Francesca Mélandri, scénariste pour la télévision et le cinéma, avait été remarquée avec son premier roman, "Eva dort", publié en 2012, chez Gallimard dans l'excellente collection "Du monde entier". Dans son deuxième roman, "Plus haut que la mer", un homme et une femme se croisent dans un bateau pour rejoindre une Ile-prison de haute sécurité. Ce lieu sauvage, entouré par la mer, ressemble plus à un petit paradis qu'à un enfer. Les détenus sont confinés dans cet espace avec des règles rigides et ancestrales. Paolo vient rendre visite à son fils, Luisa à son mari. Ils sont tous les deux meurtris par la vie et se retrouvent dans une solitude douloureuse. Le mari de Luisa est devenu violent au fil des années. Emprisonné, il a tué un gardien de prison. Luisa élève ses cinq enfants dans un village de montagne et cette visite lui demande beaucoup d'énergie. Elle, femme battue, éprouve "un indicible et obscur soulagement" de voir son "homme" soit incarcéré. Paolo, ancien professeur d'histoire et de philosophie, se sent coupable car il a éduqué son fils "à ne pas se contenter du monde tel qu'il était, à le vouloir plus juste". Son fils a basculé dans le terrorisme d'extrême gauche. Il a tout sacrifié à sa cause en participant à trois assassinats. Il ne comprend pas ce fils violent et radicalisé. Pourtant, son fils était un petit garçon adorable : "C'était un enfant d'une réelle beauté et en y repensant, Paolo éprouvait une douleur diffuse". Paolo, pour s'infliger une peine supplémentaire, garde une photo d'une petite fille qui a perdu son père dans un attentat, provoqué par son fils. Il cherche néanmoins à renouer un lien avec ce fils si étrangement étranger. Les deux visiteurs vont se découvrir peu à peu car une tempête va les obliger à rester sur l'île toute la nuit. Un gardien, Pierfrancesco, les prend en charge et malgré l'interdiction du règlement, il les invite chez lui pour partager un repas modeste. Un lien affectif se crée entre les deux visiteurs et le gardien, qui malgré son métier plus que difficile, conserve toute son humanité. Ils quitteront l'île, transformés par ces deux jours d'isolement où ils ont compris qu'ils n'étaient pas seuls à souffrir. L'écrivaine italienne possède un art particulier, un mélange de sensibilité et de réalisme pour fouiller les âmes de ses personnages entre leurs doutes, leurs peurs et leurs espoirs dans le contexte violent du milieu carcéral. Dans ce roman intimiste, affleure le drame des années de plomb en Italie, une saison sombre et tragique. Francesca Meandri montre les conséquences collatérales de ce mouvement sur la vie des familles concernées. Un roman subtil, sensible, émouvant. A découvrir sans tarder. Je l'avais choisi pour le thème de la mer dans l'atelier lectures de juin et j'avais écrit quelques lignes. Je l'ai lu cet été et j'avais envie d'en reparler…
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 3 septembre 2019
lundi 2 septembre 2019
Mes cabanes à livres
J'aime bien me balader, été comme hiver, du côté du lac du Bourget. Non seulement, ce lieu enchanteur, tout près de chez moi, m'attire par sa beauté naturelle mais comme je suis toujours dans ma tête, envahie par mon goût des livres, j'effectue ma promenade physique, doublée d'une découverte livresque. Je parle des cabanes à livres que je visite deux à trois fois par mois sur le secteur d'Aix les Bains et sur le Bourget du Lac. Evidemment, j'utilise aussi la cabine téléphonique de Bassens, située sur un parking et je vais aussi voir le stand des Halles de Chambéry sans oublier les chariots d'ouvrages à la Médiathèque. Dans un article du Monde, paru le 17 août, le journaliste évoque l'engouement croissant des livres vagabonds, déposés dans de nombreuses boîtes à livres sur tout le territoire. Ces dépôts prennent toutes les couleurs, ressemblent à des maisonnettes, à des vieilles cabines désaffectées. J'ai même vu à Stockholm un grand frigidaire repeint, objet insolite dans un parc. Ce dispositif en libre-service permet à tous les lecteurs d'emprunter, de rendre, de donner. Quand je m'approche d'une boîte, je me sens comme une exploratrice fiévreuse : que vais-je trouver aujourd'hui ? Je remarque souvent des pêcheurs à l'affût et si leur bout de canne bouge, il relève le fil. Je ressens cet esprit d'attente et d'espoir. J'imagine ces ouvrages comme des poissons, cachés dans le flot de papier. Dans ce fouillis, il faut soulever, déranger, déplacer les piles pour enfin ferrer ma proie. Hier, ma pêche s'est révélée fructueuse : un guide bleu Hachette des années 80 sur Rome, avec des textes vraiment très intéressants, un roman de Malaparte, "Kaputt" dont je venais de lire un ouvrage sur lui, un livre de classe de 6e sur l'Antiquité. Parfois, je repars bredouille… Le phénomène des boîtes à livres remonte en 1991 en Autriche où deux artistes ont installé leur première bibliothèque à Graz et plusieurs suivront à Berlin et à Mayence. En Bretagne, les livres nichent dans un ancien lavoir à Morlaix, dans un pigeonnier à Cancale, et on dénombre aujourd'hui en France, plus de 4000 mini-bibliothèques vagabondes dont une quinzaine les gares franciliennes. Ces boîtes à livres font-elles concurrence aux librairies et aux bibliothèques publiques ? En aucun cas, ce vagabondage des livres symbolise l'échange non marchand, le don gratuit où les lecteurs(trices) butinent en toute liberté… Une aubaine !
vendredi 30 août 2019
"Hôtel du Brésil"
Pierre Bergounioux revient sur la scène littéraire avec un récit bref (68 pages), dans un format poche et dans une collection éminemment particulière, "Connaissance de l'inconscient" chez Gallimard. L'écrivain français est obsédé par le monde paysan, qui se meurt à vive allure dans l'indifférence des citadins qui ont oublié ce mode de vie. Le récit autobiographique démarre quand le narrateur a seize ans. Il apprend le mot "psychanalyste" dans un film de Bergmann, où "il leur suffisait de sonner à une porte que signalait la même plaque de cuivre fourbi qu'arboraient les médecins, les avocats, les experts-comptables de ma sous-préfecture, pour trouver quelqu'un qui ferait la lumière en eux, leur rendrait la paix". Le milieu familial de l'écrivain plongeait dans un mutisme total. Il part en pension et ce saut dans un lycée le libère de cette pesanteur silencieuse. Il découvre Marx, entend citer Freud en terminale sans s'arrêter sur ce nom mystérieux. Au fil du récit, des souvenirs surgissent sur ce monde virgilien, "la paysannerie antique" qui a aujourd'hui disparu. Son père l'inscrit à la bibliothèque municipale : "Entre une réalité muette, rebutante, impénétrable et les poudreux grimoires, c'est aux grimoires qu'il fallait aller, parce que, je l'avais constaté lors de lectures enfantines, il pouvait arriver, par raccroc et comme à leur insu, qu'ils jettent une clarté dans la pénombre environnante". Cette découverte essentielle, capitale, unique que représente la présence des livres transfigure l'auteur et le fait naître : "Je devais m'être résorbé, avoir passé corps et âme parmi les créatures de papier dont j'épousais les aspirations précises, les inquiétudes explicites, la vie même". Il devine que Freud a révélé un des secrets de la condition humaine : "Ce qu'il avançait, je le savais sans, bien sûr, le savoir. Je l'avais expérimenté jour après jour. La meilleure part, ou la pire, de ce que nous sommes vraiment, de ce que nous pensons se tient en retrait, dans l'ombre, d'où elle a beau jeu de troubler, gâter la vie que nous croyons mener". Pour Pierre Bergounioux, la littérature a devancé la psychanalyse et il définit tout lecteur ainsi : "Tout lecteur éprouve le gain de lumière réalisé sur l'obscure notion qu'il avait de lui-même (…) Même les mauvais livres, les études historiques fastidieuses, les romans invraisemblables possédaient la magique vertu de contenir, de réduire le chaos". L'écrivain avoue à la fin du récit "qu'il n'a jamais poussé la porte d'un psychanalyste". Ce récit au style ciselé, magnifique, raconte un amour inconditionnel des livres qui représentent en fait une bouée de sauvetage, le salut, la clé de compréhension du monde. La lecture a sauvé Pierre Bergounioux et il n'est pas le seul…
mercredi 28 août 2019
"Marcher jusqu'au soir"
Lydie Salvayre vient d'écrire un livre très original, "Marcher jusqu'au soir", publié chez Stock dans la collection "Ma nuit au musée". Cette expérience unique en son genre permet à un écrivain de rester toute une nuit, enfermé dans un musée (un de mes rêves les plus insensés). Lydie Salvayre est invitée par une responsable du Musée Picasso à Paris. Elle choisit une œuvre de Giacometti, "L'homme qui marche". Elle décrit cette sculpture ainsi : "L'œuvre au monde qui disait le plus justement et de la façon la plus poignante, ce qu'il en était de notre condition humaine : notre infinie solitude et notre infinie vulnérabilité, mais en dépit de celles-ci, notre entêtement à persévérer dans le vivre, notre entêtement à persévérer contre toute raison dans le vivre". Cet homme décharné, la peau sur les os, représente une conscience malheureuse dans un "monde obèse, dans un monde de la production obèse et dans un monde de la consommation obèse". Mais son récit ne va pas du tout se focaliser sur Giacometti. Avec son humeur joyeuse et querelleuse, l'auteure se saisit de ce prétexte pour dénoncer le milieu artistique, dominé par le "fric qui dicte férocement sa loi". Elle s'installe devant la sculpture avec un lit de camp, une bouteille d'eau, un ordinateur et un carnet. Elle se trouve démunie devant les œuvres qu'elle redécouvre dans une déambulation nocturne. Et, elle avoue qu'elle ne ressent rien, aucune émotion, aucune déflagration de son être. Lydie Salvayre ne mâche pas ses mots pour définir le monde de l'art que Baudelaire appelait "la canaille artistique". Sa colère contre les musées s'amplifie au fil des premières pages, ces lieux qui "conservent les œuvres en les retirant de la vie". Se retrouver ainsi seule dans ce musée provoque aussi l'irruption de souvenirs douloureux de son enfance, et surtout de son père violent, interné à l'hôpital psychiatre, quand elle avait 19 ans. Elle évoque son cancer qu'elle a vaincu, son compagnon, sa vie littéraire à Paris. Evidemment, Lydie Salvayre consacre des pages magnifiques sur Giacometti, sur sa modestie d'artiste, son authenticité, sa farouche créativité. Ce récit audacieux dans le style, halluciné, beau et étrange se transforme en essai philosophique sur l'art : "L'art ne pouvait rien, en somme, contre le fait que vivre faisait mal. Néanmoins, une chose était sûre : il arrivait que l'art ajoutât à nos joies et à notre faim de vivre". Dès que j'ai fermé le livre, j'avais envie de le relire… A découvrir sans tarder.
lundi 26 août 2019
"L'énigme Elsa Weiss"
Le premier roman, "L'énigme Elsa Weiss", de Michal Ben-Naftali, paru en janvier de cette année, est publié chez Actes Sud. Editrice et traductrice, l'auteure traduit Maurice Blanchot, Annie Ernaux, André Breton et d'autres écrivains français en hébreu. Elle évoque une femme, Elsa Weiss, qui s'est suicidée trente ans avant le récit qu'elle lui consacre. Tirée d'une histoire vraie, le premier chapitre frappe déjà le lecteur(trice) : "Avec la même cruauté glaciale qui lui faisait gratter le tableau de ses ongles longs pour signifier aux élèves de se taire, Elsa Weiss avait mis fin à sa vie". La narratrice est une de ses anciennes étudiantes et elle tente l'impossible dans ce texte : redonner vie à cette femme fantôme, mystérieuse et secrète. Elsa Weiss se murait dans un silence hautain, inviolable : "Elle n'a pas laissé de témoignage (…), elle avait le visage d'un animal, avec l'orgueil et l'obstination de ceux qui ne parlent à personne, visage de madone et de prêtresse, oppressant, tourmenté et, parvenu au paroxysme d'une angoisse existentielle émoussée, il se muait en un masque opaque qui mettait le regard en fuite". Ce professeur ne voulait se mêler de rien, surtout pas de la vie de ses lycéennes. Mais, cette vie auprès de ses jeunes adolescents était la seule qu'elle menait : "Nous étions tout son monde ou du moins l'essentiel, qui se cousait et se défaisait tous les ans, un engagement à vie". Elle exerçait son métier de façon autoritaire, parfois humiliante, sans discussion, en se faisant respecter de tous et de toutes. Ses colères impressionnaient la classe et personne n'osait entamer un quelconque dialogue avec elle. Comme la narratrice ne possède aucun élément biographique d'Elsa Weiss, elle utilise la fiction pour raconter cette vie glaçante : "Je sais exactement qu'elle est née en 1917, qu'elle a mis fin à sa vie en 1982, qu'elle a quitté ses parents en 1944. Je sais qu'elle a traversé des continents et des jours. Je sais tout et rien. Soit. A partir de ce point, tout est fiction". Elle est née en Hongrie dans une famille juive réformiste. Elle fait un séjour à Paris et se marie avec Erik, dans leur ville natale. Le nazisme fait irruption dans sa vie et elle est déportée à Bergen-Belsen. La narratrice évoque le train où 1600 juifs furent sauvés par un avocat, Rudolf Kastner, qui avait négocié avec Eichmann, la libération des déportés en Suisse. Elle imagine d'Elsa Weiss dans ce wagon, forcée par ses parents d'y embarquer. La jeune femme, sauvée malgré elle, ressentira un sentiment insoutenable de culpabilité. Michal Ben-Naftali propose dans ce roman une analyse psychologique en profondeur sur les traumatismes irréversibles des rescapés de la Shoah que la société israélienne n'a pas suffisamment traités, car trop empressée de tourner la page d'un passé inoubliable. Ce roman fort et grave dresse le portrait d'une femme désarmée face à la tragédie de l'Histoire. Ce n'est pas un livre d'été mais parfois la lecture doit constituer un devoir de mémoire en toutes saisons et en tous temps.
samedi 24 août 2019
"La salle de bal"
Anna Hope, jeune espoir de la littérature anglaise, avait déjà convaincu son public avec un très bon premier roman, "Le Chagrin des vivants" qui évoquait la guerre de 14-18 à travers trois portraits de femmes : une mère, une fiancée et une sœur ayant perdu un fils, un compagnon et un frère. L'écrivaine analysait avec une finesse toute psychologique le chagrin profond et irrémédiable des trois héroïnes. Avec ce deuxième livre, "La salle de bal", publié en 2019 dans la collection Folio, elle confirme son talent d'écriture. Lors de l'hiver 1911, l'asile de Sharston accueille une nouvelle pensionnaire, Ella, une ouvrière de la filature, car elle a brisé une fenêtre dans l'usine. Son geste de colère est assimilé à un coup de folie et voilà notre personnage enfermée dans une institution très organisée. Des centaines d'hommes et de femmes travaillent et vivent séparément. Les hommes cultivent la terre et les femmes s'occupent des tâches ménagères à l'intérieur des bâtiments. Un seul lieu devient commun chaque vendredi soir : une somptueuse salle de bal. Deux autres pensionnaires vont côtoyer Ella : John, un Irlandais taciturne et Clem, une jeune fille rebelle. Un docteur sinistre, nommé Fuller, observe les patients lors du bal car il dirige l'orchestre. Cet homme caresse un rêve : se débarrasser des cas impossibles par l'eugénisme, un concept aberrant qui voulait améliorer l'espèce humaine en sélectionnant les races supérieures et en éliminant les indigents, les aliénés, les handicapés. Les nazis ont élaboré et mis ce programme en place dès leur arrivée au pouvoir. Même le grand Winston Churchill s'intéressait à ce projet… Ella remarque John et après un bal, la jeune femme reçoit une première lettre. Clem l'aide en lui lisant ce courrier car Ella est analphabète comme beaucoup de femmes à cette époque. Dans ce milieu chaotique où malades mentaux, réfractaires, inadaptés sociaux se côtoient sans se mélanger, où les gardiens n'ont aucune pitié pour ces hommes et ces femmes en souffrance, l'amour peut encore naître entre des patients. La relation amoureuse démarre avec les mots simples et poétiques de John et Ella lui répond avec la main de Clem qui compose et écrit les réponses. Mais, le docteur Fuller commence à déraper en observant ce lien d'amour, tellement il est jaloux de voir naître l'inadmissible pour lui. Cet asile modèle, selon les médecins, dispensait du travail, des soins et d'une soirée de bal. Un rêve pour ces pauvres malades et un scandale historique en ce début du XXe siècle. L'écrivaine dénonce ces conditions de vie ignobles en s'attachant à décrire les destins broyés de ces trois personnages. Ella va être libérée sans retrouver son John qui réussira à s'enfuir des mains criminelles du docteur eugéniste et Clem se suicide pour ne pas vivre un mariage forcé, organisé par son père. Anna Hope a dédié ce roman, sombre et lumineux à la fois, à son arrière-arrière grand-père interné dans un établissement similaire. Réalité historique avérée, fresque romanesque, personnages attachants, très bonne traduction d'Elodie Leplat, ce roman noir s'éclaire souvent avec des touches poétiques sur la nature environnante et sur la bonté innocente des trois personnages contrebalançant la folie mégalomaniaque d'un soignant taré. Un très bon roman, anglais, évidemment…
jeudi 22 août 2019
"Le monde d'Homère"
Dans un mois, je repars à Athènes et à Egine pour retrouver la lumière grecque, éblouissante et veloutée de septembre. Je relis mes guides, note les lieux que je vais revoir avec un bonheur toujours renouvelé : l'Acropole, l'Agora, l'Olympion, le Kéramicos, la colline de la prison de Socrate, les musées archéologiques, la place Syntagma, Plaka, les rues vivantes et colorées, le bazar des voitures, le jardin botanique, les restaurants avec leurs terrasses, le tram pour aller se baigner au bord de la mer à dix kilomètres de la ville. Et à Egine, je vais prendre le ferry avec les Grecs qui aiment se retrouver dans l'île aux pistaches et pour moi, sentir l'air marin de tous côtés. Je vais faire le tour de l'île et revoir le magnifique temple d'Aphaïa. Partir en Grèce me redonne envie de feuilleter mes beaux livres sur la Grèce antique, sur l'art et sur l'archéologie. J'ai relu "Le monde d'Homère" de Pierre Vidal-Naquet, publié en 2002 chez Perrin. J'ai toujours admiré Homère qui pour moi représente le premier écrivain de tous les temps. Il y a huit cents ans, l'Iliade et l'Odyssée ont été composés par un aède aveugle, nommé Homère (ou par un groupe d'aèdes, pourquoi pas une femme aède ?) et ces deux textes ont modelé l'imaginaire européen, la fiction, la littérature encore actuelle. Tout le monde connaît les héros de cette saga sublime : Ulysse, Pénélope, Télémaque, Achille, Hector, Agamemnon, Paris, Hélène, le chien d'Ulysse, Circé, Calypso, Polyphème et tant d'autres personnages inoubliables. Pierre Vidal-Naquet expose dans cet ouvrage lumineux les racines historiques de ces chefs d'œuvre : Homère et son mystère, la cartographie des lieux, les éléments de la vie politique, les rapports des Grecs aux Barbares, la notion de combat, de la mort, de l'héroïsme, des dieux et de la mythologie. La dernière phrase de cet ouvrage très facile à lire résume la fascination que je ressens pour Homère : "Voilà pourquoi tout amateur de livres s'embarque un jour dans la lecture d'Homère". Quand on demande à des écrivains quels sont leurs confrères préférés, ils oublient souvent leur arrière, arrière, arrière grand-père, né sur l'ile de Chios (une légende ?) qui a inventé les deux histoires les plus sublimes de la littérature mondiale. Pour compléter le guide homérique de Pierre Vidal-Naquet, la revue Histoire propose cet été un numéro spécial sur… "Homère, le nouveau visage du poète", un dossier passionnant sur les dernières découvertes des scientifiques et des universitaires antiquisants. Homère en fait est notre contemporain. Un numéro indispensable pour redécouvrir ce monde mythique que je vais rencontrer de nouveau à Athènes et à Egine. Je croise en Grèce tous les petits fils d'Ulysse et les petites filles de Pénélope… Et cette mer Egée qui a vu les bateaux de nos héros, je les imagine sans difficulté avec les dauphins espiègles qui les accompagnent dans leurs périples et dans leurs guerres… Je glisse dans ma valise la biographie d'Homère de Pierre Judet de la Combe, paru récemment dans la collection Folio. Et je saluerai Homère dès que je poserai un pied sur le tarmac de l'aéroport… Sans lui, pas de littérature et sans littérature, la vie ne ressemblerait pas à une aventure romanesque ! Merci Homère !
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