Paolo Giordano, né à Turin en 1982, est aussi docteur en physique nucléaire. A l'âge de 26 ans, il décroche le prestigieux prix Strega pour son premier roman, "La solitude des nombres premiers". Son talent s'est confirmé avec deux autres romans. Son quatrième, "Dévorer le ciel", est sorti en 2019. L'histoire se passe dans une ferme des Pouilles où grandissent trois jeunes garçons sous la houlette de Cesare, un père charismatique, écologiste avant l'heure et fervent croyant. Il est convaincu d'apporter une meilleure éducation à Nicola, son fils unique, à son cousin Bernardo dit Bern et Tommaso, un enfant albinos dont le vrai père est en prison. Une de leurs voisines, Teresa, venue pour passer ses vacances dans la maison de sa grand-mère, remarque la présence des jeunes hommes turbulents, plongeant dans la piscine de la villa avec une audace toute naturelle. La jeune fille envie la vitalité rebelle des trois garçons et elle tombe follement amoureuse de Bern. Teresa prend la parole dans ce roman et se met à conter la relation passionnelle qui la lie à Bern, particulièrement exalté et radicalement idéaliste. La narratrice s'engage dans une voie escarpée avec ce jeune militant imprévisible. Cet amour à la fois exaltant et malheureux se vit dans une atmosphère inquiétante où l'activisme du jeune homme met en danger leur couple. Avec un groupe de militants, il libère des abattoirs, tente de sauver des oliviers centenaires, transforme la ferme de Cesare en lieu alternatif. Nicola a choisi un destin différent en devenant policier. Tommaso s'est rangé en fondant une famille. Leur trio amical bascule souvent dans un conflit permanent mais les liens demeurent malgré tout. Seule, Teresa se rend compte que sa vie avec Bern ne peut pas continuer dans un chaos provoqué par l'extrémisme du jeune homme. Leur séparation semble inévitable. Pourtant, Teresa ne peut se détacher de Bern et le jeune homme finit par commettre des actes répréhensibles qui l'obligent à fuir. La construction du récit permet de reconstituer l'ensemble du parcours mortifère de Bern. L'écrivain brouille les pistes en adoptant un abandon des règles classiques du récit. Ce roman fort, puissant, brasse des thèmes contemporains comme l'activisme écologique et brosse les destins contrariés d'une génération. Teresa trouvera-t-elle la paix ? Bern survivra-t-il à son idéalisme ravageur ? Il faut lire "Dévorer le ciel" pour connaître le dénouement… Paolo Giordano, un écrivain italien de premier plan à suivre dorénavant.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
vendredi 12 juin 2020
mercredi 10 juin 2020
"La leçon des ténèbres"
Ecrivaine et violoniste, Léonor de Recondo est née dans une famille d'artistes. Ses six romans portent tous en eux une certaine ferveur : "Pietra viva", "Amours", "Point cardinal", "Manifesto". Dès que l'on ouvre un de ses livres, on ne les quitte pas des yeux et la magie de la lecture opère. Chacune de ses œuvres ressemble à une partition musicale. Son dernier opus, "La leçon des ténèbres" s'intègre dans la collection très originale, "Ma nuit au musée" chez Stock. J'avais évoqué dans ce blog l'ouvrage de Lydie Salvayre, "Marcher jusqu'au soir" où elle racontait sa nuit dans le musée Picasso. Leonor de Recondo est invitée à Tolède à la rencontre de Doménikos Theotokopoulos, dit El Greco, (1541-1614), l'un des peintres les plus marquants du XVIe siècle. Elle n'oublie surtout pas son violon : "Le violon pour faire vibrer l'espace vide, pour mettre en transe les particules de l'air, pour les mettre en danse afin que Doménikos me rejoigne. Et je ne doute pas de sa venue, comme il ne doute pas de mon désir. Mon seul désir". L'écrivaine aime particulièrement l'Espagne, le pays de ses ancêtres, la langue, les saveurs, les paysages. Arrivée à Tolède dans une chaleur suffocante, elle relate les petits imprévus de son projet. Les gardiens vont l'observer, les tableaux du peintre ne seront pas éclairés, les alarmes ne favoriseront pas les déplacements. Elle interpelle le Greco en l'associant constamment dans son texte, brossant par touches éparses une biographie sensible. Le peintre, né en Crète, s'est exilé à Venise et à Rome. Il s'installe à Tolède où son talent sera enfin respecté et admiré. Les heures au musée se déroulent au rythme de ses rencontres avec les tableaux de l'artiste. Reviennent aussi ses souvenirs d'enfance, des moments passés avec ses parents en Espagne, surtout avec son père artiste peintre, un père qui lui manque cruellement. Déambuler dans ce musée apaise son chagrin. L'écrivaine avait retrouvé dans son carnet un dessin inspiré d'une toile d'El Greco. Le titre du livre, la leçon des ténèbres, était un genre musical du XVIIe accompagnant les messes de Pâques. Son double hommage à un peintre ancien et à son père devient un chant d'amour pour l'art et pour la création artistique. Après avoir lu cet ouvrage, je n'avais pas le même regard sur les œuvres mystiques d'El Greco, un génie novateur dans l'expression des visages, des couleurs, des attitudes corporelles. Ferveur et ascétisme caractérisent la vie du peintre espagnol d'adoption. Leonor de Recondo ne pouvait pas mieux choisir ce compagnonnage à travers les siècles. Son récit de fascination se lit avec un plaisir certain.
lundi 8 juin 2020
Milan Kundera, toujours
Sur France Culture, j'ai écouté l'émission "Répliques" d'Alain Finkielkraut et ce samedi, il était question de Milan Kundera. J'ai toujours lu cet écrivain français d'origine tchèque depuis les années 70. Il fait partie de mon Panthéon littéraire personnel. Je le considère comme un des plus grands écrivains du XXe siècle, si ce n'est le plus grand en France. Cet immense Européen m'a plongée dans un monde littéraire nimbé de philosophie. Ses romans dont l'inoubliable "L'insoutenable légèreté de l'être" m'ont procuré des moments de lecture intenses, intelligents, déroutants. J'apprécie en particulier son ironie, son humour, sa désillusion et son extrême lucidité sur la vie et sur la société. Il a dénoncé l'illusion lyrique de tous les dogmatismes dont le communisme dans son pays, ennemi de la liberté. Sa description des relations amoureuses illustre sa vision paradoxale et sceptique des sentiments entre libertinage et fidélité. Sa passion de la littérature se manifeste aussi dans ses essais comme "L'art du roman", des ouvrages qui sont des repères indispensables pour tous les amoureux de l'écrit. Au détour d'une conversation avec un des deux critiques, présents dans l'émission, j'ai rétrouvé une des grandes idées de Milan Kundera. A la question : comment voyez-vous l'actualité politique d'aujourd'hui avec le regard de l'écrivain ? Guy Scarpetta a répondu que l'appel de Nicolas Hulot, lancé en mai dans le journal Le Monde était un texte d'un kistch absolu. Ce mot, né au XIXe en Allemagne et en Europe centrale, désigne "l'attitude de celui qui veut plaire à tout prix et au plus grand nombre. Le Kitsch, c'est la traduction de la bêtise des idées reçues dans le langage de la beauté et de l'émotion". En lisant l'appel hulotien, je n'en revenais pas de découvrir des slogans creux et vagues comme "Le temps est venu d'applaudir la vie, le temps est venu d'honorer la beauté du monde, le temps est venu de se rappeler que la vie tient à un fil, etc." Du kitsch politique d'une grande ampleur à soulever des soupirs accablés. Comment peut-on adhérer à un tel programme ? Le monde de demain me semble aussi complexe que celui d'aujourd'hui. Voilà pourquoi Milan Kundera peut nous tenir éveillé(e)s devant les impostures politiques, la comédie des sentiments amoureux excessifs, la bêtise des attitudes conformistes, le ridicule des comportements lyriques. La littérature sert à se dévêtir des idées recues, à fuir les pensées moutonnières, à se méfier des avis radicaux. Elle nous apprend l'art de la nuance et la mélancolie de la lucidité. En écoutant cette émission sur Milan Kundera, j'ai ressenti le besoin pressant de relire un de ses romans, sans doute "L'ignorance" et"Les testaments trahis". L'émission peut s'écouter en podcast. Quel dommage de s'en priver...
vendredi 5 juin 2020
Lectures au pluriel
Le matin, j'ai un rituel quand je consacre quarante-cinq minutes à mon vélo d'appartement. J'essaie de maintenir mes jambes en forme pour mes balades pédestres et mes escapades urbaines. Pendant que mon corps bouge, mon esprit bouge aussi et ce moment matinal de mise en forme physique et culturelle constitue presque une parenthèse contemplative active dans ma journée. J'ai donc pris l'habitude de picorer dans des lectures variées. En ce moment, dans la chambre d'ami qui abrite ma deuxième bibliothèque après celles de mon salon, je dispose d'une pile de livres où je pioche un titre selon mon humeur du matin. J'ai commencé Hannah Arendt et sa "Condition de l'homme moderne", ardue et ardente, cette histoire du travail humain à travers les siècles. J'ai retenu cette citation au fil des pages : "Les Français sont passés maîtres dans l'art d'être heureux au milieu des "petites choses", entre leurs quatre murs, entre le lit et l'armoire, le fauteuil et la table, le chien, le chat et le pot de fleurs, répandant en tout cela un soin, une tendresse qui, dans un monde où l'industrialisation rapide ne cesse de tuer les choses d'hier pour fabriquer celles du lendemain, peuvent bien apparaître comme tout ce qui subsiste de purement humain dans le monde". Belle réflexion au détour d'une page. J'avance à petits pas dans ce volume fondamental de la philosophe allemande. Puis, je me mets à lire le journal intime de Charles Ferdinand Ramuz, un écrivain suisse bien oublié aujourd'hui. Je me retrouve au début du siècle et je partage les doutes du narrateur, sa mélancolie, sa modestie et sa passion de l'écriture. Il décrit beaucoup de paysages et parcourir de temps en temps ses pages me replonge dans un temps bien différent d'aujourd'hui. Une curiosité littéraire assez rare et cet ouvrage reposait dans mes étagères depuis très longtemps. Je l'ai enfin ouvert… J'ai aussi à portée de ma main la correspondance entre Albert Camus et René Char. Ils évoquent souvent Lourmarin et l'Isle sur Sorgue. Cette lecture me donne envie de revoir la Provence et de pousser vers la mer. J'ai décidé de lire tout Nietsche. Je ne sais pas si je vais y arriver… J'ai déjà lu "La naissance de la tragédie", "Le gai savoir", "Ecce homo" et je m'attaque au "Crépuscule des idoles". Vivifiant, mordant, insolent et toujours des aphorismes percutants… J'ai retrouvé dans ce folio la célèbre citation sur la musique : "Sans la musique, la vie serait une erreur !". Je me familiarise avec la philosophie nietzschéenne et ce n'est pas toujours évident. Je m'accroche… J'ai aussi eu envie de lire le journal intégral de Virginia Woolf, une œuvre monumentale de plus 1700 pages… Je lis quelques pages par semaine pour rester en contact avec cette immense écrivaine anglaise. Quelques notes sont particulièrement cocasses sur sa vie quotidienne et elle relate avec une précision d'orfèvre sa vie ultra-sociale. Cela fait des années que je voulais le lire dans son intégralité et je me suis plongée dans ces pages avec une gourmandise toute littéraire. Mes lectures matinales fragmentaires me permettent de redonner vie à certains livres un peu abandonnés dans mes bibliothèques. A chaque moment de la journée, une lecture adaptée, particulière selon mon humeur du jour… Je lis en picorant, je picore en lisant… La lecture est un bonheur sans fin.
jeudi 4 juin 2020
"Le monde n'existe pas"
Le huitième roman de Fabrice Humbert, "Le monde n'existe pas", pose le problème de la vérité et du mensonge, du réel et du rêve, de la vie et de l'art. Situé aux Etats-Unis, l'écrivain raconte le destin de deux personnages principaux : le narrateur, Adam Vollmann et Ethan Shaw, son amie du lycée. Un jour, Adam, journaliste au New Yorker, voit sur un écran géant à Times Square, le portrait de son ex-ami. Abasourdi par cette nouvelle, il décide de mener une enquête sur Ethan. La police le recherche car il a violé et tué une jeune fille d'origine mexicaine. Qui est Ethan Shaw ? Le bel Ethan était devenu un ami très proche d'Adam : "Autrefois, j'avais un ami. Je l'ai rencontré il y a bien longtemps, par un jour d'hiver, sautant de sa voiture et grimpant quatre à quatre les marches du lycée Franklin. C'est le souvenir le plus vivace que j'ai de lui, une impression inégalable d'éclat et de beauté". Adam refuse de croire que son ami en fuite correspond à ce jeune homme solaire, un grand sportif, une star du lycée. En fait, Adam ne portait pas ce nom à l'époque du lycée dans la ville de Drysden. Il s'appelait Christopher Mantel. Il avoue son homosexualité et relate les nombreuses brimades de certaines brutes épaisses de son lycée. Seul, Ethan le protégeait en le choisissant comme ami. L'adulte d'aujourd'hui se souvient de cet adolescent torturé, tourmenté, culpabilisé : "Il y a, dans les flottements et les errances de cet âge, une fragilité mêlée d'affirmation qui détermine l'existence toute entière". Adam arrive à convaincre son patron de presse pour se rendre dans la petite ville où il mène une enquête complexe. La victime, Clara, rêvait de devenir cosmonaute et avec ce meurtre, elle est devenue la petite fiancée de l'Amérique. Adam rencontre la mère de Clara, essaie de contacter d'anciennes élèves pour mieux connaître la jeune fille. Au fil du temps, il va découvrir des secrets cachés dans cette ville américaine typique. Je ne dévoilerai pas où se cache Ethan, sa culpabilité ou son innocence. Derrière la vision médiatique, la vérité va finir par se dévoiler. Ce roman aux allures manifestes de polar interroge le monde des médias mensongers, de son cynisme généralisé. Le titre du roman résume la portée universelle des faux semblants, des identités troubles, de l'effet fiction dans la réalité. Tout est fiction pour Fabrice Humbert : "Je prétends que tout ce que nous vivons est un livre ou un film. En tout cas, une fiction, recomposée ou non". Ce livre questionne notre rapport à l'actualité, aux "fake news", à l'imagination complotiste, à une certain vertige de l'imposture. Un très bon roman de ce début d'année.
mardi 2 juin 2020
Enfin, la liberté !
La règle des cent kilomètres a enfin disparu et c'est un soulagement supplémentaire après l'interdiction de sortir à plus d'un kilomètre de chez soi... Et pourtant, je n'ai pas pris ma voiture pour me lancer sur les routes de France. Comme la pandémie commence à se calmer sérieusement chez nous, interdire la circulation à l'intérieur du pays me semblait un abus de pouvoir… Mais, les effets du confinement m'ont un peu coupé les ailes. Quand on subissait le confinement, je rêvais de partir dès que le gouvernement lèverait l'interdit. Cette profonde envie de faire mes valises et d'aller voir la mer, la montagne, une belle ville, etc. me donnait le vertige. J'avoue à ma grande surprise qu'un soupçon demeure dans ma tête, celui du virus invisible qui traîne encore dans certains lieux. A mon âge déjà bien avancé, (et les médias ne se sont pas gênés pour nous dire et nous redire à longueur de journée que les plus de soixante-cinq ans étaient particulièrement visés par le Covid-19), la prudence s'est installée. Je me suis rendue compte avec plus d'acuité que d'habitude que je ressentais l'effet de l'âge dans cet épisode dramatique, je me sentais plus vulnérable et plus fragile. Donc, dans ces conditions, partir loin de chez soi n'est plus aussi évident. Rappelons-nous l'époque précédent le virus, comme c'était facile de s'évader, de visiter nos magnifiques capitales européennes, de prendre l'avion, le train, de monter à Paris, d'aller à Genève pour une journée. J'ai la sensation que le temps d'après le virus comportera des contraintes difficiles à supporter comme ce masque que l'on met dès que l'on rentre dans un magasin… Le temps de la mobilité joyeuse s'estompe pour le moment et le monde s'est rétréci depuis la pandémie. Il faut apprendre à se satisfaire de notre liberté retrouvée et de rêver à de nouveaux départs d'ici quelques semaines. Cet après-midi, je me suis baladée au bord du lac, vers Aix-les-Bains. Les restaurants du port ont ouvert et les terrasses m'ont semblé bien occupées. La vie reprend des couleurs et peut-être qu'elle redeviendra normale dans six mois. Quand les frontières entre les pays européens vont s'ouvrir, le monde sera déjà un peu plus vaste… Le monde d'avant, le monde d'après, quel monde aujourd'hui ? Un monde vraiment déroutant, étonnant, surprenant et peut-être toujours aussi passionnant à découvrir ! Le jour où je franchirais à nouveau les portes d'un musée, de la médiathèque de Chambéry toujours close, d'un train et d'un avion, de revoir l'océan Atlantique, la Méditerranée, de revoir mes amies de l'atelier Lectures, je pourrais susurrer : "Le virus mauvais a disparu, la vie bonne est revenue" !
lundi 1 juin 2020
"Un matin d'hiver"
Philippe Vilain déclare dans un entretien que le sujet de son dernier roman, "Un matin d'hiver", publié chez Grasset, s'est emparé de lui : "C'est quelque chose de magique pour ainsi dire et fatal en même temps qui ne me donne pas d'autre choix que d'écrire". En avant-propos du roman, il rappelle la matrice de ce livre. Lors d'un colloque universitaire, une femme lui a raconté une drôle d'histoire : son mari avait disparu sans laisser de traces. Cette conversation a submergé l'écrivain et, quelques mois plus tard, il a alors demandé à cette femme "héroïque" selon lui, de se saisir de son destin en le romançant, en l'arrangeant pour lui donner une force romanesque. Philippe Vilain manifeste un intérêt passionné pour la "disparition de l'amour". Il s'agit d'un travail de "recomposition et d'ensecrètement inhérent à celui du roman". Quinze ans ont passé et la narratrice, trentenaire, revient sur la disparition de son mari. Elle est professeur de littérature. Son futur mari enseigne la sociologie dans la même université. Leurs différences les attirent car elle aime la solitude et lui préfère le social, les relations. Ils se rencontrent, s'aiment, se marient et une petite Marie est née. Une histoire banale et courante pour des millions de couples. Dan cache peut-être un mystère car il vient d'Atlanta et il retourne régulièrement dans cette ville américaine où vivent ses parents. Ses recherches le maintiennent régulièrement absent du foyer parisien. La narratrice raconte sa passion amoureuse pour cet homme qui garde sa part de mystère. Elle tombe enceinte et relate sa grossesse avec une vérité toute universelle : "J'apprenais le métier de mère avec passion". Ils achètent un appartement, vivent sur un petit nuage, celui de la naissance de Marie et la vie semble bien merveilleuse. Dan se révèle un père attentif, prévenant, organisé avec son bébé. Dan obtient une bourse de recherche à Atlanta pour étudier les ghettos de la ville. Ses absences se multiplient et sa femme ne se pose pas trop de questions sur ces allers-retours permanents : "Sans doute, n'avais-je pas vraiment cherché à savoir, par pudeur, par manque de curiosité ou peur de découvrir une part obscure de lui, je ne sais pas". Un jour, Dan part aux Etats-Unis et ne donne plus de nouvelles. Un bout d'un moment, sa disparition est enfin prise au sérieux et la police amorce une enquête. Une enquête qui ne donnera rien. Dans notre monde hyperconnecté, comment peut-on disparaître ? Je ne dévoilerai pas les hypothèses de la narratrice… Il faut lire ce roman précis, dense, romanesque. Philippe Vilain écrit sur l'absence, sur la disparition, sur la séparation amoureuse, sur le deuil de l'être aimé. Un roman d'une sincérité poignante et d'une modernité littéraire digne d'Annie Ernaux et de Marguerite Duras.
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