mercredi 2 décembre 2015

Les 25 meilleurs livres de l'année

A la fin de l'année, j'aime bien découvrir la sélection de la revue Lire, concernant les 25 meilleurs livres de l'année. A ma grande satisfaction, le roman de Boualem Sansal, "2084 : la fin du monde" a été choisi comme le Livre de l'Année 2015. L'explication que nous donne la rédaction, confirme mon intuition : ce roman raconte la grande menace du XXIè siècle, le terrorisme islamiste. Je cite cette phrase : "Une année entamée dans les larmes le 7 janvier, avant que ne leur succèdent le sang et la colère, le 13 novembre" et plus loin, l'écrivain algérien nous annonce cette sentence prémonitoire : "La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n'est plus fort qu'elle pour faire détester l'homme et haïr l'humanité". Il faut saluer avec admiration cet écrivain d'un courage inouï. Il décrit dans son roman d'une audace politique indéniable, l'irruption d'un totalitarisme religieux dans un pays, l'Abistan, vivant sous le règne de la charia. Son œuvre résonne fort et juste dans cette dénonciation du radicalisme religieux et de l'intolérance, du triomphe de l'ignorance et de l'inculture généralisée. La revue Lire ne pouvait qu'honorer ce livre "rare, un livre puissant, au croisement de la fable et du pamphlet, de la satire et du roman d'anticipation".  Dans la catégorie "Roman français", on trouve Virginie Despentes, dans la catégorie "Roman étranger", l'écrivain islandais, Jon Kalman Stefansson et son "D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds". Puis, je citerai encore Victor Del Arbol dans la catégorie "Polar" et Philippe Forest pour son Aragon dans les biographies. La revue propose aussi un entretien avec Boualem Sansal, au centre de la revue et une sélection de beaux livres pour les Fêtes de Noël. Pour conclure, ce numéro de décembre et de janvier offre de bonnes idées de lecture pour cette fin d'année. Il paraît que le livre est le cadeau préféré des Français et cette constatation ne peut que me satisfaire.

mardi 1 décembre 2015

"A ce stade de la nuit"

Quand j'ai appris la sortie du nouveau texte de Maylis de Kerangal, "A ce stade de la nuit", paru aux éditions Verticales, je me suis précipitée chez Garin pour l'acquérir. Cet opus de 73 pages, dans un format poche, se lit vite mais mériterait une deuxième lecture plus approfondie. Ce récit littéraire ressemble à une longue réflexion poétique et politique sur le problème majeur des migrants fuyant leurs pays dévastés par la guerre. Ils franchissent les frontières pour trouver un havre de paix en Europe. La narratrice entend à la radio le mot "Lampedusa" et ce mot géographique l'entraine dans une rêverie sur Burt Lancaster, l'acteur américain interprétant le comte Don Fabrizio dans "Le Guépard" de Visconti. L'écrivain italien se nommait lui-même Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Dans le roman, le comte vieillissant observe la fin de son monde patriarcal et monarchique dans la grande scène du bal dont les images éblouissantes de Visconti restent gravées dans nos mémoires de cinéphile. Pourquoi Maylis de Kerangal utilise-t-elle le cinéma pour illustrer le drame terrible d'un naufrage de migrants en Méditerranée ? Comment un décor aussi magique, la mer, peut-elle se transformer en tombeau ? L'écrivain ne donne pas de réponse mais invite le lecteur à s'interroger sur les mots que nous écoutons parfois dans une indifférence coupable. Le terme Lampedusa n'est pas qu'une île paradisiaque ou un écrivain extraordinaire ayant écrit un chef d'œuvre de la littérature italienne. Cette île porte le malheur du monde où des hommes, des femmes et des enfants veulent l'atteindre pour survivre. Cet ouvrage propose une réflexion politique sur la complexité du monde contemporain. La littérature sert à comprendre la vie et la société dans laquelle nous vivons... 

vendredi 27 novembre 2015

Hommage aux victimes

J'ai hésité à écrire sur la cérémonie de ce matin où la nation rendait hommage aux 129 victimes du terrorisme islamique. Pourtant, j'ai eu les larmes aux yeux en pensant à tous ces jeunes qui, pour la plupart d'entre eux, avaient la vie devant eux. Sobriété, émotion, chagrin, colère aussi, perte, désillusion. Oui, l'insouciance a quitté nos cœurs même avec la musique, même avec la culture, même avec l'amour, même avec l'amitié. Les mots ont de l'importance, une immense importance. Dans le discours présidentiel, j'ai remarqué l'expression "dureté du monde". Il faut le dire : nous ne vivons plus dans un monde de guimauve, d'optimisme béat, de bisounours. Mais il faut parler, écouter de la musique consolante, se battre contre la stupidité universelle et le fanatisme tueur. Les paroles des chansons de Brel et de Barbara résonnaient juste, résonnaient vrai. Peut-on lutter qu'avec de l'amour ? Comment vivre normalement après tout ce massacre ?  La liberté de nos sociétés est-elle menacée ? Répondons par l'affirmation indéfectible de nos valeurs républicaines et démocratiques, sans trembler de peur et de haine. Que cette cérémonie était poignante et fragile notre démocratie cristalline... Il s'est passé quelque chose d'indicible, d'indescriptible  ce matin. La civilisation française, nous l'aimons tous sans exception et le monde entier l'aime aussi avec admiration. Nos Lumières éclairent notre pays depuis des générations entières. Continuons à les transmettre à la barbe des obscurantistes moyenâgeux. Je ne porterai jamais leur voile de soumission car je suis libre de lire,  d'écouter de la musique si essentielle à la vie, de contempler la beauté des paysages (je vois les montagnes de ma fenêtre). La vie continue comme on le dit souvent mais, pas comme avant le 13 novembre... Hommage aux victimes. 

jeudi 26 novembre 2015

Atelier de lectures, 3

Après Colette en octobre, j'avais envie de présenter Simone de Beauvoir, un écrivain-phare pour moi. J'ai suggéré de lire  "La femme rompue" et "Une mort très douce". Mais le temps a passé trop vite et nous n'avons pas abordé sérieusement les deux ouvrages en question. Pour ma part, j'ai relu "La Femme rompue" et j'avoue que ces trois nouvelles m'ont un peu déroutée car lire à l'âge de trente ans et lire trente cinq ans plus tard,  réservent des surprises. Dans le premier récit, Simone de Beauvoir évoque un couple dans le milieu intellectuel parisien. Le personnage féminin traverse une crise : son mari vit un peu au ralenti et son fils s'éloigne d'elle. Son intransigeance provoque une dispute violente avec ce fils qui renonce à sa thèse alors qu'elle rêvait pour lui d'une carrière de professeur... L'héroïne s'installe dans la "déprime" parce qu'elle n'accepte pas le changement de son fils (qui rejoint tout de même le ministère de la culture)... La déception parents-enfants me semble un peu dépassée de nos jours bien que cela soit un thème universel... La troisième nouvelle concerne l'éclatement d'un couple. Le mari trompe sa femme mais il se sent culpabilisé devant la souffrance de son épouse, délaissée et abandonnée. J'ai aussi trouvé le sujet pas très original... Je me suis rendue compte en relisant ce livre que j'aurais du conseiller les œuvres autobiographiques et en particulier "Les Mémoires d'une jeune fille rangée", "La Force des choses", "La force de l'âge", "Tout compte fait", "La Cérémonie des adieux".  C'était passionnant à l'époque de lire l'ensemble des récits autobiographiques comme un témoignage historique, politique, sociologique sur la vie d'une grande intellectuelle française des années 40 aux années 80. Elle a cultivé le sens de la révolte à tout va : contre la Guerre d'Algérie, la colonisation, l'inégalité homme-femme, le carcan des injustices faites aux femmes. Son alliance originale et égale avec Sartre a servi d'exemple à toutes les femmes du monde entier. Je voulais rendre hommage à cette figure incontournable de la littérature française du XXe siècle en tant que féministe influente. Sa vie se confond avec la littérature, avec les idées au service d'un idéal qu'il ne faut pas oublier surtout en ces temps agités où certains criminels fanatiques veulent détruire tous les délices de la pensée, tous les enchantements de la liberté et tous les bonheurs de l'art et de la littérature...       

mercredi 25 novembre 2015

Atelier de lectures, 2

Après le coup de cœur de Janine, Nicole s'est enthousiasmée pour "Sapiens" de Yuval Noah Harari. Evidemment, ce document ne se lit pas comme un roman, mais pour un essai, il se lit aussi facilement qu'un roman. Cet ouvrage, véritable phénomène d'édition, a conquis un vaste public qui s'intéresse à l'Histoire de l'homme depuis 100 000 ans... L'historien pose les questions sur la domination de l'humanité sur la planète, sur le rôle de la religion, de l'écriture, de la nation, des lois, etc. Une somme formidable pour se cultiver avec plaisir... Nicole a trouvé ce livre passionnant avec ses 492 pages et nous a communiqué son envie de le découvrir. Elle a aussi mentionné le beau roman de Christophe Ono-dit-Biot, "Plonger", et la relecture d'Hector Malot, "Sans famille", une saga émouvante au parfum d'enfance. Geneviève est revenue à la fiction avec l'hommage formulé à l'égard de Robert Musil pour son roman, "Les Désarrois de l'élève Torless", publié en 1906. Ce livre raconte l'histoire d'un groupe d'adolescents complice de sévices sur un autre garçon de son âge dans une école militaire en Autriche. L'écrivain évoque la violence, le sadomasochisme, les relations homosexuelles, la torture et les sévices qui préfigurent à cette époque la montée du nazisme. Un regard sur l'adolescence qui n'a pas pris une ride selon Geneviève. Mylène a parlé de Jan Christian Grondahl, écrivain danois, et de son roman, "Les Complémentaires" qu'elle a beaucoup aimé. Nous en reparlerons dans l'atelier du 15 décembre car je l'ai choisi pour susciter un débat sur l'identité plurielle. Sylvie a terminé le tour de table en présentant l'ouvrage de Jean-Louis Fournier, "Ma mère du Nord", un beau portrait de sa mère discrète et aimante. Voilà pour la partie "coups de cœur". La suite, demain pour un billet sur Simone de Beauvoir.

mardi 24 novembre 2015

Atelier de lectures, 1

Aujourd'hui, nous nous sommes retrouvées autour des livres et de la lecture. Comme je l'ai écrit ces jours-ci, c'est difficile de vivre comme avant et pourtant il faut poursuivre nos activités même si chacune a exprimé sa peur, son angoisse et ses questions sur les attentats de Paris. J'ai évoqué un document, "Le monde des Livres" de vendredi dernier où des écrivains évoquent leur sidération, leur compassion et leur combat culturel des mots face à la barbarie de ces fous furieux préférant la mort à la vie et la haine à l'amour. J'ai retrouvé dans le Cahier des Livres, le témoignage de Zeruya Shalev, elle-même victime d'un attentat à Jérusalem. Pour démarrer et détendre l'atmosphère attristée de l'atelier, Evelyne a lu un texte teinté d'humour de Bernard Friot, extrait d'un recueil "d'histoires pressées". Nous avons ensuite commencé par débattre des nouveautés de la rentrée et des prix littéraires. J'ai donc noté que personne n'avait encore lu le prix Goncourt ("Boussole" de Mathias Enard)... Mylène a évoqué le roman d'Agnès Desarthe, "Ce cœur changeant", ayant obtenu le prix du journal "Le Monde", très agréable à lire. On a cité le très bon Chalandon, "Profession père", "L'homme de ma vie" de Queffelec, et le très équivoque "D'après une histoire vraie" de Delphine de Vigan, un thriller à la Hitchcock, mêlant le faux et le vrai, la fiction et le réel. Dans la catégorie des coups de cœur, Janine, sur les conseils d'une libraire de Chambéry, a beaucoup aimé "Une vie entière" de Robert Seethaler aux éditions Sabine Wespieser. Cet écrivain autrichien est peu connu du public, mais la critique littéraire l'avait déjà remarqué dans son précédent livre, "Le Tabac Tresniek" sur la montée du nazisme en 1937. Dans "Une vie entière", le héros principal est recueilli dans une famille où il est battu. Sa vie dans les montagnes s'avère rude. Il travaille dans une entreprise de téléphériques et quand il revient de la guerre, les géraniums remplacent les croix gammées. La vie rustique du personnage central fait penser à l'univers d'un Ramuz. Une "vie minuscule" dans une nature grandiose, comme dirait Pierre Michon... La suite, demain.

lundi 23 novembre 2015

Rubrique cinéma

Vendredi après-midi, je suis allée au cinéma pour reprendre une vie culturelle normale. La Quinzaine du film italien se tient à Chambéry jusqu'à la fin du mois et je sais que les organisateurs proposent souvent des bons films. J'ai choisi "Latin lover" de Cristina Comencini avec Virna Lisi, Marisa Paredes, Valeria Bruni Tedesci et d'autres excellentes actrices. Dès le départ, la comédie explose avec un rythme soutenu et les rires fusent vite dans la salle. Cela semble même surréaliste d'entendre rire ou de sourire, pour ma part. L'histoire se déroule en une journée à la façon d'une pièce de théâtre dans une belle propriété de la campagne italienne au charme évident. La famille d'une star du cinéma se retrouve pour commémorer les dix ans de la disparition de leur mari et père. Car, Saverio Crespo représente l'Amant latin par excellence comme Rudolph Valentino en son temps.  Il s'est marié plusieurs fois, a donné naissance à des filles et n'a jamais su résister à une jolie femme... Les retrouvailles entre ses deux premières veuves révèlent déjà quelques surprises et la comédie s'installe quand les filles de l'acteur rentrent en scène avec leurs manies, leurs frustrations, leurs névroses. L'une vient d'Amérique, l'autre d'Espagne, l'une de Suède, l'autre d'Italie et les coups de théâtre s'enchaînent dans un brouhaha joyeux, délicieusement féminin. Mais, alors que la cérémonie se déroule sur l'écran dans une belle et joyeuse rétrospective qui rend hommage au cinéma, un homme qui était sa doublure, se présente et veut assister à la fête. Et, cet intrus du passé semble considérablement gêner les deux veuves... Je ne dévoilerai pas le secret de Saverio Crespo car ce secret intime pourrait déclencher un scandale. Quand je suis sortie de la salle, je me suis dit que la comédie italienne est loin d'avoir disparu et symbolise des valeurs que personne ne peut nous enlever : l'humour, la légèreté d'être, l'amour tourné en dérision, la famille éclatée, recomposée, libérée... Un petit chef d'œuvre, un film lumineux qui enchantera les amoureux du cinéma.