La belle collection "Ma nuit au musée" chez Stock vient d'intégrer dans sa liste un ouvrage d'Evelyne Bloch-Dano, "Le Parfum des années". L'autrice, biographe érudite, a passé une nuit dans la villa de Proust à Cabourg. Quelle chance ! Je pense que ce rêve est irréalisable pour moi. Mais, j'ai l'intention de visiter la Normandie et je ne manquerai pas de visiter ce musée proustien. En mars 2025, la voilà seule au milieu de l'univers de Marcel Proust sur un lit de camp avec une lampe de poche pour déambuler dans cet espace fantasmatique "en accueillant le silence, la solitude, la liberté". La villa Proust a été construite en 1860 par Clément Parent, une vaste construction en briques dont les façades sont ornées de croisillons losangés. Transformée en pension de famille, elle devient aujourd'hui la Villa du temps retrouvé. Proust a certainement visité cette villa car il était ami avec les fils de cette famille. La narratrice raconte sa nuit avec les fantômes de la Recherche quand elle regarde les images d'archives projetées sur un grand écran. C'était la Belle Epoque, le début des voyages en train, la mode des bains de mer. Les cabines des plages étaient traînées par des ânes. L'art tient une place importante dans le musée avec les tableaux de Boudin, Pissaro, Sisley, Picasso. Le féminisme naissant de cette époque est aussi mentionné et relaté par Evelyne Bloch-Dano. Une galerie de femmes célèbres défile devant nos yeux : Sarah Bernhardt, Alice Guy, la comtesse de Greffuhle, etc. Evidemment, elle relate sa rencontre éblouie avec la Recherche à l'âge de 17 ans lors de vacances au Portugal. Ce musée ne comporte pas de collection permanente mais le côté éphèmère l'enchante : "C'est ce qui se produit dans nos vies. Ce musée est une vraie métaphore de la conception du temps et de la mémoire chez Proust". J'ai donc retrouvé avec cet essai agréable à lire mon cher Marcel et j'ai même découvert grâce à Evelyne Bloch-Dano, une grande artiste peintre allemande que je ne connaissais pas : Louise Catherine Breslau (1856-1927).
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 3 novembre 2026
lundi 2 novembre 2026
"La Gouvernante italienne", Iris Murdoch
Dans ma jeunesse, j'avais lu une écrivaine anglaise qui, malheureusement, est bien oubliée de nos jours. Il s'agit d'Iris Murdoch (1919-1999). J'écoute quelques bonnes émissions de France Culture et un jour, je suis tombée sur elle dans une rubrique philosophique. J'ai relu un roman de cette incroyable romancière, "La Gouvernante italienne", paru en Folio. Le narrateur, Edmund Narraway, revient dans la maison familiale après de six ans d'absence. Lydia, sa mère, vient de mourir et il doit assister à ses obsèques. Il était en rupture avec sa famille et quand il redécouvre sa maison, il est surpris par ses propres émotions : "C'étaient là les vieilles senteurs de juin, les fraîches senteurs nocturnes du solstice d'été, le bruit de la rivière et de la cascade dans le lointain". Dans cette maison, il retrouve son frère, Otto, sa belle-soeur, Isabel, et sa nièce, Flora. Otto, artiste sculpteur, est devenu alcoolique et obèse. Il a une relation sexuelle toxique avec une femme étrange, Elsa, la soeur de son apprenti, David. La gouvernante italienne veille au confort de tous mais elle a joué un rôle particulier auprès de Lydia. Après les obsèques, Edmund diffère sans cesse son départ car les membres de sa famille l'accaparent. Son frère va au plus mal, sa belle-soeur s'est enfermèe dans sa chambre depuis des années et Flora tombe enceinte. Dans ce huis-clos familial, les personnages se débattent avec leurs "démons" et parviennent à les calmer à la fin du roman. Les frères se reconcilient et le couple infernal, Eliza et David, qui introduisait le dérèglement dans leur maison, finit par quitter la maison. Un coup de théâtre survient à la fin du roman concernant la gouvernante italienne. Lydia, la matriarche, l'a choisie comme unique héritière de son domaine. C'était au fond le seul personnage silencieux et discret du roman, celle qui aimait Lydia et que Lydia aimait... Lire Iris Murdoch, c'est aussi retrouver la tradition du roman anglais quelque peu gothique d'une subtilité psychologique profonde. Son univers romanesque a conservé sa modernité. J'avais l'impression de découvrir une romancière d'aujourd'hui. Je remets à l'honneur ces écrivains injustement tombés dans l'oubli...
jeudi 29 octobre 2026
"Le Rouge et le Blanc", Eugénie Bastié
Eugénie Bastié, journaliste conservatrice au Figaro et essayiste, vient de publier un essai biographique, "Le Rouge et le Blanc", sur Régis Debray, un dinosaure de la gauche républicaine. J'ai lu presque tous les ouvrages de cet intellectuel du XXe, représentatif d'une génération dont le rêve principal se nommait "Révolution". Né dans une famille parisienne et bourgeoise, il a suivi des études classiques et a réussi Normal Sup. Ce normalien atypique a choisi une voie contraire à sa culture familiale : il épouse le tiers-mondisme et toutes les luttes politiques anticoloniales. Il se précipite avec bonheur dans le camp du "bien", de la justice et de la solidarité. L'essayiste écrit : "Le fond de l'air était rouge". Il s'est entiché d'une icône de la révolution, Che Guevara, jusqu'à le suivre en Amérique du Sud où il sera emprisonné pendant quatre ans dans les années 70. Eugénie Bastié veut comprendre la démarche de cet homme, ami de Fidel Castro et des révolutionnaires sud-américains dont la violence était la règle pour libérer les peuples dominés. Pourquoi cet intellectuel s'est-il autant aveuglé dans une idéologie révolutionnaire marxiste ? Cet essai apporte un éclairage sur ce comportement souvent majoritaire chez les intellectuels avec leur pape, Jean-Paul Sartre. De Fidel Castro à François Mitterrand, Régis Debray n'a jamais renoncé à ses convictions ancrées fortement dans les valeurs républicaines. Aujourd'hui, il se définit comme un gaulliste de gauche. Il s'est enraciné dans les oeuvres de Malraux plutôt que dans celles de Marx qui ont façonné son mental pour la révolution : "En participant à la fabrique de l'Histoire, ils cherchaient d'abord l'épopée. Ils sont sensibles à l'injustice, bien sûr". Au fond, l'engagement de l'écrivain tient du lyrisme fraternel avec ses frères et soeurs en mouvement pour un monde plus juste. Un romantique des bonnes causes. L'anti-américanisme viscéral de Régis Debray se manifeste dans plusieurs de ses essais. Il a aussi annoncé l'ère de l'image et des écrans dans notre vie qu'il a nommé "vidéosphère". Cet essai revigorant met en scène un intellectuel ex-révolutionnaire, né en 1940 et une jeune femme brillante, traditionnaliste et conservatrice. Leur dialogue amical inter-générationnel se lit avec intérêt et démontre encore que la conversation civique et civilisée peut advenir dans notre societé si clivée. Une lecture étonnante et éclairante.
mercredi 28 octobre 2026
"L'Eléphant", Patrick Modiano
Je viens de lire le dernier roman de Patrick Modiano, "L'Elephant", paru dernièrement chez Gallimard. J'ai retrouvé l'atmosphère modianesque avec une grande nostalgie. Cet écrivain "proustien" recherche le temps perdu à sa manière. En fait, sa musique des mots, imprégnée de mélancolie, résonne dans ce texte court et magnifique. Evidemment, Paris conserve sa place royale dans l'univers de l'écrivain, surtout le quartier des Invalides avec ses avenues larges et souvent désertes. Ludo Van Walle, un homme âgé, très grand et corpulent, "l'éléphant", dit-il de lui, déambule dans sa ville et peine à identifier quelques êtres qu'il croise dans les rues. Il travaille dans une maison d'édition, "Le Sablier", dont le directeur bienveillant lui demande d'écrire ses mémoires. Il lui offre une paire de jumelles qui va déclencher alors la curiosité de Ludo envers ses voisins. En face de chez lui, il observe une femme encore jeune et une autre plus âgée. Au milieu de ce couple féminin, un homme s'intercale avec ses cheveux teints et son visage refait par la chirurgie esthétique. Quels sont ces personnages mystérieux ? Ont-ils une relation avec Ludo ? Le narrateur, hanté par sa mémoire défaillante, mène une enquête sur ces personnages qu'il a peut-être connus dans son passé. Cette madame Thouvenin et ce monsieur Pinguet semblent avoir joué un rôle dans sa vie mais, Ludo souffre d'amnésie. L'oubli du passé le taraude qui, au fond, n'est plus un homme du présent. Dans cette ville qu'il aime, il se sent agressé par son "vacarme de plus en plus assourdissant". Il s'imagine même menacé par "des guerres prochaines". Patrick Modiano nous offre un portrait délicat, quelque peu crépusculaire, d'un homme perdu dans sa solitude choisie : "Il se demandait parfois s'il n'avait pas choisi ce quartier silencieux pour se tenir à distance d'un monde et d'une agitation qui lui semblaient de plus en plus incompréhensibles". J'avais l'impression de lire un journal intime de Patrick Modiano. Son éditeur Gallimard annonce la sortie de ses oeuvres dans la Pléiade. Après le Nobel, c'est une consacration heureuse de son vivant.
lundi 26 octobre 2026
Atelier Littérature, 4
Dans la deuxième partie de l'atelier, Odile Ba a présenté son coup de coeur, "Le Bureau des audacieuses", de Mélanie Sadler, publié à la rentrée littéraire. Dans le Paris de la fin du XIXe, pendant l'affaire Dreyfus, Séverine rejette le destin conformiste, réservé aux femmes de son temps. Elle veut écrire, devenir journaliste. Alors, pour elle comme pour d'autres "audacieuses", elles font entendre leur voix dans les salons bourgeois, les couloirs du Palais Bourbon, les premiers congrès féministes et d'autres lieux politiques. Ces femmes pionnières vont même créer le premier journal entièrement écrit et dirigé par des femmes, "La Fronde". Odile Ba a beaucoup aimé ce roman documentaire inspiré de faits réels historiques. Janelou a choisi le récit autobiographique de René Frégni, "Minuit dans la ville des songes", publié chez Gallimard en 2022. Cet écrivain raconte sa vie d'errance car il avait mal démarré. Mais, grâce à sa mère, il est sauvé de son propre chaos. Conteur né, passionné de paysages et de livres, il livre son émerveillement devant la beauté du monde. Un écrivain à découvrir. Danièle a découvert le roman d'Alice Munro, "Du côté de Castle Rock" paru chez l'Olivier en 2009. L'écrivaine relate le destin de ses ancêtres écossais, parties au XVIIIe en Amérique. Elle découvre l'esprit de liberté de ces exilés cherchant une vie meilleure loin de leur terre. Mêlant cette évocation familiale avec sa propre vie, elle pose sur ces destins un regard attendri. Une écrivaine très célèbre pour ses nouvelles. Mylène a choisi un premier roman, "Il pleut sur la parade" de Lucy-Anne Belgy, publié chez Gallimard en 2025. Un couple de culture différenre, Jonas, un juif non religieux, et Lucy, s'aiment et donnent la vie à Ariel. Mais, ce petit garçon à son deuxième anniversaire, commence à se montrer violent avec les autres enfants. Pourquoi cette violence ? Est-elle liée à l'histoire familiale ? Un roman original qui pose une question essentielle sur la violence. Voilà pour la partie coups de coeur de l'Atelier d'octobre. Merci à toutes les amies lectrives pour toutes ces bonnes idées de lecture. Rendez-vous le jeudi 19 novembre avec Julian Barnes, un écrivain britannique incontournable.
jeudi 22 octobre 2026
Atelier Littérature, 3
Je poursuis l'évocation des lectures autour du rêve avec Régine qui a choisi un ouvrage hors de la liste, "Entre le rêve et la douleur" de J.-B. Pontalis, paru chez Gallimard en 1977. Auparavant, elle avait opté pour un roman au titre alléchant, "Nos souvenirs sont des fragments de rêves" de Kjell Westö. Cette histoire générationnelle à Helsinski sur cinquante ans n'a pas séduit notre amie lectrice. Par contre, l'essai du psychanalyste l'a beaucoup intéressée. Impossible de résumer un tel ouvrage. Peut-être extraire une citation comme celle-ci : "L'expérience du rêve, cet événement de la nuit d'où peut naître la parole et la connaissance de sa douleur qui fait silence ou cri". On ne peut évidemment écarter le rôle du rêve dans la psychanalyse avec Freud et son ouvrage indispensable, "L'interprétation du rêve", paru en 1899. Il concevait le rêve comme "la voie royale vers l'inconscient". Danièle a terminé la première séquence de l'atelier avec "Le Pain des rêves" de Louis Guilloux, paru en 1942 et disponible en Folio. Ce roman, inspiré de sa propre vie, relate son enfance dans une petite ville de Bretagne dans les années 30. Le narrateur, un garçon de douze ans, vit dans la pauvreté avec sa mère, ses frères et son grand-père. Les deux parties du livre concernent plus spécialement le grand-père et la cousine Zabelle. Louis Guilloux raconte avec sa verve littéraire les liens familiaux et fraternels dans le quotidien sans oublier le voisinage, très présent dans leur quartier pauvre. Courage, abnégation, simplicité, solidarité, ces valeurs sont incarnées par le Grand-Père, un travailleur acharné du matin au soir. La mère pourtant abandonnée par son mari ne se lamente jamais et consacre sa vie à ses enfants. Danièle a beaucoup aimé ce roman car le thème de l'enfance l'a toujours attirée. Le "pain des rêves" est un motif récurrent pour le narrateur qui vit parfois des moments heureux dans sa vie si difficile comme l'arrivée d'un petit cirque dans son village ou des visites familiales qui le font rêver d'un avenir plus confortable. Quel dommage que Louis Guilloux soit oublié de nos jours ! Je penserai à lui pour un futur atelier littérature de l'année prochaine.
mercredi 21 octobre 2026
Atelier Littérature, 2
Annette a présenté le roman d'Andréi Makine, "Prisonnier du rêve écarlate", publié chez Grasset. Après le rêve américain de Luca di Fulvio, l'écrivain français d'origine russe raconte avec son talent littéraire le rêve communiste. Lucien, un jeune militant, part à Moscou en 1939 pour découvrir ce paradis du mensonge. Il découvrira l'envers du décor : les tortures dans les camps du goulag, la surveillance des citoyens, la corruption des dirigeants. Il est arrêté par la police car il s'est montré trop curieux. Envoyé en prison, il est expédié dans un camp en Sibérie. A sa libération après quelques années, il refait sa vie avec Daria dans un village perdu et loin du système communiste. Plus de trois décennies plus tard, Lucien parvient à obtenir des papiers pour revenir en France. Mais, il ne reconnaît plus son pays. Pourtant, il observe Mai 68 qu'il considère comme une révolution d'opérette. Il devient malgré lui un héros médiatique en dénonçant le totalitarisme communiste. Va-t-il rester en France ou repartir en Russie retrouver son village et Doria ? Un roman passionnant sur la barbarie stalinienne et sur l'hypocrisie occidentale. Mylène a beaucoup aimé le roman de Doris Lessing, "Le rêve le plus doux", paru chez Flammarion en 2004. Deux destins de femmes, deux générations dans les années 60 dominent le roman : Julia Lennox, la grand-mère d'origine allemande et Frances, sa belle-fille. Frances a épousé le fils de Julia, le camarade Johnny, un militant d'extrême-gauche, pro-cuba et pro-russe. Frances se sépare de son compagnon volage et tellement accaparé par la révolution. Elle est hébergée généreusement par sa belle-mère dans cette maison à plusieurs étages où les générations cohabitent dans une ambiance libertaire en composant une "tribu" pittoresque. Ce roman puissant n'a pas perdu sa modernité et brasse beaucoup de questions qui demeurent toujours actuelles sur l'engagement politique, les relations entre les générations, l'amour, l'amitié, etc. Mylène l'a donc beaucoup apprécié car ces années 60, au fond, ne sont pas si éloignées de nous. Doris Lessing connaît parfaitement cette période et elle l'a rend vivante et percutante. Ces deux femmes, Julia et Frances, possèdent un sens généreux de l'accueil, une qualité rare de nos jours.
lundi 19 octobre 2026
Atelier Littérature, 1
Le bar "Jetez l'ancre" nous a accueillies le jeudi 15 octobre pour le deuxième atelier de la saison. J'avais choisi le thème du rêve dans les romans. Agnès a présenté le premier roman de Quentin Charrier, "La mémoire de nos rêves", paru chez Grasset en 2023. Simon, la trentaine, professeur en banlieue parisienne, apprend la mort d'un ancien copain, Franck. Il doit reconnaître son corps à la morgue. Cet homme, son ami de jeunesse, orphelin de père, a basculé dans la délinquance alors que lui, fils de médecin, avait un avenir meilleur tout tracé. Tout son passé resurgit : le trio qu'il formait avec Franck et Clarisse, son amour pour cette amie. Ils se retrouvent lors des funérailles de leur ami commun. Les rêves qu'ils avaient se sont-ils réalisés ? Surtout pas pour leur ami disparu mais pour eux ? Il faut découvrir ce roman qu'Agnés a bien apprécié. Janelou a pris la suite avec la lecture inachevée d'une biographie romancée, "La passion Botticelli" de Sophie Chaveau, paru en Folio. Elle a abandonné le livre à cause des détails superflus sur la vie sexuelle de ce peintre de génie. L'arrière-plan sur la Renaissance italienne était pourtant bien évoqué. Une lecture décevante. Pourtant, Sophie Chaveau propose des biographies sérieuses très documentées. Geneviève et Odile Ba ont lu "Rêves oubliés" de Leonor de Recondo, paru en Livre de Poche. Elles ont bien aimé ce roman où l'écrivaine exploite la veine de l'exil pendant la guerre d'Espagne. Fuir le franquisme était une question de vie. Ils se réfugient dans une ferme dans les Landes et essaient de survivre loin de ce chaos historique. Leonor de Recondo a aussi écrit sur la musique et sur l'art. Cette écrivaine attachante, musicienne de profession, possède un univers romanesque d'une sensibilité certaine. Marie-Christine a choisi "Le Gang des rêves" de Luca di Fulvio, paru en Livre de Poche. Dans les années 20 à New York, des milliers d'Européens rejoignent le rêve américain dont Cetta, une italienne avec son fils, baptisé Christmas. Le jeune garçon grandit entre gangs adverses. Mais, il rencontre Ruth, venue d'un autre monde. Serait-ce sa chance d'échapper à son milieu ? Ce roman sur la violence et sur la pauvreté a intéressé notre lectrice qui, malgré son nombre de pages, l'a lu avec plaisir.
vendredi 16 octobre 2026
Escapade en Grèce, Athènes et l'Agora grecque
Avant de reprendre l'avion, je disposais de la matinée et j'avais envie de revoir l'Agora grecque pour, peut-être, rencontrer Socrate et ses confrères philosophes... Cette ancienne place publique, située au pied de l'Acropole, construite au VIe siècle av. J.-C., accueillait les édifices politiques, les temples, les commerces et autres habitations. Ce centre aux multiples fonctions formait "une petite ville dans la grande, plantée de platanes et de peupliers, avec des constructions (palais du sénat, etc.), divisée en quartiers assignés à chaque corporation de marchands". J'imaginais facilement l'agitation sociale, la fébrilité des échanges dans ce lieu où se rencontraient les citoyens grecs, en particulier les philosophes déambulant dans la stoa, d''où le nom des stoïciens. Quand je me suis baladée dans cet espace assez peu fréquenté, je me suis tout de suite dirigée vers le temple d'Héphaïstéion, de style dorique et il a servi d'église orthodoxe du VIIe au XIXe siècle. Dédié au dieu de la métallurgie, Héphaïstos et à Athéna Ergané, déesse de la poterie et de l'artisanat, ce temple sacré conserve toute sa splendeur antique. Les archéologues ont retrouvé le nom de l'architecte, Ictinos, le même que celui du Parthénon. Avec ces six colonnes en façades sur treize en longueur, cet édifice religieux en marbre a traversé les siècles sans trop de dommages. Un musée attenant au site propose de très belles vitrines sur les vases grecs, les objets du quotidien, des pièces retrouvées lors des fouilles qui ont commencé au milieu du XIXe siècle. J'ai donc achevé mon escapade à l'Agora avant de quitter la ville pour rejoindre l'aéroport. Je suis partie avec, chevillé au corps et mon âme, le miracle grec, ce temps historique où des valeurs essentielles sont nées : la Démocratie, la Philosophie, l'Art, l'Histoire, la Politique, etc. Je n'oublie pas les zones sombres de l'Antiquité surtout la condition des femmes à cette époque et l'esclavage. J'avais épousé l'identité grecque pendant une semaine et j'avoue qu'à Kéa, j'avais perçu un air de paradis. En revenant dans notre pays si fracturé, j'avais la nostalgie des plages, du ciel bleu profond, de la mer, d'Athènes, de la beauté de l'art antique. Il faut bien revenir sur terre mais, heureusement, je sais qu'il existe des lieux où règnent la paix, la sérénité et la beauté... Décidément, deux pays m'habitent sans cesse par leur culture et leur identité: l'Italie et la Grèce !
mercredi 14 octobre 2026
Escapade en Grèce, le Musée archéologique d'Athènes
Mon escapade à Athènes s'est poursuivie en visitant la veille de mon départ deux musées, le Musée national archéologique et la Fondation Goulandris. Comme celui de l'Acropole, ce vieux musée est incontournable pour tous les amoureux et amoureuses de la Grèce antique. Il possède plus de 20 000 pièces datant de la Préhistoire à la fin de l'Antiquité. L'espace le plus spectaculaire concerne la collection des sculptures du VIIe au Ve siècle av. J.-C. et aussi la collection de céramiques. J'ai surtout revu avec un grand plaisir la salle consacrée à l'art cycladique avec ses idoles d'une modernité surprenante dans sa sobriété. L'Idole d'Amorgos date de 2 800 av. J.-C. et mesure 1,50 m, ce qui est rarissime. J'ai retrouvé les musiciens si touchants, le joueur de harpe et le flûtiste, des personnages uniques dans cet art. Au premier étage, les fresques d'Akrotiri de Santorin sont exposées à notre admiration d'autant plus que j'avais visité ce site antique lors de mon escapade dans les Cyclades. Cette Pompéi de l'Egée a été détruite en 1600 av. J.-C. et ces traces artistiques d'influence minoenne montrent des enfants boxeurs, des paysages printaniers, des portraits de femmes. Je n'ai pas oublié le masque en or d'Agamemnon, découvert par Heinrich Schliemann à Mycènes. La salle des Kouroi est particulièrement passionnante avec mon préféré, le "Kouros de Sounion" du temple de Poséidon mesurant trois mètres de haut. Son pied gauche est avancé et sur son visage, l'homme dieu dessine son sourire archaïque. Un signe de son bonheur terrestre. Une autre statue en bronze attire l'intérêt des visiteurs, le Zeus ou le Poséidon, trouvée au fond de la mer au large de l'île d'Eubée. Ce chef d'oeuvre de l'art antique est un des rares bronzes grecs originaux du Ve siècle av. J.-C. et quand je tournais autour de ce dieu en bronze, j'étais plongée dans une rêverie marine. Des pêcheurs l'ont découverte en 1926 dans un navire échouée qui le transportait. Cette statue a donc été sauvée car à la fin de l'Antiquité, le bronze était fondu pour récupérer ce métal. Chaque trouvaille archéologique pourrait faire l'objet d'un récit passionnant ! J'ai consacré quelques heures pour admirer toutes ces pièces archéologiques, d'une pièce de monnaie à un vase grec, d'une idole cycladique à un kouros, d'une portrait en feuille d'or à une fresque géante. J'avais l'impression que je ne vivais plus au XXIe siècle mais dans la Grèce antique ! En quittant le bâtiment, j'ai repris le bus et là, le rêve grec dans ce musée s'est logé dans mon esprit pour toujours.
mardi 13 octobre 2026
Escapade en Grèce, Athènes, l'Acropole
Pour visiter l'Acropole, il vaut mieux choisir un créneau favorable pour éviter les milliers de touristes qui se bousculent dans cet espace limité. Dès cinq heures de l'après-midi, je me suis présentée devant le portail avec mon billet. L'administration a inauguré le filtrage horaire et malgré mes précautions, il fallait attendre une heure pour pénétrer dans ce rocher sacré. J'ai eu de la chance avec la météo, la canicule s'étant évanouie depuis quinze jours. Quelle émotion de grimper au sommet de la citadelle de 156 mètres de haut en longeant le théâtre de Dionysos, l'Odéon d'Hérode Atticus, les Propylées, le temple d'Athéna, l'Erechthéion et le clou du spectacle, le Parthénon ! Ah, ce Parthénon majestueux, solide, fier, malgré ses blessures nombreuses au fil du temps. Les Perses, les Ottomans, les Vénitiens ont attaqué ce prestigieux édifice. Mais, il a tenu bon, il est resté debout même s'il est endommagé et a perdu quelques bouts de colonnes. Au temps de la Grèce antique, cette partie la plus élevée d'Athènes servait aussi de refuge à la population lors des attaques ennemies. Quels sont ces hommes -malheureusement pas les femmes- qui ont construit cet édifice ? Périclès l'a décidé, Phidias, le sculpteur l'a imaginé, les architectes Ictinos et Callicratès l'ont dessiné. Dédié à Athena Parthénos, ce temple de l'art classique grec est célèbre pour ses proportions harmonieuses et ses sculptures. Quand je me suis retrouvée pour la cinquième fois devant ce monument enraciné dans le temps depuis 2500 ans, j'étais toujours impressionnée par la beauté de ce temple admirable. Une image extraordinaire, un symbole essentiel de la Grèce antique. En 2021, l'Etat grec a amélioré la circulation sur l'Acropole avec un revêtement en béton pour éviter les accidents et pour permettre l'accès aux personnes handicapés. Cette nouveauté ne m'a pas contrariée. Bien au contraire et ce circuit plus sûr ne gâche pas le site. Et au loin, à l'horizon la mer, d'un bleu profond, la même que contemplaient ces milliers de Grecs anciens.
lundi 12 octobre 2026
Escapade en Grèce, Athènes, le Musée de l'Acropole
J'ai consacré ma deuxième journée au Musée de l'Acropole dès neuf heures du matin. Il faut fuir le créneau entre 11h et 17h pour éviter la foule des touristes des "Tours operators". Une fois pris les billets sans attendre, j'ai pénétré dans mon "sanctuaire muséal" avec une certaine émotion. Pourtant, je le visitais pour la quatrième fois mais ma curiosité admirative demeurait intacte. Le musée est en lui-même un chef d'oeuvre architectural avec ses baies vitrées et ses larges fenêtres sur l'Acropole. Ce bâtiment de 25 000 mètres carrés dont 14 000 d'exposition a été inauguré en 2009 pour réunir tous les bas-reliefs, statues, céramiques et autres objets retrouvés sur le site. Construit sur pilotis, son sous-sol intègre des vestiges récemment mis au jour. Le musée accueille 10 000 visiteurs par jour ! Mais, à l'heure où j'ai posé mes pieds dans la montée du musée, j'ai vu mes merveilleux vases grecs des périodes mycénienne, géométrique et classique dans les vitrines et d'autres objets du quotidien. Puis au premier étage, les statues en marbre défiant le temps depuis des millénaires : les koré et les kouroi, avec leur sourire énigmatique. J'ai revu ces statues si spectaculaires et j'aime surtout la déesse Athéna qui se distingue de autres statues. "L'Athena pensive", une stèle de 54 centimètres me touche particulièrement et cela fait quelques années que sa reproduction en marbre (en petit format) décore ma bibliothèque. Avant de visiter ces oeuvres uniques au monde, il faut absolument préparer sa visite pour repèrer dans cet espace les pièces les plus marquantes du musée. Au premier étage se situe les Caryatides, ces célèvres statues féminines, qui soutenaient le temple de l'Erechthéion sur l'Acropole. Au troisième étage, les métopes, frises et frontons se déroulent sous nos yeux ébahis : scènes de guerre, cavaliers triomphants, dieux grecs, centaures, amazones, cérémonies religieuses. Un panorama complet et fabuleux de la Grèce antique. Plus j'observe ces témoins d'un passé mythologique, plus cette vision me fait rêver sur ce monde antique grec que Jacqueline de Romilly définissait ainsi : "Car ce que nous aimons en elle (la Grèce), c'est cet effort incroyable pour faire triompher la lumière sur les ombres". Des retrouvailles heureuses avec un des plus beaux musées archéologiques du monde !
vendredi 9 octobre 2026
Escapade en Grèce, Athènes
Après Brauron, Athènes a surgi devant mon regard avec son architecture anarchique, son flux incessant de voitures, de taxis jaunes, de bus et de trams. J'ai reconnu tout de suite cette ambiance à la napolitaine. Comme c'était l'heure du déjeuner, j'ai retrouvé un restaurant d'antan, le Kalimari, près de notre location. J'ai savouré ses fameuses "souvlaki", des petites brochettes de viandes diverses cuites au feu de bois. Quand je suis rentrée dans l'appartement situé dans le quartier de l'Acropole, j'ai vu, de ma terrasse au dernier étage, le Parthénon dans sa majesté somptueuse. Je l'avais là devant mes yeux, de jour comme de nuit et je pouvais l'observer de mon lit... Ma première balade dans la ville m'a remis en mémoire les lieux que j'avais déjà visités à plusieurs reprises : l'Olympion, la Porte d'Hadrien, l'Agora romaine avec la Tour des Quatre Vents, l'Athènes antique. L'Athènes contemporaine nous donnait une autre vision : des rues animées, la foule urbaine, le bruit et la fureur des métropoles. J'étais passée d'un monde calme, serein à Kea et dans l'Attique à un univers électrique, bouillant d'énergie avec ses nombreux commerces, restaurants, boutiques diverses souvent vintages. En fin d'après-midi, j'ai arpenté la rue pavée la plus fréquentée par les touristes, Dionysiou Aeropagitou. Ce chemin de pierre brute longe d'un côté les monuments les plus fabuleux d'Athènes : l'Acropole, le théâtre de Dionysos, l'Odéon d'Hérode Atticus et de l'autre côté, des immeubles cossus de style néoclassique. En fin de journée, cette avenue piétonne semble retrouver sa sérénité. Ce jour-là, j'ai entendu une soprano avec une voix merveilleuse. Elle chantait des airs de Haendel et de Vivaldi. J'étais sous son charme. Cette jeune femme s'appelait Elena, une muse chantante pour m'accueillir aux pieds de l'Acropole. Décidément, les dieux grecs n'ont jamais quitté la cité antique car ils m'ont envoyé une de leurs messagères. Dans la Grèce antique, la musique avait une place essentielle dans tous les événements de la vie. Un moment de grâce après ma déambulation dans les quartiers bruyants d'Athènes.
jeudi 8 octobre 2026
Escapade en Grèce, le sanctuaire de Brauron
J'ai loué un appartement à Porto Rafti avant de partir à Athènes car je voulais visiter Brauron, Vravrona en grec. Ce site se mérite vraiment car, situé hors des sentiers battus. A une quarantaine de kilomètres d'Athènes, dans une nature préservée, les vestiges d'un sanctuaire dédié à la déesse Artémis s'étalaient sous un soleil magnifique et j'ai assisté en même temps à un ballet d'hirondelles fendant le ciel d'une allure folle. Je n'ai vu aucun touriste malgré la réputation du lieu dans la Grèce antique. J'étais donc très agréablement surprise de me balader dans cet espace archéologique, datant de 420 av. J.-C., niché dans un cadre bucolique au milieu des vignes et des figuiers. J'ai appris lors de ma déambulation qu'Iphigénie, la fille d'Agamemnon, avait édifié ce temple pour Artémis, la déesse de la nature sauvage, de la chasse, protectrice des futures mères. Elle a fini sa vie dans ce sanctuaire et sa tombe est proche du temple. Les jeunes prêtresses, gardiennes du sanctuaire, appelées "les Petites Ourses", étaient âgées de cinq à dix ans. Elles effectuaient la danse de l'ours et cet animal était sacrifié pour les dieux. Il reste douze colonnes du temple, les fondations et un rocher identifié comme étant la tombe d'Iphigénie. Le temple dorique mesure 20 mètres sur 10 et présente des colonnes en très bon état. Ce site si peu fréquenté conserve son mystère et son aura magique. Quand je me baladais au milieu du temple, je voyais ces petites filles en train de danser et d'honorer la déesse. Une petite chapelle de Saint Georges est fermée au public. Le musée attenant au site présente de très belles pièces : des vases, des offrandes, des bijoux, des bas-reliefs, des objets du quotidien. Des statues émouvantes représentent les petites Ourses. Dans un bas-relief, une famille de fidèles offre une chèvre à Artémis, la déesse, assise sur un rocher, vêtue d'un long chiton. J'ai vécu à Brauron un grand moment de la mythologie grecque : Artémis, Iphigénie, les petites Ourses, les cérémonies religieuses, le sanctuaire, les figures votives, les vases... Quand on vient en Grèce, la mythologie se lit dans la pierre et dans les livres, évidemment. Brauron, une étape insolite et fascinante
mercredi 7 octobre 2026
Escapade en Grèce, du temple de Poséidon au théâtre de Thoricos en Attique
Dès que je suis sortie du ferry, j'ai pris la direction du Cap Sounion pour, enfin, arpenter le site du temple de Poséidon. Le meltem soufflait fort, très fort mais cette météo ne m'a pas découragée. Ce temple grec classique date du Ve siècle av. J.-C. et domine la mer à l'extrémité du cap Sounion en Attique à une hauteur de 60 mètres. Bati sur un ancien temple détruit par les Perses, Périclès a reconstruit cet édifice en même temps que le Parthénon. De type dorique, quinze colonnes en marbre sur trente-huit restent encore debout pour défier le temps. Une statue en bronze de Poséidon, haute de six mètres, était située dans le naos, le centre du temple. Je revoyais ce joyau de la Grèce antique et mon admiration avait conservé toute sa force. L'emplacement du temple face à la mer Egée permettait aussi aux marins de les guider dans leur approche de la côte. Le cap Sounion se situe à 70 kilomètres d'Athènes et attire des milliers de visiteurs, surtout en fin de soirée pendant le coucher du soleil. J'ai tout de même réussi à me garer près de ce temple sacré et j'ai pensé à Marguerite Yourcenar qui adorait ce lieu dans les années 30. Mais, dans ces années-là, les touristes ne stationnaient pas dans le bar-restaurant, n'achetaient pas des souvenirs made in China... Elle considérait ce temple devant la mer comme "un paysage métaphysique faisant écho à sa propre recherche de dépouillement et de communion avec la nature". Sculptées par l'air marin et par le temps, ces ruines antiques demeurent pour l'écrivaine "l'un des sommets de la beauté terrestre". J'imaginais ce paysage antique cent ans avant et j'effaçais dans ma tête les voitures et les bus touristiques pour rejoindre la vision de Marguerite Yourcenar. Après cette étape essentielle dans mon escapade, j'ai visité sur mon parcours vers Porto Rafti un ancien théâtre, celui de Thoricos, construit entre 525 et 480 av. J.-C. près de Lavrio. Ce monument isolé dans la nature est accessible au bout d'un chemin. De forme allongée, presque ovale, il comporte 21 rangées de gradins en pierre pour accueillir 4 000 spectateurs. Il servait de lieu de rassemblement civique et de lieu de représentation. Quand je voyage dans la Grèce antique, je m'envole mentalement dans cette réalité parallèle, un rêve éveillé sur les gradins très inconfortables. Il fallait que les Grecs anciens apprécient les tragédies pour supporter cet inconfort physique ! Les temples, des lieux sacrés. Les théâtres, des lieux sacrés. La dimension religieuse de la Grèce antique se vérifie sans cesse au fil de mes visites archéologiques.
mardi 6 octobre 2026
Escapade en Grèce, l'île de Kea
Kéa, appelée aussi Tzia, authentique et préservée du tourisme de masse, possède une particularité architecturale : l'existence des maisons cubiques en pierre locale. Sur les zones montagneuses que j'ai traversées, ces habitats de couleur bronze, harmonieux et discrets, s'intègrent dans la beauté des paysages. La ville principale, Ioulida, est accrochéee à la montagne et combine des maisons blanches cycladiques avec des églises aux toits de tuiles rouges. Un paysage qui me rappelait Santorin et Naxos. Quelques moulins sont transformés en maisons de vacances. Comme dans toutes les Cyclades, j'ai retrouvé à Korissia, l'ambiance d'un port traditionnel avec les tavernes de poissons frais, les bars branchés et les boutiques traditionnelles. La marina de Vourkari abrite de très beaux voiliers. A la fin de ce mois de septembre, l'ambiance était sereine, calme car les plages étaient redevenues sauvages. J'ai rencontré dans la taverne d'Otzia deux femmes grecques retraitées qui, en entendant parler le français, nous ont adressé la parole. Elles avaient appris notre langue dans leur jeunesse. Ces deux soeurs adorables s'étaient réfugiées à Kea pour fuir leur île natale, Santorin. Elles ont raconté les dégâts du surtourisme et nous ont parlé d'un site à voir avant de partir. J'ai donc vu ce site archéologique, Agia Irini, à Varkouri, derrière des grilles car il est fermé au public. Ce site majeur de l'Age du Bronze abrite des vestiges d'une ancienne cité fortifiée préhistorique avec des structures de temples antiques. Ce temps si lointain de nos ancêtres me fascine toujours. Comme ma maison de location se situait devant la plage, je me promenais souvent sur le sable à la recherche de coquillages. J'arpentais aussi un sentier qui me menait sur les collines environnantes parsemées de maisons cubiques. La mer Egée d'un bleu profond me mettait en mémoire les Grecs anciens, des marins émérites et courageux. Je m'attendais à rencontrer Ulysse qui me hélait pour que je le rejoigne... Sur cette côte, le meltem, ce vent si homérique, soufflait fort. Je suis restée quelques jours dans ce lieu mythique et magique entre balades et baignades, la mer et la montagne, les maisons cubiques et les petites chapelles orthodoxes blanches et bleues. Le dimanche, la météo a changé, le vent a agité la mer, et le ferry que j'ai pris m'a provoqué quelques frayeurs. Les vagues se frottaient avec énergie sur la coque du bateau. Une traversée délicate car le capitaine conseillait de ne pas rester sur les coursives extérieures. Je me suis bien gardée de mettre le nez dehors sauf en fin de parcours pour filmer ce terrible vent de Poséidon. Ce séjour pourtant assez bref m'a pourtant donné un gout d'éternité.
lundi 5 octobre 2026
Escapade en Grèce, du Cap Sounion à l'île de Kéa
Quand j'ai posé mes pieds sur le sol de l'aéroport d'Athènes, j'ai ressenti une émotion certaine. Mon dernier voyage datait de 2019 et quelques années plus tard, le visage du pays a un peu changé avec un surtourisme que l'on remarque immédiatement. J'avais loué une voiture et en attendant la remise des clés, j'ai croisé des Africains du Sud, des Allemands, des Anglais, des compatriotes, etc. La planète entiere avait envoyé des représentants pour admirer ce pays, berceau de la civilisation occidentale et peut-être tout simplement, l'attraction du soleil et des plages... Comme le vol durait trois heures et que l'attente pour récupérer la voiture était longue, je n'ai pas eu la satisfaction de visiter le temple de Poséidon mais ce n'était que partie remise. J'ai apercu le temple de mon hôtel, une image déjà fabuleuse, accompagné d'un coucher de soleil somptueux. La Grèce culturelle se niche aussi dans sa gastronomie et le restaurant attenant à l'hôtel nous a servi un excellent souper ! Le lendemain matin, j'ai repris la route pour Lavrio, un port qui donne accès à quelques îles dont celle que j'avais choisi : Kéa. Cette île appartient aux Cyclades et très peu fréquentée. J'ai donc pris le ferry, toujours aussi imposant dans sa structure et mon frère a vraiment vécu un moment difficile en garant la voiture dans la carcasse du bateau. La météo s'est avérée calme et une heure après, je suis arrivée à Korissia où nous attendait notre hôtesse charmante. On l'a suivie jusqu'à la baie d'Otzia où j'avais loué une maison sur la plage. Quel bonheur de se retrouver dans cette maisonnette cycladique située au bout d'une plage de sable ! Un vrai petit paradis secret et caché... Des dindons amusants nous ont accueillis dans le terrain voisin et notre hôtesse nous avait préparé un plateau de fruits, des oeufs, du miel, de la confiture, etc. Cette attention nous a vraiment touchés car dans mon séjour, je n'ai rencontré que des Grecs adorables de gentillesse. La mer me tendait ses bras et j'ai pris ma première baignade avec un plaisir jubilatoire dans une eau assez chaude pour la saison. J'ai apprécié le calme et la quiétude de ce lieu merveilleusement grec. En fin septembre, la nature respire et retourne à son silence primordial. Un première étape sereine et dépaysante dans une île authentique.
mercredi 23 septembre 2026
Mes lectures grecques
Je m'envole bientôt vers la Grèce revoir le pays des dieux, ces dieux à visage humain. Avant de revisiter Athènes, je vais contempler la mer au Cap Sounion devant le temple de Poséidon. Ce lieu magique demeure ma première étape et je vais penser à Marguerite Yourcenar qui, dans une lettre, voulait revoir ce temple avant de mourir. Puis, je m'embarque pour une île très peu connue, Kéa, au nord de l'archipel des Cyclades, la plus proche de l'Attique. Mais, avant de goûter l'air marin, la feta et les olives, j'ai voyagé grâce aux livres de ma bibliothèque. Je remets mon "cerveau" en mode grec et avant de retrouver l'Acropole, l'Agora, les musées, je ressens un besoin de me plonger dans cette période antique. J'ai donc lu "La vie quotidienne des Grecs au siècle de Périclès" de Robert Flacelière, paru chez Hachette en 1978. Cette collection, "La Vie quotidienne" était une excellente introduction pédagogique et culturelle avec une rigueur académique. J'ai appris beaucoup d'informations sur un grand nombre de sujets : de la famille à la politique, de la maison aux rituels religieux, de la littérature à l'art, etc. Une mine d'or. Une fresque vivante et passionnante. Il n'oublie pas la place restreinte des femmes dans la cité et surtout la misère des esclaves. J'ai feuilleté des livres d'art dont le catalogue du musée de l'Acropole, ce fabuleux musée, un trésor national précieux et indispensable pour voir des pièces uniques. J'ai relu un ouvrage d'une très belle collection d'art chez Hazan, "La Grèce antique", dont l'iconographie est remarquable. Quel plaisir de relire tous ces livres qui se reposaient sagement dans ma bibliothèque ! Que vais-je glisser dans mon sac ? J'abandonne les guides traditionnels car, sur Internet et avec l'IA, l'usage des guides s'avère moins essentiel. J'ai choisi comme compagnons de voyage deux livres de poche dont "La Civilisation et l'art de la Grèce ancienne" de Kostas Papaioannou, paru en 1989. Une synthèse bien écrite d'un grand spécialiste de l'art antique. Et pour la fiction, un roman de Sandor Marai, "La Paix à Ithaque", paru en 1952. Quand un grand écrivain rend un hommage vibrant à Homère...
lundi 21 septembre 2026
Atelier Littérature, les coups de coeur, 3
Danièle a évoqué un deuxième coup de coeur, "Il neige sur le pianiste" de Claudie Hunziger, paru en livre de poche. Une romancière vit dans une maison en pleine forêt et elle reçoit la visite d'un pianiste, un spécialiste de Bach. Il ne devait rester qu'une nuit mais la neige tombe et son séjour se prolonge dix jours de plus. Un renard blessé est recueilli et la romancière le sauve. Une allégorie du soin, "prendre soin du monde" surtout quand il ne se porte pas à merveille. Un roman "enchanteur" selon Danièle à découvrir. Marie-Christine a apprécié un récit de vie d'une femme iranienne : "La Joueuse d'échecs" de Mitra Hejazipour, championne d'Asie. Elle a osé enlever son voile à Moscou devant les caméras du monde entier. La France l'a accueillie et elle raconte dans cet ouvrage son enfance à Téhéran, son ascension grâce aux échecs et son exil dans notre pays. Un parcours exemplaire pour conquérir la liberté. Régine a présenté une nouveauté de la rentrée littéraire : "La solitude des professeurs est infinie" de Yannick Haenel, paru chez Gallimard. Jean Deichel, jeune professeur de français, effectue un stage au sein d'un collège de la banlieue parisienne. Il découvre les difficultés du métier mais aussi ses joies. Comme il est aussi poète, il cherche aussi "la lumière de la vraie vie" au coeur d'un quotidien bien morose. Régine était attirée par ce roman mais, elle semblait un peu déçue par cette nouveauté de la rentrée, connaissant le monde de l'éducation sur le bout des doigts. Elle a évoqué son grand coup de coeur : "Le ciel est immense" de Feurat Alani, auteur français d'origine irakienne. Adel, pilote de guerre, est envoyé par l'armée pour un stage en URSS mais il disparaît en 1974 entre Bagdad er Krasnodar. Trente ans plus tard, son neveu mène une enquête sur sa disparition non élucidée. Un roman formidable selon Régine et un voyage labyrinthique sur un secret de famille dérangeant. Véronique a présenté deux coups de coeur : "Tous les hommes doivent savoir" de Nina Bouraoui et "La Confrérie des moines volants" de Metin Arditi. Nina Bouraoui raconte sa vie dans ses contradictions. Elevée dans la culture musulmane, son homosexualité pose problème pour elle et pour les autres. Une écrivaine courageuse et très attachante. Le roman de Metin Arditi : quand des moines orthodoxes sauve des trésors artistiques dans les églises dans une Russie stalinienne anti-religieuse. Voilà pour les coups de coeur de l'été et merci aux amies lectrices de nous avoir donné de très bonnes idées de lecture !
vendredi 18 septembre 2026
Atelier Littérature, les coups de coeur, 2
Janelou et Odile ont lu le premier roman de Thélyson Orélien, "C'était ça ou mourir", paru chez Grasset. Cette nouveauté de la rentrée littéraire attire déjà beaucoup l'attention du lectorat et des critiques. Ce "phénomène" obtiendra certainement un prix cet automne. Le héros, Jonas Dorléon, professeur d'histoire, quitte son pays, Haïti, après l'embrasement de son quartier de Port-au-Prince. Il emporte avec lui un sac en plastique avec son diplôme, un cahier de poèmes et la photo de sa mère. Sa migration démarre en République dominicaine, puis au Brésil et au Mexique. Il traverse souvent des enfers mais aussi des instants de solidarité. Il est pourchassé par les agents de l'ICE aux Etats-Unis, mais, il parvient à trouver l'asile au Canada. Il dénonce dans ce roman la trajectoire d'un migrant sur le plan physique : la marche, la faim, la soif, le froid. Mais, sa force morale lui permet de tenir debout. Odile a été conquise par ce roman très contemporain avec un style imagé. Janelou a émis quelques critiques sur ce texte trop long à son goût. J'ai retenu son commentaire : "Il en fait trop". Une nouveauté à découvrir sur un sujet universel. Geneviève a présenté son coup de coeur avec "Clément" de Romain Lemire, publié au Cherche-midi. Le narrateur relate l'histoire de sa famille dans la France des années quatre-vingt. Le père est professeur de lettres, sa mère, éditrice. Classe moyenne supérieure et dans ce milieu privilégié, règne un silence assourdissant et le crime terrible de l'inceste au sein de la famille. Sur France Culture, l'auteur explique sa démarche : "Les viols, c'étaient les viols, mais avant et après la vie reprenait son cours et j'avais une enfance (...) heureuse, joyeuse et c'est ça aussi que j'ai voulu montrer dans ce livre. Et c'est pour ça aussi que c'est difficile à déceler". Un roman indispensable pour dénoncer ce fléau social, ce crime familial qui condamne des milliers d'enfants par an. Danièle a choisi un roman de Jenni Fagan, écrivaine écossaise, "Les buveurs de lumière", paru dans la collection Points Seuil. Un roman dystopique qui raconte l'attente de la fin du monde avec des personnages attachants comme Stella, l'adolescente, sa mère, Constance, Dylan et Bernache. Une nouvelle ére glaciaire s'annonce et comment vivre sur la Terre ? Danièle a lu ce roman pour préparer son futur voyage en Ecosse. Rien ne vaut un roman pour connaître un pays et son atmosphère. (La suite, lundi)