une famille, originaire de Plassans, sur cinq générations". Il dépeint la société française dans ses grandes transformations qui se produisent : urbanisme parisien, naissance des grands magasins, révolution des déplacements avec les chemins de fer, apparition du syndicalisme. Les romans de Zola semblent plus faciles à lire que ceux de Balzac car plus proches du XXe siècle et de nos avancées sociales. Dans mon prochain atelier de janvier, j'ai glissé un Emile Zola dans ma liste de lectures ! Je dévoilerai le thème de janvier dans la rencontre du jeudi 19 décembre.