mercredi 3 juillet 2019

La revue "Papiers"

J'ai découvert récemment le trimensuel "Papiers", la revue de France Culture. D'un coût très abordable (15,90 euros), cette publication d'excellente qualité mérite qu'on la découvre. Je n'ai pas l'habitude d'écouter la radio et pourtant, je sais que c'est une grande erreur de ma part. J'aime tellement la musique baroque et l'opéra que je néglige France Culture. J'ai trouvé la solution : lire "Papiers". Les articles de Janvier-Mars traitent de sujets d'un éclectisme remarquable. Le sommaire se divise ainsi : Eclats (actualités), Idées, le Dossier central, Portfolio, Créations, Savoirs, A voix nue, Les choix de France Culture, le Mot de la fin. La lecture devient vagabonde, nomade. Je lis en picorant, en survolant les photos. Je note les critiques, retenant les noms des journalistes. Je respire ces feuilles intelligentes en savourant l'esprit de culture. Des sujets me concernent, d'autres me surprennent. Dans la catégorie Idées, je redécouvre Paul Virilio, disparu en 2018. Cet urbaniste a étudié le monde contemporain sous l'angle de la vitesse et de l'accélération. Le deuxième article évoque les splendeurs et misères de la tomate (!)… Un troisième article m'a vraiment intéressée : "Les femmes de la Préhistoire sortent enfin des cavernes". Claudine Cohen, philosophe et historienne des sciences, a publié des ouvrages sur les femmes dans la Préhistoire occidentale. Elle conteste les images d'Epinal sur le rôle des femmes dans ces premières sociétés. Rappelons nous l'image traditionnelle de notre ancêtre viril et chasseur attrapant sa compagne par les cheveux… Les femmes ont permis la survie de l'humanité en cueillant les plantes, les racines, les petits animaux représentant soixante dix pour cent des protéines… Par ailleurs, les dessins préhistoriques dans les grottes étaient peut-être exécutés par des femmes ? Personne n'a pensé à ces gestes féminins tellement toutes les cultures sont dominées par l'image masculine. Un article détonnant. Au fil des pages, le dossier complet sur la démocratie (sommes nous encore démocrates ?), les transgenres, le marbre de Carrare, etc. J'ai surtout dévoré deux articles passionnants : l'un sur Georges Perec et l'autre sur Kafka. A la fin de la revue, l'équipe rédactionnelle avait proposé dix romans pour l'hiver et quelques coups de cœur. Ce numéro 27  de "Papiers" a éveillé ma curiosité,  a ravivé mes intérêts pour certains sujets et a comblé ma passion de la littérature. Une revue encyclopédique, pédagogique et culturelle unique dans le monde de la presse ! La Médiathèque de Chambéry a eu enfin la bonne idée de s'abonner… après vingt six numéros. Il n'est jamais trop tard. 

mardi 2 juillet 2019

"La philosophie, un art de vivre"

J'ai emprunté à la médiathèque de Chambéry un essai sur la philosophie. Depuis que je fréquente deux fois par mois, et avec un plaisir intellectuel délectable, l'atelier philo d'Agnès à la Maison de quartier du centre ville, je m'adonne de plus en plus à la lecture d'ouvrages qui m'apporte des explications nécessaires pour comprendre quelques idées majeures dans le monde abstrait de la philosophie. Evidemment, il vaudrait mieux lire directement les grands penseurs mais, pour les approcher, il m'est nécessaire de passer par des chemins de traverse, des contournements, des raccourcis, des commentaires et des résumés. J'ai donc lu ce petit guide très pédagogique, "La philosophie, un art de vivre" publié en 2017 par les Editions Sciences Humaines. Dans l'avant-propos, Catherine Halpern écrit : "Se décentrer, voir le monde et la place de l'homme sous un autre jour, pas simplement pour penser mais aussi pour vivre différemment. Avec un souci éthique : mettre en cohérence ses idées et son existence. Ce qui n'est pas en soi une mince affaire, mais sinon, à quoi bon penser ?". Le livre évoque la philosophie antique, médiévale, orientale, moderne. Ensuite, chaque chapitre, court et concis, est complété par des portraits de philosophes. J'ai retrouvé comme des vieux copains : Platon et Socrate, Epicure et Pyrrhon, Montaigne et Spinoza et aussi les contemporains Sartre, Camus, Cioran, Foucault et tant d'autres. Je connaissais moins le penseur de l'écologie "profonde", Arne Naess et l'américaine, Martha Nussbaum. Ce petit guide hyper-accessible permet une initiation ludique et intelligente pour ensuite entreprendre des approfondissements plus sérieux. En conclusion, Roger-Pol Droit nous rassure en déclarant que "la philosophie ne fait pas le bonheur… Et c'est tant mieux" (titre d'un de ses livres). Je ne lis pas de la philo comme un anthologie de recettes pour atteindre le nirvana. Ce "totalitarisme radieux", cette "philo-bonheur", ressemble à un paradis artificiel et il faut donc ne pas succomber à tous ces marchands de rêve, ces gourous factices. Ce guide pratique donne envie de lire quelques textes fondamentaux. Pour moi, je vais relire "Le Banquet" de Platon, que je n'ai pas ouvert depuis des décennies. Quelques pages par jour au menu du matin quand le cerveau n'est pas trop englué par la canicule… Vive la philosophie !

lundi 1 juillet 2019

Rubrique cinéma

La semaine dernière, je suis allée voir "Noureev" du réalisateur, Ralph Fiennes avec Oleg Ivenko. Ce danseur professionnel joue à merveille le rôle de Noureev, tellement la ressemblance physique est frappante. Jeune prodige du célèbre ballet de Kirov, Rudolf Noureev débarque à Paris en 1961 pour se produire sur la scène de l'Opéra. Il constate tout de suite le vent de liberté qui règne en France. Le KGB accompagne la troupe et surveille étroitement l'ensemble des danseurs, en particulier Noureev. Il se lie d'amitié avec Clara, la belle fille d'André Malraux, qui va l'introduire dans les cabarets, les nuits parisiennes grisantes. Il remarque que les homosexuels vivent librement alors que dans son pays, ils sont bannis. Les scènes se présentent en trois temps, celui de l'enfance misérable du danseur, son passé proche et son présent à Paris. En Russie, son professeur, devenu son mentor, a détecté son potentiel. Il le protège et l'initie au monde de la danse. Surnommé le Corbeau blanc, le danseur soviétique rencontre aussi un chorégraphe français, Pierre Lacotte qui va l'aider à prendre conscience qu'il peut changer son destin. Sur fond de la Guerre froide entre l'URSS totalitaire et l'Occident libre, le film aborde les relations diplomatiques houleuses quand les Russes se déplaçaient en France et dans le monde libre. Le 16 juin 1961, la troupe repart en Russie et Noureev est fort encadré par des gardes du KGB. Grâce à l'aide de son amie Clara, il se libère de ses surveillants et se rue dans le bureau de la police française. Un des policiers lui donne une heure pour se décider. Même traité de traître à la patrie, d'être menacé de ne plus revoir sa mère, il choisit la liberté. Le film magnifie l'exigence de la danse, la splendeur du corps, la place de l'art dans la vie de Noureev, ce petit garçon d'origine tatare, d'un milieu plus que modeste et devenu un danseur étoile. Le film se termine en 1961. Pour connaître la vie de ce monstre sacré, l'article de Wikipédia relate sa longue carrière de danseur à Paris et dans le monde. Atteint du sida en 1984, il meurt en 1993, seulement âgé de 54 ans. Ce film n'est pas un grand film qui marquera le cinéma mais il se laisse regarder avec plaisir même si la construction de l'intrigue comporte des maladresses avec trop de flashback. Le personnage de Clara, interprété par Adèle Exarchopoulos, frôle le ridicule. Si on aime la danse classique et les années 60, il faut voir ce "biopic" (biographie filmée)… 

vendredi 28 juin 2019

"L'emprise"

Parfois, il peut m'arriver de passer à côté d'un écrivain… J'ai enfin ouvert un roman de Marc Dugain. Je l'avais vu dans une émission littéraire sur LCP et il racontait sa carrière de réalisateur (J'avais bien aimé son "Echange des Princesses"). Il a ensuite parlé de son dernier livre, "Transparence" qui m'a semblé très intéressant et que je compte découvrir au plus vite. J'ai donc emprunté le premier tome de sa trilogie, "L'emprise". La politique française sert de cadre romanesque à cette fresque. Philippe Launay, le chef de l'opposition et Lubiak, son rival, au sein du même parti se livrent un duel qui rappelle les grandes heures de certains hommes politiques, vrais coqs de combat. Ces deux fauves passent un compromis. Si Launay devient Président, il s'engage à un seul mandat et nomme son "ennemi", ministre des finances. Les affaires (des incinérateurs de déchets) rattrapent le premier candidat lorsque il était ministre de la santé. Sa fille cadette s'est suicidée et sa femme le rend responsable de cet événement tragique. Le patron du renseignement intérieur aide Launay pour trouver les failles de son concurrent. Les deux hommes politiques ont un ami commun, le directeur de l'énergie qui n'hésite pas à vendre les secrets technologiques aux Chinois. Ce dossier explosif provoque des dégâts chez un syndicaliste trop curieux. Chaque personnage révèle une vulnérabilité fragile et se débat dans une toile d'araignée où chacun essaie de dévorer sa proie. Ce roman à clé démontre l'impuissance politique de nos gouvernants dans le cadre d'une économie mondialisée. Marc Dugain décrit un monde complexe où tous les coups sont permis. Le roman pêche-t-il par exagération ? J'ai bien peur que ces sombres péripéties se révèlent vraisemblables. Les lecteurs(trices) abstentionnistes et les déçus du monde politique seront confortés dans leur méfiance envers nos représentants. Un personnage se détache dans ce thriller politico-social : Gaspard, le fils d'une espionne de la DCRI, atteint du syndrome d'Asperger, le seul qui déteste mentir, le seul jeune homme innocent du roman. Je lirai les deux autres tomes avec un plaisir certain. Je verrais bien cette trilogie adaptée en série télé… Pour se distraite intelligemment cet été, lisez un Marc Dugain… 

jeudi 27 juin 2019

Atelier Lectures, 5

Annette a choisi "Océan mer" de Alessandro Baricco, roman publié chez Albin Michel en 1998. Cet ouvrage l'a enthousiasmée et je reprends ses mots : "Poète à l'imaginaire magnifique, légèreté de la soie du velours de l'enfance, grandeur et noirceur de l'être humain, le rêve et le cauchemar, l'océan mer révèle la vérité insoutenable qui peut tuer ou guérir. Style superbe de cet auteur musicologue". Au bord de l'océan, à la pension Almayer, "posée sur la corniche ultime du monde", sept personnages au destin étrange et romanesque se côtoient et tentent de recoller les morceaux de leur existence fragmentée. Leur séjour est bouleversé par le souvenir d'un naufrage d'un siècle passé. Les critiques littéraires ont qualifié ce texte de roman à suspense, de livre d'aventures, de méditation philosophique et de poème en prose. J'avais lu ce livre à sa sortie et je vais le relire cet été… Le récit autobiographique de Chantal Thomas a été commenté par plusieurs lectrices. L'une n'a pas accroché, d'autres ont apprécié. J'avais sélectionné "Souvenirs de la marée basse" pour le personnage de la mère. Cette femme nage, nage, pour fuir sa vie contrainte, son destin médiocre. Nager, c'est se sentir libre. Jackie est née en 1919, s'est mariée, a quitté Lyon pour Arcachon, puis, devenue veuve, a échangé le cap Ferret pour le cap Ferrat. Cette mère insolite a légué à sa fille écrivaine quelque chose d'indomptable, une force insoumise et une scène du livre symbolise ce caractère : dans les années 30, sa mère avait, en toute innocence, exécuté quelques longueurs dans le Grand Canal du Château de Versailles sous l'œil étonné des jardiniers. Un récit tout en nuances sans complaisance pour une mère distante mais pourtant attachante. Agnès a eu le courage de relire "Le Vieil homme et la mer" d'Ernest Hemingway. Elle en gardé un beau souvenir de jeune lectrice mais, la magie ne s'est pas manifestée, quelques décennies plus tard. Tant pis pour ce classique américain mais, la relecture peut provoquer le désintérêt ou l'adhésion renouvelée… Régine a beaucoup aimé le roman de Léa Mélandri, "Plus haut que la mer". En 1979, Paolo et Luisa ne se connaissent pas. Ils prennent un bateau qui les emmène sur l'île où sont détenus leurs proches. Le fils de Paolo a été condamné pour des actes terroristes. Le mari de Luisa a tué deux hommes. Le mistral les empêche de regagner la côte. Ils passent la nuit sur l'île où ils sont surveillés par un agent pénitentiaire et naîtra entre eux une complicité étrange. Régine a relevé ce passage : "Le vent était moins fort que quelques heures plus tôt, même si les hauts nuages gris étaient toujours tendus et agités. Ils commençaient pourtant à se lacérer d'accrocs d'où tombait la lumière comme par les lucarnes d'un grenier. Là, et seulement là, la mer couleur peau de requin, s'éclairait de tâches bleu turquoise". Un très bon roman à découvrir cet été. La littérature italienne nous offre toujours de très belles œuvres… Voilà pour les ouvrages de la liste de juin. Entre les coups de cœur et les lectures conseillées, se dessine un programme parfait pour l'été, surtout si la canicule persévère. Il vaut mieux rester à l'ombre en compagnie d'un très bon livre... 

mercredi 26 juin 2019

Atelier Lectures, 4

Dans la deuxième partie de l'atelier, nous avons évoqué les ouvrages sur la mer que j'avais recommandés. Sylvie a démarré avec "En mer" de Toine Heijmans, un écrivain hollandais. A bord de son voilier, Donald écume la mer du Nord dans le silence et la solitude. Maria, sa fille de sept ans le rejoint pour la dernière étape. La traversée s'annonce calme. Mais, rapidement, les nuages noirs s'amoncellent à l'horizon. La tempête éclate et la petite Maria disparaît du bateau. Le roman a reçu le prix Médicis du livre étranger. Sylvie nous a lu quelques phrases de ce roman singulier très bien traduit par ailleurs. La tourmente extérieure correspond bien aux tourments intérieurs du personnage. Danièle a choisi "L'enfant de la haute mer" de Jules Supervielle. Ces huit nouvelles, écrites entre 1924 et 1931, s'adressent aux enfants et aux grands aussi. Dans la première nouvelle, une petite fille vit dans une étrange ville fantôme en équilibre sur la mer. Les personnages dans ces textes sont égarés entre le monde des vivants et celui des morts. Marginalisés, ils attendent des signes qui pourraient les aider. Mais les vivants oublient souvent de leur apporter une solidarité nécessaire. On ne lit plus Jules Supervielle et j'avais envie de l'intégrer dans la liste sur les ouvrages à découvrir… Pari réussi car Danièle a découvert ce grand poète français, né à Montevideo. Pascale a présenté "Le Marin de Gibraltar" de l'immense Marguerite Duras (1952) et résume le roman ainsi :"Ils cherchent le marin de Gibraltar mais que souhaitent-ils trouver ? Chercher n'est-il pas un but en soi, chercher, c'est se trouver et c'est aller à la rencontre de l'autre". Un homme en rupture s'engage dans un voilier car il est fasciné par la propriétaire, femme mystérieuse et veuve richissime. Anna recherche un marin qu'elle a rencontré à Gibraltar et elle éprouve pour cet inconnu un amour incommensurable. J'ai relu le roman trente ans après et je confirme le génie romanesque de Marguerite Duras. Son obsession permanente pour atteindre l'amour absolu semble une quête désespérée pour Anna, la grande sœur de Lol V. Stein. La mer joue le rôle d'un monde libre où tout est possible. L'écriture de Duras, très avant-gardiste à l'époque, n'a pas pris une ride. Je citerai cette phrase durasienne : "Les oiseaux, c'est comme l'amour, ça a toujours existé. Toutes les espèces disparaissent, mais pas les oiseaux. Comme l'amour". Cette écrivaine, éditée dorénavant dans la Pléiade, appartient définitivement à notre patrimoine littéraire français, n'en déplaise à ses nombreux contradicteurs… La suite, demain. 

lundi 24 juin 2019

"Le chagrin d'aimer"

Dès les premières lignes, Geneviève Brisac donne le ton : sa mère, sa drôle de maman, envahit l'espace vital de sa fille écrivaine. Les chapitres s'intitulent "ma mère apprend à conduire, ma mère apprend à nager, ma mère fume, etc.". Comme un livre d'images façon Martine, Geneviève Brisac élabore un puzzle psychologique sur la vie mouvementée de cette femme détonante. Fille d'une mère grecque et danseuse, d'un père arménien, Mélini (surnom de sa mère) est née à Paris,  étudie à la Sorbonne, se marie avec un jeune homme bourgeois, apprend la dactylographie et se met à écrire des feuilletons pour la télévision qu'elle adapte dans les années 60. La narratrice n'occulte pas les défauts maternels comme sa loufoquerie permanente, son peu d'estime pour les femmes, un certain égocentrisme, son indifférence à l'égard des enfants. En fait, Mélini vivait sa vie comme un spectacle en compagnie d'un mari tolérant et aimant. Sa fille éprouve envers elle une fascination ambiguë car elle aime son audace, son ambition, sa singularité atypique pour l'époque malgré un caractère quelque peu difficile… Une scène dans le récit symbolise leur relation complexe lors d'un atelier d'écriture où Mélini qui accompagne sa fille lui prend sa place et se met à diriger la séance. Elle ne se gêne pas pour dispenser des conseils et propose même aux participantes de dresser un portrait d'elle. La narratrice, navrée par le narcissisme de Méline écrit : "Tu n'as pas compris ce que j'ai voulu faire. Nous ne nous comprenons jamais, comme c'est étrange. Et elle plonge le nez dans le livre qu'elle a emporté. Un roman policier, comme d'habitude". La narratrice raconte la fin de vie de sa mère dans sa maison de Bretagne et dans sa dernière demeure, une maison de retraite. L'écrivaine avait évoqué son père, Michel, dans "Une année avec mon père". Le récit autobiographique, "Le chagrin d'aimer" constitue une suite familiale, un ode amoureux et chagriné à sa légendaire mère insaisissable. Un beau récit autobiographique et écrit avec une liberté au diapason de son personnage.