vendredi 21 août 2026

"La Prisonnière", Marcel Proust, 2

Le narrateur veut empêcher Albertine d'aller à une soirée chez les Verdurin car il craint la présence de la fille de Vinteuil, le compositeur de la sonate célèbre. Il la dissuade et il se rend lui-même dans le salon des Verdurin où il rencontre le baron de Charlus, un personnage emblématique de la Recherche. Dans cette soirée où il entend pour la première fois un sextuor de Vinteuil, il donne la parole au baron et à sa relation tumultueuse avec Morel, le musicien dont il est amoureux. Le narrateur apprend aussi la mort de Swann, de Cottard et de Madame de Villeparisis. Dans la scène du salon, Charlus règne en maître alors qu'il est l'hôte de Madame Verdurin et celle-ci colporte des ragots mensongers sur son compte pour se venger de son humiliation mondaine. Elle arrive à convaincre Morel de quitter le baron. Marcel Proust connaissait à merveille l'ambiance de ces salons parisiens, leur comédie humaine, leur cruauté sociale et leur snobisme insupportable. A son retour chez lui, il se fâche avec Albertine qui lui avoue ses mensonges récurrents. Il tente de se réconcilier avec elle en la couvrant de cadeaux au désarroi de Françoise qui nomme Albertine la "Princesse". Un matin, il décide de rompre mais Albertine l'a devancé en s'éclipsant sans le prévenir. Cet événement surprenant sera le thème du sixième tome de la Recherche avec "La Fugitive".  Dans ce roman, Marcel Proust évoque l'amour imparfait, destructeur : "J'appelle ici amour une torture réciproque". Les mensonges perpétuels d'Albertine fragilisent le narrateur qui ressent sa solitude encore plus profonde : "Car, aucun être ne veut livrer son âme". Pour Marcel Proust, seul l'art peut apporter un sentiment de plénitude : "Y avait-il dans l'art une réalité plus profonde où notre personnalité véritable trouve une expression que ne lui donnent pas les activités de la vie ?". Plus loin, il approfondit le thème de l'art si essentiel dans la Recherche : "Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux, de voir l'univers avec les yeux d'un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d'eux voit, que chacun d'eux est (...) Nous volons d'étoiles en étoiles". Je relis Marcel Proust pour ces pensées si profondes sur la vie, sur la mémoire, sur les relations humaines en société et aussi sur sa propre solitude. Son oeuvre entière déploie toujours cette vision esthétique de la vie car pour ce génie de la littérature, "La vérité suprême de la vie est dans l'art". Marcel Proust me touche toujours autant depuis ma jeunesse où je l'ai étudié à l'université jusqu'a mes années de "maturité", car, le relire aujourd'hui, c'est admirer sans cesse la beauté de la langue francaise et d'adhérer à sa vision artistique !

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